Auxerre-OM (0-2) : La Canebière Académie ne se complique pas la vie

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« On ne gagne pas un grand tour la première semaine, mais on peut le perdre » Luke Seafer.

Aïoli les sapiens,

Une première phase s’achève, de laquelle on ne tirera pas d’enseignements définitifs : après tout, nous n’avons jusqu’ici rencontré que des équipes de bas niveau, à l’exception de Nice (ah bah non, Nice aussi étaient des viers, ptdr). Il n’en demeure pas moins que face à cette faible adversité, l’équipe d’Igor Tudor a réussi là où celles de Villas-Boas et Sampaoli nous exaspéraient, à savoir empocher la quasi-totalité des points mis en jeu sans trembler un instant. On vient, on éclate, on repart : économie de mots pour l’académie, économies de slips pour l’académicien, on perd en fantaisie l’énergie que l’on gagne en vue des affiches plus relevées qui nous attendent.


Le point mercato

Ah on peut dire que le Paulo, il a pas perdu son temps à la fin de la foire aux bestiaux. T’as qu’à voir le gros Jordan, son taureau dont il arrivait pas à se débarrasser, il a réussi à le fourguer à Getafe. On sait pas si c’est pour de la corrida ou des brochettes, avec le rabais sur le prix au kilo qu’il leur a fait, le Paulo, les Espagnols ils ont pas hésité longtemps.

Et puis il a le pif, Paulo, il a croisé ces Anglais de Southampton qui venaient faire du tourisme avec la bétaillère, ni une ni deux il t’a mis Doudou dedans. De la bonne charolaise des Balkans, cette Doudou, il en avait hérité du Jacquot. Ce pauvre Jacques-Henri, il débutait dans le métier, il avait allongé le chèque pour le bestiau. Faut dire qu’il en attendait beaucoup, le Jacquot, mais bon, gérer un troupeau c’est pas une science exacte et bon, bref, niveau rendement de la mamelle, la Doudou elle a pas toujours tenu ses promesses. Paulo il est pas du genre à faire du sentiment, il a vu les Anglais qui cherchaient la vache à lait, il leur a vendu ce qu’ils voulaient. L’ennui c’est que c’était pas les perdreaux de l’année, les rosbifs, il a pas réussi à leur faire cracher autant que ce qu’il espérait, m’enfin, il y a pas de petites économies. Une rentrée d’argent c’est une rentrée d’argent, et Paulo, il sait que son banquier Francky il appréciera.

Mais ho, attention, Paulo il a pas fait que brader le cheptel, hein. Mimi le petit mouton, par exemple, que les enfants avaient bien aimé l’année dernière, il a réussi à le faire revenir dans l’enclos depuis Gelsenkirchen pour pas trop cher.

Bref, il a beaucoup bossé le Pablo, il a gardé les plus belles bêtes, il en a racheté des nouvelles et il a réussi à envoyer à l’équarrissage celles qui bouffaient du foin sans rapporter grand-chose. Finalement, le seul ennui ça a été avec les Niçois pour Bamba, faut dire on peut jamais leur faire confiance, aux Niçois. Ça a commencé, Paulo il voulait absolument le vendre, Bamba, on a jamais su trop pourquoi : yen a qui disent que c’est un beau bélier et que le Paulo veut le vendre très cher tant qu’il a de la valeur (rapport à Francky du Crédit Agricole, dont je t’ai parlé tout à l’heure), y en a d’autres qui disent que le Paulo était agacé par les tondeurs de Bamba, qui cherchaient toujours plus où moins à l’entuber sur le prix de la laine. Bref, finalement, le Paulo avait trouvé un bon plan, encore chez les Anglais mais à Leeds. Une maison sérieuse en plus : c’est le Marcel qui avait réorganisé toute la ferme là-bas, pensez donc, on en a des bons souvenirs ici du Marcel. Sauf que les tondeurs, ils l’ont jouée à l’envers pour vendre plutôt Bamba chez le Lucien, à Nice. Et alors là, là, chez le Lucien, il s’est passé un truc comme quoi le Bamba il était boiteux et que finalement ils voulaient pas l’acheter, ou alors en le payant moins cher. On était à dix minutes de la fin du marché, les municipaux commençaient déjà à faire dégager tout le monde pour que la voirie nettoie le lisier, le Paulo il a eu la pression, mais bon, comme on la lui fait pas, il a dit merde aux Niçois. Ça fait que le Bamba, il va ni chez le Lucien ni à l’ancienne ferme du Marcel, il reste chez nous, mais du coup le Paulo il est un peu ennuyé : soit le Bamba il est vraiment boiteux, et le Paulo il est pas du genre à garder une bête à trois pattes à la maison, soit il l’est pas mais dans ce cas il va falloir lui redonner du foin en espérant qu’il fasse toujours du bon gras et de la bonne laine pour être vendu plus cher à la prochaine foire aux bestiaux. Le pauvre Bamba, du coup, il a passé deux jours à faire des aller-retours dans la bétaillère, les écolos ont un peu râlé, rapport au bien-être animal et tout ça, mais bon, le Paulo il en a vu d’autres, il va pas s’émouvoir pour ça. Quand même, il s’est dit, le Paulo, dans tout ce bordel heureusement que les bestioles sont pas douées de parole, n’empêche : imagine si c’était des humains et qu’ils pouvaient donner leur avis, ça serait encore plus le foutoir.


Les joueurs

Lopez
Mbemba – Balerdi – Kolasinac
Kaboré (Gueye, 68e) – Rongier – Veretout – Clauss (Tavares, 46e)
Ünder (Sanchez, 59e) – Gerson (Guendouzi, 59e)
Suarez (Harit, 80e)


Les blessures (Payet, Gigot) et la dantesquerie du calendrier conduisent Tudor à largement remanier le 11 titulaire. Balerdi remplace ainsi Bailly dans l’axe de la défense, Kolasinac reprenant place à gauche. Sur les côtés, Tavares est ménagé : Kaboré est aligné à droite, tandis que Clauss est repoussé à gauche. Suarez est aligné en pointe, devant Ünder et Gerson.


Le match

Nous avions quitté le duo Ünder-Gerson sur une triste performance en terres brestoises, d’où naquirent de légitimes doutes sur leur capacité à s’insérer dans le système de jeu prôné par Tudor. Comme toujours depuis le début de saison et pour longtemps on l’espère, nos doutes on peut s’en faire un suppositoire camphré : Cengiz et Gerson régalent d’entrée. Après quelques échanges prometteurs, Kaboré lance le Turc sur l’aile droite, lequel pénètre dans la surface et urine sur son défenseur d’un crochet assez humiliant. L’enroulé de Cengiz en angle fermé heurte le poteau, Gerson se trouvant à point nommé pour conclure (0-1, 8e).

Pour une fois, l’OM daigne éviter de traiter Auxerre comme une tête de beuh sous un pilon, et opte pour une domination plus tranquille seulement émaillée de quelques situations chaudes (Gerson en angle fermé, Clauss handicapé à plusieurs reprises par son absence de pied gauche, Mbemba qui s’ennuie en défense et vient tirer à côté). Derrière, l’absence d’émotion est totale, bien aidée par des Icaunais peinant à hisser leur impact physique aux standards de la Ligue 1 (standards qui plus est rehaussés par Mbemba et Kolasinac, parfaits dans leurs imitations de l’armoire normande en rut).

Tavares remplace Clauss à la mi-temps de ce qui ne paraît alors qu’une formalité. Bien vite cependant, il apparaît que la gestion du match par l’OM s’avère plus délicate que lors des rencontres précédentes (lien ici, pour les lecteurtrices qui n’arrivent pas à suivre le rythme). L’impact dans les duels s’inverse totalement, si bien qu’Auxerre monopolise le ballon. Notre trio défensif pare certes toutes les tentatives, mais en s’employant bien davantage, voire en intervenant in extremis sur quelques situations slipométriques. Après un quart d’heure de ce régime, Tudor recourt aux grands moyens : exit Ünder et Gerson, en nette perte de vitesse, et place à Guendouzi et Sanchez. L’effet n’est pas immédiat, puisque nous devons retenir notre respiration devant un retour désespéré de Balerdi sur un Auxerrois partant au but, puis lors d’une tête plongeante de peu à côté. Pour autant, les changements nous apportent un plus en termes de fraîcheur autant que de tripotage de ballon. Tavares varie les plaisirs en expédiant sa traditionnelle sacoche du gauche et non du droit : le poteau repousse la tentative, suivie d’une reprise de Sanchez parée par Costil. L’OM se remet à dominer, et Luis Suarez échoue sur le gardien après un tir en pivot. Peu après, une intervention de Balerdi n’est pas loin de lui coûter un coup-franc dangereux assorti des insultes bi-hebdomadaires à sa maman, mais son geste est jugé licite : s’ensuit une contre-attaque voyant Sachez lancer Harit, lequel perce et décale Guendouzi à droite de la surface. Amine poursuit sa course et attire toute la défense auxerroise vers le but, laissant tout le loisir à Sanchez de reprendre le centre en retrait de Mattéo une main dans le slip (0-2, 80e).

Au final, malgré ce creux de seconde période bien négocié par nos défenseurs, ce samedi après-midi se déroule comme il le devrait toujours : avec trois points empochés face à un promu qui ne fait pas chier. Cela étant fait, et très bien fait, il est temps maintenant de passer un palier en nous frottant à un calendrier autrement plus compétitif.


Les notes

Lopez (3/5) : Pour l’instant, on ne peut guère le juger que sur sa capacité à ramasser les miettes.

Mbemba (4-/5) : Deux ballons aériens pas très bien jugés ont pu laisser entrevoir aux attaquants bourguignons l’espoir de se procurer une occasion. Les naïfs.

Balerdi (3+/5) : Ça te fait des dribbles sous le pressing à un contre deux, ça te fait des retours sur un attaquant qui part au but, ça te fait la défense devant la surface qui lance la contre-attaque décisive, et à chacune de ses actions ça te fait un clin d’œil en disant « ‘z’avez eu peur, hein ? ».

Kolasinac (4/5) : Une affinité certaine avec ce système de jeu lui demandant essentiellement de concasser son adversaire direct.

Kaboré (2+/5) : Une première mi-temps très intéressante et enrichie d’une passe cruciale pour l’ouverture du score. La seconde a viré à la franche galère, avec nombre duels perdus et fautes commises incitant l’entraîneur à un débranchement anticipé.

Gueye (68e) : Parfait pour calmer des Auxerrois qui commençaient à se sentir un peu trop chez eux dans leur stade.

Rongier (2+/5) : Un match honnête malgré sa tendance en deuxième mi-temps à montrer aussi peu d’autorité face aux Auxerrois qu’un professeur contractuel face aux 6e B du collège Youri Gagarine de Clichy-Sous-Bois. Finit le match en revenant sur l’aile droite aussi sûrement qu’un Balkany revient devant un tribunal.

Veretout (2/5) : Beaucoup trop brouillon, mais l’inconvénient est que ça passe inaperçu. On devrait faire comme depuis le début de saison avec les autres joueurs et l’entraîneur : dire haut et fort qu’il est nul, juste pour qu’il se mette alors à réaliser des performances qui nous feront bien fermer nos gueules.

Clauss (2+/5) : A ce niveau de non-utilisation du pied-gauche, on frise l’hémiplégie.

Tavares (46e, 3+/5) : On est obligés de rendre les joueurs qu’on nous prête ? Je veux dire, on est Marseillais, on sait faire : « Ta ponceuse à ruban ? Oui oui, je te la rends demain, faut que je la nettoie. Ah flûte, j’ai oublié, je l’avais emmenée en vacances chez ma mère, le mois prochain j’y retourne, promis. Ah, attends, ma mère a rangé tout le garage, on la retrouve plus, promis je vais passer tout le week-end à la chercher et je te la rends », enfin, bref, avec ce genre de tactique on gagne trois ans facile. Si on sait le faire avec une ponceuse à ruban on peut bien faire pareil avec Nuno Tavares, non ?

Ünder (3+/5) : Un match digne de la fusée Artemis : on entrevoit la promesse d’un retour aux plus grandes heures, mais dans l’immédiat on est encore obligé de le ranger au hangar plus vite qu’on ne le voudrait.

Sanchez (59e, 4/5) : Il est aussi difficile d’arracher le ballon à Alexis Sanchez qu’un tweet intelligent à Raphaël Enthoven.

Gerson (3+/5) : Sort en boudant à la suite d’un désaccord avec le patron quant à la durée de son DJ set. Faut dire qu’Igor Tudor n’a rien contre une heure et demi de funk, mais à condition que les clients consomment : quand la soirée patine, c’est que l’heure est venue de changer de son.

Guendouzi (59e, 4/5) : Face à des Auxerrois commençant à sérieusement faire preuve d’insolence, quoi de mieux que d’exhiber son gros banc de touche pour imposer définitivement le respect.

Suarez (2/5) : Difficile à trouver, ce qui est un peu rageant quand on pense que pendant ce temps, Milik empile les buts avec la Juventus. Avouez que vous enragez, hein, hein ? Vous n’enragez pas ? Bah moi non plus, en fait.

Harit (80e) : C’est comme s’il n’était pas parti.


L’invité zoologique : Mathias Sauterelle

Chacun, dans la naïveté innocente de ses souvenirs d’enfants, se rappelle combien il était difficile d’attraper les sauterelles au milieu des espigaous, et combien il était amusant une fois capturées de leur arracher les pattes une à une (relire Le temps des Secrets, d’Adolf Pagnol). Ce charmant insecte est donc bien l’invité approprié pour évoquer ces sautillants Auxerrois.

  • Les autres : S’envolent de dix mètres à chaque duel à l’épaule, on se serait cru dans Tigre et Dragon. Qu’ils s’aguerrissent un peu et ensuite ils pourront essayer de faire valoir leur football.
  • Le classement : Lyon et le PSG, en attendant Lens, ne commettent pas davantage de faux-pas que nous en tête du classement.
  • Coming next : Tottenham, Lille, Francfort, Rennes : l’opposition se renforce, même si ce n’est pas grand-chose à côté de ce qui nous attend en octobre-novembre.
  • Les réseaux : ton dromadaire préféré blatère sur Facebook, sur Instagram et sur Twitter. Thibault D. remporte le concours zoologique.


Bises massilianales,

Blaah

3 réflexions sur “Auxerre-OM (0-2) : La Canebière Académie ne se complique pas la vie

  1. Mbemba (4-/5) : Deux ballons aériens pas très bien jugés ont pu laisser entrevoir aux attaquants nantais…
    auxerrois non?
    on m’aurait menti?

  2. Encore une rechute. Pourtant on s’y attend. On le sait. On l’a expérimenté. Usé. Mais on y retombe. Invariablement. Un bon début de match. De belels intentions. Des duels gagnés. On craque et on se remet à espérer. A être fier. Puis l’inévitable bifle. Violente, cinglante, : un bon coup de défaite méritante dans ma gueule.

    Et puis, on hésite: changer de club ou de sexe? Ah mais attend, ça va, demain t’auras ton acade!!!!

    Merci Blaah.

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