OM-Lens (0-1) : La Canebière Académie dans la tempête

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Faut s’inquiéter, ou pas ?

Aïoli les sapiens,

Considérées séparément, nos trois défaites récentes en championnat ne sembleraient pas devoir nourrir d’inquiétude exagérée. Ajaccio ? L’accident bête et inévitable au moins une fois dans la saison. Le PSG ? On peut la mettre sur le dos de Clément Turpin, ça ne change pas de d’habitude et ça évite de se poser des questions. Lens ? Qui a vu les images du but lensois peut légitimement invoquer le coup de cul stratosphérique. L’OM pour l’instant ne renie pas son jeu mais doit faire face à un calendrier monstrueux autant que débile, l’amenant à devoir affronter une adversité relevée dans un football européen où les joueurs de haut niveau tombent comme au Chemin des Dames. En cette période de vents contraires, les objectifs restent les mêmes pendant les trois semaines qui nous restent avant la pause : se frayer un chemin au milieu du dantesque en tâchant de ne pas y perdre trop de plumes, que l’on parle aussi bien de la santé des joueurs que du classement.

Or, il faut bien reconnaître que le vaisseau spatial olympien, qui avait si fière allure sur les vidéos de crétins amusantes publiées au cours du mercato, se trouve de plus en plus malmené dans sa traversée du champ d’astéroïdes.  Entre les impacts de météorites balerdiennes, les attaques des Klingons arbitraux et les ratés du moteur à fusion plasmique, le bouclier de protection se trouve salement entamé. À cet instant du film, c’est le moment où des voix se font entendre pour demander au capitaine Igor Tudor d’essayer de tripoter un peu d’autres boutons de son tableau de commande, histoire de trouver d’autres manières d’esquiver les obstacles en ménageant son navire. Objections balayées par un capitaine nanti d’une confiance infinie dans ses hommes et son vaisseau, et qui règle derechef ses joysticks sur : « à fond » et « tout droit ». En général, tout finit par une happy end qui voit notre héros porté en triomphe pour avoir su triompher des éléments hostiles après un périple riche en péripéties. Il n’y a plus qu’à s’asseoir et profiter du spectacle.


Les Longorious Basterds 

Lopez
Mbemba – Balerdi– Kolasinac (Gueye, 22e)
Clauss (Kaboré, 79e) – Rongier – Veretout – Tavares
Guendouzi (Payet, 76e) – Harit (Ünder, 76e)
Sanchez (Dieng, 76e)

Bailly blessé, Gigot suspendu, Kolasinac revient à point nommé pour compléter une défense fragilisée. Devant, l’heure n’est pas au changement : milieu Rongier-Veretout, Guendouzi et Harit au soutien de Sanchez tout seul devant, et vogue la galère.


Le match

Ayant pu bénéficier de leur première semaine à un seul match depuis une éternité, les Olympiens s’attellent avec vigueur à leur « taper, taper, taper », se procurant une belle occasion par Nuno Tavares dès la 25e seconde. Après dix minutes d’intense domination, le martèlement quitte son sens figuré pour prendre progressivement la forme d’une belle bataille de chiffonniers. Kolasinac en est la première victime, passant tout près du carton rouge pour une deuxième semelle en deux minutes. Sead quitte finalement ses partenaires, sans que l’on sache bien si cela est dû à une blessure ou à la volonté d’Igor Tudor de s’éviter un arrêt cardiaque. Gueye entre donc au poste de défenseur gauche, ce qui illustre aussi bien la pénurie actuelle de défenseurs que la volonté de Tudor de ne rien changer à son système quelles que soient les circonstances.

Après quelques minutes délicates, l’OM se réinstalle dans le camp lensois et se procure plusieurs occasions : ciseau de Veretout hors cadre sur un centre d’Harit, percée de Guendouzi en pleine surface malheureusement avortée par sa phobie du tir, parade de Samba sur un tir d’Harit après un beau une-deux avec Sanchez, tir de Clauss au-dessus, tir contré d’Harit par manque de spontanéité, centre de Tavares manqué de justesse par Sanchez… L’OM multiplie les récupérations hautes et met la défense au supplice, mais fait montre d’un manque d’efficacité crispant.

Les toutes dernières minutes représentent un condensé de cette domination stérile : un centre de Tavares prolongé par Clauss échoit à Sanchez, seul mais qui ne parvient pas à se mettre en situation de tir avant que le gardien ne vienne le contrer. Dans la foulée, Alexis adresse un amour de ballon pour Clauss, qui reprend juste à côté. L’intensité des duels ne faiblit pas, dans un temps additionnel rendu interminable par les déboîtages dont sont victimes Gueye, Sanchez puis Tavares. A ce propos, on regrettera que ces phases de jeu obligent M. Millot à des palabres interminables avec les capitaines pour leur rappeler que ce genre de fautes ne se font pas. Pourquoi ne pas imaginer un dispositif de sanction plus rapide et intuitif, qui serait constitué – je ne sais pas, moi – de petites cartes plastifiées et colorées que l’arbitre pourrait brandir à l’intention des joueurs fautifs ? Je suis certain que M. Millot aurait aimé être doté d’une telle aide hier soir.

Un truc qui reste à imaginer aussi, c’est une astuce qui permette à Leo Balerdi de ne pas se refroidir en revenant au vestiaire. Peut-être une housse chauffante, comme pour les pneus de Formule 1 ? Toujours est-il que les Lensois reviennent en profitant des errements de notre Argentin pour se procurer des situations assez slipométriques. De manière générale, c’est l’ensemble du bloc olympien qui est malmené par des adversaires, Fofana en tête, ayant résolument choisi de ne plus subir. Dans le genre « bison qui tire tout le troupeau derrière ses charges », notre Mbemba n’a rien à envier au milieu lensois : sans rien abandonner de ses devoirs défensifs, Chancel multiplie les offensives et les situations de centre, voire de frappes, au point qu’on va bientôt finir par lui reprocher de ne pas savoir conclure les tirs que nos joueurs offensifs sont infoutus de marquer. On en veut ici pour preuve cette occasion de l’heure de jeu quand, à l’issue d’un mouvement Guendouzi-Harit, Chancel est trouvé absolument seul dans la surface mais tire droit sur le gardien. Ce qui s’avère certes plus intéressant qu’un Guendouzi, lui aussi lancé seul par Harit mais qui se refuse tout bonnement à tirer.

Alors que Lens s’avère de plus en plus menaçant, Tudor semble confirmer encore une fois son côté monolithique. L’entraîneur change ainsi tout son trio offensif, à un quart d’heure de la fin, quand bien même cette solution n’a jamais fonctionné jusqu’ici. Alors qu’il s’est escrimé pendant plus d’une heure seul en pointe pour servir des puceaux traumatisés à l’idée de frapper au but, Sanchez voit ainsi Dieng entrer non pas à ses côtés, mais à sa place. On rappellera ici ce que le peuple réclame de plus en plus consensuellement : un recul de Guendouzi au milieu, d’une part pour pimenter un peu le secteur affadi par la paire Rongier-Veretout, d’autre part pour adjoindre à Sanchez un type qui ne mouille pas ses brailles au moment de tenter un tir. Alors certes, le peuple réclame, mais le peuple est bête : c’est ce même peuple qui réclamait d’ailleurs la démission de Tudor avant même le début du championnat (ce qui n’est pas notre cas, car nous avons toujours fait confiance à notre entraîneur, faut-il le rappeler). Loin de nous cependant la cuistrerie d’apprendre son travail à un entraîneur de haut niveau : il s’agit simplement ici de suggérer humblement que, lorsque les mêmes choix aboutissent aux mêmes échecs, il serait peut-être de bon aloi de tenter d’autres solutions plutôt que de s’y entêter.

On passera ici rapidement sur l’apport conjugué des entrées de Payet, Ünder et Dieng, puisque cet apport s’est avéré nul. Surtout, après une première alerte évitée par Lopez, la poisse se charge de sanctionner sans pitié nos mauvais choix et notre manque d’adresse : Pereira Da Costa élimine trop facilement Rongier et tente une improbable frappe de 30 mètres, qui a le malheur de trouver sur sa route notre Pierre Richard local. Avec n’importe quel défenseur central, le ballon aurait été contré droit devant, ou en corner, voire sur le poteau pour les cas les plus extrêmes, mais non, avec Balerdi il faut forcément que le surnaturel intervienne : le ballon part en cloche et vient se glisser pile dans le minuscule espace existant entre le gant de Pau Lopez et le dessous de la barre transversale (0-1, 78e).

 En guise de révolte, les Olympiens déjà atteints physiquement passent le dernier quart d’heure à soupirer « eh mon vier encore, tiens », se contentant d’occuper le temps en ratant des contrôles. Le match se clôt sur une défaite hautement improbable certes, mais notre troisième défaite d’affilée tout de même. Les circonstances vont obliger Igor Tudor, comme on dit, à la jouer fine : comme il l’a lui-même souligné, il n’est pas question de renier ce qui fonctionne (la défense à trois – si tant est qu’il nous reste trois défenseurs valides cependant, le pressing haut, le jeu dans les couloirs), mais il est aussi important de ne pas fermer les yeux sur ce qui nous plombe (Sanchez et Guendouzi soit mal employés soit mal entourés, un milieu gentillet, l’incapacité à tenter d’autres schémas quand le match nous échappe).

Malheureusement, le temps manquant pour travailler sur la durée, il est à parier que le « taper, taper, taper » restera notre seule arme au moins jusqu’à la trêve de novembre : il ne nous reste qu’à prier pour qu’un bon docteur guérisse nos attaquants de la butophobie qui semble s’être emparée d’eux au pire moment.


Les joueurs

Lopez (3-/5) : Un point Yohann Pelé pour ce but encaissé au milieu de la cage. Le lui reprocher serait peut-être un tantinet sévère : s’il doit se mettre à se méfier de Balerdi même quand Leo se trouve à vingt mètres du but, il va finir en burn-out.

Mbemba (4-/5) : Il ne lui manque que l’efficacité en situation d’avant-centre. Une fois qu’il l’aura, on pourra se passer des neuf autres joueurs de champ.

Balerdi (2/5) : Vous vous souvenez de la déesse Erzulie et du sort de titularisation éternelle d’André-Frank Zambo Anguissa ? Bah apparemment c’est Isaak Touré qui a récupéré le grimoire, avec tout un stock d’incantations et d’épingles. Les articulations de Bailly transformées en polystyrène ? le vaudou. Kolasinac qui revient de blessure et se pète en 20 minutes ? le vaudou. Balerdi qui n’est jamais aussi poissard que quand il essaye d’arrêter d’être nul ? Le vaudou. Je serais Tudor, je titulariserais rapidement Touré : je m’en fous qu’il ne soit pas au niveau ou quoi, mais là il y a des forces surnaturelles à apaiser de toute urgence avant que les choses ne tournent vraiment mal.

Kolasinac (2-/5) : Deux fautes de mammouth mieux supportées par l’arbitre que par ses propres muscles.

Gueye (3-/5) : Joue les utilités sans éclat mais sans catastrophe non plus.

Clauss (3-/5) : CADRE, PUTAIN. Sorti de ça, c’était pas mal.

Kaboré (78e) : Hop, encore quelques kilomètres marqués sur son livret de conduite accompagnée.

Rongier (2+/5) : On peut se demander comment son homologue Pereira Da Costa a fait pour avoir autant de chance ? Eh bien Valentin, c’est bien simple : il a facilement éliminé son adversaire direct et il a tenté un bon tir. C’est un peu comme au Loto, 100 % des gagnants ont tenté leur chance.

Veretout (3+/5) : Dans toutes les mauvaises séries, il y a toujours un type qui, à contre-courant de ses coéquipiers, se révèle très intéressant sans que l’on sache si c’est son niveau qui s’améliore, ou s’il paraît juste moins nul en comparaison. En tout cas on a vu de l’impact, des projections, peu de pertes de balle. Si l’on n’avait pas pleuré sur la comparaison avec ce que peut faire Seko Fofana en face, on aurait même pu se dire satisfaits.

Tavares (2+/5) : Oui, je sais, tu travailles dans un pays dont certains habitants n’ont toujours pas compris qu’Emmanuel Macron était de droite après deux mandats. M’enfin, c’est là que tu vois que les défenseurs de Ligue 1 sont moins cons que le Français moyen, quand même : eux, tu les as entubés deux fois avec ta frappe du droit en début de championnat, ça a suffi pour qu’ils comprennent. Tout ça pour dire qu’il faudrait voir à ne pas s’obstiner dans les mauvais choix, en fait.

Guendouzi (2+/5) : Vous avez aimé The Guendmaster I, où le jeune Mattéo distribuait les coups de savates dans les bas-fonds de la cité de Lah-Lig-Un. Vous avez adoré The Guendmaster II, où Mattéo faisait l’apprentissage de la sagesse en apprenant l’imperturbabilité face aux singes-arbitres célestes de la Montagne sacrée du Dragon. Vous allez adorer The Guendmaster III, quand Mattéo se trouve confronté au défi suprême de devoir vaincre ses terreurs ancestrales et de conserver la voie sereine du TaiChi, seul face à son ennemi de toujours : le but.

Payet (76e) : Entré trop tard, ou pas à la place du bon joueur, ou je ne sais pas quoi mais en tout cas il n’a servi à rien.

Harit (3/5) : Dans un autre monde pas si différent nous aurions explosé Lens avec un 3-0 acquis à la pause, et le jour de repos d’Amine serait consacré à se remettre des fellations prodiguées par toute la ville.

Ünder (76e) : A l’instar de Gerson, il semble pour l’instant condamné à errer entre le banc de touche et des quarts d’heure de néant absolu sur le terrain. Le pire réside dans cette impression qu’il pourrait en être ainsi toute la saison sans que ça ne gêne personne.

Sanchez (2+/5) : Manque le fifrelin d’adresse ou d’énergie nécessaire à convertir ses propres situations de tir, peut-être émoussé par le fait de devoir se battre comme un crasseux pour adresser des passes décisives à des types qui ne savent pas marquer. Faudra voir combien de temps il tiendra à ce régime, lui aussi.

Dieng (76e) : A parfaitement respecté l’usage consistant pour les remplaçants olympiens à se montrer d’une inutilité absolue.


L’invité zoologique : Franck Haiserisson

Le hérisson est un auxiliaire indispensable de nos jardins, qu’il débarrasse de ses nuisibles tout en apportant une touche mignonne au paysage. N’ayons pas peur des mots, le hérisson est un allié, voire un ami. C’est juste au moment de le prendre dans ces bras qu’on se rend compte qu’elle pique sévèrement, cette saloperie, en fait.

  • Les autres : Une combativité de tous les instants et un gardien en grande forme, c’était largement suffisant devant la maladresse de nos attaquants pour repartir du stade avec un point. Si on y ajoute la chatte monumentale, ça touche le jackpot.
  • Le classement : Lens s’échappe à 4 points, Monaco et Rennes nous talonnent. Nous sommes clairement dans le creux de la vague, à nous de ne pas y sombrer.
  • Coming next : Francfort, Strasbourg, Tottenham, Lyon, Monaco. Comme dirait l’autre, on se reposera quand on sera morts.
  • Les remerciements : La Canebière Académie remercie chaleureusement Babas, sans qui nous n’aurions pas pu assister à cette défaite dans d’aussi bonnes conditions de visionnage.
  • Les réseaux : ton dromadaire préféré blatère sur Facebook, sur Instagram et sur Twitter. Homerc remporte le concours zoologique.


Bises massilianales,

Blaah

1 thought on “OM-Lens (0-1) : La Canebière Académie dans la tempête

  1. Tu vas sortir le lapin qui encule pour le match contre Eurofaible?

    (je sais que oui mais bon, je sais pas vraiment, hein?)

    PS: le lecteur attentif trouvera dans ces trois lignes un jeu de mots d’une telle finesse qu’il justifierai à lui seul le blocage de mon IP.

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