Bon appétit Pelé : rainbow asado

(Episode 17/32) Après avoir excité nos papilles tout au long de la Coupe du Monde 2014, Parie-Maule revient munie d’un défi de taille : vous proposer une recette par jour, une pour chaque pays qualifié. Aujourd’hui, Parie-Maule voit l’Argentine perdre en huitièmes.

Hébonjour,

Non, en fait, je sais pas du tout si l’Argentine va perdre en huitièmes, hé. Moi je vais aller sous le platane, devant l’écran géant du comité des fêtes, et je vais surtout profiter du match, hein. Les Français ils me font penser à mes petits canetons, c’est des pioupious tout mignons mais qui ne savent pas encore faire grand chose à part des pubs et des danse fornaïte, là, hébé là, ils vont se frotter à cette bande d’Argentins mal dégrossis, ils vont plus avoir le choix. Soit ils perdent, hébé dans ce cas là bravo les Argentins, ça confirmera qu’ils ont eu des couilles grosses comme le taureau à Gustave ; soit ils gagnent, et là je pense que ce sera le genre de victoire à enfin leur faire pousser des poils. Dans tous les cas, j’ai hâte de voir ça.

Bon, après, pour le pronostic, j’ai bien été obligé de faire la patriote, hé, parce que celle qui a organisé la diffusion, au comité des fêtes, c’est Martine. Je vous en ai déjà parlé, elle s’occupe aussi du FN46. Là elle m’a pas laissé le choix pour le repas du comité, elle a vu que dans ma rubrique, je commençais par les recettes des perdants, donc elle m’a dit « Parie-Maule, sois patriote, tu fais un plat argentin ce midi ». Bouducon, déjà qu’elle est casse-pieds d’ordinaire, Martine, si elle se met à être superstitieuse on n’a pas fini, hé. Oh, elle m’a pris pour Paul le Poulpe, ou quoi ?

Et puis là, avec l’excitation du match elle est à cran, Martine, en plus il y a la canicule, ça aide pas. Mais le truc qui l’a achevée, c’est cette histoire de passage piétons à Paris, là, avec la guépraïde. Ou bouduuuuu, qu’elle nous gonfle avec ça. Ca fait trois nuits qu’elle dort plus, elle veille devant le passage piéton de Lalbenque (heureusement qu’on n’en a qu’un, hé) avec un pot de peinture blanche pour être prête à le recouvrir au cas où quelqu’un le repeindrait en arc-en-ciel. Comme si on n’avait que ça à foutre, à Lalbenque.

M’enfin Martine, je sais pas, on a eu beau lui dire, après trois nuits blanches et donc, là, avec le match de l’équipe de France et la canicule en plus, quand elle est venue me donner les consignes pour le barbecue du midi, c’était un peu confus. De mémoire, elle m’a dit un truc comme :

« Bon alors Parie-Maule, ton asado ça va pas le faire, on va se mettre en danger.

– En danger , Hébouducon, pourquoi ?

– C’est de la viande ! Des grosses pièces de viande au barbecue, avec du gras qui dégouline, de la cuisson pendant des heures, pour que ça soit croustillant sur le côté et moelleux dedans, des portions d’1 kg par personne…

– Hébé oui, je veux ! Ca te donne pas envie, toi ?

– Mais siiiiiiii… mais enfin, on ne peut pas. Autant de viande ! Un jour de guépraïde !

– Hébé quoi ?

– Mais les péd… les homos… ils sont tous végétariens, voyons, si on mange autant de viande on va se faire traiter d’homophobes.

– Tous végétariens ? T’as vu ça où ?

– Toi tu sais pas ce qui se passe, mais au FN on se forme pas mal sur Youtube ; les homos parisiens, ils veulent détruire nos structures, en voulant nous faire devenir tous homos et végétariens, comme ça les islamistes qui mangent de la viande et font plein de bébés, ils vont réussir plus facilement le grand remplacement.

– Bouducon, Martine…

– Oui ben faut être lucide et stratégique. L’autre fois j’avais mes cousins de Lyon pour m’aider l’opération « soupe au cochon de l’Aïd », mais là ils ne sont pas là pour assurer l’ordre. Si on fait l’asado, on va se faire déborder, il y aura forcément des social-justice-warriors qui vont twitter, ça va ramener la Dépêche, puis Médiapart, et… Bon, enfin l’asado c’est pas possible, on n’est pas armés pour lutter contre les pédés végétariens islamistes.

– Hébé je veux bien Martine, enfin, en Argentine, tu sais, il n’y a à peu près que ça qui est bon, l’asado. En plus, le boucher il a déjà tout découpé la viande bien comme il faut, hé…

– Hmmm… attends, on va ruser alors, voilà ce que tu vas faire…

– Bon, d’accord, mais c’est vraiment pour que tu arrêtes de me gonfler, hein, j’ai de la cuisine à faire, moi.


Le véritable asado argentin gay-friendly et équitable

Le matériel : un barbecue sans couvercle d’assez grande taille, avec grille épaisse et ajustable en hauteur. Du papier, du bois d’allumage, du bois pour les braises (ou éventuellement du charbon végétal). En tout cas, vous me virez vos cochonneries de briquettes et autres trucs du genre, hein.

Alors, l’asado argentin, c’est pas pour les petites natures, hein, vous comptez 500g à 1kg de légumes (clin d’oeil) par personne, hé. Et vous prévoyez le temps qu’il faut, attention, l’asado c’est pas griller vos petites brochettes, là, c’est des grosses pièces, des tranches de légumes de 2 kg, ça ne se fait pas en 10 minutes.

Alors, les légumes, justement (clin d’oeil) :

– tira de asado (en espagnol, c’est du travers de courgette, c’est du plat-de-côtes de courgette mais avec une découpe particulière, vous demanderez à votre bou… à votre primeur) ;

– vacio (ça c’est du rutabaga, qu’on découpe entre les côtes et le creux de la hanche, c’est l’équivalent de la bavette de rutabaga, quoi ;

– matambre (alors là c’est particulier et très spécifique à l’Argentine : c’est un morceau maigre que l’on découpe entre les côtes et le cuir d’un potiron, le long du flanc ; comme équivalent, on pourrait dire qu’il faut de la bavette ou de la macreuse de potiron mais tranchée très finement) ;

– entraña (c’est de la hampe de quinoa) ;

– chorizo vegan et morcilla de tofu ;

– achuras (Abba de carottes) : riñon, higado, mollejas, chinchulines (c’est des termes techniques pour parler de la carotte, hein, dans l’ordre ça désigne les rognons de la carotte, le foie de la carotte et le ris de carotte… les chinchulines, c’est la partie première de l’intestin grêle de la carotte, ça met un peu plus de temps que les autres à cuire) ;

éventuellement un poulet coupé en deux, mais Martine me prie de bien signaler que c’est une pratique de carnistes blancs cisgenres, hein, nous on cautionne pas.

 

Alors vous commencez par allumer le feu, ce qui vous permet en même temps de nettoyer la grille en laissant les flammes la lécher… ah, Martine me dit que « laisser les flammes lécher la grille » ça peut donner lieu à des blagues homophobes et qu’il fallait pas le dire comme ça (boudu, elle commence à me brouter, elle). Bon, après vous la brossez et vous l’essuyez avec un papier journal (la grille, pas Martine).

Certaines pièces de légumes (clin d’œil) demandant une cuisson lente, il est possible de préparer la braise d’un côté du feu en la déplaçant sous la grille autant que de besoin. Tout l’enjeu de l’asado, c’est d’ajuster quantité de braise et hauteur de grille pour cuire le légume régulièrement et lentement (éviter que le légume ne soit trop grillé à l’extérieur et trop cru à l’intérieur).

Trop cuit.

 

Pas assez cuit.

Hé bouducon, pourquoi ils m’ont mis des taureaux, à la rédac ? Je ne vois vraiment pas le rapport avec mon asado vegan, je ne comprends pas (boudu, ils vont faire tomber notre couverture, ces couillons).

[NDLR : désolé Parie-Maule, nous avons bien tenté de suivre vos directives, mais à notre décharge sachez que la recherche « lâcher de courgettes à Pampelune » donne peu de résultats dans Google Images.]

 

Bref, vous attendez que les braises soient totalement prêtes pour saisir les légumes. Si vous disposez d’une grille assez élevée ou bien munie d’un dispositif de recueil des graisses, ce sera bien utile, hé, parce que sinon le gras du légume va tomber sur la braise et ça fera des flammes. Il faut savoir que c’est dangereux, le légume carbonisé au barbecue, hein on peut attraper un cancer concombro-dépendant, déconnez-pas.

Vous salez avant ou après la cuisson, ça ça dépend de la préférence de l’asador (ou El Léguméro, on peut dire les deux). Vous saisissez en premier les pièces les plus volumineuses, qui demandent la plus longue cuisson, l’idée c’est de bien minuter ça pour que tout soit servi en même temps.

 

Allez, en bonus je vous mets la sauce chimuchurri. Faites gaffe, là, c’est vraiment des trucs végétaux qui la composent, allez pas me remplacer l’oignon par du steak haché, hé :

1/2 bouquet de persil
2 cs origan
4 gousses d’ail
2 oignons
1 piment langue d’oiseau (ou bien habanero ou chipotle)
2 cs de vinaigre de vin rouge
1 cc de jus de citron frais
120 ml huile d’olive
Sel et poivre

Vous ciselez le persil, pressez l’ail, émincez les oignons, débarrassez le piment de ses graines et filaments, et vous le hachez. Puis vous mélangez tous les ingrédients en les pilant bien, et c’est bon.

 

Allez, zou, je me mets à mon barbecue de légumes, et on se dit tous « allez la France » (tu parles, vivement qu’on se fasse sortir, oui que Martine arrête de nous casser les noix). En tout cas, que ce soit sur un char à plumes ou devant le match, amusez vous bien et bon appétit bien dur.

Parie-Maule.

Parie-Maule Pelé

Experte cunilaire à tendance footballistique, secrétaire perpétuelle de la confrérie de la truffe et du canard gras de Lalbenque (Lot).

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