Diaby, à bout, et Diarra, las, prennent leur retraite

Abou Diaby s’en est allé. La tête a fini par dire stop, des années après son corps. Bien des choses pourraient être dites sur ce superbe joueur, l’un des fers de lance de la génération dorée 86-87. Il a un an de plus que la grande génération d’enfants talentueux qui se sont ridiculisés progressivement pour diverses raisons, aussi bien sportives qu’extra-sportives. D’ébats tarifés, de locations de mineures, d’escroqueries en tous genres, de choix sportifs sans aucun sens, de performances déclinantes après 22 ans, Abou Diaby aura échappé à tout cela et aura entretenu l’espoir à chaque retour furtif. Sans en être jamais un. Personne ne doutait de son talent et ses leçons de foot dans ses grands soirs laissent forcément un goût d’inachevé. Il était une étoile que chaque esthète aurait aimé voir davantage, en finale de ligue des champions 2006, en équipe de France, même à Marseille.

Abou Diaby a perdu l’envie d’y croire et il faut saluer l’état d’esprit du bonhomme qui y a cru plus longtemps que tout le monde, plus longtemps qu’humainement acceptable. Sans club, sans certitude, sans soin, Il a pris une retraite qui, si elle n’est pas entièrement méritée, est au moins bienvenue en officialisant une situation déjà acquise. Il sera difficile de trouver une personne pour en dire du mal, qui ne saluera pas les efforts réalisés. Et pourtant il n’aura rien gagné de significatif, aura une moyenne d’une dizaine de matchs par saison. Rien d’un éternel espoir, ses blessures seront de régulières résignations, d’un acharnement rare pour lesquelles les moqueries sont devenues des rires jaunes avant d’être des étonnements et au final une situation normale où ce sont les matchs joués qui devenaient des réjouissances gâchées par la question insidieuse « mais combien de matchs jouera-t-il ? ». Ce sort funeste aura deux conséquences pour la postérité : jamais son état d’esprit ne sera plus remis en question, la puissance du destin était trop forte ; et enfin il sera oublié par les annales et deviendra une sorte d’objet phantasmatique pour ceux qui l’ont vu jouer, une sorte de José Touré. On mettra des « si » et on finira par dire « c’est dommage quand même ».

C’est exactement le contraire de l’autre retraité de la semaine : Lassana Diarra, un peu plus vieux, un peu plus solide et beaucoup moins aimé. Un gros talent, plusieurs poumons, une hargne rare et surtout une confiance en soi inébranlable. Du Havre à Chelsea, à Arsenal où pas content il signe de manière incompréhensible à Portsmouth, puis Madrid, puis la Russie, puis des ennuis de contrat, puis Marseille, puis Paris. Il aura gagné une dizaine de titres dans trois pays, le double de sélections de Diaby, mais il sera parti de son club à chaque fois, au moins en froid, au pire en guerre ouverte. Il est intéressant de voir que dans chacun où il est passé, son nombre de matchs lors de la saison avant son transfert dépasse rarement la dizaine (allez ok 12 avec Portsmouth mais 0 avec Chelsea, 2 avec Madrid, 4 avec l’Anji, 3 avec le PSG). Joueur de tempérament, joueur en confrontation avec la terre entière, direction, coéquipiers, supporters, Diarra restera également comme un grand joueur immature, individualiste dans le vestiaire qui aura fait passer son intérêt personnel avant tout. Bien sûr, c’est une industrie qui favorise ce genre de comportement, mais dans le domaine purement sportif, on essaie de garder un semblant de priorité pour l’intérêt de l’équipe, lui non. Une fois qu’il a décidé qu’il en avait marre, il devenait un vrai problème d’égo à gérer. Le mieux aura été de l’écarter régulièrement du groupe en attendant la prochaine fenêtre de tir pour le dégager définitivement de l’effectif. Tout aussi triste que Diaby.

Il y a des semaines où des pages se tournent, où le temps fait son travail de manière un peu brutale. Il faut profiter du chant du cygne d’une génération qui n’aura pas su grandir correctement : des corps trop fragiles, des esprits puérils, des caprices d’enfants gâtés, des délits de sale gueule aussi. Ribéry étale ses états d’âme dans l’Equipe, et c’était intéressant, et oui le ballon d’or 2013 était évidemment pour lui. On offre un reportage hagiographique à Nasri à la télé. Benzema clame son bonheur tout en progressant doucement mais surement dans la hiérarchie très sélective des meilleurs buteurs de l’histoire du Real, Gourcuff finit de couler, Ben Arfa s’offre dans la même semaine un baroud d’honneur en Europe avec Rennes et une exclusion du groupe en championnat, magie schizophrénique, et Diaby, et Diarra. Ne nous le cachons pas, sous couvert de beaucoup de choses positives et de nombreux éloges, l’agonie de cette génération nous permet de poser un lourd couvercle sur les errements de la sélection entre 2008 et 2012. Dans quelques années nous aurons oublié, dans quelques années nous sauterons de 2006 à 2014. Dans quelques années, cette génération sera le souvenir brumeux un peu coupable d’une gueule de bois mal gérée. Cela ne veut pas dire qu’il n’y aura eu que des mauvaises choses.

Frantz-Christophe Van Dustgroski

Je travaille pour un employeur fantôme et ce n'est pas un emploi fictif. Je parle comme je veux de ce que je veux quand je veux. Tu n'es pas obligé d'aimer. Tu n'es pas obligé de lire. Tu es obligé de savoir que je suis là

4 Comments

  1. Mes félicitations pour ce titre que je vais m’empresser de balancer à mes collègues (en affirmant que c’est moi qui l’ai trouvé bien sûr).

    Bel article également.

    Bisous

  2. Bel article, avec une conclusion sur cette période 2008-2012 qui tapé juste.

  3. Bel article, merci
    Découvert grâce à J Latta sur les CdF, qui propose une variation sur le même thème.

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