FONDEMENT (cycle postérieur) : Épisode huitième

Épisodes précédents : 1234567.

Taffarelle était maintenant installée à une table et avait devant elle une grosse miche de pain et de la saucisse froide. Yannig lui avait servi, dans un grand verre, de la bière fraîche. Elle avait souvent entendu parler de ce breuvage, mais jamais elle n’avait eu l’occasion de le goûter. C’était un délice, le froid venait apaiser la sécheresse que des jours de marche avait déclenchée dans sa gorge. La saucisse et le pain furent, eux, de prompts renfort dans la lutte que son estomac avait engagée contre la faim.

Yannig souriait des quelques dents qui lui restaient. Elle ne l’avait pas vu depuis son enfance.

— Tu ne peux pas savoir comme ça me fait plaisir de te voir, mon petit soleil.

Elle se souvenait que c’était ainsi qu’il l’appelait. Mon petit soleil.

— D’où ça vient, ce surnom ?

— Tu souriais tout le temps gamine. Rien ne pouvait attaquer ton bonheur. Même quand ton père a disparu, tu as continué à sourire. J’étais heureux tous les jours de voir que le soleil continuait à se lever sur cette terre damnée. Et j’étais heureux de te voir te lever avec ton sourire magnifique. Alors je t’ai appelée comme ça.

— Et moi, pourquoi je t’appelais « Yaya » ?

— C’était le surnom que m’avait donné ton père.

Ils se turent un moment. Il habitait un petite maison située au fond du village, cachée par le reste des habitations, sûrement à dessein. Yannig était un homme recherché par la Fédérafion, Taffarelle ne savait pas vraiment pourquoi. Une chose était sûre, il faisait partie de la liste des ennemis les plus dangereux de la Fédérafion. Liste qui était affichée en grand dans toutes les casernes de toutes les milices appartenant à la Ligue. Elle avait eu des échos similaires dans les autres territoires, Bitannia notamment.

Yannig n’était pas un homme qui s’étendait en paroles, il fallait profiter des quelques lampées que la source donnait avant qu’elle ne se tarisse. Mais Taffarelle n’avait pas le temps de dompter l’économie de mots de son vieux protecteur.

— Louis est emprisonné dans un des bastions de la Coalition. Je ne sais pas lequel mais il faut absolument le libérer.

Yannig s’était levé et avait enveloppé le pain dans un grand torchon qui devait avoir été blanc. Ses yeux se perdaient dans le vague.

— Ton frère n’est plus ici. Ils l’ont transféré.

— Quoi ? Quand ?

— Il y a quelques jours.

— Mais où ?

— Certainement à Sion. Ils ne sont plus très loin de la vérité, tu sais.

Taffarelle réfléchissait à tout vitesse. Si Louis était enfermé à Sion, alors les chances de le revoir vivant devenaient presque infimes.

— Sion… personne ne peut pénétrer dans le Nome central, c’est impossible.

— Il y a des gens qui le peuvent, pourtant.

— Qui ? Pas de l’Analternance en tout cas.

— J’ai contacté de vieux amis qui ont… disons des capacités que vous n’avez pas.

La capacité de Yannig à parler en énigmes la faisait, petite, souvent rire. Mais la Taffarelle adulte, désespérée, inquiète pour la vie de son frère, ne la supporta à cet instant pas du tout. Elle se mit à crier.

— Ne peux-tu pas être clair, pour une fois, Yaya ?

Il leva son visage usé par les années vers elle. Elle y reconnaissait le Yaya d’avant, celui qui la prenait dans ses bras et la faisait sauter en l’air, celui qui subissait sans broncher ses blagues, celui qui lui avait appris à se défendre contre les autres enfants. Elle revit dans un tourbillon les rassemblements de son père avec ses amis, les rires, les chants, les danses, les jeux.

— Je devrais avoir des nouvelles dans pas trop longtemps. Mais Louis devrait, à l’heure qu’il est, être libre. Et certainement que les copains de la Dhjïade l’ont réceptionné et recueilli.

— Qu’est-ce que tu as dit ? La Dhjïade ?

Pierre-Issa Kasimov

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