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Carragher de l’espace

Samedi 18 mai 2013

A 35 ans, Jamie Carragher prend sa retraite sportive. Des mots simples mais si lourds qu’ils martyrisent le cœur fier des Scousers. Pourtant, cette info n’aurait pas dû faire plus qu’un entrefilet dans les pages sports du Guardian. En effet, peu nombreux étaient les observateurs il y a 20 ans à prédire une grande carrière au Big Jamie, encore moins à lui voir un statut de légende vivante à Liverpool, club mythique qui a toujours vibré pour les techniciens comme Dalglish et Barnes, les buteurs Rush, Owen, Fowler et des défenseurs élégants comme Molby et Hansen.

Et pourtant, des millions de fans des Reds à travers le monde vont regretter ce dimanche 19 mai car Jamie portera le brassard et le fameux all red kit pour la dernière fois. Carra représente une certaine idée du football anglais, celle de l’amour du sport et du tacle, celle de l’amour pour son club à en connaître son histoire sur le bout des doigts, celle d’un besogneux prêt à se briser la jambe plutôt que prendre un but. Carra c’est aussi l’image d’une abnégation poussée à son paroxysme un soir de mai 2005 à Istanbul qui le fit entrer dans la grande histoire du Liverpool Football Club.

Carragher en 1997

Carragher en 1997

J’aurai pu vous faire une hagiographie dithyrambique de douze pages sur le destin de ce pur produit de Liverpool mais ce n’est pas ma spécialité. Non, ce texte est juste une déclaration d’amour. Ceci dit, un peu d’histoire pour les plus jeunes d’entre vous ne fait pas mal, alors voici en condensé ce que vous trouverez si vous cherchez sur les internets, bande de vauriens.

Ay La!

Jamie Carragher a grandi à Bootle dans la banlieue de Liverpool et supporte dans ses jeunes années l’autre club de la ville, celui qu’est tout moche en bleu, avant de vite se rendre compte de son erreur. Il signe sa première licence au LFC en 1990 (à 12 ans). Je vous dirai bien qu’il brise son premier tibia l’année suivante mais en fait on en sait rien, et on ne rigole pas avec ces choses-là encore que si c’est Neymar ou Rigobert Song…

Bref, Jamie fait ses classes au sein de l’Academy des Reds (la vraie, pas celle d’Horsjeu.net, sinon il serait gras du bide) à une époque où personne ne s’intéresse aux gamins, contrairement à aujourd’hui où les jeunes de 16 ans sont sous les feux des projecteurs et gagnent déjà plusieurs milliers d’euros (ou de pounds) chaque mois.

Il remporte la coupe la FA Youth Cup (équivalent de la Gambardella) en 1996 au sein de l’équipe emmenée par le surdoué Michael Owen. Dans le même temps, Jamie et son humour s’exporte au sein des sélections anglaises de jeunes. Il bat à l’époque le record de sélections en U21 (27 sel. ) puis fait ses débuts avec l’équipe pro à l’âge de 18 ans en janvier 1997 en Coupe de la Ligue. Le même mois, comme un anti-symbole, il marque un joli but de la tête sur corner pour son premier match à Anfield. Le genre de bonheur qu’on oublie pas puisque Jamie n’a marqué que 4 buts en tout et pour tout dans sa carrière.

Jamie qui ?

Il va sans dire que Jamie grandit dans l’ombre des stars de Liverpool occupant le rôle obscur d’arrière latéral pas offensif (à droite comme à gauche), de défenseur central, voire de milieu défensif. Carra mûrit patiemment grâce, il faut bien le dire, à Gégé Houllier qui n’hésite pas à lui faire signer un nouveau contrat en 2003 alors que Jamie a la cheville en vrac. Il faut dire que la saison 2000-2001 l’a vu participer à la conquête du Treble (triplé FA Cup, League Cup, UEFA Cup), sans oublier le Community Shield et la Supercoupe d’Europe dans la foulée.

Carra avec la coupe de l'UEFA, juste devant un jeune inconnu. Si quelqu'un a son nom je suis preneur.

Carra avec la coupe de l’UEFA, juste devant un jeune inconnu. Si quelqu’un a son nom je suis preneur.

Malgré cela, personne ne parle vraiment de Jamie. Pire, avec le recrutement de Steve Finnan et de John Arne Riise, sa place dans l’équipe est menacée. Mais sa régularité et sa polyvalence jouent pour lui et il reste encore et toujours dans le XI de départ.

We are all dream of a team of Carraghers

Le mois d’aout 2004 est un tournant majeur dans sa Carrarière. Deux éléments conjugués vont permettre à Jamie d’être enfin mis en lumière. Houllier est remercié (viré quoi, mais en disant merci) et papa Benitez lui succède. A cela s’ajoute le départ de Michael Owen à un an de la fin de son contrat.

D’abord, Rafa replace définitivement Carra dans l’axe de la défense aux côtés d’un joueur aussi fantastique d’intelligence que Sami Hyypia. Très vite, ces deux joueurs forment un axe central d’une grande solidité malgré pour l’un et l’autre des problèmes de vitesse de course (on leur a assez souvent reproché, comme un symbole de Laurent Blanc).

D’autre part, les Scousers sont abattus après le départ de leur attaquant vedette, ballon d’or, formé au club, héros national, parti joué les galactiques au Real. Finalement, ils sont en fait prêts à célébrer Carragher, le véritable Local Hero, un mec élevé à la dure, un travailleur, un mec comme eux.

Dans son rôle de défenseur central, Carra s’épanouit et devient enfin le vrai patron de la défense. Hurlant sur tout ce qui oublie de se replacer (Arbeloa, si tu me lis…), il accède enfin au statut de star. La saison 2004-2005 se termine par une finale de Ligue des Champions d’anthologie qui consacre le mental d’acier de Jamie Carragher.
Dominés par le talent des Milanais, Liverpool est mené logiquement 3-0 à la mi-temps. Une réorganisation tactique magique de Benitez plus tard, les Reds de Steven Gerrard sont revenus au score au terme des 90 minutes. Miracle après miracle, les Reds résistent aux assauts milanais pendant les prolongations. Les images qui resteront (en plus des arrêts miraculeux de Dudek face à Shevchenko) seront celles d’un Carra perclus de crampes, coupant les centres un à un, hurlant de douleur, puis se relevant lentement avant de se replacer et de gueuler sur ses coéquipiers. Et il a tenu, tenu jusqu’à  la séance des tirs aux buts, à bout de forces.

Gerrard et Carra entraient ce jour-là dans la grande histoire des Reds en ajoutant une cinquième Ligue des Champions au palmarès du club.

Five times ! We won it five times !

Five times ! We won it five times !

Nombre de matchs

Ce dimanche, Carra va disputer son 737è match sous le maillot des Reds, soit le deuxième plus grand total pour Liverpool, derrière Ian Callaghan (857).

Palmarès

FA Cup : 2001, 2006

Coupe de la ligue : 2001, 2003, 2012

Champions league : 2005, finaliste en 2007

Coupe de l’UEFA : 2001

Supercoupe d’Europe : 2001, 2005

Mademoiselle Wide, même pas 2 ans, et des goûts déjà très surs en matière de football

Mademoiselle Wide, même pas 2 ans, et des goûts déjà très surs en matière de football

 

De l’or 23 Carra

Alors voilà, Carra s’en va. Si personne ne pleurera son accent Scouse incompréhensible (il est engagé par Skysports la saison prochaine comme consultant télé, un comble), les fans ont peur que son départ soit une perte importante dans l’état d’esprit « scouse » de l’équipe. Si Jamie est un mec très drôle en dehors du terrain (enfin il faut aimer son humour), il reste un symbole du travail et de la rigueur aux entrainements. Dans une équipe rajeunie, son départ est problématique pour Rodgers qui a essayé de la retenir une saison de plus.

Liverpool prépare un adieu simple, sans feux d’artifices à la fin : pas de ça avec Carragher. Personne n’est plus grand que le club. Cet adage, ça fait longtemps que Jamie l’a compris, lui qui est tombé amoureux de ce maillot rouge à l’adolescence. Il sera fêté comme le serviteur fidèle et loyal qu’il a été. Il partira avec humilité, dignité, fierté et le sourire aux lèvres. Comme un scouser.

Vous avez le droit d’être triste de son départ, mais pas lui. N’attendez pas de lui une ribambelle de larmes au moment de sortir du terrain. Partir, c’est dans l’ordre des choses. Alors si vous voulez lui rendre hommage, levez-vous, serrez votre poing et agitez le en criant avec une grosse voix : COME ON LIVERPOOL !

You’ll never walk alone, Jamie la’

JustWide

 

BONUS VIDEO

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Vos commentaires (vous pouvez créer votre gravatar en cliquant ici)
  • Rhinit Michuls dit :

    Une autre image forte, son dernier sprint lors de la séance des pénos pour sauter sur Dudek et célébrer la victoire. Il avait couru plus vite que tout le monde sur le coup. Magique.

  • SeignorGaétano dit :

    Merci @JustWilde, pour cet hommage à Jamie Carragher, un joueur qui m’a fait encore plus aimer le foot et Liverpool FC. Au delà de ses hurlements et de ses tacles, c’est un certain type de joueurs qui vient à disparaître de la planète foot. Des mecs qui ont pas forcément le talent au départ mais qui à force bosser et de vomir leur envie réussissent, comme un symbole de Carragher.

    COME ON LIVERPOOL !

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