Manchester City – Chelsea (0-1) : L’académie citoyenne n’a pas gagné. Elle reviendra, dit-elle.
Un match imbibé de regrets.
La fin, c’est la fin qui approche, la fin de l’année, la fin de la saison, la fin d’une aventure. La fin sera-t-elle heureuse ? Je ne sais pas, dit-elle. C’était la première fois. Le championnat, elle a vu son équipe le gagner, tous les matchs du championnat, elle les a vus, les joueurs en ont gagné, beaucoup. Ce n’est pas intéressant quand on gagne trop facilement, dit-elle.
Alors elle pose son verre sur la table basse, la bouteille de whisky à côté du verre et bien sûr, la télécommande. Il ne fallait pas oublier la télécommande. Comment aurait-elle pu l’oublier ? Elle s’installe devant le match, elle se sert un whisky.
Elle entend le public. Elle avait fini par oublier le son du public, ce son passionné qu’elle aimait tant. Le football, le bruit du football, elle l’avait enfoui au plus profond d’elle et le voici qui revient. C’est une belle soirée, pense-t-elle. Les bleu ciel pressent les bleu marine. Ils pressent, ardemment. Les hommes de Pep étouffent leurs adversaires, c’est inexorable. Ils résistent pourtant. La bataille. La souffrance, déjà. Dix minutes seulement, songe-t-elle, déjà épuisée. Elle se ressert un whisky.
Ederson dégage, loin, très loin, précisément. Clinique. Le ballon survole les joueurs, tous les joueurs. Sterling contrôle, pas très bien. Le gardien le contre. Ce n’est rien. Tout va bien. Manchester City presse, toujours. Pourtant des adversaires viennent dans la surface. Comment cela est-il possible ? Werner, si maladroit Werner. Il rate, une fois, puis deux. Un centre pour Ngolo Kanté. Kanté remporte son duel, il le remporte de la tête, dans notre surface. Comment cela est-il possible ?
Elle est inquiète, soudain. Le bruit du public. Le bruit des glaçons dans le verre vide, car elle tourne le verre vide, machinalement, fiévreusement. Elle se ressert un whisky. Les bleu marine font bloc. Rüdiger tacle, Kanté tacle, toujours de justesse, toujours justes. Nous ne passons pas. C’est un constat, cruel. Thiago Silva sort blessé. Il pleure. Comment aurait-il pu ne pas pleurer ?
Le bloc des bleu ciel, la fissure dans le bloc. Ce n’était pourtant pas grand-chose, se dit-elle. Elle ne l’avait pas vue. Les bleu marine ont vu la fissure, ils l’attendaient. Une passe du gardien, une remise au milieu de terrain, sur notre droite. Notre milieu de terrain ne s’y trouvait plus. Mason Mount a vue l’appel d’Havertz, il lui adresse le ballon. Notre défense est battue. Ederson contre le ballon de la main, elle pense au carton, elle pense au rouge du carton, mais il n’y aura pas de carton. Il y a un contre, favorable, diaboliquement favorable, et Havertz peut marquer.
Notre première mi-temps n’est pas bonne, se dit-elle en se servant un whisky. Insuffisante, serait un terme plus juste. Nous sommes attendus, ils sont efficaces. Chelsea fait du City, pense-t-elle parfois en voyant les bleu marine faire courir le ballon, faire courir nos joueurs. Impuissants. Terriblement impuissants.
Elle voit un choc, un choc terrible, un choc inéluctable. MAIS POURQUOI IL PREND PAS ROUGE CET ENCULÉ DE SA RACE Elle réfléchit aux mots justes, elle doit les trouver, tous les mots, pour décrire ce moment, c’est son rôle d’intellectuelle. Indescriptible est le mot juste. Elle le griffonne, pendant que Kévin De Bruyne sort, commotionné.
Elle espère ensuite un pénalty, mais l’arbitre est inflexible. La main, elle l’a pourtant vue, lui aussi l’a vue. Mais il n’est pas question d’en discuter, il n’en sera jamais question, dit l’arbitre. Le ballon a rebondi, d’abord sur le corps, puis sur la main. L’arbitre l’a dit, sans attendre une seule seconde. Le propos de l’arbitre, la clarté du propos de l’arbitre, elle l’apprécie, malgré tout. Elle aimerait voir d’aussi bons arbitres, plus souvent.
Pendant ce temps les bleu marine reculent. C’est volontaire, de toute évidence. Les bleu ciel ne les font pas souffrir. Il aurait fallu les faire souffrir, pourtant. La coupe, le combat pour gagner la coupe, le combat nécessaire. Ils livrent ce combat, pourtant, mais en vain. L’adversaire est inamovible. Discipliné. Acharné. Ngolokanté.
Le temps passe. Elle voit l’assistant lever un panneau, elle voit le temps affiché sur le panneau. Six minutes. La bouteille de whisky est vide, elle hésite à en chercher une autre. Elle reste pourtant assise, devant la table basse, le verre de whisky vide à la main. Elle voit Mahrez tirer. Il a très peu tiré ce soir. Le gardien de Chelsea ne bouge pas, il est battu, c’est incontestable. Mais le ballon file au-dessus du but, si peu au-dessus, définitivement au-dessus. C’est fini, soupire-t-elle. Elle ne veut pas voir les siens pleurer, elle va dans la cuisine chercher une autre bouteille de whisky, elle pense à ouvrir le réfrigérateur, pour prendre de nouveaux glaçons, pendant que les bleu ciel soulèvent la coupe. Nous reviendrons, dit-elle.
La note du match
Elle avait désiré la coupe, elle l’avait désirée de toute son ardeur, elle sentait ce désir de coupe consumer ses viscères. Elle hésite. Elle pense qu’elle notera ce match trois sur cinq. La finale était belle, elle aurait mérité davantage. Elle avait noté quatre points, au début, mais elle sent la douleur, elle sent la tristesse. Elle biffe sa note initiale, rageusement. Trois sur cinq. Injuste, peut-être. C’est irrévocable, dit-elle.
J’avais prévu une victoire de City et j’étais pour Chelsea. La défaite du PSG est donc totale.