Betis Séville – Stade Rennais (1-3) : La Breizhou Académie a pris son pied

Enivrante sensation de se répéter depuis quelques mois, mais cette fois encore c’est vrai : ce jeudi 21 février 2019, le Stade Rennais avait rendez-vous avec son histoire. Après avoir gagné son premier match de poules européen, après s’être qualifié pour la première fois en tour éliminatoire européen, le club Rouge et Noir avait la possibilité de se qualifier pour la première fois de son histoire pour les 1/8e de finale.

Pour ça, il fallait gagner sur la pelouse du Betis Séville, dans le bouillant stade Benito Villamarin, où les Vert et Blanc n’ont pas perdu depuis le début de leur saison européenne.

La composition :

Subir et tenter de marquer en contre ou prendre les Sévillans à la gorge ? Stéphan a choisi, en alignant quatre joueurs offensifs et deux milieux créateurs derrière :

Koubek – Bensebaini, Mexer, Da Silva, Traoré – Grenier, Bourigeaud – Niang, Ben Arfa, Sarr – Hunou

Le match :

Il est difficile de résumer de façon « classique » un match pareil. Déjà parce que cette rencontre a été totalement folle, que l’émotion m’a envahi plus d’une fois, et – soyons honnête – parce que la bière a coulé à flots.

Essayons un tant soit peu : comme je le disais plus haut, le dilemme pour Julien Stéphan était de savoir comment aborder la rencontre. Certes, il fallait marquer, mais un but suffisait. On savait le Betis friand de la possession de balle et on l’avait subi la semaine dernière, capable de nous harceler jusqu’à nous faire craquer. Alors, fallait-il garer le bus et espérer marquer en contre ou bien jouer crânement notre chance en les asphyxiant ?

C’est clairement la deuxième solution, la plus belle mais la plus risquée, que le coach breton a choisie. D’entrée de jeu, les Rennais ont appliqué un gros pressing et ont gêné au maximum la relance sévillane et coupé les lignes de passe de Carvalho et Canales. Là où, au match aller, les Rouge et Noir ont laissé leurs adversaires développer leur jeu, ils ne leur ont cette fois-ci laissé aucun espace pour s’exprimer.

N’ayons pas peur de le dire : le Stade Rennais a accompli une première période (quasi) parfaite, validée par deux buts en une demi-heure, par Bensebaini sur corner (22e) et Hunou sur un centre-tir de Sarr (30e). Quasi, parce que Lo Celso a entretenu l’espoir andalou en réduisant le score juste avant la pause (41e).

Le début de deuxième période a été plus compliqué, avec un Betis entreprenant et bien plus dangereux. Les Rennais ont eu le mérite de se jamais se décourager, bien aidés par un Koubek encore décisif. Après avoir laissé passer l’orage, nos Bretons ont repris leur pressing tout terrain, ont remis le pied sur le ballon et sont même parvenus à épuiser physiquement leurs opposants. Comme si la soirée n’était pas assez belle, au bout du temps additionnel et de minutes qui ont paru être des heures, Niang venait conclure un contre orchestré par Ben Arfa, d’une frappe croisée imparable (90e+4). Le Stade Rennais Football Club est en 1/8e de finale de l’Europa League.

Les Rouge et Noir ont réalisé le match parfait : de l’envie, de l’intelligence, de l’audace, du sérieux et du talent. Stéphan a su établir le plan idoine et ses joueurs l’appliquer à la lettre, avec ce supplément d’âme qui transforme une somme de bons joueurs en une grande équipe. Et c’est ce que le Stade Rennais F.C. a été.

Ce jeudi 21 février 2019, vous nous avez fait vivre notre plus beau moment sous ce maillot. Merci messieurs, merci pour les 3 000 supporters présents au stade, merci pour tous ceux qui n’y étaient pas mais qui ont partagé ce moment historique avec vous tous. Merci pour ces émotions inédites et incroyables. Merci, et rendez-vous au prochain tour.

Cette image vous fait quelque chose dans le slip ? C’est normal.

Les joueurs :

Koubek : 4/5. Des parades décisives en début de deuxième période face à Loren ou Jesé, au plus fort de la tempête. Des prises de balle salvatrices en fin de match, quand les vagues adverses déferlaient sur son but.

Bensebaini : 5/5. Quel match. Un but de la tête plein de hargne pour mettre son équipe sur les bons rails. Une défense acharnée, de belles montées pour accompagner Niang. Il a fini complètement cramé, le visage rouge et bouffi, comme moi quand je sortais du judo à 6 ans. Remplacé par Zeffane (78e), qui a mérité de prendre part à la fête vu ses prestations récentes. Il prend son petit jaune pour gain de temps en fin de match, je pense qu’on l’a tous applaudi.

Mexer et Da Silva : 4/5. Les patrons sont là. Même si Jesé a été difficilement tenable, la doublette a su répondre présent et gagner de nombreux duels, notamment sur les multiples corners et centres sévillans.

Traoré : 4/5. Le jour où il saura cadrer ses frappes, il sera dans un top club européen.

Grenier : 3/5. Le moins en vue sur le terrain, mais une fois n’est pas coutume, il a très bien tiré ses CPA et a su conserver la balle pour casser le rythme adverse.

Bourigeaud : 3+/5. On craignait l’absence d’André alors qu’on savait que la bataille serait rude au milieu, mais l’autre Benjamin a éclipsé le premier par une envie et une intensité folles. Remplacé par Gélin (76e), qui nous a fait un bien fou dans le dernier quart d’heure avec un gros pressing et plusieurs récupérations bien senties. Du beau boulot.

Niang : 5/5. Autant j’ai pu le détester toute la première partie de saison à cause de sa nonchalance et son manque d’efficacité, autant depuis quelques matchs, il est dingue. Il l’a encore montré ici, en se sacrifiant défensivement tout en pensant constamment sur la défense adverse. Je pense que son but en toute fin de match restera longtemps gravé en nous.

Ben Arfa : 5/5. Je ne me gêne pas pour te pourrir quand tu fais de la merde, Hatem, alors je ne vais pas non plus faire le timide pour parler du match que tu nous as sorti. Nombreux sont ceux à t’avoir trouvé « moyen », sans doute parce que tu n’as pas tiré sur le poteau ni dribblé toute la défense. Au lieu de ça, tu as joué juste, tu as gardé le ballon quand il le fallait pour soulager tes partenaires, tu as joué vite et bien pour mettre hors de position le bloc andalou (cette passe pour Sarr sur le 2e but, mamma mia…). Là où je te reprochais de toujours vouloir en faire trop et de nous mettre en danger, tu as été sobre, efficace, tu t’es mis au service du collectif et tu as parfaitement tenu ton rôle de meneur. Et tu nous ponctues ça d’un rush assassin à la 90+4e. Quel homme.

Sarr : 4/5. S’il a été bien isolé par la défense sévillane pendant une grande partie du match, il ne lui a pas fallu beaucoup de tentatives pour faire mal, en témoigne son centre-tir (chanceux, oui) sur le but d’Hunou. Mais plus que son apport offensif, je retiens la façon admirable dont il a défendu, venant aider Bourigeaud ou Traoré sur le côté. C’est lui qui récupère la balle près de sa surface dans les arrêts de jeu avant de se ruer devant, offrant un appel à Niang qui marquera finalement seul.

Hunou : 5/5. Encore un but de renard, encore un sourire sur le visage de celui à qui – et moi le premier – on prédisait un avenir sombre et bref au Stade Rennais. Et qui, depuis maintenant deux ans, après deux saisons en Ligue 2, fait preuve d’une abnégation, d’un amour du maillot, et d’une efficacité exemplaires. Tu es définitivement l’un des nôtres, Adrien. Remplacé par Del Castillo (84e), qui s’est immédiatement mis à la hauteur de l’enjeu, avec du pressing et des courses intenses.

Marco Grossi

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Marco Grossi

4 commentaires

  1. Pour une fois qu’un club français joue l’Europe à fond – et avec la manière – ça fait plaisir à voir.
    Merci de nous faire partager ça avec passion et humour…

  2. C’était trop bien. Et c’est encore trop bien.
    Je suis sur mon nuage depuis hier soir, 22h45.
    Ce club est définitivement le plus beau du monde.

    SRFC : seul Rennes fait ça.

  3. Je me souvenais de rien, merci de m’avoir raconté le match, c’est pratique

    Tous à Londres

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