France – Croatie (4-2) : L’Académie française n’a jamais été aussi heureuse

Dimanche 15 juillet. Finale de Coupe du Monde. L’Equipe de France se présente pour écrire un nouveau chapitre de son Histoire, qui est un peu la nôtre, car ce n’est pas que du football.

Une Académie de finale de Coupe du Monde, ça ne peut pas être une Académie comme les autres. Déjà parce qu’une finale de Coupe du Monde, ce n’est comme rien d’autre. C’est tous les quatre ans, et pour la nation qu’on chérit, c’est encore moins souvent. En vivre une, c’est déjà bien. Des millions de supporters, parmi lesquels certains vivent et respirent football encore plus que ce qu’on peut imaginer, ne connaîtront jamais cela. Rien que pour ça, on est déjà des privilégiés. En vivre deux en quatre éditions (2006 et 2018), ou trois en six éditions (avec 1998), c’est incroyable. Pour cela aussi, grâce à l’Equipe de France, nous sommes des privilégiés.

Comme j’ai pu le dire précédemment, ce France-Croatie, c’est ma première finale de Coupe du Monde en tant qu’adulte consentant. En 98, j’avais l’âge idéal d’une victime d’Emile Louis, les mauvais souvenirs en moins. En 2006, ado en vacances, j’ai pas pu voir tous les matchs, je me souviens seulement du but de Vieira face au Togo, du récital de Zizou, et je travaille encore à effacer l’Italie de ma mémoire. 2018, c’est tout ce dont j’ai toujours rêvé : une finale avec 100% d’investissement émotionnel et personnel, 100% de matchs vus, 100% de souvenirs. Et ce n’est pas l’Europe comme en 2016, c’est le Monde qui s’offre à nous. Voilà pour le pathos, voici pour le match.


La compo :


Simple. Basique. (Désolé).

Le derrière :

Pavard a marqué face à l’Argentine, Varane face à l’Uruguay, Umtiti face à la Belgique. Si tu veux y aller Lucas, n’hésite pas mon petit. Sinon, soyez forts, soyez humbles, soyez intelligents, soyez beaux : soyez Français.

Le milieu :

Le duo Pogba-Kanté a fonctionné parfaitement dans tous les matchs à élimination directe, il n’y a pas de raison que ça change. Matuidi est, comme toujours dorénavant, déporté sur le côté gauche, comme un train qui aurait déraillé d’Auschwitz jusqu’à Treblinka.

Le devant :

J’attendais Mbappé-Verthongen en demi, j’attends Mbappé-Strinic en finale avec la même délectation. Griezmann en “faux 10” qui fait tout va répondre présent, c’est un grand match, et lui un grand joueur. Giroud va se coltiner Lovren-Vida, il a vu pire, à lui de tirer son épingle du jeu et d’aider ses copains si on galère.


Le match :


A quelques minutes du coup d’envoi, Frédéric Calenge donne la parole à Dany Boon. Vision de l’Enfer nº1. Ca ne s’annonce pas bien. Espérons tout de même que les augures soient plus printaniers qu’estivaux, Russie oblige. Il faudra que notre côté gauche surveille Rebic, Modric et le latéral droit croate au nom pourri, comme le lait sur le feu : les trois font mal à tout ce qui se trouve en face d’eux. Bien sûr, le rôle de Kanté va être déterminant : à lui de coller les fesses de Modric jusqu’à ce que ce dernier ait le cul propre.

Le ballon fait ses premiers pas. Ah, tiens, ça fait cinq minutes tout pile que le match a commencé et on a pas touché le ballon. Ah, tiens, ça fait dix minutes maintenant. C’est bien, ça met dans un bon état de sérénité. On est complètement absents pour le moment, notre milieu est débordé et perd chaque duel. On ne récupère aucun ballon, on le dégage, c’est différent. Giroud et Hernandez essayent, eux, de mettre des taquets histoire de réveiller les copains. Une première accélération de Mbappé redonne du baume au coeur, le coup-franc obtenu par Grizou sur une (légère) faute croate aux 30 mètres aussi. Griezmann s’en charge, c’est bien enroulé. Tellement bien que Mandzukic veut aussi marquer (1-0, 19e). On sait de quel côté il aurait été à la chute du bloc communiste.

 A afficher dans votre salon à côté des larmes du gosse uruguayen.

On mène donc complètement contre le cours du jeu. On se dit que Deschamps a encore frappé. On se dit qu’on ne peut pas perdre une finale alors qu’on mène au score en ayant fait dix passes en vingt minutes et marqué grâce à un CSC. Et puis on se dit qu’on a raison : très logiquement, les Croates mettent un nouveau coup d’accélérateur, enfoncent nos têtes sous l’eau, obtiennent eux aussi un coup-franc, et égalisent après que nos Bleus n’ont pas réussi à dégager quatre fois de suite (!) et que Perisic a, lui, enrhumé tout le monde d’un superbe enchaînement crochet-frappe du gauche (1-1, 28e). Donc, je tremble. Ca sent le scénario à la con. Le scénario mérité au vu de la première demi-heure hein, mais à la con quand même.

Et puis là, miracle : alors qu’on est toujours autant à la rue, Vida fait n’importe quoi sur un ballon qu’on a balancé et concède le corner. Grizou le dépose sur la tête de Matuidi. Le ballon est contré, semble-t-il, par la main de Perisic. En tout cas, de là où je suis assis, c’est ce que je comprends à voir tout le monde gesticuler, que ce soit parmi les buveurs de bières devant moi ou les Bleus sur le terrain. Après quelques instants à gueuler “DEMANDE LA VAR ENCULÉ!” alors que j’en sais rien, et que je suis contre la VAR (c’est moche, “le VAR”), et après quelques instants supplémentaires à hurler “MAIS TOUT LE MONDE L’A VUE LA PUTAIN DE MAIN SIFFLE PENO ENCULÉ” , l’arbitre argentin – vous savez, celui qui est très théâtral là – demande la VAR. Une éternité plus tard, péno. Soulagement, puis stress pour reprendre l’avantage. Griezmann, ce bel homme, assure (2-1, 35e).

Voilà : CA, c’est une grande équipe !

Les Croates continuent à nous marcher dessus jusqu’à la mi-temps. On ne se procure aucune occasion, on souffre comme jamais, mais on est devant. Un seul tir français : le péno. Quinze minutes de repos, nécessaires à nos Bleus et à nos vessies. Nécessaires aussi pour signaler que je ne suis pas le seul horsjeuïen à avoir réclamé la VAR à coeur perdu alors même que je dénigre la vidéo dans le foot. Opportunisme me direz-vous. Bof, c’est bien d’avoir une idée mais souvent les faits diffèrent.

Et on repart sur les mêmes bases. C’est la catastrophe au milieu et en défense. Umtiti revient en trottinant et laisse frapper Rebic. Captain Hugo la sort, ça fait du bien. Après l’intermède des Pussy Riot, comme un hommage à Deschamps, premier changement pour les Bleus, et il est d’importance : Kanté, irréprochable durant toute la compétition, sort pour Nzonzi. Une heure de jeu de gros galériens, DD a tranché dans le vif. A Steven d’apporter ses muscles au milieu et d’enfin mettre l’épaule dans la tronche des Croates et le pied sur le ballon.

Et ça va mieux. C’est pas incroyable, mais c’est mieux. Tellement mieux que Pogba est plus juste techniquement. Depuis notre moitié de terrain, Paulo attend le rebond du ballon pour faire une passe de 50 mètres en demi-volée vers Mbappé lancé à toute allure à droite. Kylian choppe le ballon à la hauteur de la surface adverse, déborde, centre en retrait pour Grizou. Intelligemment, Antoine remet quelques mètres en arrière, plein axe, où Pogba arrive lancé. La frappe de Paulo est contrée mais revient sur lui. L’enroulé pied gauche qui suit est parfait (3-1, 60e). PogBoom. On respire. Enfin.

A se repasser en boucle avec le but de Pavard face à l’Argentine. Quel bijou.

Incroyable de subir autant et d’être aussi réalistes. Giroud va presser les Croates, et notamment ici Vida, dans les airs. La tête du rasé blond à la queue de cheval (je parle des cheveux) est, moins précise que prévue et permet à Matuidi de récupérer le second ballon. La suite de l’action est simple : Griezmann temporise, on fait circuler cinq secondes jusqu’à Hernandez. Lucas, ce chien enragé, résiste au retour de Mandzukic, provoque à gauche, et sert très justement Mbappé, dans l’axe aux 20 mètres. Kylian est incroyable de sang-froid. On va être champions du monde (4-1, 64e).

Je me relâche, comme tous les vieux dans les maisons de retraite. Lloris prend exemple sur moi. Il faut jamais faire ça Hugo, ni pour le relâchement, ni dans la vie. Sur un ballon anodin en retrait, et au lieu de dégager le ballon n’importe où, il essaie de crocheter Mandzukic venu presser. Raté (4-2, 69e). Le relâchement a disparu, mon corps se referme aussi vite que les mains du Scranton Strangler. Deschamps fait entrer du sang frais. Tolisso remplace Blaisou, cramé. Encore douze minutes. Deux buts d’avance, deux buts à défendre. On va défendre, encore et encore. Mais ça va tenir. On peut pas la perdre celle-ci. Ca va tenir putain ! Fekir entre à la place d’Oliv’ Giroud, l’occasion pour ceux qui y comprennent quelque chose au foot (non, je ne parle pas des supporters d’Arsenal) de chanter à la gloire de ce très bel homme.

Les minutes s’égrainent. Plus le temps passe, moins les Croates y croient, plus les Bleus voient la Coupe à portée de secondes. Tous les Bleus défendent, pressent, balancent devant. La hargne, le coeur, la solidarité, une Equipe. Cinq minutes de temps additionnel. Quatre minutes à jouer. Trois, et Pogba rate le 5-2. Deux minutes. 60 secondes. Un souffle. Je vais pleurer.

Le débrief :

Soyons précis : je n’écoute pas cette merde, mais c’était fort tentant.

 

ON. EST. CHAMPIONS. DU. MONDE.


Les notes :


Lloris (2/5) :

Une grosse bourde dans un match aussi important, c’est pas ce qu’on voulait. Captain Hugo était à deux doigts de la compétition parfaite. Son arrêt face à Rebic empêche la Croatie d’égaliser dès le retour des vestiaires. Malgré sa cagade, il est Champion du Monde avec l’Equipe de France de football.

Hernandez (4/5) :

Sa percussion côté gauche sur le but de Mbappé est jouissive. Son engagement est total. Je l’aime profondément. Merci Lucas, merci pour ça aussi : génie. Tu montreras à Simeone ce qu’est une Coupe du Monde de football remportée avec l’équipe nationale.

Umtiti (4/5) :

Big Sam a su sortir la tête de l’eau quand tous ses camarades continuaient de plonger. Sauve la patrie à plusieurs reprises de la noyade. Met tout de même cinq minutes à traîner son fessier pour rattraper Rebic. L’ancien Lyonnais pourra montrer à ses amis fachos ce qu’est un trophée international, puisqu’il est lui aussi Champion du Monde avec l’Equipe de France de football.

Varane (3/5) :

Beaucoup de duels perdus en première période, ce qui n’incitait pas à l’optimisme. Il a bien mieux terminé la rencontre, retrouvant solidité et sérénité quand toute la France retenait son souffle. Ajoute à son armoire à trophées déjà bien remplie une Coupe du Monde remportée avec l’Equipe de France de football.

Pavard (2/5) :

On ne peut pas dire qu’il a rassuré. Comme en demi, Benji montre qu’il n’est pas Philip Lahm. Vous me direz, personne n’est Philip Lahm sauf lui-même. Rappelons tout de même que Benji a 22 ans, et qu’il est défenseur central de métier. Pour un Bleu bleu, c’est déjà très bien. Dire qu’à la suite du Losc et de Stuttgart, il va pouvoir ajouter « Champion du Monde » sur son CV.

Kanté (2/5) :

Absent de tous les duels du milieu, il n’a jamais vu Modric. Comme trois de ses collègues, il perd son duel sur l’égalisation de Perisic. Ngolo souffrait apparemment d’une gastro, ce qui explique ses relâchements coupables. Il n’en est pas moins Champion du Monde que les autres, bien au contraire. Remplacé par Nzonzi (4/5), exceptionnellement noté car son entrée a fait beaucoup de bien : plus d’impact que Ngolo, plus de grattage, qui ont permis aux Bleus de respirer et à Pogba d’être plus libéré.

Pogba (4/5) :

Absent de tous les duels du milieu, il n’a jamais vu Rakitic. Sous l’eau comme tout le monde pendant une heure, l’entrée de Nzonzi lui fait du bien. Son ouverture pour Mbappé est un putain de délice, le fait qu’il suive l’action et monte est un putain de kif, son but du break est une putain de libération. Paulo est sans doute le plus beau PogChampion du PogMonde de tous les PogTemps.

Matuidi (3/5) :

Absent de tous les duels du milieu, il n’a jamais vu personne. Blaisou est toutefois à l’origine du pénalty en coupant bien le corner au premier poteau. Mon Pantin désarticulé préféré, mon Stephen Hawking adoré, l’ostéopathe préféré des Français, est désormais Champion du Monde. Respect. Remplacé par Tolisso (non noté), qui n’était pas l’ancien Lyonnais sur la pelouse le plus haï ce soir.

Mbappé (5/5) :

Dès qu’il touche la balle, l’adversaire panique sa mère. Ses déboulés ont détoné. Il provoque et fixe la défense sur le but de Pogba. Il marque lui-même, à 19 ans, en finale d’une Coupe du Monde. Un génie. Champion du Monde avec l’Equipe de France de football avec quatre ans d’avance.

Griezmann (5/5) :

Masterclass. Il tire le coup-franc du CSC de Mandzukic, il tire le corner qui amène le péno qu’il se charge de marquer, il sert Pogba sur un plateau pour le 3-1. Pour le reste ? Il fait tout, et il fait tout excellemment bien : calmer le jeu, presser les relanceurs adverses, lancer les contres… Il a pleuré en 2014, il a grandi. Il a pleuré en 2016, il a grandi. En 2018, il a été le patron de la finale et il a pleuré, car il est Champion du Monde.

Giroud (3/5) :

Il faut être de mauvaise foi (ou aveugle, ou con, ou encore parler de Benzema, ou la combinaison des quatre) pour dire qu’il a gâché cinquante munitions, puisqu’on a pas eu le ballon pendant une heure et que quand on l’avait, c’était en contre, donc pas vraiment pour lui. Oliv’ a, lui, joué des coudes (c’était le seul avec Hernandez, un défenseur, donc), a pressé dans le dos les milieux croates, s’est sacrifié sans demander son reste. T’es Champion du Monde mon Oliv’, et je suis encore plus content pour toi que pour les autres. Remplacé par Fekir (non noté), qui a fait une bonne entrée toute en caresse et en autorité, comme tous les prêtres du diocèse de Lyon un dimanche matin.

Le Mont Térubio est mort, vive Didier Décampe.

Un merci particulier aux beaux hommes d’Horsjeu qui m’ont permis de vivre cette magnifique compét’ autrement, déversant alternativement fiel et amour sur nos Bleus à longueur d’Académies. Je vous aime moins que les Bleus, mais je vous aime quand même. Pour ceux que ca intéresse, ci-dessous les moyennes de nos Bleus sur l’ensemble de la Coupe du Monde (sans le match face au Danemark où la moitié de l’équipe type ne jouait pas), où je me rends compte que je suis pas gentil. BA.

Didier Décampe

11 commentaires

  1. La note moyenne de Pogba sur la compétition est purement scandaleuse. (Heureusement pour vous Didier que vous fûtes un plaisir à lire tout au long de cette compétition.
    Longue vie à vous.)
    CHAMPIONS PUTAIN !

  2. Tuuut tut tut tut tuuuuuuuuuuut !
    CHAMPIONS DU MONDE

    Merci Didier, merci Didier, et merci à tous ! Vive les Bleus !

    tut tut tut tuuuuuuut

    • ça c’est une grande Equipe !

      ALLEZ LES BLEUS ! ALLEZ LES BLEUS ! ALLEZ LES BLEUS !

  3. Je suis extrêmement heureux pour vous mon beau Didier. Voilà que la France devient une demi Italie, ce n’est pas rien. Longue vie à la shnek à Dèdou, longue vie à ces Bleus, vive Didier Décampe.

  4. Benzema n’a pas trop aimé ces académies. Beaucoup trop bienveillantes avec Giroud.

    Allez hop, on jette @pere dans le canal, on va faire une bise à la Coupe et on s’en va.

  5. Dommage ça avait l’air intéressant, mais les mecs qui font les « intéressants » avec de l’humour sur les trains menant aux camps de la morts sont des abrutis finis. Cordialement

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