France – Belgique (1-0) : L’Académie française vibre encore, une fois !

Mardi 10 juillet. Demi-finale de Coupe du Monde. Face à nous la Belgique, qui pour une fois semble tenir son rang dans une grande compétition. A nous Français de les ramener sous terre, leur niveau habituel.

Le quart de finale de la France face à l’Uruguay avait accouché d’un match maîtrisé de bout en bout par les Bleus. Un sang-froid et une solidité collectifs qui faisaient beau à voir, notamment face à une équipe sud-américaine prompte à envenimer les choses. Pour cette demi-finale, c’est un tout autre profil qui se présente à nous : la Belgique.

Ah ! Que dire de la Belgique ? Toutes les vannes ont déjà été faites (z’avez vu mon titre ? on dirait du Dany Boon), tous les détournements ont été pratiqués, toutes les références sorties des placards. Astérix contre Tintin par-ci, plus grand et plus beau pays du monde contre pays tout plat et tout pourri par-là. Où se situe alors la vérité ? Mais sur le terrain pardi ! Car il n’y a que par le football que l’on connaît la Vérité. Nous n’avons plus qu’une chose à accomplir : faire en sorte que la Vérité du terrain corresponde à l’écrasement et l’humiliation de nos voisins, et que cela constitue une référence pour le reste de notre vie. Flamands ou Wallons, on s’en fout, allons les niquer.


La compo :


Deschamps nous sort évidemment l’équipe-type. Aucune surprise donc. Notre Blaisou Matuidou national reprend sa place au milieu, lui qui était temporairement sorti du 11 car suspendu.

Le derrière :

Varane, décisif face à l’Uruguay, est le premier rempart. A côté de lui, Umtiti dont j’attends toujours qu’il me fasse un match 100% rassurant. Alors que le niveau monte encore et encore, nos deux petits latéraux avec tout juste 10 sélections au compteur sont toujours au poste.

Le milieu :

Kanté, parfait jusqu’ici, accompagne l’autre homme fort de notre milieu : Paulo Pogba. Les deux font une très bonne Coupe du Monde. A eux de poursuivre. Plus que deux matchs à étaler votre force et votre talent en mondovision.

Le devant :

J’attends le duel Mbappé-Verthongen avec impatience. J’attends de voir comment va évoluer Griezmann ce coup-ci, face à une équipe plus joueuse que l’Uruguay, donc peut-être davantage en vrai attaquant derrière la pointe qu’en 10. J’attends que Giroud marque, pour lui, pour nous, pour tout ce qu’il fait. Sinon, j’attends qu’il martyrise les centraux adverses, se replie en défense, presse pour empêcher la première relance, et dégage tous les ballons chauds de la tête. Sa moyenne habituelle donc.

Le Blaisou :

C’est peut-être la dernière fois que Blaise aura une ligne pour lui tout seul, à la différence de Frédéric Beigbeder. Mais Blaisou me tend trop de perches aussi.

Quand tu recommandes une pinte de Picon pour la première fois depuis cinq ans et que tu prends la première gorgée.


Le match :


Ma naïveté me pousse à écrire comme première observation : “les Belges nous attendent”. En effet, durant deux minutes, c’est le cas et on part sur de bonnes intentions. Mbappé en profite pour passer le bonjour à la maman de Vertonghen. Les Belges sont derrière, mais ça ne dure pas. Ils prennent le cuir et le confisquent. Pendant de longues, longues minutes.

C’est la France qui subit. Hazard passe facilement Pavard, centre, Umtiti intervient. Quelques instants plus tard, c’est Varane qui neutralise Lukaku. On procède, nous, en contre. Ce qui n’est pas déconnant compte tenu de nos qualités. Et de celle toute relative, ne nous mentons pas, de la défense belge. Vertonghen, Papy Kompany… C’est pas la panacée. En contre, donc, Pavard oublie de lancer Mbappé, puis le même Kylian arrive quelques dixièmes de seconde trop tard sur un ballon que Courtois a bien anticipé.

Je suis pas du tout, mais alors pas du tout rassuré. Je commence à insulter les joueurs. Comme d’habitude me direz vous, mais là ça intervient assez tôt dans le match. Entouré de non passionnés, je me sens seul. Heureusement, la tension monte chez tous, peu à peu. Elle monte d’autant plus qu’on montre beaucoup de fébrilité dans ces vingt premières minutes. Umtiti fait une passe de merde dans l’axe, Hazard en profite pour frapper. Ça passe à côté. Hazard, toujours lui, mange Pavard (encore) : sa frappe est déviée par Varane. Sur le corner qui suit, Aldermachinchose, dos au but, se retourne et frappe. Captain Hugo sort une superbe parade. De battre mon cœur s’est arrêté. Il est là Hugo. On souffre, on soupire, on a envie que ça s’arrête très vite : c’est n’importe quelle chanson de Coldplay depuis quinze ans.

Le renouveau de la brit pop anglaise, avec son escort (à droite) et son garde du corps (à gauche).

On arrive enfin à garder le ballon et à ressortir plus proprement. Sur une combinaison de coup-franc, la tête d’Oliv’ passe à côté. Griezmann envoie ensuite une frappe au-dessus. Puis Mbappé centre en une touche pour Giroud, c’est beau. PUTAIN OLIVIER, NON ! Roh, merde, déjà que la moitié de l’opinion publique (n’existe pas) te crache dessus sans raison, ne leur donne pas de cartouches ! Sur un nouveau contre, Grizou ressort la balle, élimine, dribble, feinte, traverse tout le terrain et va marq… faire une frappe toute moisie. PUTAIN ANTOINE, NON !

Olivier tombe. Non, pas pour réclamer une faute, comme le premier Cristiano venu, mais parce qu’il a mal. Je t’interdis de sortir blessé Oliv’. T’es un guerrier, t’as survécu au stade de la Vallée du Cher, t’as fréquenté Loulou, t’as joué des années dans un club qui considère Danny Welbeck comme un joueur de football : bref, tu en as vu des choses, alors relève-toi. Voilà.

Sur le côté droit, Griezmann lance Pavard, qui s’infiltre dans la surface. Il va recommencer ce con, le jeunot, le gamin ! Malheureusement Courtois est sur la trajectoire. Coup de folie pour rééditer l’exploit ou fougue de la jeunesse ? Toujours est-il que Benjamin aurait pu (dû?) remettre à Griezmann en retrait. Nouvelle occasion pour les Bleus : on obtient un coup-franc bien placé, Grizou va s’en charger. C’est directement dans le mur, mais le ballon revient sur Antoine. Seconde chance gâchée par une passe directement en six mètres. Mi-temps.

Ma pinte de Jenlain (revenir sur du classique était nécessaire) s’essouffle au cœur de l’agitation qui règne désormais. Personne n’est content, personne n’est mécontent, tout le monde a les commissions dans le filet. A peine le temps de recommander que le ballon roule de nouveau sur la pelouse comme le train de mes injures sur le rail de leur indifférence. Ça ne veut rien dire, mais c’est comme ça.

Lukaku, dont le nom ridicule n’a d’égal que le prénom tout aussi ridicule, envoie sa tête au-dessus de la barre. Histoire de rassurer le peuple français, Samuel Umtiti se fait remarquer : dans sa surface, il tricote au lieu de dégager. Oui oui, comme au match précédent. Oui, oui, en demi-finale de Coupe du Monde. “ARRETE DE TEICOTER DANS TA SURFACE UMTITI ENCULE DZGAGE LE BALLON (sic)”, notai-je. “ULTITITIT JE TAIIIIIIME (sic)” notai-je quelques secondes plus tard. Sur un corner venant de la droite frappé par Grizou, Big Sam coupe au premier poteau. Sa tête puissante finit au fond. J’exulte, tu exultes, Grégory Schneider n’exulte pas, nous exultons, vous exultez, les Bleus exultent (1-0, 51e).

 Le regard hébété, les bras écartés, du rouge partout : pas de doute, le Christ lyonnais se libère de sa croix.

A ce moment du match, je me dis que si on parvient à éteindre le sursaut belge – qui devrait nécessairement venir juste après le but – pendant les dix minutes qui arrivent, l’équipe de DD aura fait le plus dur. Notre maîtrise collective face à l’Uruguay nous permet à cet instant de croire plus sereinement à cette solidité. Sans surprise (aussi triste cela soit-il), nous reculons et jouons les contres. Griezmann sert Matuidi, qui donne à Mbappé, lequel lance Giroud d’une talonnade. La frappe d’Oliv’ est contrée in extremis.

On subit logiquement, mais trop à mon goût. Une tête de Fellaini passe à côté, Dieu merci. Comme quoi il n’y a que Mourinho pour savoir faire marquer des buts dégueulasses à des mauvais joueurs. Les Belges font tourner la balle mais ne nous mettent pas en danger. On coulisse bien, on est solidaires, et on domine même les airs. Un travail d’équipe remarquable facilité par le côté téléphoné du jeu placé des voisins. Et que j’te donne le ballon à De Bruyne à droite, et que je tente de dédoubler avec Chadli, et que j’y arrive pas, et que je provoque balle au pied avec le rouquin, et que je renverse le jeu sur Hazard pour qu’il dribble trois joueurs et mette une frappe héroïque. Semper idem est.

L’horloge tourne, on attend la fin du match et on salope nos contres comme des sagouins. Griezmann à gauche en retrait pour Giroud dont la frappe s’envole. C’est bien beau de pas concéder, mais planter le deuxième je vous jure que ça ferait baisser la tension générale. Heureusement qu’on a des bons gaillards pour dégager tout ça. Encore vingt minutes à jouer, à 11 derrière. Ça va être long mais pour l’instant ça tient. Ce diable d’Eden Hazard, toujours aussi percutant, permet à Witsel d’armer une lourde frappe. HUGOOOOOOOOOO RAIIIE ! Lloris dégage le nuisible des deux poings, comme un hommage à Charlie Sheen.

Nzonzi remplace Giroud pour les cinq dernières minutes, histoire d’assumer encore un peu plus qu’on va être au bord de l’AVC jusqu’au coup de sifflet final. Six minutes de temps additionnel. SIX. Les gens de goût auraient le temps d’écouter Elephants, ceux qui abhorrent la culture auraient le temps de lire l’ensemble des torche-culs de Guillaume Musso, ceux qui aiment le foot ont le temps de dire cinquante fois “celle-ci, c’est la dernière” ou “tu vas siffler connard, il reste trois minutes mais siffle !”. Le temps de quelques roulades par terre, de vice, et de contres gâchés (ce trois contre deux que tu ne joues pas Kylian, c’est non), et puis…

 Lachâge à DD.

Le débrief :

Flamands ou Wallons, on s’en fout, on les a niqués. Ce fut irrespirable pour ma part. Non pas que les Belges aient eu pléthore d’occasions franches, mais l’enjeu a considérablement crispé le ressenti. Le seul but d’avance n’a pas aidé, faute d’avoir accepté de subir toute la dernière demi-heure. On a très mal débuté, Captain Hugo nous a sauvés plusieurs fois. Quand ce n’était pas lui, c’était Varane, Umtiti, Hernandez, ou n’importe qui d’autre. Comme l’impression qu’on peut devenir, quand l’es circonstances l’exigent, ce genre d’équipe où il y a toujours un pied, un dos, une tête, un orteil, pour empêcher le ballon d’entrer dans notre but.

La Croatie en finale donc. Déjà, allez lire la Napapicnic Académie qui n’est ni plus ni moins que l’Académie la plus belle la plus littéraire la plus onirique la plus croate de ce site. Revanchards de 98 ? Sûrement. Mais nous aussi, on a une revanche à prendre, rapport à l’Euro. Modric – Rakitic, oui, évidemment. Subasic ? Aussi. Perisic, Rebic, évidemment que c’est bien. Lovren aussi est bon jusqu’ici. Une belle équipe, c’est certain. Mais on est clairement favoris. Et je n’accepterai pas de perdre deux finales de suite. J’étais trop jeune en 98 et en 2000, pré-ado en 2006. Là, je le vis à 100%, du genre si j’avais une femme et des gosses, je serais actuellement SDF. La gagne, la gagne, la gagne, même salement, j’en ai rien à foutre.

Les notes :

Lloris (5/5) :

Encore une fois décisif, encore une fois parfait. Il est de coutume de dire qu’on ne gagne pas de grandes compétitions sans un grand gardien. Ce n’est peut-être pas le plus grand tous les jours, mais sur cette Coupe du Monde, c’est un Grand.

Hernandez (3/5) :

Devoir se coltiner De Bruyne n’était pas un cadeau. Heureusement que ça combinait (et encore, pas vraiment) qu’avec Chadli. Un peu long à se mettre en jambes, il a resserré les boulons en seconde période et a éteint le flanc droit des Belges.

Umtiti (4/5) :

Un roc dans les airs, un bloc que Lukaku n’a pas réussi à contourner, un fier Coq au moment de mettre sa tête et de marquer. Héros du jour. Je pardonne toujours pas les tentatives foireuses dans notre surface.

Varane (5/5) :

On peut plus rien dire là. A croire que cette Coupe du Monde l’a transformé. Quelle sérénité. Quelle force. Quel patron. Encore un match comme ça Raphaël, juste un, et j’arrête de toujours te trouver un défaut.

Pavard (2/5) :

Mangé tout cru, dévoré, rongé, dérangé tout le match par Hazard. Clairement, c’était pas un nullos en face hein, mais là on a senti et le manque d’expérience et le niveau d’écart. A eu le mérite de rester concentré et de ne pas lui casser les jambes, bien que cela eût été beau à voir. Oublie Griezmann sur son tir bloqué par Courtois.

Kanté (3/5) :

Comme on a davantage subi qu’en huitièmes et qu’en quarts, il est logique que Ngolo en pâtisse. A compensé ce qu’il pouvait, bouché les trous qu’il voyait, colmaté ce qui fuyait. On l’a beaucoup moins vu dans les transitions offensives (d’autres s’en sont chargés, cela dit).

Pogba (4/5) :

Incroyable de justesse dans les phases de transitions susmentionnées. Une fois le ballon récupéré, Paulo faisait systématiquement le bon choix : lancer Mbappé, s’appuyer sur Giroud, combiner avec Griezmann, ou temporiser et garder la balle, avec ou sans pression. Je pense qu’on peut dire qu’on l’a, là, la régularité de Pogba. Et en Coupe du Monde.

Matuidi (4/5) :

“Ce n’est pas que du football”. Je me moque souvent de sa démarche, de ses contrôles moisis, de ses passes de cul-de-jatte, mais quand Blaisou court autant que ça et, surtout, aussi bien que ça, on ne peut que s’incliner devant lui (mais pas trop bas). Remplacé par Tolisso (non noté), que tout le bar a appelé “Coco” comme s’il était de la famille. A moins que sa mère… Oh.

Mbappé (3/5) :

Un peu sévère, je sais. D’autant qu’il a délivré plusieurs très bonnes passes/ouvertures en contre (pour Giroud, ou celle de Pavard tiens). Mais il a été un peu moins inspiré dans ses propres rushs et provocations. Un point en moins pour ce contre à 3 contre 2 : joue-le bordel de cul.  

Griezmann (4/5) :

Encore une fois, je ne sais pas comment le noter (putain de demi-points, vous faites chier). Antoine a été soyeux en 10 pour lancer les contres. Il se sortait toujours des 2-3 Belges qui venaient le coller et transmettait devant. En fait, sans lui (et Pogba), c’était zéro contre pour nous. Mais devant-devant, il n’y était pas. Des frappes et des passes ratées… C’est lui qui met le corner pour Umtiti.

Giroud (2/5) :

Aussi dur dans ma notation qu’Olivier le fut sur les Belges pendant le match. Un combat âpre, de nombreux replis défensifs et dégagements aériens, une belle activité vers la ligne médiane pour empêcher les milieux belges de jouer. Mais passe à côté de son match en attaque, ce qui est embêtant pour un attaquant. Y’a plus que la finale pour marquer Oliv’. Vous me direz, y’aurait pire. Remplacé par Nzonzi (non noté).


Le Mont Térubio est mort, vive Didier Décampe.


 

Didier Décampe

2 commentaires

  1. Les Croates aiment bien attaquer côté gauche avec Perisic… Autant dire face à Pavard… Me rassure pas totalement

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