METZ – BORDEAUX (3-3) : LA METZ QUE UN CLUB Académie hante la loose.

« – Posez vos stylos, rangez vos pcs, ce cours n’en est pas un. Si ce cours n’en est pas un, c’est parce qu’il n’y aura rien à noter. Et s’il n’y a rien à noter, c’est parce qu’il n’y avait pas de foot ce jour-là à Saint-Symphorien… »


Les élèves de l’amphithéâtre Carlo MOLINARI étaient perplexe. Jamais encore ils n’avaient reçu telle consigne. Mais le professeur Legrasaully leur faisait peur, alors ils s’exécutèrent docilement tels des moutons apeurés.

« Je pense très sincèrement que je suis en décalage avec mon monde. Je ne pense pas comme lui. À l’heure où tout le monde cherche à se mettre en avant virtuellement, je préfère me cacher physiquement. Je n’aime pas partager mes habitudes de vie, mon quotidien, ni scroller sur celui des autres. Certains diraient que, plus qu’en décalage, je suis surtout beaucoup trop archaïque pour ma génération.

Un peu comme mon club. »


« Et c’est vrai que mon club est vieux. Historiquement, mais aussi mentalement. On a un des plus vieux coachs en activité. On a encore un président à l’ancienne. Un stade ouvert comme à la vieille époque anglaise, des infrastructures qui n’ont pas bougé en 20 ans et à la buvette, ce doit être la même bière depuis 1988 car l’alcool s’est clairement évaporé. Merde, on a même un dragon sur notre blason…

On a passé plus de 50 ans à s’éroder sur les marches de la Ligue 1, à inlassablement aller et venir avec la deuxième division. Sempiternelle marrée grenat. Nos derniers récits de gloires se faisant à présent si vieux qu’ils sont des légendes en devenir. Et c’est triste à en pleurer. Et je ne pense pas que c’est cette année que cela changera. Et ça aussi c’est triste à en pleurer. Un peu comme ce match contre Bordeaux. »


« Alors non, il n’y aura pas d’analyse du match, de statistiques ni rien, parce qu’il n’y avait pas de foot ce jour-là. Il n’y avait ni stratégie dans les esprits, ni tactique sur le terrain, ni jeu, ni défense, et encore moins d’attaque. Il devait y avoir un plan à la base j’imagine, mais très vite, c’est devenu du « comme on peut », du « comme on veut », et du « n’importe quoi, n’importe comment, n’importe où ».

Et c’est dommage car je sens toujours une vraie volonté de bien faire chez beaucoup de joueurs. Mais les efforts sont toujours ruinés à un moment donné par un manque de concentration, de maîtrise ou de discernement. Alors on gâche des cartouches, on ne concrétise pas ces débauches folles d’énergies, et on laisse les autres en profiter. Nous sommes les artisans de nos défaites. Ce n’est pas toujours vrai, mais sur ce match, c’était le cas. Et je n’en dirais pas plus. Parce que j’en ai marre. »


Vous savez… quand on supporte un club de merde, les gens nous demandent souvent : pourquoi ? Pourquoi continuer ? Pourquoi s’enticher ainsi de la douleur et de l’abîme de matchs stériles ? Pourquoi claquer son fric à aller voir une équipe nulle se faire piétiner journée après journée sans que rien ne change ? Et la réponse, en fait… est aussi belle qu’elle est triste : c’est tout simplement parce qu’on n’a pas le choix.

C’est juste notre club du coin.

C’est une réponse chauvine, une réponse simple, une réponse enfantine. Et l’enfance, c’est bien là où tout cela se joue. Car c’est souvent là qu’on a pu voir son premier grand match dans un grand stade. Le truc marquant quoi ! Et ce qui est dommage, c’est que si on n’aime pas son club du coin, on devient alors très vite une forme d’expatrié. Un étranger qui supporte de grandes gloires, de grandes écuries, de grands noms de villes très lointaines. Jamais dans le stade. Au mieux, pour certains, la possibilité d’aller une fois ou deux dans le stade de leur rêve.

Alors que, si on aime son club du coin, il devient immédiatement le plus beau club du monde. Même si c’est le sm Caen, les Girondins de Bordeaux, le Toulouse football club ou dans ce cas : le Fc Metz. Tout bêtement.

Et on pourrait se battre pour supporter ses angles vides, son emblème, son histoire. On pourrait se battre pour sa couleur ! C’est con, mais l’amour c’est aussi très con…

Nous sommes un peu comme des esprits, rendus inconsistants à force de déception. Informe, car fracassé que l’on est par les échecs. Translucide, à force d’effacer nos rêves de victoires. Hantés, par d’incessantes volontés de gloires. On erre autour de ce stade qui devient un peu notre tombe. Et vous savez, lors de nuits de morts-vivants, tous les macchabées ne quittent pas leurs fosses. En effet, il y en a qui restent tout au fond : car il existe des fantômes qui chérissent leurs tombes.

Nous sommes les fossoyeurs de nos espoirs, et moi je les enterre ici. Dans ces dernières lignes. Dans ces dernières phrases. Dans ce dernier point :

Le cours est terminé. »

LeGrasAuLLy

3 commentaires

  1. Vous savez que vous avez un camarade Nancéien avec qui vous pourriez envisager une correspondance ?

    Un bordelais en totale osmose avec vous.

  2. Vous avez oublié de préciser que votre Académie est sponsorisée par Eli Lilly and Company et que des échantillons de Prozac® sont envoyés gratuitement aux lecteurs, moyennant la communication de l’ensemble de leurs données personnelles et médicales.
    J’ai enchaîné sur votre académie juste après avoir lu celle de Nancy-Rodez… C’est émotionnellement dur.
    Au fait, pour le fromage, faudra m’envoyer les infos qui manquent.
    LBA M. AuLLy.

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