OM du Sud / Paris SGEL (0-0) – La Porte de Saint-Cloud Académie poursuit le feuilleton (!)

Épisode 2 sur 2. Pour l’instant.

19h45, rue de Grenelle. Georges s’arrête un instant à l’angle de l’avenue de La Bourdonnais, devant le lieu de naissance de sa belle Étoile rouge, portée aux fonds baptismaux sur le comptoir en zinc d’un bistrot du Gros-Caillou. En lieu et place du café Villiermet où Jules Rimet et sa bande ont signé un jours de mars 1897 le début d’une petite épopée qui allait vite les emmener dans les terrains vagues de Saint-Ouen, se trouve désormais un salon d’esthétique à usage des nantis du quartier. Écrasant une petite larme qui ne devait que peu de choses au vif froid d’octobre s’engouffrant en bourrasques sous son pardessus râpé, Georges passe son chemin.

Rue Saint-Dominique. A quelques encablures de la Fontaine de Mars, Georges s’immobilise, lève la tête devant l’hôtel particulier qui lui fait face. Fioritures haussmanniennes des encadrements de fenêtres et balustrades des balcons se superposent dans un carrousel de mauvais goût qui manque de lui faire vomir sa Gitane. A moitié consumée, il l’écrase sur l’interphone et profite de la sortie d’une petite dame à cabas et chowchow pour se glisser dans le hall, non sans essuyer au passage la bordée d’insultes dignes d’un charretier solognot crachée par la bouche sèche et fripée de la vioque bousculée.

La moquette bordeaux étouffe ses pas alors qu’il grimpe au troisième, reluquant au passage les noms de cabinets de conseils et autres dentistes qui truffent ce genre de cloaques bourgeois. Il éclaircit sa gorge, puis sonne à la porte. Quelques longues secondes plus tard, une démarche lente et erratique se fait entendre dans l’appartement. Un temps, long. Celui du judas. Puis, le cliquetis des multiples verrous et autres entrebâilleurs. Enfin, le battant s’ouvre sur le visage allongé et creusé d’un homme d’une soixantaine d’années. Son regard trouve d’emblée le sien, et ne le quitte plus avant que Georges ne brise le silence pesant :

« Vous devez être Hugues ? Je viens recueillir votre témoignage sur… »

« Excusez-moi, à qui ai-je l’honneur ? » coupe l’homme d’une voix qui peine à trouver son souffle.

« Oh ! Bien sûr, je suis Georges, l’ami de Maurice, il vous a appelé pour vous prévenir de mon… »

Sans rien dire, sans un regard pour la main que Georges tendait vers lui, Hugues se détourne et s’éloigne dans le sombre vestibule de son appartement, laissant son visiteur sur le pas de la porte grande ouverte, sa phrase toujours en suspens. Restant un instant interdit, Georges finit par entrer, comme on semble l’y inviter. Suivant une faible lueur au bout du ténébreux couloir, il débouche dans un petit salon éclairé par une ampoule fatiguée. Les tentures qui calfeutrent les fenêtres donnent à la pièce une moiteur épaisse, alourdie par la chaleur étouffante d’un vieux radiateur en fonte glougloutant à plein régime devant une cheminée condamnée. Pour la sobriété énergétique, on repassera.

Il retrouve Hugues, affalé sur un fauteuil hors d’âge, en train de rapprocher de lui une desserte grinçante sur laquelle trônent une bouteille de Salers bien entamée et un verre à pied cradingue. Il ouvre la bouteille et se sert une dose généreuse du liquide couleur d’urine. De sa main libre, sans quitter son verre des yeux, il invite Georges à trouver à s’asseoir en agitant dans le vague ses longs doigts effilés. Georges scrute la pièce, ne trouvant qu’un tabouret de piano usé jusqu’à la corne. Il le rapproche à quelque distance de l’homme, en pleine descente de son breuvage, et s’assoit face à lui alors que l’autre se ressert sans tarder.

« Alors, Hugues, qu’est-ce que vous… » commence Georges, avant d’être une nouvelle fois coupé sec. Après une inspiration interminable, son interlocuteur se lance de lui-même dans son récit.

« Vous savez, quand j’étais jeune, j’allais voir le Racing. J’ai grandi pas loin d’ici, du côté de la Motte-Picquet, alors forcément, quand vous êtes du coin, à cette époque, le Racing, c’est un peu l’équipe à voir, voyez… Mais je ne boudais personne, au Parc… CA Paris, Stade français… A l’époque y avait encore la piste du vélodrome, c’est vous dire… Le quartier était encore joli, y avait pas cet hideux périphérique qui vient tout gâcher… C’était les années 60, mais pas celles des beatniks et des gauchistes, non, celles du général et de Marilyn Monroe, voyez… L’ordre, l’élégance, la France qui était encore une puissance qui compte sur la scène internationale… »

Sentant la divagation de trois heures lui pendre au nez, Georges actionne l’aiguillage pour remettre son larron sur la voie : « Oui, l’Algérie française aux Algériens, les loches de Marilyn, la matraque de Papon, d’accord, d’accord. Mais concernant Paris-Saint-Germain-en-Laye, hmm ? Revenons un peu plus près de nous… Vous les avez connues, les premières années de Paris-Saint-Germain-en-Laye, non ? Respirez bien… »

Hugues ouvre grand la bouche et se lance dans une nouvelle et difficile inspiration, avant de répondre comme si cela devait lui coûter son dernier souffle : « Vous savez, le Paris-Saint-Germain, ça n’a pas toujours été le grand club que l’on connaît aujourd’hui, loin s’en faut… Les p’tits cons d’aujourd’hui, Némarre, Hèmebapé… A l’époque, jamais ils n’auraient touché une bille, fallait voir les champs de patates qu’on se tamponnait, les garçons-bouchers que ça alignait en face… Très vite, on a été pris pour cible par tout ce que la Division 1 comptait de provinciaux sanguinaires de tous poils… Faut dire, y avait plus de CA Paris, plus de Racing, plus de Stade français… Tout ça, à la trappe… Alors forcément, bon, on se rabat sur le Paris-Saint-Germain, forcément… Marseille, dans tout ça, ce n’était qu’un club parmi d’autres qui venait une fois l’an essayer de prendre sa revanche sur la capitale… Cette histoire de rivalité exacerbée, comme pour le match de ce soir, c’est tout récent, finalement… C’est la faute à Tapie et Canal, ça… Moi, je me souviens, le premier PSG-OM, j’y étais, j’étais encore tout jeune, douze, treize ans au plus… »

Georges hausse les sourcils et l’interrompt : « Douze-treize ans ? Mais, attendez… Quel âge ça vous fait, aujourd’hui ? »

Hugues, qui semble ne pas avoir entendu sa remarque ou simplement l’ignorer, poursuit sur son rythme asthmatique : « J’avais dû me coltiner le chemin jusque là-haut, à Saint-Ouen… Me frayer un chemin dans le marché aux Puces, jusqu’à ce petit stade miteux que les locaux avaient abusivement appelé « de Paris », laissez-moi rire… Un terrain vague comme tous les autres, oui… Deux buttes de terre, une tribune couverte, et puis c’est marre… L’odeur de caoutchouc brûlé, l’usine Ferodo derrière… Et puis quel pataquès pour arriver jusque là-bas, j’vous jure… Encore aujourd’hui, c’est l’enfer, pas une station de métro, pas un parking, vos yeux pour pleurer et la pisse de bière pour oublier, c’est tout… Bon, heureusement, la place était moins chère qu’au Parc, mais ça, c’était difficile de faire autrement… On avait pas gagné, mais on avait pas démérité non plus, ce jour-là… C’était quand même les champions en titre en face, avec les Skoblar et tout le tremblement… Le PSG venait à peine de naître, c’était tout jeune, tout frais, tout juste promu… Je me souviens, c’est Jean-Claude Bras qui avait marqué… Printemps 72, c’était… »

« Printemps 72 ??? Jean-Claude Bras ?? » s’étrangle Georges. « Mais mon pauvre ami, qu’est-ce que vous me lancinez là ? C’est pas Paris-Saint-Germain-en-Laye, c’est le Red Star que vous avez vu jouer à Saint-Ouen, il faut vous racheter des mirettes ! Saint-Ouen c’est le Red Star, Jean-Claude Bras c’est le Red Star… Et je viens pas pour les 120 ans et des poussières du ResSstar, je viens pour les dix ans de PSGEL ! Vous savez ? Cavanuche, Ravière, le Z, le brave Blaise, Nasser, les pétromiyiards, tout ça ? Non, ça vous dit rien ? »

Hugues l’observe fixement tandis qu’il s’emporte, comme un enfant fatigué devant un chien hargneux retenu en laisse. Il finit par rétorquer, sans prendre la peine d’inspirer cette fois :

« Écoutez, je ne peux pas vous répondre, je ne regarde plus jouer le PSG depuis au moins 30 ans… Toute cette violence, moi ça me désespérait… Je n’en pouvais plus de voir tous ces soi-disant supporters s’énerver, vociférer, s’entretuer… Où ça nous mène, la folie humaine… On court tout droit à notre perte… »

Georges fulmine toujours, ne sachant plus vraiment, du phrasé essoufflé de son témoin ou du ramassis de sornettes de vieux gâteux qu’il (Sepp) déblatère, ce qui le met le plus en rage. Il poursuit : « Non, vraiment, je ne comprends même pas ce que je fais ici, on ne parle pas de la même chose, ça me semble évident. » Il se lève, tâchant de contenir son agacement du mieux qu’il peut : « Je coupe court à cet entretien, pas la peine de me raccompagner. Au plaisir. »

Hugues le regarde s’éloigner en le fixant toujours de ses grands yeux bleus, impassible, affalé dans son fauteuil. Avant qu’il ne disparaisse au coin de la pièce, il lui lance, dans un dernier souffle : « Mon plus grand plaisir serait que tu te calmes, gros blaireau. »

Georges ferme la porte de l’immeuble derrière lui, au nez de la vieille dame de tout à l’heure, revenue de ses courses au marché du coin, et qui le lui fait payer d’une nouvelle salve de noms d’oiseaux. Il consulte sa montre. Le match était sur le point de commencer. Avisant un troquet pourvu d’un grand écran sur lequel il discerne un anonyme débat d’avant-match, il s’y engouffre et commande d’emblée une Suze-Tonic. Ce vieux con m’a donné une sourde envie de gentiane, pense-t-il en grognant devant une énième controverse sur l’envie de Némarre de tout plaquer pour se mettre au poker.

Il continue de grogner devant l’équipe proposée par Maurice, puis ne s’arrête plus durant un mâche qui ne fera que conforter son idée de départ : ce club, c’est vraiment de la merde en boîte, et ça fait dix ans que ça dure. Et ça ferait 50 ans que ce serait la même merde. Ça se paluche sur des gros noms, mais ça se fait marcher dessus par un ramassis de clampins sudistes, et ça évite la défaite une nouvelle fois in extremis (attention, la grosse chatte à Maurice commence quand même à être sérieusement déplumée). Une telle marge d’investissement pour un si petit écart fouteballistique, c’est quand même un rendement qui mériterait que cette équipe soit démantelée par la Macronie comme un vulgaire hôpital ou tribunal de province, pour être donnée en sacrifice sur l’autel de la rentabilité et de la dette publique.

Merde, avec tout ça, le vieux con m’a donné envie de retourner à Bauer. Mais re-merde, aucune envie d’aller me mêler à ce ramassis de hipsters pseudo-gauchistes et de choper le tétanos de la fripe de luxe ou la syphilis du simili-casu Carhartt. Sans compter qu’y a même plus Porthos Molise dans le coin, et qu’on peut plus compter sur le tarif étudiant à 2 balles 50. Un billet à 7 boules pour aller se cailler à côté de Jean-CBD et de son maillot CCCP à 100 pépettes, ça fait cher le Natianal de nos jours. Soupir. Monde de merde.


LE SOVIET SANS JEAN-CLAUDE BRAS


Kélore Navasse (2+/5) : En plus de se faire chier sur le banc quand il est remplaçant, il se fait chier sur le terrain quand il est titulaire. Le bore-out n’est plus très loin.

Hakimi Matati (2-/5) : Ces mots signifient- que tu seras exclu- sans aucun sursiiiiiiis- philosophiiiiiiiiiiiiie- Hakimi Matatiiiiiiii.

Marquigne & Kim (2+/5) : Franchement rien à s’couer les gusses.

Mennedesse (1/5) : Nope. Toujours pas.

Daniel Pereire (2/5) : Revenu de l’empire des morts.

Marcoco (2/5) : Petit trot, mais point de côté quand même.

Remplacé juste avant la mi-temps par Idrissa Ganache (2/5), égal.

Ange de Marie (2/5) : Le premier auquel on pense quand il s’agit de faire un changement tactique. La quatrième roue du triporteur. Le bibelot qu’on garde en souvenir du temps où on était assez nullos pour qu’un gars à 60 miyions à peine tienne lieu de vedette de l’équipe.

Remplacé donc pour cause de passage à dix à la 61e par Tileau Quérère, toujours pas non plus, c’est pourtant pas faute d’être patient (non).

LIONEL (2+/5) : Les bons coups sont souvent venus de lui. Oui oui. Et une tête sur la barre dans le tas, oui oui oui.

Némarre (1/5) : Il est clairement dans le dur du ventre mou, là.

Remplacé à la 83e par Jojo Ouijenaldoume, Georges bis.

Kykyks (2/5) : Comme tous les autres, il aura tenté de faire des trucs, pendant que les autres le regardaient faire. Et inversement. La saison va être longue.

A bientôt les gonzes, et n’oubliez pas les boutons ci-dessousse,

La bise trotskanale,

Georges Trottais

5 thoughts on “OM du Sud / Paris SGEL (0-0) – La Porte de Saint-Cloud Académie poursuit le feuilleton (!)

  1. Georges Trottais reprends-toi !
    Il ne s’agit que d’un épisode intériorisé de la banananale crise automnale, un phénomène malheureusement bien connu des camarades supporters du Péhessegé.

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