Stadréné / Paris SGEL (2-0) – La Porte de Saint-Cloud Académie se souvient

 

Paris, 12h53. Georges est à fond de cinquième sur une voie sur berge, abandonnée par Anne Petitenoblesseespagnole aux cyclistes et autres décroissants indigénistes, et reconquise de haute lutte par sa grosse cylindrée de fonction. Il est en retard, jamais il n’aura le temps de rallier Colonel-Fabien avant le début du mâche s’il se perd dans le dédale de ruelles à 30km/h concédées avec mépris aux automobilistes qui bossent et qui n’ont pas que ça qu’à foutre que de laisser respirer les jardins partagés des cadres survivalistes du 11e arrondissement.

Frôlant un gamin en train de roue-arriérer sur son Lime, Georges prend la sortie et déboule sur le Sébastopol. Le véritable boulevard se situant sur la double piste cyclable, et non sur l’artère embouteillée que celle-ci longe, il s’y engouffre sans vergogne et fait rugir le moteur. Suffisant pour s’ouvrir un chemin dans le flot de vélocipédistes du dimanche – littéralement – qui préfèrent leur casquette sans visière Carhartt au bon vieux casque moche de Décathlon. Rip en paix, petit hipster sur Peugeot course modèle 1970 parti trop tôt. Gare de l’Est, Faubourg Saint-Martin, LaurentLouis-Blanc à contresens… En quelques minutes, il est enfin devant le dôme de Niemeyer.

Déboulement dans l’open-space de la Porte de Saint-Cloud Académie. Jacques et Maurice (pas Petitpochon, l’autre, celui d’Ivry) l’accueillent, sourire aux mains et 8.6 aux lèvres. Le poste est déjà allumé. Maurice (Petitpochon, cette fois, pas celui d’Ivry) est à l’écran, il nous a encore sorti le carré magique offensif de sa petite poche. En face, le Stadréné, son quaquat’deu de toute éternité, d’un Pep à l’autre en une semaine. Ça sent le traquenard.

 

 

Et en effet, ça patine dans la semoule tout ça. Après vingt minutes à se chauffer les guiboles et à se chauffer les slips sur quelques coups de chaud dans la défense de Jean-Louis Junior, les quatre magiques magiciens parisiano-saint-germanois passent la deuxième et bombardent la surface adverse de bonbons et friandises toutes plus alléchantes les unes que les autres, mais ça ne veut pas. Logiquement, PSGEL paie sa domination outrancièrement stérile et se fait surprendre juste juste juste avant la pause sur un centre repris au second poteau par Gaëtan, l’ancien du Red <3 (1-0). L’âpre goût du but rentable et efficace efface la douceur sucrée du beau geste qui ne se voit payé qu’en visibilité.

Sitôt la mi-temps sifflée sur cette bonne farce PSGELienne, Jacques lance un : « C’est marrant, depuis que le club existe, je me souviens même plus d’une seule fois où le Stadréné nous aura pas fait suer. »

« Tiens, c’est vrai ça », renchérit l’autre (celui d’Ivry). « M’en souviens pas non plus. Faudrait aller vérifier ça aux archives, pour rigoler un peu. »

Un temps.

Georges bondit soudain de son fauteuil élimé et se tourne vers ses acolytes, effaré : « Jacques ! Maurice (oui, celui d’Ivry) ! J’ai un affreux pressentiment : c’est quand déjà que ce con de club a été créé ?? »

« Euh, j’sais plus alors… » commence l’Ivryen. « C’est pas quand le grand Z est arrivé ? Le social-traître que JPR aime bien, là… »

« Nan, un poil avant, » ajoute le Bellevillois. « Quand Nasser le panarabe est arrivé. Je dirais… Y a neuf ans ? Non, dix ! »

« Meeeeerde, » s’emporte Georges, tout en se cognant le front du poing. Les deux autres ne pigent pas. Il s’explique : « Purée, mais je viens à peine de finir le con de bilanal de la saison dernière que je vais devoir trouver un truc pour l’anniversaire des dix ans, là ! »

A la limite de s’arracher les cheveux, Georges entame les cent pas dans la petite pièce sombre pendant que les réclames s’égrainent à l’écran. Il s’immobilise, fronce les sourcils, se frotte le menton. Le contact du poil dur et rêche l’apaise un temps. Puis il s’anime soudain. Pointant du doigt ses vieux camarades, prostrés comme dans l’attente fébrile du coup proche de tomber sur leurs têtes dégarnies, il s’exclame :

« Allez, au boulot, j’ai un truc. Il me faut des supporters de Paris-Saint-Germain-en-Laye. Du vrai supporter. Du vieux, du décrépi, des mémoires d’éléphant, du gars qui déblatère pendant cinq heures sur un pénalty non sifflé pendant un trente-deuxième de coupe sous l’averse à Ploufragan quand on lui demande quelle heure il est. Maurice (mais oui, toi, celui d’Ivry), tu me ponds un appel à témoignages, tu m’inventes une fausse récompense à la con pour attirer le chaland – une poupluche de Jérémiménèze ou une glacière dédicacée par Loucassemoura, je m’en fous, n’importe quoi. Jacquot, tu vas me rafler les ronéotypes du service propagande, on va placarder toute la banlieue pour les retrouver, les gonzes. Et puis tu me barbotes aussi un magnéto au comité d’histoire, de toute façon ils s’en servent plus, ça fait longtemps qu’y a plus un seul témoin vivant dans ce parti à la noix. »

Les deux restent pantois, se fixent du regard, dépités, tandis que Georges se frotte les mains, embrassant Paris du regard (mais pas Saint-Germain-en-Laye parce que c’est trop loin, là-bas, dans les Yvelines riches et fertiles) par la petite lucarne donnant sur la place pavée toute proche.

« On va taper dans le témoignage de qualité, dans le flashback, dans le journalisme total, » poursuit-il, sourire carnassier aux lèvres. « On va en faire un feuilleton magnifique, un hebdomadaire trimestriel un truc chiadé totalement libre du point de vue rythme de publication, comme seul Horsjeu.net (maton, quel site !) sait en faire. Si avec ça je gagne pas le Ballon d’eau fraîche ou le Pullitzer l’an prochain, c’est à s’ablater un rein. »

Très vite, il se détourne, file à la commode toute proche, commence à s’affairer, pose quelques notes sur un carnet déjà usé jusqu’à la corne. Les deux autres demeurent immobiles. Le mâche reprend. Un gars qui s’appelle Flavien creuse l’écart dès la reprise (2-0). Ils se tournent vers Georges, impassible, l’air ailleurs, déjà à son grand dessein. Paris-Saint-Germain-en-Laye, sonné, déroule toute sa palette d’équipe qui ne sait décidément pas être menée au score : des vengeurs solitaires se déclarent aux quatre coins de l’effectif, pour le plus grand bonheur de Rougénoirs trop heureux d’enchaîner les prises à deux et de laisser leurs adversaires péter un câble sans même avoir à les pousser très fort. Défaite logique, malgré le fameux mâche-référence-qui-devait-enfin-lancer-la-saison d’il y a cinq jours. Encore un revers contre l’infâme Pep venu des bords du Rhône en passant, la voilà la vraie bête noire.

Coup de sifflet final. Georges n’y prête presque pas d’attention, plongé qu’il est dans son grand projet – quinquennal ou non, l’avenir de sa flemme le dirait. Allait-il réussir à accomplir la mission qu’il venait sciemment, en toute connaissance de cause, d’ajouter à la pile déjà fournie de dossiers poussiéreux super urgents et autres mâches en retard à académiser, à côté des monceaux d’idées mortes nées de formats d’articles révolutionnaires, et ce avant que la date anniversaire fatidique soit passée ? Suivrait-il la tradition horsjeuïenne en coupant court à toute vélléité d’effort créatif sur plus de trois articles ? Parviendrait-il à tirer ne serait-ce que trois articles de cette affaire ? Serait-il au moins encore vivant – et surtout la santé – dans trois articles ?

 


LE SOVIET QUI VIT BIEN ET EN BONNE SANTÉ


 

Jean-Louis le jeune (2/5) : *gros plans sur Kélore Navasse intensifies* (jolie capacité à dégoupiller au moindre contact un peu trop engagé d’un joueur adverse par ailleurs, il semble déjà parfaitement intégré à l’effectif pour ce qui est de sortir de son mâche et faire les gros yeux méchants à la première contrariété venue).

Achrafimi (1+/5) : Une nouvelle fois pas au mieux défensivement face au virevoltant ailier d’en face, généreux en débordements et autres souilleries assez déshonorantes. Mais surtout, moins en vue offensivement, et ça, c’est nouveau.

Markimpembinhos (2/5) : Je les mets ensemble parce que je sais toujours pas noter la défense.

Mennedesse (1/5) : Fautif sur les deux buts par son marquage un peu lax(at)iste. Sinon, Abdiallo il était pas si mal, non ?

Marcoco (2+/5) : Moins flamboyant qu’en milieu de semaine, pris en tenaille qu’il était par un milieu adverse bien fourni, mais néanmoins toujours aussi utile quand il s’agit de maintenir la pression sur la surface adverse, ou d’y échapper dans la sienne. T’façon, je l’aime mon hibou, voilà.

Remplacé à la 76e par Georginet Ouichenaldoume, toujours pas.

Idrisseye (2/5) : C’est pas faute de vous avoir prévenu, pourtant : la prochaine masterclass d’Idrissa, c’est dans deux ans, pas avant.

Remplacé à la 76e par Andrérrerra, en redescente d’acide, comme prévu.

Angelito (1+/5) : Invisible lorsqu’il était dans l’ombre du stade, un peu plus actif lorsqu’il dézonait du côté ensoleillé. En manque de vitamine D, l’angelot.

Lionel (2+/5) : Il a distribué les bonbons comme à la fête foraine en première période, au point que la ligne d’attaque nous a fait une indigestion de sucre et a passé la seconde mi-temps à lutter péniblement contre son transit intestinal, et lui avec. Nouveau frisson sur coup franc à noter, la barre en tremble encore.

Némarre (1+/5) : Décidément, le #Clochardgate a bel et bien fait une victime.

Remplacé à la 76e (encore !) par Mauricardie, pas celui d’Ivry, celui de Rosario (encore !).

Mbappouze (2/5) : Comme tout employé de bureau qui se respecte, il a eu son pic d’activité vers 10-11h, a plutôt mal encaissé le traditionnel coup de barre post-choucroute aux fruits de mer/flan aux pruneaux de la cantoche à la pause méridienne, et a bâclé son après-midi en regardant l’heure tourner. Le quota de frappes non-cadrées est atteint, tant pis pour les appels à passer (ici, on notera la métaphore fouteballistique), il fera ça demain matin. A la première heure. Oui oui.

 

Attention, la grosse boule (coucou Kimberly) de l’inefficacité arrive

 

Allez zou, prends ça la saison invaincue de mes fesses,

La bise trotskanale, et à bientôt pour la suite du feuilleton anniversaire (ou pas),

Georges Trottais

Georges Trottais

L’homme le plus (lutte des) classe(s) du monde.

4 commentaires

  1. Votre clin d’œil m’honore au plus au point et je suis en joie, ce qui ne vous dispensera pas d’un bon Zlatan Ibrahimessiauxfraisesovitch.

  2. Avez-vous pensé à élargir l’équipe de journalistes pour mener à bien votre tâche de série d’articles anniversaire ? Non parce que Pétère ( il a la méga-chiasse certes, mais c’est un pro) et Stévène sont dispos depuis la fin de l’enquête sur Georges (pas celui de Paname, celui du Tegzas).

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