La Napapicnic Académie respire le Buenos Aires russe

Le titre n’est pourtant pas un appel à la débauche. Juste aux célébrations les plus orgiaques possibles.

Le contexte

Avant le début du match, il reste 2 matchs, après il n’en reste plus qu’un. Ce constat primaire illustre une chose : le deuxième est toujours décisif et seules les petites équipes comme l’Italie débutent la compétition au troisième match. Les autres perdent. L’issue de la première journée ne laisse pas beaucoup de choix aux deux acteurs du soir, il faut gagner certes, mais pour des raisons différentes. La Croatie doit confirmer sa montée en puissance et un statut qui oscille entre surprise, outsider et potentiel vainqueur de la compétition. C’est en effet une génération dorée qui arrive à maturité, élément essentiel et historique des grandes sélections balkaniques.

L’Argentine doit quant à elle se ressaisir et montrer à la face du monde que la grande Albiceleste est là, fin prête pour la compétition qui doit couronner le plus grand joueur du monde après Ronaldo. Aucun titre international, c’est un grand constat qui fait mal pour le petit de Rosario. Un match d’ouverture fébrile et un peu stérile quand même, grâce à une douche froide comme l’Islande en distribue régulièrement depuis 2015. Il y a l’image de l’Argentine, c’est une chose, mais il y a surtout le côté comptable : un match nul, pourquoi pas, mais une défaite compliquerait beaucoup l’avenir argentin et surtout donnerait les clés de la qualification aux autres équipes du groupe, Islande et Nigéria.

Conclusion : une victoire arrangerait les deux équipes. Etonnant, non ?

Le match

Une démonstration de maîtrise, de puissance, de précision, de force collective, d’intelligence de déplacement. La Croatie a rayonné et a écrasé une pâle, pâle et pâle équipe d’Argentine qui a su merveilleusement cumuler erreurs individuelles et erreurs collectives sur le terrain et en dehors. Une déroute inquiétante, qui donne une dynamique de faire-valoir à son parcours. Mais que nous avons été beaux et efficaces et gracieux. Un résultat final spectaculaire qui ne reflète pas forcément la totale physionomie du match mais on s’en tape comme d’un charnier bosniaque. Passons rapidement sur la première mi-temps où il faut seulement évoquer des débats équilibrés, des actions non tranchantes, des banderilles des deux côtés. Et survint la master piece : une mi-temps incroyable offerte sur un plateau patagonien par le décrié gardien de but argentin, dont je vous épargne le nom pour laisser sa famille tranquille.

Une louche ratée devant l’attaquant qui fusille d’une volée « pas-si-facile » sous la barre (53e). Les mines déconfites des Argentins en disaient long sur le sentiment profond que leur inspire leur gardien depuis sa titularisation. BOUM. La machine est lancée et s’emballe. Modric, qui entre nous a toutes les cartes pour être un des rois de la Coupe du monde, se crée un vasistas de tir dans la véranda ouverte argentine et PAM, une merveille de tir enroulé qui malgré une détente honorable du gardien, le contourne et rentre triomphalement pour le break (80e). Les Argentins sont à terre, ils ne reviendront pas et sont déjà dans le prochain match, celui où ils seront éliminés, celui ils sortiront une fois de plus au premier tour, celui où Messi annoncera la fin de sa carrière internationale, sans doute la seule vraie mauvaise nouvelle pour le football. Le reste de l’équipe étant un ramassis d’enfants gâtés mal dégrossis persuadés que la seule présence de Léo leur permettra d’accrocher une étoile maradonesque. Ont suivi des moments d’une intensité assez inégale avec de nombreux gestes violents et dangereux de la part des Argentins en plein dégoupillage nerveux. Les joueurs Croates sont restés calmes que légèrement provoquants, on ne chasse jamais tellement loin son ADN.

Et le chef d’œuvre collectif, la leçon à l’adversaire qui ne veut pas passer que par un homme. Les Croates ont signifié l’indigence autant que l’impuissance de leur faible opposant en un tour de magie achève cette albifuneste soirée (oui je sais L’Equipe a utilisé aussi ce jeu de mots ce matin). Des tirs, des décalages, des passes, le football redéfini à la 90e, comme une conclusion : « voilà ce qui l’aurait fallu faire si vous aviez su jouer ».

Les joueurs 

Subasic (4/5) : Toujours attentif, cadrant sa défense, il est là et abat du lourd.

Strinic (3/5) : Côté gauche bloqué.

Vida (3/5) : un videur de la Loco qui refoule le petites cailleras venues s’enjailler le vendredi soir. Très utile mais un peu fou (loca en espagnol). La Vida loca. Merci.

Lovren (4/5) : On se moque en raison de son passé lyonnais et c’est bien légitime. Il est sur la lancée de sa saison. Dur au mal, il est solide et rend coup pour coup. Une sécurité à l’arrière comme seule la confiance des meilleurs équipes sait en donner.

Vrsaljko (3/5) : solide et vif. C’est bien d’aller au combat avec ce genre de joueur

Rakitic (5/5) : sauvetage devant ses cages, du poids dans l’entrejeu, coup franc sur la barre et un but pour conclure une soirée presque parfaite. La vedette barcelonaise de la soirée, évidemment.

Modric (5/5) : un homme des grands soirs qui ne fuit pas, lui. Encore un but pour les best of, un de plus après sa volée à l’Euro 2016 contre la Turquie. Un grand joueur que le monde du ballon aime et il nous le rend bien, lui.

Brosovic (3/5) : déminage au milieu de terrain. Un travail de l’ombre fait avec force et honneur. Sera suspendu au prochain pour un jaune pris dans les arrêts de jeu.

Perisic (3/5) : il aurait pu avoir plus s’il n’était le joueur préféré de Laure Boulleau. Il aurait donc dû avoir moins.

Rebic (4/5) : Il a percé le coffre le premier. Alors oui on la lui donne mais quel beau geste qui aurait pu terminer dans les étoiles ou en touche. Concentration, application, célébration.

Mandzukic (4/5) : Est cité dans la chanson « Zinedine Zidane ». A donc l’immunité et n’est pas prêt de la rendre avec ce genre de prestation.

Les remplaçants :

57e : Kramaric pour Rebic
82e : Kovacic pour Perisic
93e : Corluka pour Mandzukic

Sans les noter, notons qu’ils n’ont pas dénoté et ont même permis au score d’être accentué. Tout en aigu.

Terminalector

Je suis la majuscule sur ton gentilé. Je suis l'ordre et le chaos de la modération. Je suis la loi en tribune.

4 commentaires

  1. Si Dejan est sur la lancée de sa saison, attends-toi quand même à une grosse couille dans un match clé. Le charme de Lovren, c’est qu’on n’est jamais à l’abri d’une prestation cataclysmique qui suit une prestation incroyable.

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