Milan-Udinese (4-4), Saison 2010-2011 : La Rossonera Accademia se souvient et frissonne encore

De retour pendant cette période de trêve sanitaire forcée, c’est l’occasion pour la Rossonera Accademia de rendre hommage à toute la Lombardie, toute l’Italie et bien sûr tous les autres pays touchés par la crise sanitaire.

Avec vous, on se remémore un temps, lointain, où Milan gagnait, des matchs, des titres, la Serie A. Quelle période les amis. Et quels matchs on voyait à l’époque ! En mémoire ce Milan-Udinese dont beaucoup se souviennent, pour le score, fleuve, bien sûr mais aussi pour le jeu pratiqué, les occasions nombreuses et les joueurs, ceux de l’Udinese, jeunes pépites d’un club si beau à voir jouer, classé 4e en Serie A cette année là.

Regardez les deux onze et appréciez ces beaux noms :

Les Compos :

Côté Milan on est sur une équipe A’ puisque Strasser et Bonera remplaçants habituellement prennent la place de Nesta, Pirlo.

Côté Udine, une bien belle équipe avec de jolis noms qui ont fait le bonheur d’autres clubs quelques années plus tard … on peut citer Inler, Asamoah, et bien sûr Handanovic et Sanchez. Non Zapata n’est pas à citer ici car il n’a jamais fait le bonheur des tifosi du Milan quelques années plus tard.

Le Match :

Très rapidement, l’Udinese prend les devants et obtient le plus d’actions franches. Sanchez met un boxon à droite qui force Antonini à faire des aller-retour aussi rapidement qu’un acteur de gonzo.
Milan garde la balle, malgré un milieu assez remanié, sans Pirlo, mais avec Strasser, jeune espoir dont vous entendrez parler longtemps (non).
En bref, les milieux d’Udine frappent de loin, forcent Amelia à s’allonger et se servir de ses gants (misère) … enfin quand il le peut, puisqu’une frappe de 25m touche le poteau avant de revenir sur Di Natale, en bon renard, qui sent le coup venir et tacle dans le but vide. Non-aligné (comme un pays du Tiers Monde), Antonini permet au futur meilleur buteur de la saison (28 buts !) d’ouvrir le score (0-1) à la 35e.
Milan répond très vite, et avec un peu de chance par Pato, laissé seul aux 6m par Zapata, pourtant pas encore mauvais à l’époque, après un très beau dribble d’Ibrahimovic qui passe en retrait. L’arme fatale du football comme dit ce vieux sénile de Jean Michel Larqué (1-1).

Ouais, même là dessus j’ai du The Wire

Au retour des vestiaires, Milan pousse à nouveau et Handanovic, qui signe une masterclass ce soir, repousse toutes les offensives de Robinho.
C’est alors le moment propice pour les frioulans d’asséner deux coups de poignards dans le dos, littéralement du Milan. Coup sur coup, c’est Sanchez qui de la tête, devance Bonera, avant que Di Natale à la course ruine ce même Daniele Bonera lui rappelant son âge avancé … Oui, mais Di Natale a 4 ans de plus que Bonera, ce qui ne donne aucune excuse au défenseur du Milan très très en déclin cette saison … (1-3).
Allegri, qui n’a pas fait que des bons choix et qui n’est pas encore le génie tactique reconnu dix ans plus tard, fait un excellent changement : il sort Seedorf, pas dans un bon jour (ni dans une bonne saison) pour le génial Cassano. Et tout change. Milan domine partout sur le terrain, Robinho qui doit marquer au moins deux fois dans le match bute encore devant un Handanovic impérial, c’est ensuite Strasser qui perd son duel face au gardien, imbattable.
Imbattable face aux rossoneri ? Peut-être mais pas devant ses coéquipiers … sur un centre anodin, c’est Mehdi Benatia qui trompe son propre gardien en le lobant d’une tête retournée (2-3). Tout est relancé, il reste 15min à jouer.

Dans la foulée, Cassano, omniprésent, dribble dans un petit espace et glisse du pointu le ballon à Pato qui ne se fait pas prier et trompe Handanovic au point de péno. Avec la VAR il n’aurait surement pas été accordé, pour un poil de cul, mais San Siro exulte et félicite son chouchou numéro 7 (3-3). Milan a fait le plus dur, revenir dans le match et égaliser … le point du match nul doit être sécurisé désormais.
Oui mais non. Oui mais Bonera.
C’est German Denis, énorme bomber qui après une pige à l’Udinese est devenu l’attaquant fétiche de l’Atalanta pendant cinq ans, qui se joue du vieux Daniele et marque un quatrième but à Amelia (3-4). San Siro a le souffle coupé et personne n’imaginait voir Milan, premier du classement s’en prendre quatre à la maison par Udine.
Ce match n’est pourtant pas entré dans les légendes suite à une défaite du Milan … Non.
Cassano, quasi homme du match en 20min, offre une nouvelle passe décisive, entre les jambes du défenseur pour Ibrahimovic qui crochète et frappe pied gauche (4-4).
Ibrahimovic, pourtant pas étincelant ce soir-là, marque le but de l’égalisation à la 93e et sauve Milan de la défaite.
L’Udinese et Handanovic ne sont pas bien payés, mais cette saison, Milan est chanceux, les décisions arbitrales sont favorables, le talent est là et les points sont pris toutes les semaines.

Les deux équipes nous ont livré un match d’anthologie, 8 buts inscrits, des poteaux, des arrêts magnifiques …

Les Notes :

Amelia 1/5 :

Passoire. C’est le mot. L’habituel remplaçant d’Abbiati, titulaire ce soir n’a rien fait pour empêcher l’Udinese d’en planter 4. Il a même tout fait pour que ça arrive l’enfoiré.

Antonini 4/5 :

Alors oui il est mal aligné sur le premier but de Di Natale, oui Sanchez lui a mis la misère plus d’une fois sur son côté, mais quel match d’Antonini. Quelle énergie déployée. Il est partout sur son flanc gauche, et pour un droitier, il n’hésite pas à monter dans le camp adverse et centrer, pas une demi-qualité pour un latéral.

Thiago Silva 4/5 :

Meilleur défenseur central du monde à l’époque. Rien que ça. Absolument propre dans les relances, dans le placement, il n’a pas été aidé par son acolyte du soir, et avec Nesta ou Yepes il formait à l’époque une paire de DC vraiment vraiment forte.

Bonera 0/5 :

A la rue complet. Sur quasi tous les buts. Regardez par vous-même dans le résumé, ses placements, ses interventions, rien ne va. Bon vent Daniele et merci pour le travail accompli. Plus de 200 matchs avec Milan, ce n’est pas rien, mais il ne restera pas dans la tête des tifosi comme un défenseur central sur qui l’on pouvait compter.

Abate 3/5 :

Plus tranquille à droite, Abate a fait du Abate, c’est-à-dire faire des sprints de 60m tout le match. Et comme d’habitude il l’a bien fait. Aurait pu, réellement, avoir une carrière de sprinteur.

Strasser 3/5 :

Bon petit match de Strasser, sierra léonais de 20 ans formé au club, aurait même pu marquer un superbe but de 25m sans un Handanovic des grands soirs. On ne vous cache rien, tout le monde a oublié son existence et son parcours ne fait envie à personne.

Seedorf 2/5 :

Fin de règne au milieu pour Willy Wonka. Abuse de longs ballons qui trouvent plus souvent les bandes cartonées des partenaires économiques que les crampons Adidas des partenaires sportifs. Triste mais toujours aussi classe. Maillot dans le short, mollets qui sortent des chaussettes. Trop d’amour pour Seedorf.

Gattuso 4/5 :

Enorme match de Gattuso. Partout au milieu, gratte les ballons comme personne. On sous estime souvent le niveau de Gattuso. Mais croyez-moi, pour être titulaire plus de 10 ans dans un club comme le Milan, à une période où le club remporte tout en Italie et en Europe, il faut en avoir dans la tête et dans les pieds.

Robinho 3/5 :

Implication maximale du Brésilien, souvent décrié mais qui laisse un très bon souvenir à Milan. Souvent décisif, il obtient, tout seul et grâce à ses coéquipiers, un nombre d’occasions assez phénoménal, match après match. Et celui-ci contre l’Udinese ne fait pas exception.

Pato 4/5 :

Mon chouchou. Celui de San Siro. Celui d’une énorme partie des tifosi. Trop d’amour sur lui pour le critiquer. Ça tombe bien, avec un doublé c’est impossible de le faire sur ce match. Au bon endroit au bon moment. Bien coaché par Inzaghi à l’entrainement, le numéro 7 a fait se lever tout San Siro. Et aurait dû continuer pendant quinze ans. Trop de regrets.

Ibrahimovic 3/5 :

Match assez quelconque d’Ibrahimovic. Mais 1 but, 1 passe décisive. Là qu’on reconnait les grands joueurs parait-il. C’est vrai. Il en fait partie. Zlatan Ibrahimovic est un très grand joueur et a marqué l’histoire du Milan. Ce n’était pas un grand match pour lui, mais le point du match nul est en grande partie glané grâce au Suédois.

Remplaçant marquant :

Cassano 5/5 :

Beaucoup d’amour pour lui aussi. Malgré ses frasques, son départ à l’Inter quelques années plus tard. Énorme joueur. Un talent incroyable. J’ai eu la chance de le voir jouer en direct un paquet de fois, et je peux vous le dire, objectivement, ce mec est un crack et aurait dû/pu avoir une carrière bien meilleure qu’il n’a eue.

Le résumé du match

Note Artistique de l’équipe 4/5 :

Une belle note pour un beau match.
Je me souviens comme si c’était hier du soir où je l’ai vu en direct, sur un streaming Sopcast de qualité, sans doute en russe …
Le scenario, magique, est mémorable bien sûr, et les compositions d’équipe poussent à la nostalgie. Quasiment dix ans se sont écoulés depuis ce match, dix ans d’une vie pour moi, la vingtaine qui s’écoule, dix ans de carrière pour les joueurs, une retraite pour certains, une fin de carrière pour d’autres.

Ce match là, tous les supporters du Milan s’en souviennent. C’est l’année du dernier titre en Serie A. Du dernier titre tout court (non la Supercoupe ne compte pas). L’une des dernières années où le Milan faisait peur aux adversaires. Où San Siro était un lieu où l’on ne prenait que très rarement des points. Où les joueurs qui portaient ce maillot avaient le niveau que l’on attendait d’eux (sauf Bonera ok).
C’est un match du passé, avec des joueurs du passé, dans une époque passée.

Milan ne ressemble plus à ce club, dix ans plus tard. Pas les mêmes propriétaires, sept entraineurs ont défilé à la suite d’Allegri, et de nombreux joueurs qui n’auraient même pas dû porter les couleurs de la réserve (Constant, Birsa, Bakaye Traoré, …).

C’est le lot du football, de changer à travers les époques, et ce n’est pas propre au Milan, loin de là.

Regardez cette équipe de l’Udinese, si belle, si forte. Regardez ce qu’elle est devenue, les années suivantes, et aujourd’hui. C’est dommage, mais ce sont les cycles du foot qui sont ainsi, et les tifosi s’en accommodent, parfois difficilement, mais une bonne majorité s’y habituent, croyez-moi. Si ce n’était pas le cas, je n’écrirais pas ces lignes, et vous ne les liriez pas.

Franco Baresilles

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