Espagne / URSS (1-1, 3-4 aux pénos) – La Krasnaiya Akademiya passe la vitesse supersoviétique

*Bolchévisme intensifies*

Salut à vous, gauchiasses de mon coeur,

Vous n’y croyiez pas. Je n’y croyais pas. Eux-mêmes n’y croyaient pas non plus. Et pourtant, nous y voilà : les camarades-joueurs soviétiques ont déjoué tous les pronostics auxquels le monde entier les destinait  (à raison au vu des deux, quatre, voire des trente dernières années de matches de merde qu’ils viennent d’enquiller). Nos fiers héros, envers et contre tout (et pourtant ça m’aurait arrangé qu’ils se foirent, je serais parti en vacances plus tôt), ont survécu à la ténébreuse épreuve des poules, et voient s’ouvrir devant eux la rampe semée d’étoiles des phases finales, menant en droite ligne à l’illumination des masses populaires, contemplant le reflet de leur propre servitude dans cette infâme boule dorée servant de trophée à cette saleté de compétition patriarco-capitaliste. Le jeu léché (non) du maréchal Tchertchessov a mené la Sbornaïa au-delà d’elle-même, pourfendant au passage les cruels despotes sAHOU!diens, les esclavagistes arabo-grecs d’Égypte et autres traîtres doriotistes uruguayens (ou presque), pour enfin se mesurer aux infâmes ordures franquistes, dans un stade Lénine en fusion, devant le monde entier venu célébrer le triomphe du socialisme réel sur l’oppression fasciste.

Face à la phalange espingouine préparant son pronunciamento contre les masses populaires du football, fort de ses tout-puissants surhommes prêts à en découdre sous les ordres de leur bien-aimé caudillo Ramos, le soviet-équipe russe n’avait à opposer que le courage des révoltés et l’espoir qui les animait de voir un jour triompher la volonté du peuple. Quel était le plan de bataille de notre camarade-entraîneur pour tenir tête à la machine de guerre ibérique, malgré la faiblesse de ses propres troupes ? Faire déjouer l’adversaire et cadenasser sa surface jusqu’à laisser la chance, le sort ou le hasard faire pencher la balance de son côté. Vous pensiez sottement, comme tant d’autres gauchistes avant vous, que le football socialiste était fait de folles offensives et de dribbles magiques, au mépris des basses besognes défensives ? Fioritures du sport-spectacle et privilèges de riches que tout ceci.

L’idée profondément socialiste du football réside dans l’égalité initiale que celui-ci instaure sur le terrain, ce fameux « zéro à zéro » qui abat les différences de niveaux intrinsèques aux deux équipes, quelle que soit la prétendue supériorité technique que l’une peut théoriquement avoir sur l’autre, du fait de la qualité de ses joueurs. C’est dans ce « zéro » dont chaque camp dispose au début de la rencontre que réside le plus fabuleux cadeau que peut faire le football aux faibles dans leur lutte face aux puissants de ce monde : l’espace de quatre-vingt-dix minutes (ou plus), l’équilibre numérique peut être rétabli (et maintenu) entre deux équipes disposant de moyens techniques et physiques fondamentalement inégaux, et le plus fort sur le papier se doit de prouver également sa supériorité sur le tableau des scores. Ce cadeau, cet avantage donné au faible, ce dernier doit le défendre à tout prix, comme un acquis social obtenu de haute lutte et qu’il s’agit de conserver face aux griffes avares des rentiers qui écrasent ce monde de leur égoïsme crasse. Ce « zéro à zéro », c’est le privilège du footballétaire face aux milliers de zéros qu’alignent les magnats sportifs sur les fiches de paie de leurs joueurs surpayés.

Au football, le puissant n’a rien à perdre, et peut se permettre d’attaquer à foison ; le faible, lui, a tout à gagner, et il se doit de défendre ce « tout » avec acharnement, même si les crampes la mort est au bout. Dans ce but, nul besoin de redoublements de passes et autres grigris et galipettes : seul, le travail collectif pour défendre son but des offensives fascistes vaut la peine de puiser dans ses maigres ressources physiques. Face aux phalanges franquistes et leur impressionnante armada offensive, il s’agissait donc de défendre la surface corps et biens, à l’instar des forces républicaines dans le bain de sang de Teruel. Le camarade Tchertchessov abandonnait donc son ambitieux 4-4-2 de la première phase pour sortir de sa moustache le 5-3-2 qui s’imposait dans cette rencontre à enjeu.

 

Toujours pas de 1-2-3-4… Mais c’est pour la bonne cause.

 


LA RENCONTRE


 

Trente secondes de jeu : le camarade Dziouba donne le ton du mâche en foutant cet enfoiré de Busquets par terre. La rencontre prend comme prévu l’aspect d’une attaque-défense, les Espingouins faisant tourner le ballon autour d’une défense soviétique plus resserrée que la chatte à ton père. Dziouba et Golovine jouent les perturbateurs à la relance, et mordent dans les mollets de l’arrière-garde franquiste à la moindre occasion pour lancer des contres dans les espaces béants laissés derrière par les chemises noires (qui jouent en rouge pour nous tromper, ambiance Cinquième Colonne). Fidèle à elle-même, l’équipe russe fait jouer son impact physique, et provoque quelques fautes grossières. C’est sur l’une d’elles que Sergueï Ignachevitch décide de changer de sport et de plaquer vulgairement Sergio Ramos au sol. Pas besoin de pénalty cependant, puisque le mollet du vétéran suffit déjà à détourner la balle dans le but. 1-0, certes, mais au moins, le réflexe du vétéran aura permis d’éviter un but de cet enfoiré de Vergio (une serseine, Verge !).

C’était sans compter sur la hargne russe, et le jeu de tête d’Artyom Dziouba : après plusieurs actions chaudes sur le but espingouin, un centre de Samedov sur une remise à l’arrache de Fernandes (un migrant comme on en fait plus, ce Mario) permet au colosse moscovite de placer sa tête, qui part droit dans la lucarne. Gérard Piquette prend exemple sur le Big Sam et s’essaie au volley : main évidente, pénalty, que transforme en force le camarade Artyom. 1-1, à cinq minutes de la pause, le moment idéal pour égaliser. Les Franquistes tentent alors une autre approche pour décrédibiliser le Frente Popular bolchévique, et diffusent dans le stade une vidéo de propagande à l’argumentaire grotesque :

 

 

Le soviet-équipe russe ne se laisse pas influencer, de même que le public qui réitère ses encouragements à ses héroïques représentants. S’attendant à subir l’ire des Ibères, équipés par les nazis comme à Guernica (Adidas, Messerschmitt, même combat), le maréchal Stan procède dès la reprise à un renforcement de ses lignes arrières avec l’entrée du défenseur Granat. Exténuée, la Sbornaïa laisse complètement l’initiative du jeu à son adversaire qui tourne sans imagination autour du bloc soviétique. L’Armée rouge de Tchertchessov procède comme elle l’a toujours fait face à l’envahisseur fasciste, de Napoléon à Adolf : pour épuiser les réserves adverses, le Russe pratique la tactique de la terre brûlée, en abandonnant l’immense plaine russe à l’ennemi, sûr de sa force, mais qui voit ses lignes de ravitaillement s’étirer de plus en plus…

Plus la rencontre avance, plus les Russes se recroquevillent sur leur surface, sans plus réussir à faire l’effort de relancer proprement ou de suivre collectivement les quelques contre-attaques qui se présentent à eux. La Sbornaïa tient bon face aux assauts franquistes, dont la dangerosité va crescendo à mesure que la fin du mâche, puis la fin des prolongations approche. La défense de cette précieuse égalité devient le seul et unique souci du soviet-équipe russe, qui resserre les boulons, plie mais ne rompt pas, bien aidé par leur entraîneur qui menace de leur coller une balle dans la nuque au moindre signe de désertion de poste.

 

Les frères Mirantchouk et Miranchtouk après avoir refusé de presser à l’entraînement.

 

Tous ces efforts, heureusement, ne sont pas vains, et alors que les Rodrigo et autres Aspas commençaient sérieusement à donner le tournis à une arrière-garde russe percluse de crampes (Ignachevitch manquant encore de peu de provoquer un pénalty en emportant Piqué sur son épaule comme ces sacs de patates qu’il faisait passer en contrebande pendant la grande famine ukrainienne de 1932), l’arbitre finit par siffler la fin des prolongations, et donc le début de la périlleuse séance des tirs au but. Et au jeu de la roulette russe des pénalties, les Slaves ont évidemment un avantage naturel : après quatre tirs transformés, Igor Akinfeïev sort la parade qu’il faut sur la tentative de Koke, puis sur celle d’Aspas pour délivrer tout un peuple, et insuffler dans le coeur des footballétaires du monde entier l’espérance de la victoire sur tous les oppresseurs et autres Terre-platistes qui gangrènent ce globe. La Sbornaïa réalise donc l’exploit de vaincre la vermine franquiste, et s’offre une belle rencontre en quarts de finale contre les brebis égarées du titisme yougoslave. Il s’agira pour les hommes du Stan de ne pas se louper et de démontrer la prééminence du socialisme soviétique sur les déviants croates et leur national-communisme à la manque.

 


LE SOVIET QUI S’EST DONNÉ JUSQU’AU BOUT


 

Igor Akinfeïev (5/5) : Auteur de plusieurs parades décisives pour maintenir son équipe à flot, notamment lorsque sa défense commençait à craquer pendant les prolongations, Igor a également sorti les arrêts qu’il fallait pour donner la victoire à ses camarades pendant l’exténuante épreuve des tirs au but. Oh capitaine, mon capitaine…

Mario Fernandes (4/5) : Symbole de l’amitié entres les peuples et de l’abolition des frontières meurtrières du nationalisme, il a prouvé par son travail incessant sur son côté qu’il pouvait aussi y avoir de bons migrants.

 

Images poignantes du soutien du FLN à l’Internationale footballétarienne (colorisé, 2018)

 

Sergueï Ignachevitch (1/5) : La relique de Tchertchessov va finir par porter la poisse si elle continue à tenter des prises de rugby en pleine surface.

Ilia Koutepov (4/5) : Avec la défection totale de son compère de la défense, il a eu à prendre les affaires en main, et y est parvenu avec les honneurs. Pourtant, l’opposition était rude, et il a notamment eu maille à partir avec le virevoltant Isco. Il récolte un jaune au passage.

Fiodor Koudriachov (3/5) : On ne lui demande pas d’être étincelant, et il n’essaie pas de l’être. Un bon gaillard.

Iouri Jirkov (2/5) :  Un brin dépassé par l’évènement, et pas forcément le meilleur profil pour défendre tout un match. Il provoque le coup franc de l’ouverture du score.

(Remplacé à la mi-temps par Vladimir Granat (3/5), pour cadenasser le bordel)

Aleksandr Samedov (3/5) : Replacé en relayeur dans le milieu à trois, il a tenu son poste sans broncher et a réussi à se projeter efficacement en attaque, délivrant le centre qui mène au pénalty de l’égalisation.

(Remplacé à la 60e par Denis Cherychev (3/5), le régional de l’étape, qui a prouvé en transformant son tir au but qu’il était du bon côté de la barbarie en juillet 1936)

Roman Zobnine (3/5) : Fidèle à lui-même, il a imposé sa grosse masse au milieu, placé ses taquets en loucedé et ses patates de forain en tribunes. On ne lui en demandait pas beaucoup plus.

Daler Kouziaïev (3/5) : Préféré à Gazinski au milieu, il a activement participé au travail de harcèlement du milieu espingouin, et a tenu la baraque comme il le fallait.

Aleksandr Golovine (3/5) : Il n’a pas pu profiter des larges espaces laissés dans le dos de la défense franquiste pour faire parler sa pointe de vitesse, mais a été précieux par son pressing à la relance.

Artyom Dziouba (4/5) : Rôdant dans la zone entre la sentinelle Busquets et les deux arrières centraux, il a pu croquer un petit bout des trois, couper les lignes de passes et tenir le ballon devant pour gagner du temps avant de laisser sa place à plus frais que lui. Son jeu de tête toujours aussi décisif lui a offert l’opportunité de placer un pénaltoche de patron pour l’égalisation.

(Remplacé à la 65e par Fyodor Smolov (2/5), qui n’a par la force des choses pas vraiment eu l’occasion de montrer ce qu’il valait en attaque)

 

À bientôt en quarts,

Et les infâmes titistes n’ont qu’à bien se tenir !

Georges Trottais

Georges Trottais

L’homme le plus (lutte des) classe(s) du monde.

Un commentaire

  1. Même si bon, je plains le personnel d’entretien des vestiaires de l’équipe de Russie qui risque de perdre ses cheveux et un ou deux bras en nettoyant les douches, il est toujours préférable de renvoyer certaines vérités séculaires à la face d’imposteurs éphémères comme la sélection espagnole. Bravo et merci mais pour la crédibilité de ce sport, il va falloir s’arrêter là.

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