France – Belgique (3-2) : L’Académie française casse la baraque à frites

Les Bleus sont déjà de retour sur vos écrans. Non contente de vous distraire à la rentrée de septembre, l’Equipe de France donne son corps pour assouvir vos désirs de foot patriotique du mois d’octobre. Quoi de mieux, alors, qu’une victoire contre le voisin belge dans un match haletant ? Mais la finale contre l’Espagne dès ce dimanche pardi !

Ayant terminé premiers du groupe 3 de la Ligue A de la Ligue des Nations suite aux matchs disputés aux troisième et quatrième trimestres 2020, c’est en toute logique que les Bleus affrontent la Belgique, première du groupe 2 de la Ligue A de la Ligue des Nations suite aux matchs qu’elle a disputés à la même période, en demi-finale de cette compétition incroyable.

De l’autre côté du tableau, Italiens et Espagnols ont croisé le fer – Roja victorieuse – dans le même but que les adversaires du jour : une place en finale, la possibilité de gloire pour un nouveau titre et une potentielle place en barrage par troisième voie pour la CDM 2022 si l’équipe ne finit pas première de son groupe de qualification régulier, ni deuxième, ni je-sais-pas-quoi-d’autre. Sérieux, après 3 lectures de la page Wikipédia de la compétition, ça reste complètement imbitable.

Mais passons outre la complexité du bordel : les Bleus ont des choses à prouver. Le beau match face à la Finlande semble avoir relancé la machine et donné de nouvelles perspectives. Deschamps va-t-il reconduire le 3-5-2 (ou 3-4-3, c’est selon) face aux Diables Rouges ? Le trio d’attaque sera-t-il aussi joueur et efficace que le duo (sans Mbappé) de septembre ? Va-t-on arrêter de prendre des buts ?

La compo :

Le derrière : Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaalléluïa ! Une défense à trois qui tient debout : Varane central, Lucas Hernandez axe gauche, Koundé axe droit (A UN POSTE QU’IL MAITRISE, DONC). Y’a plus qu’à.

Le milieu : Pogba de nouveau orphelin de Kanté, c’est Rabiot qui comble le trou comme face à la Finlande. A droite, Benji Pavard reprend du service dans un rôle qui ne lui a pas souri face à la Suisse (pléo(Dubois)nasme). A gauche, Théo Hernandez, très en jambes depuis plus d’un an au Milan et à l’aise face à la Finlande, rempile et s’occupe donc avec son frère d’un côté entier.

Le devant : Grizou et Karim nous ont émoustillé il y a un mois. Ajoutez un soupçon de Mbappé et… le suspense est entier, d’autant plus avec ce système.

Le match :

La rencontre démarre sur les chapeaux de roux : Kevin De Bruyne, trouvé par Lukaku, reprend un ballon mal dégagé par Koundé ; le Belge frappe à bout portant mais Captain Hugo sort une parade magnifique, le gant aussi ferme sur le ballon que Yannick Jadot sur la compatibilité entre le capitalisme ultralibéral et l’écologie.

Le début de match est plaisant, les attaques prenant le pas sur les défenses : côté belge, Lukaku et De Bruyne se trouvent très souvent, combinent et mettent à plusieurs reprises Lloris à contribution ; côté français, Mbappé y met du sien, nos pistons n’apportent pas grand chose, Grizou a trop peu de ballons, Pogba applique donc la méthode « passe parfaite en profondeur » pour provoquer du danger.

Vers la demi-heure de jeu, le match bascule nettement : les Diables Rouges nous privent de ballons. Les Bleus ne parviennent plus à ressortir le cuir et reculent. Pogba et Rabiot n’arrivent pas à gérer Hazard et les passes vers De Bruyne. Immanquablement et fort logiquement, les Belges ouvrent le score : KDB lance Ferreira Carrasco à gauche, l’ancien monégasque élimine trop facilement Pavard et trompe Lloris qui avait délaissé son premier poteau (0-1, 36e).

Etouffés, les Bleus font eux-mêmes le nœud du sac plastique autour de leur tête quelques instants plus tard : KDB trouve, cette fois, Lukaku côté droit ; l’attaquant de Chelsea feinte Lucas Hernandez comme un professionnel devant un amateur et envoie une lourde en lucarne au premier poteau (0-2, 41e).

La pause est bienvenue. Dès lors que les Bleus ont laissé le ballon aux Belges, ils ont reculé et pris deux pions. Est-ce le système en 3-5-2 qui a si mal fait défendre la France ? Ou un manque de concentration et d’agressivité ? En phase défensive, le 3-5-2 devenait irrémédiablement un 5-2-3, avec des pistons (Hernandez-Pavard) alignés sur les centraux, laissant à Pogba et Rabiot le soin, en infériorité numérique face aux milieux belges, de colmater toutes les brèches sur toute la largeur du terrain. Aussi impossible que de faire la différence entre une porcherie et Pierre Ménès. Il faut, a minima, que les pistons montent d’un cran quand leur adversaire direct n’est pas à côté d’eux et que l’un de nos offensifs au moins vienne aider la paire Rabiot-Pogba.

Pas de changement à la reprise : le système et les joueurs sont reconduits. Nul doute que DD a dû leur secouer les puces : s’il faut défendre, défendez ensemble, soyez agressifs, solidaires et appliquez-vous pour ressortir les ballons. Les Bleus reprennent bien la partie : Grizou touche plus de ballons, nos pistons jouent plus haut et, surtout, on met l’engagement et l’impact nécessaires.

Les Belges, eux, font l’erreur, consciente ou non, de se prendre pour nous en 2018 : deux buts d’avance, on gère, on les prendra en contre. Sauf que leur défense qatari-lyonno-lisboète (Alderweireld-Denayer-Vertonghen) n’est pas au niveau et que, globalement, les Diables Rouges attaquent mieux qu’ils ne défendent. A force de reculer et de subir, les Belges encaissent : servi par Bondy-man dans la surface, Karim Benzema résiste dos au but aux défenseurs et réduit le score d’un but de pivot (1-2, 62e).

La France profite de l’euphorie pour accroître sa pression. Trouvé dans la surface adverse, Grizou est au duel avec Youri Tielemans. Le Belge, pas très fûté pour un joueur de Leicester, prend la cheville de Grizou et non le ballon. Après l’intervention du VAR, le pénalty est accordé et transformé par Mbappé (2-2, 69e). Compte tenu de son échec dans l’exercice face à la Suisse à l’Euro, reconnaissons à Kylian la solidité mentale, l’envie de prouver qu’il sait faire et, plus globalement, son impudeur à poser les balloches sur les visages belges.

Le match se débride alors complètement : les Bleus veulent enfoncer le clou et prendre l’avantage, les Belges en ont marre de défendre et ont peur de passer pour des cons, encore une fois. Ca attaque, ça joue ; Lloris s’emploie à plusieurs reprises sur des grosses frappes de De Bruyne alors que Courtois s’interpose devant Pogba et Grizou.

Les minutes folles déploient leurs ailes. Le palpitant explose comme la joie belge à quatre minutes du terme lorsque Ferreira Carrasco part dans le dos de Pavard et centre vers Lukaku qui la pousse au fond devant Varane (2-3, 86e). Mais l’engouement des flamano-wallons retombe comme une gaufre : Lukaku était hors-jeu (2-2, 86e). Trois minutes plus tard, Pogba envoie un coup-franc des 20 mètres directement sur l’équerre des buts belges. Les cœurs battent la chamade, les estomacs sont noués, les décibels s’envolent à chaque action jusqu’à atteindre le ciel : Pavard déborde côté droit, centre, la défense belge dévie le cuir, Benzema passe par là mais voit poindre le doux visage de Théo Hernandez ; lancé, le Milanais prend le temps d’ajuster et envoie un missile encore plus rapide qu’un avion Turin-Bruxelles (3-2, 91e).

Une très belle soirée de foot, une victoire dans les derniers instants, de l’émotion pure, une finale à jouer dimanche soir face à l’Espagne… Un match fondateur ?

Le débrief :

Lors du débrief face à la Finlande, j’avais indiqué que le match face aux Belges pourrait marquer un tournant dans l’histoire en cours des Bleus : Deschamps allait-il reconduire le 3-5-2 face à une telle opposition ? Eh bien oui. Et, si tout n’a pas été parfait, il est clair, selon moi, que ce match est fondateur.

Une victoire face à un gros adversaire dans un match à élimination directe après avoir été mené par deux buts d’écart, déjà, c’est rare et important dans la vie d’un groupe – et ce quoi qu’on pense de la Ligue des Nations. Un système de jeu qui, malgré des ajustements nécessaires (Pavard en piston droit, on doit pouvoir faire mieux ; la paire Pogba-Rabiot doit pouvoir être améliorée, avec le retour de Kanté ? ou un rôle plus important pour Tchouaméni ? etc.), a commencé à convaincre, permettant à plusieurs joueurs essentiels de jouer à leur poste. Un trio offensif qui commence à trouver ses marques dans sa « liberté absolue ».

Oui, des choses restent à améliorer. Mais face à l’Espagne ce dimanche, difficile d’imaginer les Bleus ne pas évoluer dans ce système : c’est ça, être un tournant.

Les notes :

Lloris (2/5)

Hugo s’est chauffé les gants d’emblée avant de les plonger dans une bassine d’eau froide sur les deux buts. Pas inspiré mais pas résigné, gardant sa cage lorsque les Belges ont voulu repasser devant.

L. Hernandez (2/5)

Se fait avoir par Lukaku sur le second but de manière tout à fait inhabituelle. Quand on s’attend à se faire rouler dessus par un 4 tonnes, le mieux, c’est encore de crever les pneus.

Varane (1/5)

Censé être le roc et le phare de la défense à trois, Raphaël avait plutôt l’allure d’un caillou et d’une bougie chauffe-plat.

Koundé (3/5)

Le Julot a enfin joué à un poste qu’il connaissait. Si on met de côté son entame moyenne et sa pusillanimité sur le premier but, le reste fut de bon niveau. Son tacle dans la surface sur Hazard est un modèle du genre. Le meilleur défenseur des Bleus ce soir, c’était lui.

Pavard (3/5)

Pris comme un débutant sur le premier but et sur le troisième but (refusé par le VAR), Benji a toujours des trous d’airs défensifs. Toutefois, sa deuxième période fut de bien meilleure aloi que la première, avec un bel impact physique et de belles projections, à l’image de sa dernière montée et de son centre victorieux vers son compère de gauche. Remplacé par L. Dubois (non noté).

T. Hernandez (4/5)

Comme son compère à droite, Théo a subi la première période (consignes d’ultra-prudence de DD ?) mais s’est libéré en seconde. Plus haut pour forcer la défense belge à s’étirer, il a fini tout en haut en arrivant comme une fusée pour le but de la victoire.

Pogba (3/5)

Même si Paulo est capable de mettre l’épaule et les jambes pour récupérer des ballons, on préfère quand il se projette et aligne caviar sur caviar pour ses attaquants. Compte tenu de la physionomie du match, il a alterné les deux avec plus ou moins de succès. Son coup-franc était quasi-parfait.

Rabiot (2/5)

Un match comme parfaite incarnation de l’impact neutre légendaire du Duc sur une rencontre. Il était là parfois, ici souvent, là-bas même de temps en temps. Mais ce qu’il a fait, difficile de le dire. Un bilan carbone neutre. Remplacé par A. Tchouaméni (non noté), qui, en quinze minutes, a montré qu’il avait plus d’avenir au milieu que le remplacé.

Griezmann (3/5)

Ah c’est sûr, quand il joue plus haut, avec toute l’équipe derrière lui à l’exception de Mbappé et Benzema, tout va mieux. En-dedans en première, il a sorti la tête de l’eau en seconde, distribué des bons ballons et obtenu le péno.

Benzema (4/5) :

En-dedans comme toute l’équipe ou presque en première, Karim a illuminé la dernière demi-heure. En plus du but du réveil, sa justesse technique et ses orientations ont remis les Bleus dans le droit chemin. Un point en plus pour son investissement défensif remarquable. Remplacé par J. Veretout (non noté).

Mbappé, aka Kyky les grosses couilles (5/5)

En première, Kylian a été le seul à apporter le danger. En seconde, malgré son action perso donnant envie d’étrangler des chatons, il a profité de la meilleure santé des Bleus, plusieurs fois combiné avec Grizou et KB9, jusqu’à trouver Benzema pour la réduction du score. Son péno imparable lui fait autant de bien à lui qu’à nous.

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Didier Décampe

Un commentaire

  1. Une seule critique à formuler : ils sont trop forts.

    Allez les Bleus !!! Allez les Bleus !!! Allez les Bleus !!!

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