Kosovo : la quête de reconnaissance internationale grâce au football

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Le sport est la continuation de la politique, mais par d’autres moyens

Après de longs mois de tractations, la nouvelle est donc tombée le 13 janvier dernier : le Kosovo est autorisé par la FIFA à jouer des matchs amicaux. Une petite victoire pour Fadil Vokrri, le président de la fédération de football du Kosovo mais aussi une suite logique dans un contexte où les réunions de travail entre la Serbie et le Kosovo se font plus régulières aussi bien sous l’égide de la FIFA que de celle de l’Union Européenne, avec d’autres priorités en vue.

Le long chemin vers la reconnaissance internationale pour un jeune Etat

Vivre dans un pays très jeune, c’est se rendre compte du long chemin et des efforts qu’il est nécessaire de faire pour devenir une démocratie mais aussi pour avoir le droit de siéger avec les grands de ce monde. Le cas du Kosovo est très significatif à cet égard. Si les efforts pour devenir une démocratie moderne restent importants, la reconnaissance internationale est le cheval de bataille actuel du gouvernement kosovar. Et il faut bien être réaliste, si l’on a pas les moyens du Qatar pour publiciser son existence, il faut trouver d’autres biais.

Les efforts pour faire reconnaître le Kosovo sont pléthore et divers. Prenons l’exemple de Digital Kosovo qui veut faire vivre le Kosovo sur l’Internet. Car oui, si l’on est kosovar, on ne peut par exemple pas commander d’articles sur Amazon car son pays n’existe pas numériquement. Les Arts jouent aussi leur rôle dans cette médiatisation du pays : Perparim Rama a gagné dernièrement un prestigieux prix d’architecture, l’actrice Arta Dobroshi a gagné un prix au Festival du Film de Berlin 2013 mais hormis dans le cercle fermé des connaisseurs, l’impact est limité. Vous n’en aviez pas entendu parler, n’est-ce pas ?

dobroshiArta Dobroshi, une étoile kosovare du 7è art

Et puis vient le sport. Le Kosovo évolue déjà dans la Balkan League de basketball, représenté par Peja et Pristina, de même les clubs de handball évoluent dans les coupes européennes de l’EHF mais quel sport peut avoir plus d’impact que le football ? Participer à des matchs internationaux de football, c’est à coup sûr positionner son pays sur la mappemonde. Srecko Katanec, ancien sélectionneur de la Slovénie, rappelait cette évidence dans Behind The Curtain : « Les résultats sont intervenus à une période importante de l’histoire de notre pays (la Slovénie). Nous nous adaptions à l’Europe et voulions adhérer à l’Union Européenne. L’équipe de football était un outil de promotion du pays. Avec l’Euro et la Coupe du Monde, nous nous sommes qualifiés en novembre donc il y avait six ou sept mois de présentation de la Slovénie dans les pays du monde entier. Vous ne pouvez pas acheter ce type de publicité. Quand nous sommes arrivés en Corée du Sud, ils ont montré un film d’une heure sur notre pays, montrant le lac Bled et d’autres beautés naturelles. Imaginez combien cela aurait coûté si l’on avait dû payer pour cela… » Certes le Kosovo ne sera pas encore des prochains grands tournois mais la réflexion sur le football comme outil de promotion international reste pertinente aussi pour ce jeune état.

Une décision historique mais soumise à conditions

La décision de la FIFA du 13 janvier est donc réellement historique pour le Kosovo. Elle est le résultat de longues tractations entre la FIFA, la fédération de football de Serbie et la fédération de football du Kosovo. Il ne faut pas minimiser l’importance de cette décision pour un pays qui n’est même pas reconnu par tous les Etats de l’UE. Bien entendu, cette décision a donné naissance à un énorme vent d’enthousiasme au Kosovo. Tout le monde en a parlé et le groupe Facebook « Kombëtarja e Kosovës në Futboll » créé le 14 janvier a déjà plus de 45 000 likes en une semaine. En effet, le fantasme collectif a commencé à prendre forme avec une équipe qui pourrait rassembler des Granit Xhaka, Valon Behrami, Xherdan Shaqiri, Adnan Januzaj ou Valmir Berisha. De plus, cet accord tripartite semble montrer que les relations entre la Serbie et le Kosovo vont dans le sens d’une meilleure communication entre les deux états, dans la droite lignée des discussions entre Dacic, Thaci et l’Union Européenne. Bien entendu, Blatter a aussi pu pavoiser rappelant « le pouvoir exceptionnel de notre sport à réunir les peuples. » Soit.

blatterBlatter, l’opportuniste, convainc Shakira de signer pour le Kosovo

Cependant cette décision n’est qu’une petite étape pour le Kosovo car elle est soumise à de nombreuses conditions. La plus importante reste l’impossibilité pour les équipes kosovares d’ « afficher de symboles nationaux (drapeaux, emblèmes, etc.) ni jouer d’hymnes nationaux. Cependant, elles sont autorisées à porter des tenues et équipements portant le nom « Kosovo » ainsi qu’un symbole représentant un astérisque de la taille de la lettre « o » dans le nom « Kosovo » ». Bien entendu, cette restriction était un prérequis serbe, qui ne reconnaît pas l’existence de l’Etat kosovar et donc de ces symboles synonymes de souveraineté. De plus, une autre condition a été mise en place, plus pernicieuse. Le Kosovo ne peut pas jouer contre des républiques d’ex-Yougoslavie. Cela vient alors que la rumeur persistante faisait état d’un accord avec la fédération de football de Croatie pour un match amical en mars 2014. Là encore, il est important pour la Serbie que les républiques d’ex-Yougoslavie ne légitiment pas le Kosovo en le rencontrant sur un terrain de football.

Des conséquences durables au Kosovo et à l’étranger ?

L’annonce de la FIFA a aussi fait parler au-delà des frontières de la Serbie et du Kosovo. Bien entendu, il y a ces pays qui craignent de perdre des joueurs. Le Matin titrait sur la menace kosovare concernant les joueurs helvètes tels que Shaqiri, Behrami, Xhaka entre autres.  The Daily Mail a aussi vu cette annonce comme une mauvaise nouvelle pour l’Angleterre dans la quête d’un Januzaj. La même incertitude pèse sur nombre de joueurs finlandais, suédois et même albanais. Car chose très peu évoquée, une des conséquences directes de cette décision pourrait être la naissance d’une problématique dense entre l’Albanie et le Kosovo. Dans l’équipe actuelle d’Albanie, la moitié des titulaires sont kosovars d’origine et 90% des Kosovars sont d’ethnie albanaise. Par exemple Loret Sadiku, joueur d’Helsingborgs,  a déjà annoncé publiquement son intention de préférer le maillot du Kosovo. Certains journaux posaient la question du bienfondé de deux sélections pour le peuple albanais. Cette question devra être très sérieusement discutée car il se pourrait bien que l’Albanie se trouve être le vrai cocu de cette histoire.

vokrriUne première étape pour Fadil Vokrri, le patron du football au Kosovo

En attendant le 5 mars et le premier match amical du Kosovo (les noms des USA, Suède, Turquie circulent comme potentiel adversaire), il ne faut pas se voiler la face et reconnaître que le chemin sera encore long pour le Kosovo. Tout d’abord, la FIFA ne peut inclure en son sein le Kosovo comme membre à part entière que si le Kosovo devient membre de l’ONU et donc la diplomatie du football ne pourra pas avancer en solitaire dans le futur. Il faudra de fait encore de nombreuses années avant que le Kosovo puisse évoluer dans des compétitions officielles. De plus, il faudra voir comment la FIFA va vraiment investir le football local. Blatter expliquait que « la décision du Comité d’Urgence de la FIFA offre un essor important au développement du football au Kosovo ». Il faut voir dans quelle mesure cette décision impactera le système de formation au Kosovo, les infrastructures (dans un état lamentable) et les compétitions locales car le Kosovo ne pourra pas ad vitam aeternam compter sur ses enfants formés à l’étranger pour le représenter.

Tristan Trasca

3 thoughts on “Kosovo : la quête de reconnaissance internationale grâce au football

  1. « Le sport est la continuation de la politique mais par d’autres moyens ».

    Je suis surpris que l’adhésion à part entière à la FIFA soit conditionnée par celle à l’ONU.

  2. Les fédérations qui pleurent car elles perdent des joueurs inter-nationalisables c’est un problème quotidien.

    La France ne s’est jamais vraiment remise des pertes de Pierre Issa (Afrique du Sud), Damien Perquis et Ludovic Obraniak (Pologne) ou encore David Régis (États-Unis).

    Sinon pour ce qui est d’accueillir un état dans une fédération sans que celui-ci soit reconnu par tout les autres pays hein… Macédoine ? Chypre ? Il faudrait savoir pourquoi on s’en branle de l’avis des Grecs et pas des Serbes. (Peut-être que l’expression d’aller se faire voir chez les grecs prend là tout son sens) ?

  3. La logique est un peu différente quand même Mayoul, on parle d’un nouvel acteur donc des joueurs vont se retrouver avec un choix à faire alors qu’il n’existait pas avant. Pour la Suisse, ça peut quand même leur faire preuvre deux-trois très bons joueurs et pour l’Albanie la moitié de leur onze !

    Après je ne pense pas qu’on puisse comparer les situations de la Macédoine, de Chypre et du Kosovo. Le Kosovo n’est pas reconnu par la Serbie mais aussi bien d’autres états européens et mondiaux et ne fait également pas partie de l’ONU, etc.

    S’il reste des problèmes concernant Chypre et la Macédoine, comme tu l’as dit, c’est principalement avec la Grèce et ces deux pays font partie de l’ONU comme d’autres organisations internationales.

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