L’Apprenti Footballologue analyse Real Sociedad-Barcelone (2-2)
L’Apprenti a gagné son goûter.
Parfois on croit que tout est bon, on a son angle et une accroche qui claque bien. On attend tranquillement que le match se termine tout en réfléchissant à des arguments qui pourraient étayer la démonstration. Et puis la réalité des faits vient faire un dur rappel : rien n’est jamais écrit.
Alors voilà, je voulais vous parler du style de jeu barcelonais, qui se dessine de plus en plus comme étant celui qui marquera la saison, à savoir une ultra-polyvalence au milieu avec des projections simultanées vers l’avant, et aucun attaquant fixe. J’aurais sans doute été amusé de la fameuse idée selon laquelle le football se jouerait dans les deux zones de vérité, alors que le Barca tente d’optimiser un modèle visant à évoluer avec dix joueurs hors des surfaces de réparation, répartis sur les 30 mètres de part et d’autre du rond central. J’avais aussi dans l’idée de vanter l’apport d’un Fabregas dans le jeu long, de souligner l’absence de jeu au sol quand Iniesta et Messi sont sur le banc, et probablement de m’interroger sur la conception du hors-jeu de la Real.
Sauf que Philippe Montanier est un bon coach, que Barcelone est une formation qui ne supporte pas d’être bousculée, et que le stade d’Anoeta n’est pas tout à fait comme les autres. Sans régulateur digne de ce nom, les Catalans se sont pris la marée en seconde période, gaspillant bêtement un avantage qui semblait rapidement devenir décisif. Libres de tout mouvement en début de partie, les axiaux Xavi et Fabregas, auxquels on peut même rajouter Thiago, ont pu dicter le rythme et enchaîner les passes tranchantes. Le recadrage tactique de Montanier a rapidement porté ses fruits, et il a fallu écarter sur les ailes pour éviter l’engorgement. Mais voilà, privés de Sanchez rapidement blessé, Guardiola s’est retrouvé avec deux ailiers qui ne peuvent pas déstabiliser leur adversaire direct. Villa n’est là que pour repiquer, tandis que Pedro est aussi travailleur et opportuniste que limité au très haut niveau. A la manière de Ciani à Bordeaux (oui, je suis dur), il s’affirme de plus en plus comme un homme qui s’adapte au niveau général plus qu’il ne le tire vers le haut. Très bon joueur, pas fuoriclasse. Avec des latéraux incapables d’amener le danger, Barcelone est devenu inoffensif.
On va probablement lire ça et là que c’est le nul de la suffisance et de l’arrogance, ce à quoi je répondrais que c’est avant tout la preuve que la marge que l’on attribue au Barca sur le plan domestique est surévaluée, que l’on ne peut changer un style de jeu sans essuyer quelques échecs, surtout sans joueur capable de faire la différence sur un exploit individuel, et qu’un problème persiste : le mental. Le doute est l’ennemi de cette machine, tout le monde le sait, mais personne ne semble réellement analyser le lien à un élément essentiel, la temporalité. Manchester, comme d’autres, a cru qu’on gagnait un match en entamant la partie pied au plancher. L’histoire montre pourtant que si cette équipe est prenable, elle l’est car elle panique, peureuse de perdre une souveraineté presque immuable. On ne peut décemment pas imaginer faire exprès d’être en retard au score pour finir fort, mais la faille autour de ces remontées tardives est réelle.
Psychologiquement, cela est facilement explicable. Attendre que les choses se mettent en place, quand on jouit d’une confiance extrême, tolère des débuts compliqués ou contretemps. De toute façon, il reste cette capacité à élever son niveau pense-t-on. A l’inverse, quand tout se gâte et que ce qui fonctionnait bien ne marche subitement plus, on se pose des questions et il est difficile d’inverser la tendance.
Au-delà de l’aspect tactique, le nul obtenu par la Sociedad est celui de la volonté. Il révèle une fois de plus la beauté du sport, et pose question sur ce système tactique sans attaquant de pointe expérimenté par Guardiola. Fabregas n’étant pas Totti, la réussite du 4-6-0 de la Roma n’est pas garantie, même si Messi a prouvé qu’un faux numéro 9 peut être beaucoup plus dangereux qu’un vrai. Il légitime également l’idée selon laquelle Villa ne peut évoluer sur le côté qu’à condition de posséder avec lui un partenaire offensif axial doté de vraies qualités de déplacement et de finition. Enfin, toutes considérations comportementales mises à part, ces 90 minutes ont résumées toutes les critiques faites à Seydou Keita. Sans volume de jeu autre que le physique, il a fini par être éclipsé par le peu brillant Mariga. Régulateur et assainisseur du jeu, le poste de milieu défensif du Barca bascule dans des considérations beaucoup plus laborieuses quand l’adversaire s’enflamme, avec des mots comme duels, tacles, impact. C’est tout le problème de ce onze qui veut personnifier le football ultime, seuls Busquets voire Mascherano maîtrisent la récupération de balle défensive, quand tous les autres ont été élevés dans une culture de récupération offensive, via pressing et blocage des zones de transmission.
Les vrais fans ne sont pas dans l’admiration mais dans la recherche de la perfection, et ce sont souvent eux qui connaissent le mieux les points faibles de leur équipe. A San Sebastian, on ne regrettera pas tout de suite d’en avoir embauché un.
L’apprenti footballologue.
C’est beau.
C’est pour quand le brevet de footballologue, apprenti ?
Hristo a versé une larmichette et il n’était pas en train d’éplucher des oignons.
Excellent. Et le plongeon de Messi à la 92ème, comme un symbole d’insécurité anale. A partir de 2-2, le syndrome Iniestafinirabienparenplanterun prend racine, sauf que le Don n’était pas encore là et qu’une fois entré l’embouteillage défensif était infranchissable.
Ce qui est assez impressionnant d’ailleurs, c’est qu’il y a trois types d’équipes en Liga: celles qui se font déboîter chaque semaine et par Barça et par Real, celles qui réussissent au Barça et perturbent parfois le Real (à la Getafe ou Almeria), et vice versa (Majorque l’année dernière par exemple…). Peut-être pas les deux meilleurs exemples mais c’est le souvenir que j’en ai.
Force est de constater que les premières citées on s’en fout un peu, que les deuxièmes sont joueuses, et que les troisièmes sont super-défensives, en généralisant un tout petit peu mais pas trop quand même.
Le barça refuse littéralement de laisser venir l’adversaire ne serait-ce que sporadiquement, pour pouvoir une fois n’est pas coutume partir réellement en contre.
Donc quand ça mène au score et que des espaces se créent, tout va pour le mieux, mais dès que le résultat arrange l’équipe adverse, à moins d’une merveille Messi-esque, il risque de ne rien se passer (exemple flagrant avant-hier et encore plus flagrant l’année dernière contre Herculès)
C’est ce jeu long que pourrait améliorer Fabregas comme tu le dis si bien, qui pourrait être la solution à ce mal là. Car c’est bien sur de longs ballons de Xabi Alonso, Özil ou encore Marcelo (en sautant tout bonnement une ligne) que certains buts madrilènes sont scorés.
Mais peut-être y a-t-il un léger excès d’orgueil côté Blaugrana.
Petite question en speed comme ça: Busquets risque-t-il la suspension a posteriori pour sa main?
Visca B
Si je ne dis pas de bêtises, le fait qu’il n’ait rien reçu peut théoriquement l’exposer, tandis que s’il avait eu le jaune logique je ne suis pas sûr. Mais dans tous les cas je ne pense pas qu’il sera sanctionné, ce n’est pas comme s’il avait fait un geste violent.
Et big up à l’apprenti.