Le père de Jordi Cruijff a un jour dit, entre autres choses, une phrase aussi banale qu’intéressante. « Ce ne sont pas les joueurs qui doivent courir mais la balle. » Aussitôt appliquée individuellement par quelques fanatiques, Lucho Gonzalez et quelques autres, la pensée résume une philosophie collective basée sur la conservation du ballon et le jeu de passe. Relégable au nombre de kilomètres parcours en Bundesliga, le Bayern arrive pourtant à concéder un minimum d’occasions tout en pratiquant un football à vocation offensif. L’analogie avec le Barcelone pré 3-4-3 est nette, mais le monstre est hybride.

Disons le tout net, avec un Robben opérationnel le jeu serait sans doute différent. Avec sa volonté constante d’apporter le danger, il pourrait nuire à la volonté de dicter un tempo qui sait se ralentir une fois le coup de couteau porté. Et s’il serait malvenu de jouer les Paco Rabanne (ou les Geoffroy Garetier, la réflexion en plus), on peut supposer que son retour déséquilibrera un collectif qui donne actuellement sa pleine mesure. Ou, tout du moins, qu’il obligera à composer en se passant de l’un des éléments clés du Bayern. Ceux-ci se trouvent surtout en position offensive, et sont presque tous Allemands. Hormis Ribéry, ils se nomment Muller, Kroos et Schweinsteiger, Gomez étant dans un autre rôle, et c’est leur jeu qui forge l’identité de l’équipe en ce début de saison.

Autant évacuer le sujet tout de suite : le Napoli n’a pas existé. Enfin si, une fois Schweinsteiger sorti sur blessure à la 56e. Deux buts sur coups de pieds arrêtés, à peine quelques actions dans la dernière demi-heure, guère plus. Cavani exilé sur l’aile, les Napolitains n’ont même pas pu espérer un coup de génie de sa part, et ont dû s’en remettre à quelques contres improbables pour essayer de donner le change. La faute à la qualité d’un collectif sublimé par des individualités en face, et à une mauvaise rencontre en terme de systèmes de jeu.

Là où le 3-4-3 de Naples privilégie un jeu de débordement sur les côtés, avec Maggio et Zuniga dans le rôle de pistons et Hamsik pour orienter la manœuvre (voir ici), le Bayern propose un 4-2-3-1 où l’aile n’est qu’un prétexte. Une zone à occuper pour maîtriser l’entièreté du terrain, et mieux revenir vers l’axe pour finir les actions. Parmi les joueurs offensifs, seul Ribéry a cette capacité à passer son opposant en dribble et en vitesse le long de la ligne de touche. Tous les autres sont des milieux axiaux pouvant évoluer en tant que meneurs de jeu avancés ou reculés, voire même deuxièmes attaquants. Avec des caractéristiques similaires de qualité de passe et de frappe, mais aussi de déplacement, ils obligent la défense adverse à jouer assez haut tout en étant capables de combiner rapidement.

C’est bien simple, il n’y aura quasiment eu aucun dribble du match côté allemand. Chaque décalage aura été apporté par le mouvement d’une ligne offensive malléable à souhait. Positionné plus bas depuis quelques saisons, Schweinsteiger a échangé sa place avec Ribéry et Kroos toute la partie, pour une même efficacité. A ce propos, il faut noter l’extrême sobriété d’un Ribéry qui aura provoqué la décision par le collectif, et dont les qualités de dribbleur attendues en équipe de France ne sont peut-être finalement pas si extraodinaires que certains le voudraient.

Si certains disent qu’on juge mieux l’apport d’un joueur en son absence, alors Bastian S. aura fait la meilleure impression du soir. Une fois remplacé par Anatoli T. (ces noms franchement…), le Bayern n’a plus jamais eu cette capacité à contrôler le ballon dans la moitié de terrain adverse. Jouant vers l’arrière, incapable de permuter avec ses milieux offensifs, Tymoschuk, sorte de Bodmer ukrainien question polyvalence inutile, a totalement brisé la dynamique de mouvement. Ses passes en retrait ont notamment permis au Napoli de monter au pressing, obligeant le Bayern à sauter le milieu de terrain direction Gomez, pour un résultat aléatoire.

Puisqu’il faut en dire un mot, Gomez est le joueur parfait pour ce système. Avec une multitude de pourvoyeurs de bons ballons derrière lui, et une possession à l’avantage de son équipe, il n’a pas à se fatiguer autrement qu’en cherchant le meilleur moment pour se démarquer. Formidable goupil ses surfaces, il n’a plus alors qu’à concrétiser le bon boulot fait en amont. Tant qu’il analysera aussi bien le jeu et qu’il gardera cette qualité de finition, si tant est que ses hommes de main ne baissent pas le pied, les filets trembleront souvent.

Avec en plus des ailiers comme Lahm et Boateng, et un Luiz Gustavo sobre à la récupération, bien que peu mis à contribution, on comprend aisément pourquoi cette équipe fait figure de terreur européenne. La charnière centrale est plus fragile, mais presque jamais mise en danger quand l’emprise sur le match est de cet accabit. En attendant un possible duel de possessions contre Barcelone, avec pourquoi pas Robben pour jouer un rôle de détonateur semblable à Messi, il sera intéressant de voir comment le Bayern évoluera sans Schweinsteiger dans les prochaines semaines. Replacer Kroos plus bas pour être sûr d’avoir un chef d’orchestre décidé à aller de l’avant pourrait être la solution parfaite. En attendant, Löw admire son laboratoire grandeur nature avec délectation. A quelques milliers de kilomètres de là, un Castillan à moustache se sent de moins en moins rassuré.

L’apprenti footballologue.

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