Passé tout près de la relégation l’an dernier, Mönchengladbach est à la lutte pour le titre. Improbable ? Oui et non. Si l’effectif ne fait pas forcément rêver sur le papier, il affiche une vraie cohérence et le système tactique mis en place par Lucien Favre permet à Gladbach d’exploiter au mieux son potentiel. En face, Schalke est parti pour terminer cette saison comme les précédentes : les mains vides et des regrets plein la tête. S’il n’y a que deux points d’écart au classement, la démonstration de samedi laisse penser que l’écart réel est bien plus important.

 

 

 

Transformer ses occasions

Mönchengladbach a marqué rapidement, le scénario idéal pour une équipe évoluant en contre. Surtout, l’équipe a pu compter sur un vrai réalisme offensif, faisant fructifier chaque incursion offensive. Que le résultat ait été un but ou pas, cette capacité à faire planer une menace constante est une première victoire. Sur cette rencontre, cela est à la fois dû à d’excellentes combinaisons offensives et à une défense adverse un peu à la rue.

Comme on le voit sur cette image prise quelques dixièmes de seconde avant le premier but, Marco Reus attire cinq défenseurs, mais garde la possibilité de rejouer dans l’axe pour Hanke (voire pour Arango sur l’aile, démarqué comme tous les autres) ou de tirer en première intention puisque Jurado, qui l’a poursuivi toute l’action mais n’est pas un pur milieu défensif, a un temps de retard. Il tire et marque, un choix délibéré et non contraint. Une bonne défense doit limiter l’éventail de possibilités d’un adversaire, de sorte à ce qu’il soit forcé de faire ce qu’elle attend. Ici, n’importe quelle décision l’aurait surprise.

 

On est ici quelques secondes avant le deuxième but, et c’est un 3 contre 7. On pourrait supposer qu’un autre joueur offensif hors cadre va venir se projeter pour apporter du soutien mais ce n’est pas le cas (seul le latéral gauche Daems, qui vient de sauver la balle, est hors champ mais de toute façon hors jeu). Un double une-deux négocié parfaitement, mais avec l’approbation d’une défense dans la réaction plus que dans l’action, va permettre à Hanke, qui a la balle, d’aller marquer sans souci. Inutile de se fatiguer en faisant attaquer toute une meute de joueurs puisque même en net sous-nombre, Mönchengladbach arrive à marquer. Deux buts sur des contres rapides, et un troisième sur un coup franc de l’un des meilleurs tireurs au monde, si pas le meilleur, Juan Arango, et l’affaire est pliée. Sans avoir fait d’attaques placées, Gladbach a match gagné. Et même si toutes les défenses ne sont pas aussi permissives, la patte du Vénézuelien peut déverrouiller pas mal de situations.

 

Essayer de s’en procurer

Le constat fait peur, mais Schalke ne s’est pas procuré une seule occasion du match. Pas un seul tir cadré ni même à moins de deux mètres du cadre, pas un seul tir à l’intérieur des 25 mètres adverses, et pour ainsi dire aucun ballon réellement chaud qui aurait pu faire peur à ter Stegen. La preuve qu’avoir la balle est une chose, mais que savoir quoi en faire en est une autre. Un peu à la manière du Chelsea de Hiddink face à Barcelone, Mönchengladbach a quadrillé le terrain de manière parfaite en défense.Dans son 4-2-3-1, Schalke s’appuie principalement sur les ailes et la vitesse de Farfan et Obasi, Raùl n’ayant pas un profil de meneur de jeu et Huntelaar étant un point de fixation et non un attaquant complet qui aime redescendre participer au jeu. Pour contrer ce système tactique, Favre a disposé un bloc offensif très bas dans un conventionnel 4-4-2, avec une grande participation défensive des ailiers Arango et Hermann. Comme on peut le voir sur l’image, la conséquence est simple : pour toucher des ballons, Obasi et Farfan sont obligés de sortir de leur zone, puisqu’il n’y a aucune profondeur possible. Farfan, qui s’apprête ici à recevoir la balle, est à 40 mètres du but et est le joueur le plus avancé sur son aile. Face à lui Daems, qui est monté pour le bloquer très haut, et Herrmann (qui a inversé avec Arango sur cette action) dont la position basse empêche qu’un dédoublement Farfan-Höger crée le surnombre. De l’autre côté du terrain, Obasi est chassé par l’arrière droit Jantschke et tente d’aller dans l’axe. Comme son compère Herrmann, Arango est lui aussi redescendu et coupe un éventuel lien avec Fuchs. Même les deux attaquants reviennent, jouant à hauteur des récupérateurs Jurado et Matip, si bien que deux joueurs de Mönchengladbach sont à hauteur du ballon et huit sont derrière.

 

Jurado, qui est en train d’armer une frappe qui passera bien au-dessus mais sera presque l’occasion la plus dangereuse de la partie, est totalement privé de solutions. Les deux lignes de quatre milieux et quatre défenseurs sont très regroupées, et il subit même la pression défensive de l’un des deux attaquants. Jouer vers Farfan, seul joueur réellement libre et en position avancée, serait risquer l’interception d’Arango ou Daems, et seule une frappe permet d’amener le danger sur le but adverse. Même un exploit individuel paraît improbable tant le mur défensif est dense.

 

Refuser la possession

Dans une Bundesliga offensive, où beaucoup d’équipes cherchent à faire la décision plutôt qu’à profiter des erreurs adverses, Mönchengladbach fait presque office de bizarrerie. Si elle est capable d’attaquer, l’équipe est plus à l’aise dans l’adaptation, avec des joueurs offensifs laissés un peu à l’abandon. Il faut être clair, on n’est pas ici dans une logique comme on peut la voir lorsqu’une DH rencontre une L1, avec l’espérance que le chrono tourne rapidement et qu’un miracle vienne apporter un hypothétique but. La domination que subit Gladbach n’a rien d’étouffante, le bloc positionné aux 30 mètres permettant de ne jamais laisser l’adversaire s’approcher plus que de raison, et les joueurs déséquilibrant offensivement ne s’épuisent pas à la récupération. Ils font le nombre, pour réduire les solutions, mais ils se contentent de couper les lignes de passes. Chaque situation défensive laisse toujours trois joueurs prêts à contre-attaquer : les deux attaquants ainsi que l’ailier qui est en position haute. Cette spécificité d’un ailier évoluant plus haut que l’autre en position défensive est le résultat de la domination de Mönchengladbach dans l’entre-jeu avec Neustädter et surtout Nordveit dans les rôles de pieuvres à la récupération. Le Norvégien, défenseur qui étend de plus en plus son registre offensif, est l’un des joueurs les plus impressionnants vus cette saison, et sa progression laisse augurer de belles choses pour son équipe.

 

Derrière les quatre défenseurs, l’un des deux milieux défensifs revient proposer de l’aide et attirer un adversaire tandis que l’autre fait une course inverse. Le pressing de Schalke n’est pas énorme pourtant huit joueurs sont dans leur propre camp. Sachant qu’il y a 9 joueurs de Gladbach à l’écran contre 6 de Schalke, on suppose que hors champ il y a un seul attaquant pour quatre défenseurs. Un surnombre beaucoup trop important de la part de Schalke qui va inciter les hommes de Stevens à monter… et ainsi s’exposer à la vitesse de Reus.

 

La victoire de la polyvalence

Si l’on enlève les quatre joueurs censés bouffer la ligne de touche, deux de chaque côté, il reste deux paires d’attaquants : Raùl-Huntelaar et Reus-Hanke. D’un côté un attaquant complet, surtout pour son âge, mais incapable de déséquilibrer une défense seul avec sa vitesse ou ses dribbles ni de mener le jeu, évoluant invariablement en soutien d’un renard des surfaces aussi efficace qu’unidimensionnel. De l’autre un meneur de jeu très rapide, très bon dribbleur, capable d’évoluer sur tout le front de l’attaque et excellent finisseur, épaulant un attaquant très travailleur qui aime revenir défendre et compense une certaine lenteur par un excellent jeu en déviation à raz de terre. Schalke se contente d’un jeu relativement facile à anticiper où les menaces sont bien identifiées, tandis que Mönchengladbach profite de la polyvalence de ses deux joueurs axiaux pour créer. En début de partie, alors qu’il faut faire la décision, Hanke évolue ainsi en pointe avec Reus en électron libre un peu partout sur le terrain. Soit Reus parvient à se créer une occasion seul, soit il attirera la défense et libérera son copain. Une fois le score acquis, les rôles s’inversent. Hanke revient dans le cœur du jeu, toute l’équipe évolue plus bas, et il dévie les ballons pour les mettre dans la course de Reus ou Herrmann, beaucoup plus rapide qu’Arango et donc plus utile en contre-attaque. En marquant au bout de quelques minutes, les locaux se sont largement facilité la tâche, alors qu’ils auraient dû évoluer contre nature s’ils avaient dû revenir à la marque. Reste qu’une fois installée, cette équipe de Mönchengladbach a des allures de machine de guerre avec un grain de folie, mais une solidité que les fabricants de voitures qualifiaient de toute germanique.

 

Les buts.

 

L’apprenti Footballologue.

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