Montpellier – Lorient (2-1) : De l’ouf et du soulagement

 

Et là, tout d’un coup, tout va mieux, tout se libère en vagues apaisantes autour des petons. Et voici qu’enfin nous applaudissons en cadence, ensemble. Voici là-bas un père qui entoure les épaules de son fils d’un bras fier et tendre, voici des compères torse-poil qui sautent dans les travées du stade, bien aidés par la boisson (qui n’aide t-elle pas ?), et, dans la tribune centrale, voici une famille debout comme un seul être, les enfants parés du maillot pailladin et enchantés, les parents se regardant, émus du bonheur de leurs progénitures, même si le père a dû concéder trois jours d’accompagnement à l’école pour ce voyage au pays de la Mosson. Les voici tous, enfin, ces supporters débarrassés de l’angoisse, osant presque esquisser un sourire, lancer dans l’air un rire, un cri, du moins ajouter un souffle, un soupir à l’atmosphère partagée pendant une heure et demie avec le monde du football montpelliérain.

Et eux, en bas, ces intermittents du spectacle, dilettantes poussifs tortionnaires de nerfs, ils soupirent encore plus fort, se faisant entendre jusqu’en haut des tours de la Paillade. Ils sentent un peu de la tonne de Damoclès s’envoler de leurs épaules, ils se redressent pour regarder les tribunes frémissantes et pour saluer les fidèles, quoi qu’en pense le corps arbitral (un carton jaune pour fêter un but avec un kop, sérieusement ?), et ils rient entre eux, ils se prennent dans les bras comme s’ils venaient de se sauver in extremis d’une mort pourtant annoncée. Mais, c’est presque ça, finalement.
Et lui, cet homme en costume frappé du sceau MHSC, fatigué, usé comme un vieux chêne que le vent agresse depuis la première lune, il regarde le ciel, guidant une prière muette vers les habitants divins des nuages, un cerf-volant de reconnaissance pour le maître de céans. Il peine à quitter la pelouse parce qu’il sait que, dès la porte du vestiaire franchie, la tâche sera à poursuivre, à finir, et que toute bouffée d’air frais dans la suffocation de ce monde sans patience n’est que trop éphémère. Mais il savoure tout de même, car il entendait la guillotine grincer, il savait la descente du couperet amorcée, il savait sa fin proche.

Tout ce microcosme, agglomérat d’êtres aux destinations diverses mais aux même couleurs, sait bien que ce n’est qu’un répit, qu’un instant fragile, et qu’il appartient à tout le monde de le transformer en durable, en stabilité, pour que le soulagement ne persiste qu’en s’estompant. Les supporters doivent chanter, encore et encore, applaudir, et prier. Les joueurs doivent reproduire cette performance pleine d’allant et de courage, et Rolland doit serrer les fesses, et oublier cette pale métallique qui ne demande pas grand-chose pour s’effondrer sur son cou.


 

Les notes :

Pionnier, 4/5. C’est bien la première fois qu’on voit un gardien évoluer sur la pelouse de la Mosson, tenez-vous le pour dit.

Dabo, 3/5. Toujours pas à son poste, donc toujours pas à son niveau.

Hilton, 4/5. Enfin (un peu) aidé, donc enfin à son niveau : excellent.

Congré, 3/5. Attendre le pied du mur pour faire son job, c’est déjà ça, me direz-vous.

Roussillon, 3/5. Janus en son couloir : soleil en attaque, éclipse en défense.

Bensebaini, 3/5. Non mais c’est bien, on recrute des centraux pour les améliorer en milieux défensifs.

Rémy, 4/5. Non mais c’est génial, on recrute des centraux pour les découvrir en excellents milieux défensifs.

Boubebouz, 2/5. C’est comme le Canada Dry, ça ressemble à un meneur de jeu mais c’est pas du whisky.
Lasne entra à sa place, pour commencer à bétonner sans trop fragiliser le jeu offensif.

Camara, 2/5. Baser tout son jeu sur le malentendu, c’est un poil risqué tout de même.

Martin, 3/5. Bifidus actif sur son aile, marquant sur un plat du pied aussi ouvert que des cages gardées par Benjamin Lecomte. Bah, du coup…

Yatabaré, 3/5. C’est pas faute de faire des appels, mais y a jamais Person qui répond. Bérigaud entra bien tôt et peut donc avoir droit à son 2, parce qu’il tape comme un sourd sur le système de jeu.


 

 

Un ivre, un jour

Désormais, chaque académie se clôturera avec le regard un peu flou d’un membre d’horsjeu sur le club de Montpellier. Expression libre, expression ivre, sans tabou ni censure.
Et voici le Michael Chang de la plume, surprenant toujours par son service stylistique sans pareil, avec ses mots en porcelaine et ses phrases de grand argentier, l’indispensable cerise sur le gâteau, prince de l’illusion au sein de la matrice littéraire, le grand, l’unique Spooner.

Montpellier n’est pas une ville arabe, elle n’a pas connu une longue affluence arabe au Moyen-Âge comme en témoigne cette merveilleuse université de médecine où les étudiants se lèchent les culs sur les pelouses en brandissant le droit à la décompression car les études sont compliquées, eux qui sauveront des vies 10 ans plus tard. Montpellier n’est pas seulement une ville de dépravés où les deux monstres locaux sont un maire mafieux mort et un éboueur président de club de foot mafieux. L’argent n’a pas d’odeur disait Vespasien en sortant des urinoirs. Oui mais cela n’empêche pas les doigts de coller.

Montpellier n’est pas un trou de verdure mais cette ville mousse de rayons. J’y suis allé une fois. Je ne saurais pas vous dire ce que j’y ai fait, où j’ai logé, où j’ai mangé, je me suis laissé aller, je m’y suis abandonné, j’ai laissé le soleil me réchauffer. J’y ai acheté deux bermudas dans la boutique Quicksilver d’une rue piétonne du centre ville, en face de l’appartement dans lequel je dormais. Une rue calme si les étudiants en médecine de mes deux ne venaient pas faire profiter à 3h du matin de la mélodie de leurs jets de bile s’écrasant sur les pavés centenaires des rues piétonnes aux gens essayant de dormir la fenêtre ouverte. Parce que malgré leur science, une fenêtre ouverte n’induit pas forcément un appartement. Un appartement n’induit pas forcément des gens à l’intérieur. Quand bien même il y aurait des gens, ce n’est pas parce que c’est la nuit qu’ils doivent dormir, ces conformistes bourgeois alors qu’eux sauveront le monde de leurs doigts agiles sous les jupes des infirmières et étudiantes. Tocards.

Montpellier, c’est aussi ce rempart que la France du football célèbre tous les 20 ans. Par sa fragilité en 1970, quand le statut professionnel est abandonné en CFA. Par sa renaissance en 1990 et sa victoire en Coupe de France contre le grand capital du Bolloré de l’époque, du nom du propriétaire du Matra Racing, Jean-Luc Lagardère. Et en 2011, pour un baroud d’honneur du football en Ligue 1 et son titre épique devant le PSG façon blanchisseuse de petro-dollars. Un titre fêté par des étudiants en médecine souls dans les rues de la vieille ville et un président qui se teint les cheveux. La virilité même.

Montpellier c’est aussi la folie du Sud avec Nicollin en parrain corleonesque, les entraîneurs Rapetou Mézy, Courbis, Girard, Nouzaret, les exotiques Valderrama, Milla, ce beau cocktail du Martini Blanc à la Paille. C’est le plombier polonais 15 ans avant l’heure en Jacek Ziober. C’est Franck Sauzée. Et c’est Eric Cantona. Aussi brèves que leurs carrières à Montpellier aient pu être, il faut reconnaître un certain panache à l’évocation de ces quelques noms. Qui peut me citer un médecin célèbre né à Montpellier sans ouvrir un Vidal ? La preuve est faite. Montpellier, c’est Nîmes qui a réussi, avec Rémi Gaillard en plus.

En fait le plus étonnant dans cette ville, c’est qu’elle n’ait pas encore explosé. Contrairement à mon couple à l’époque de ma visite.


 

Je suis sûr qu’il regrette, et qu’il te rappellera.

Le bisou vigneron,
Marcelin Albert

 

marcelin

Qui ne saute pas est un Nîmois.

4 commentaires

  1. Salut Marcelin,
    ça fait des années maintenant que je te lis, et que je suis d’accord avec tes notes, mais là ce n’est pas possible !
    Daniel Congré est l’Homme du match. Le rocher des Deux-Frères sur lequel se sont brisées les lames morbihannaises. Ne juge pas son match sur deux ans d’anales errances et de prestations axiales infâmes.
    À Cuges le passé. On est au pied du mur et si Daniel en a pris conscience et sonne la révolte, soyons derrière lui.
    Le tacle à la carotide,
    Méthode

  2. A la base je viens pour me délecter de la prose sensuelle et avinée de Marcelin. Mais quand en plus on trouve des infos croustillantes comme celle-là, difficile de passer à côté.

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