O Marcelo, Comanchero

Rien ne sert de pleurer, il faut signer à point.

 

Sèche tes larmes, Marcelo est parti et rien ne pourra le faire revenir. Marcelo ou pas, il est toujours désagréable de voir un entraîneur partir au bout de la première journée d’un championnat qui perd quand même l’une de ses têtes d’affiche, qu’on le veuille ou non. Génie ou tête de Turc idéale, les aspérités de l’ex-coach de l’OM permettaient au moins de parler, débattre, s’étriper, s’enthousiasmer et désespérer. De lui, des joueurs, des dirigeants, des supporters, de l’aspect généralement trop lisse de ce sport que l’on souhaite aborder avec passion et panache. Lui avait les deux, il est (non pas de passé) loué pour cela, finalement sa décision relève d’un parcours cohérent avec sa personnalité et surtout avec ce club. Cela ne pouvait que mal se terminer, tout le monde le savait, mais il faut saluer la surprise de samedi soir, ce brio, ce talent scientifique pour prendre le monde du football de court. Et le pendre haut et court.

C’est la fin douloureuse d’une période de transfert très longue pour un club ambitieux mais sans trophée. Parce que s’effondrer sur la deuxième partie de saison, l’OM sait régulièrement le faire ; perdre la moitié de ses titulaires, dont ses meilleurs éléments de la saison dernière (Gignac, Payet, Ayew, Morel), c’est déjà une performance ; les perdre gratuitement, on est presque dans de l’inédit ; voir une équipe se reconstruire avec du potentiel sans réelles assurances de résultats, la curiosité s’aiguise ; perdre le premier match à la maison contre une équipe moyenne, bon pourquoi pas ; mais voir son entraîneur star partir 15 min après le premier match, c’est un dépucelage un brin violent.

 

Chercher les responsables ? Les responsables de quoi ? Bielsa l’est tout autant finalement que les dirigeants et la chasse aux sorcières n’a jamais été un programme intellectuellement ambitieux ni sportivement sain. Laissons les spécialistes en conjectures et autres anciens dirigeants en mal de fenêtres médiatiques se ridiculiser à pister l’incompétence supposée ou les traîtres à l’institution. Il sera toujours aisé de qualifier d’autiste le comportement extrême de Bielsa, mais franchement qui cela peut-il encore étonner ? Il sera toujours aisé de qualifier d’irresponsable la manière d’agir de Margarita Louis-Dreyfus (oui son nom entier est Margarita Louis-Dreyfus, personne n’affublait son défunt mari d’un simple Robert) ou de son entourage, mais nous ne connaîtrons pas les mouvements tardifs de virgule dans le contrat.

Saluons ici cette folie qui a accompagné la première saison jusqu’à samedi, sentiment absent de saisons ternes parfois plus réussies. Les supporters n’échangeront pas dans leurs souvenirs la saison de Bielsa contre la deuxième place de Baup. Le débat est clos depuis bien longtemps. Le plus effrayant deux jours après cette démission n’est pas tellement la peur du vide ou des résultats moyens mais plutôt le retour d’une atonie dangereuse pour le club et la ville. Sauf pour vendre une OM au caractère sain et stable, dans le rang. La direction du club donnera assez vite une indication du profil qui façonnera l’équipe à venir.

Saluons cet homme particulier qui a rendu une fierté au club que les précédentes fins de règne avaient mis à mal. La fin de Deschamps, le passage de Baup et l’escroquerie Anigo n’étaient pas « animées par les valeurs uniques du club », ni « à la hauteur des espérances » du club, et sans doute pas « à la hauteur de responsabilité » suffisante, pour reprendre les termes du communiqué officiel.

Chérissons le passage d’un homme qui a su redonner des couleurs à un club qui en avait perdu et plus que d’autres qui ne peut vivre sans très longtemps. Est-ce que l’OM pouvait être champion ? Forcément comme les 19 autres clubs. Le reste, c’est du sport et ce n’est pas infaillible. L’OM de Bielsa plus que les autres et c’est cela qui a fait vibrer les supporters pendant 13 mois. Accordons au moins cela au crédit de l’entraîneur et des dirigeants. Et des joueurs, qui eux se retrouvent seuls avec un projet qui n’est plus celui qu’on leur a vendu. Le mercato dure encore quelques semaines et le départ de Bielsa pourrait réserver quelques surprises dans la vie du club.

 

Les supporters aussi ont le droit d’être furieux, Bielsa ou pas, être sans entraîneur maintenant n’est jamais de bon augure. Il faut en trouver un autre vite et qui corresponde en plus à l’univers qui leur a plu ces derniers mois. Le poids de l’héritage et de la comparaison avec un effectif non choisi ne va pas faciliter les discussions avec les candidats. Aux dirigeants d’assurer le SAV.

Mais qu’on ne fasse pas les vierges effarouchées, qu’on ne s’étonne pas comme des ravis de la crèche d’une décision inévitable, maintenant, dans deux mois ou en février, cette relation était un CDD à feu et à sang. Bielsa a réanimé l’OM, avec des ambitions, parfois du beau jeu, des cris et des larmes, de la sueur jusqu’à épuisement, énormément de solidarité et de loyauté. C’est la vision d’un homme qui vaut plus que sa réputation légitime ou pas de génie, de magicien, du héros d’histoires pour enfants. Qu’il aille au Mexique ou pas, il pourra faire sienne la devise d’un de ses grands hommes : « Mieux vaut mourir debout que vivre à genoux. »

Alors oui Bielsa n’a pas fini le boulot de la manière dont on l’entendait, il n’a pas terminé son œuvre. Mais croyez Picasso, qui s’y connaissait en œuvre non achevée : « Achever un tableau ? Quelle bêtise ! Terminer veut dire en finir avec un objet, le tuer, lui enlever son âme, lui donner la puntilla, “l’achever” comme on dit ici, c’est-à-dire lui donner ce qui est le plus fâcheux pour le peintre et pour le tableau : le coup de grâce. » Comme lors de ses précédents départs, il a peut-être laissé un œuvre d’art inestimable ou un vulgaire croquis de traviole, l’histoire jugera. L’expérience de ses départs lui donne déjà raison. Cela vaudra-t-il à Marseille comme ailleurs ? Aujourd’hui, seule certitude, Bielsa se fue.

 

Et je me rappelle une chanson que je chantais petit en criant le refrain « Oh Marcelo, Oh Marcelo, Oh Marcelo-o-o » :

« Can you see he is the one

Day after day, he is riding in the sun

He’s travelling through deserts all alone.

I will bring the Comanchero his tomahawk

His lonesome walk his lonesome walk.

Who’s in mind of Comanchero

A man of law

Where he goes

No one can tell.

Will he be running along any longer

Or will he ever stop somewhere?

I will bring the Comanchero his tomahawk

Who will join the Comanchero

Where eagles fly

Where horses ride

Comanchero. »

 

La chanson s’appelait en fait « Comanchero ». Il suffit parfois d’un mauvais traducteur. C’est aussi ça l’OM.

 

The Spooner

Sur twitter : @TheSpoonerWay

5 thoughts on “O Marcelo, Comanchero

  1. A ma connaissance, personne n’a jamais affublé Mme Louis-Dreyfus d’un simple Robert… Qu’elle a jolis, d’ailleurs.

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