Serie A : Parole de Parolo

Guerin Sportivo – janvier 2014 (sorti en kiosque le 11/12/2013)

p.50-55

Interview : Matteo Marani

Traduction : Paolo Bartolucci

 

Parole de Parolo

 

Il aime la sérénité de Parme, sa femme Caterina, ses amis fidèles et la Premier League, où un jour il aimerait défier ses idoles Gerrard et Lampard. « Grâce à la grinta de Bisoli, je suis devenu plus fort. La Coupe du monde ? C’est un rêve. Au pire, j’irai en vacances au Japon. » Entretien avec l’authentique Marco Parolo, principale révélation italienne de l’année.

La Nazionale n’a pas transformé Marco Parolo. A l’avenir, c’est peut-être lui qui la transformera si, d’ici au Mondial brésilien, il réussit à se faire une place dans l’équipe de Cesare Prandelli. Sa prestation contre le Nigéria et les éloges du coach dans la foulée nourrissent les meilleurs espoirs. Entre-temps, Parolo n’a pas changé de train-train et de comportement. Son métier est footballeur, mais c’est un type normal, peu enclin à en épouser les stéréotypes ; sa femme n’est pas une velina, il ne suit pas la mode assidument, ne possède pas de grosse voiture ni de compte twitter. « J’apprécie de mener une vie normale, toute simple. Ce que j’aime, c’est aller boire une bière au pub avec mes amis, rien de plus », dit-il spontanément. C’est dans la simplicité que notre jeune homme, à la maturité désormais affirmée (il aura 29 ans le 25 janvier), tient le secret de son succès professionnel. Ses maîtres-mots ? Humilité, constante application et volonté de progresser. Parolo est un garçon méticuleux, qui arrive toujours tôt à l’entraînement, comme aujourd’hui où nous avons pris rendez-vous avant la séance de l’après-midi fixée par Donadoni. Le voilà déjà, à nous attendre au nouveau siège du Parme FC, qui jouxte le camp d’entraînement de Collecchio. Une poignée de main, un sourire pour le moins empathique et le tour est joué.

Marco, débutons par la fin. Comment en arrive-t-on à revêtir le maillot de la Nazionale ?

Hum, je vais d’abord te dire comment on en arrive à réussir dans le foot. Après, le maillot azzurro, c’est un bonus supplémentaire. Dans le foot, il faut beaucoup de volonté et de passion. Tu ne dois jamais cesser de t’amuser et de prendre du plaisir. Moi, je ressens encore cette joie.

Beaucoup de travail mais aussi beaucoup de légèreté en somme ?

D’une certaine manière, oui. Je m’amuse toujours énormément à l’entraînement. Si les moments joyeux où tu plaisantes avec tes collègues y sont nécessaires, tu dois en même temps garder à l’esprit que c’est le travail qui conditionne les résultats.

Quelle est la journée type de Marco Parolo ?

Je me lève assez tôt, en tous cas jamais après 8h30. Je déjeune tranquillement, chez moi, et ensuite je me promène avec notre chien Chef, raison pour laquelle on a décidé de prendre une maison avec jardin en dehors de la ville. Bien sûr, seulement les jours où on s’entraîne l’après-midi, comme aujourd’hui. Enfin, je me rends au centre d’entraînement, toujours avec un peu d’avance pour débarquer sereinement sur le terrain. J’aime faire les choses bien et calmement.

C’est parce que tu es un garçon calme que tu as mis aussi longtemps à arriver en haut ?

[Il sourit] C’est vrai que je n’ai jamais été un recordman de vitesse. Mais je n’ai jamais songé à arrêter le football, bien que pendant un moment j’étais bloqué en Serie C. Même mon excellente saison à Foligno [en 2007-2008] n’avait pas suffi.

Retraçons calmement ta carrière à ceux qui t’ont découvert à l’occasion du match contre le Nigéria.

Je suis né à Gallarate, tout près de Varèse. C’est là que j’ai commencé le foot quand j’étais gosse. J’ai été le dernier à sortir du lot. Progressivement, mes camarades s’en allaient chez les Giovanissimi de l’Inter ou du Milan, tandis que moi j’ai attendu jusqu’aux Allievi pour passer à Côme. Je débute alors en Serie C1 [saison 2004-2005], mais la faillite du club me conduit à Pistoia, où je vis deux saisons compliquées [de 2005 à 2007]. Puis Foligno, où je rencontre Pierpaolo Bisoli.

Une étape importante ?

Décisive. C’est l’entraîneur qui m’a enseigné le plus de choses. Et qui a voulu que je vienne à Cesena pour notre exaltante chevauchée vers la Serie A. J’ai connu beaucoup d’entraîneurs, à compter de Massola et Galia à Côme, mais avec Bisoli ce fut différent. Son envie est folle, incroyable, c’est le seul qui m’ait remplacé un jour après une demi-heure de jeu. A ce moment il m’a dit : « Ca te fera grandir ». Mais il avait raison.

Avant d’arriver à Cesena, tu as aussi passé un an à Vérone [saison 2008-2009]. Que retiens-tu de cette saison ?

J’y ai beaucoup mûri car j’ai appris à vivre avec la pression. Connaître la Serie C à Vérone, c’est dur : le Hellas est un club historique qui génère beaucoup d’attente. Mais j’y ai compris comment passer outre le regard des autres et mieux gérer la tension. Tu veux un exemple ?

Volontiers.

Le long de ma carrière, j’ai connu des collègues qui encaissaient très mal la pression. Ils étaient là, à lire l’avis des journalistes et se gâchaient leur lundi à cause de leur note dans le journal. Lorsqu’ils chopaient un demi-point de moins qu’un coéquipier ils s’énervaient : « Untel a eu une meilleure note parce qu’il fayotte avec la presse ». Ca ne marche pas comme ça. A l’issue des matches, je suis à présent capable de comprendre tout seul le contenu de ma prestation. A Vérone, j’ai appris à me détacher du jugement d’autrui.

On en arrive à Cesena…

Plusieurs saisons mémorables [de 2009 à 2012], magnifiques. Les Romagnols sont des gens uniques : toujours disponibles, accueillants, qui te facilitent constamment la vie. Moi qui viens du nord, ce fut une belle découverte. Tout comme la mer à proximité. Dès que j’avais une demi-journée de libre, je me rendais à Milano Marittima ou à Cesenatico. Souvent, on y allait entre coéquipiers, avant l’entraînement. Un déjeuner rapide à base de poisson, puis direction le terrain. D’autres fois, je sillonnais les collines, en quête d’agrotourisme.

Tes émotions les plus fortes ?

Difficile de résumer trois années en quelques moments forts. Je me souviens de mon but à Bologne, parce que cette partie représentait beaucoup pour les supporters et que ce fut le seul rayon de soleil d’une année noire, conclue par la rétrogradation. Sinon, le plus grand bonheur fut mon but à Piacenza et surtout la fête de la montée à l’issue du match. La rencontre était terminée et on attendait que la radio confirme le classement final. Certains coéquipiers pleuraient, d’autres priaient. Quand la nouvelle est tombée, on s’est rué vers la tribune visiteurs. Cela faisait 19 ans que les supporters n’avaient pas connu la Serie A.

Tu avais même signé avec les bianconeri jusqu’en 2015, non ?

C’est vrai et peut-être que j’y serai encore sans la chute en Serie B. A la fin de la saison 2011-2012, le club a décidé de m’envoyer à Parme pour faire rentrer de l’argent. Je me souviens parfaitement du moment où j’ai reçu le coup de fil. J’étais au casino à Las Vegas, en voyage de noces avec ma femme Caterina. On s’est dit tous les deux : misons sur Parme.

A la roulette peut-être pas, mais à Parme vous avez gagné gros.

Exactement. J’espère juste que cela va continuer ainsi. Cet été, Parme a levé l’option d’achat.

Quatre millions d’euros.

Certes, mais le chiffre ne dépend pas de moi. C’est cependant une belle marque de confiance de la part du club, un acte qui me donne d’autant plus envie de lui renvoyer l’ascenseur. Lorsque ton prêt se termine, c’est beau de voir que ton club est aussi motivé pour te garder.

Il est comment Donadoni vu du vestiaire ?

J’ai une très bonne image de lui. Il parle peu, mais communique beaucoup par raisonnements logiques. Lui qui a tout gagné avec la meilleure équipe de tous les temps, il te transmet sa mentalité de vainqueur. Un jour, avant un match qu’on a finalement gagné, il a pris la parole dans le vestiaire en nous montrant une coupure de presse : « Vous avez vu ce que raconte Van Basten dans cette interview ? Qu’il a gagné trois ballons d’or, mais que ce ne serait jamais arrivé sans ses coéquipiers ». Voilà, le discours parfait.

Surtout que de parler de Van Basten et du grand Milan à quelqu’un comme toi…

Oui, depuis gosse je suis un grand supporter du Milan. Sur le plan sportif, mon premier souvenir d’enfance fut d’apprendre que Van Basten, justement, venait de passer quatre buts à Göteborg. Après, je n’oublierai jamais mon premier match « en vrai » à San Siro : Milan-Reggiana 1-1. Mon père Daniel et mon oncle Claudio m’avaient emmené au stade. L’immensité et l’impact scénique du spectacle m’avaient impressionné.  C’est drôle de penser qu’aujourd’hui moi-même j’évolue à San Siro.

Revenons-en à Parme. Un endroit idéal pour un type tranquille comme toi.

Le club est solide et la direction sait taper du poing sur la table si nécessaire. Il y a ici des joueurs d’expérience qui donnent l’exemple et permettent d’assurer la continuité. Je veux parler de Lucarelli, Mirante, Gobbi ou encore de Marrone l’an passé : il ne jouait jamais, mais fut jusqu’au bout irréprochable en terme d’attitude. La dernière saison à Cesena, notre groupe s’est malheureusement désuni et c’est là que j’ai compris ce qu’il advient quand un vestiaire se divise.

Dans un pareil contexte, même Cassano est récupérable. Incroyable, non ?

[Il sourit] Il m’a fait rire un jour. Il nous sort : « Impossible de me fâcher avec vous, vous êtes trop géniaux ». A mes yeux, Antonio est réellement une grande révélation. Il s’est fondu dans l’aspect humain du groupe, auquel il apporte ses formidables qualités. Je n’ai jamais vu quelqu’un d’aussi doué que lui, même pas Mutu, pourtant lui aussi un très grand joueur. Mais Adrian n’avait que le but en tête, il jouait pour marquer. Antonio s’éclate à faire marquer les autres. […] Quand tu es servi par des joueurs moyens, tu sais déjà à 90% que ta pénétration sera vaine et qu’il te faudra ensuite un double-effort pour te replacer. Avec Cassano c’est différent : la balle arrive toujours où il faut. Un vrai bonheur.

Sur ta propension à marquer, de quoi dépend-elle ? Tu as joué attaquant en équipe de jeunes ?

Non, pas du tout. J’ai évolué à tous les postes, sauf attaquant. Tout dépend plutôt de la façon dont tu interprètes ton propre poste. Personnellement, j’aime jouer sur toute la surface du terrain, aller au contact, récupérer des ballons et m’ouvrir des espaces. A l’anglaise en fait, mes modèles étant Gerrard et Lampard. Je m’inspire d’eux et c’est pourquoi j’aime beaucoup essayer de marquer, y compris via le tir à distance.

Ça te réussit bien d’ailleurs de tirer de loin.

Je dois juste prendre garde à ne pas m’isoler. Si je me restreins à un périmètre donné, mon rendement s’affaiblit car je m’autocensure. J’ai besoin d’espaces. Ma position idéale, celle que je préfère par-dessus tout, est milieu gauche dans une ligne de trois. En tant que droitier, j’aime me recentrer et tirer.

Tu as cité Lampard et Gerrard. Mais en Serie A, quel est ton modèle de référence ?

Arturo Vidal. Il me scotche car c’est un joueur complet aussi bien offensivement que défensivement. Je ne pensais pas qu’il deviendrait aussi fort. Et puis un autre juventino du même profil : Pogba.

Passons au sujet de la Nazionale. Tu y as goûté une première fois en 2011 et à présent tu y croques à pleines dents.

En début de saison, je n’aurais jamais pensé être appelé. Mais quand c’est arrivé, j’ai éprouvé autre chose que la première fois. Il y a deux ans cela représentait une sorte de récompense : je jouais à Cesena, c’était un peu de la chance. Et puis mes coéquipiers voyaient cela d’un autre œil par rapport à aujourd’hui. Actuellement, j’ai plus conscience de mes capacités et c’est ce qui m’a donné l’énergie pour affronter la semaine précédent le match de manière plus sereine. J’ai bien travaillé, le jour J est arrivé et j’entre en jeu juste après la reprise.

On parle du mois de juin ?

De la Coupe du monde ?

Hypothèse n°1 : tu es convoqué.

Ce serait le rêve, bien évidemment. J’ai dit et je répète : avant j’étais dans les 40, maintenant peut-être suis-je dans les 30, mais pour faire partie des 23 le chemin est encore long, très long. Et tout dépend de Parme.

Hypothèse n°2 : tu es recalé.

Alors j’irai à l’autre bout du monde. Pas de Brésil donc, mais Paris puis le Japon, comme on a déjà décidé avec ma femme. On adore les voyages ; on a déjà fait l’Amérique et l’Australie.

A quel point Caterina est-elle importante pour toi ?

Elle représente beaucoup, peut-être même tout. On s’est rencontrés un après-midi de janvier, il y a neuf ans, à la patinoire de Varèse et depuis on est toujours restés ensemble. Elle était étudiante et jusqu’à ce qu’on se marie elle venait régulièrement me voir. C’est quelqu’un de très intelligent et elle m’a énormément soutenu, même au cours de cette période où je me suis éloigné de mes proches pour jouer au football.

Tu n’as pas choisi une velina.

[Il sourit] Non, je ne pourrais pas. Pas que je ne pourrais pas être avec une velina, je veux dire que je ne pourrais pas vivre avec une femme qui ne possède pas certaines qualités. J’aime parler, discuter de la vie, pas de l’éphémère. Avec les femmes qui te concèdent tout, tu ne vas pas très loin. Personnellement, il me faut une femme qui sache aussi me contredire. Avec Caterina, on a fixé notre premier rendez-vous dans un pub et on a parlé.

Lorsque l’on devient footballeur et célèbre, quel est le risque de perdre le contact avec la vie réelle ?

Déjà tout dépend de l’âge. A 29 ans, comme dans mon cas, tu te montes moins facilement la tête. L’autre aspect fondamental, c’est la famille qui est derrière toi. Par chance, la mienne représente le meilleur qui soit. Mon père gérait une activité dans l’électronique que détenait mon grand-père et ma mère travaillait dans l’administration. Ils insistaient beaucoup sur l’éducation. Par exemple, si je travaillais mal à l’école, ma mère m’interdisait le foot. Du coup, j’ai réussi mon examen au lycée scientifique.

[…]

 

Que penses-tu des supporters qui contestent ?

Contester un joueur est acceptable seulement en cas de comportement non professionnel, s’il ne s’entraîne pas ou s’il mène une vie pas compatible avec le sport. Par contre, quelqu’un qui s’arrache et qui est simplement mauvais, il faut s’en prendre au club, pas au joueur. Je dirais aussi que les protestations doivent attendre la fin du match et ne pas se déclencher pendant.

En Premier League, certaines choses ne se produisent pas.

Justement, Giaccherini m’expliquait récemment : « Marco, ici c’est incroyable. La semaine tu ne rencontres jamais aucun fan, personne ne t’arrête dans la rue. Mais au stade tu tombes sur une marée humaine, chaleureuse et passionnée. Les supporters te soutiennent du début à la fin ». La Premier League et la Bundesliga, que j’ai souvent évoquée avec Steve Van Bergen, sont un rêve pour moi. Avant de raccrocher les crampons, j’aimerais aller jouer au nord de l’Europe. En plus, ça pourrait coller avec mes caractéristiques techniques.

Une dernière chose : qu’est-ce qui motive encore Marco Parolo après tant d’années de foot, des milliers d’entraînements et de matches ?

Les 90 minutes de jeu. C’est la plus belle chose, la magie du football. La même que j’éprouvais à mes débuts à Gallarate et depuis le moment où mon père et mon oncle me suivent chaque dimanche. Parfois on en rigole : ils ont fait plus de kilomètres en voiture que n’importe quel tifoso. Mais en fin de compte aux aussi sont tifosi. Mes tifosi.

academicien

Le plus grand auteur Anal de football

4 commentaires

  1. Franchement une bonne initiative! Qu’horsjeu ne soit pas un simple critique de presse et que ce site relaie également les bons articles, interviews ou autre trucs intéressant et ce en traduisant pour les ignares de mon genre m’emplit d’une joie immense.

    C’est cool quoi.

  2. Très chouette, c’est même molto béné. Ce serait bien que ça se refasse dans le turfu.

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