OM-Saint-Étienne (0-2), La Canebière académie ne respecte pas l’histoire

Aïoli les sapiens,

À chaque automne, les Journées du Patrimoine permettent à chacun et chacune de découvrir les merveilles qui fondent l’identité de la cité phocéenne : citons sans exhaustivité l’abbaye Saint-Victor, le fort Saint-Jean, l’huître fossile de Jean-Claude Gaudin, et la pouillée annuelle infligée aux Stéphanois.

Cette satanée pandémie est venue tout mettre à bas : impossible désormais pour les citoyens français de venir contempler les merveilles de notre République, le monopole du patrimoine revenant désormais à Franck Ferrand au cours de ses interventions dans le Jour du Seigneur le Tour de France.

Ah, que le Tour n’eût-il fait étape à Marseille ! Dieu pardonne Franck Ferrand cette infidélité, celui-ci aurait cerclé sur sa carte Vidal-Lablache le 3 boulevard Michelet et troussé une élégie de gros réac doucement nostalgique sur le temple olympien fièrement bâti à cette adresse, rassemblant le  peuple de Marseille dans la communion œcuménique du ballon rond. Bah oui ducon, mais ton temple en 2020, il a un gros défaut : il est vide.

Ainsi déçus à l’idée de voir leur rendez-vous annuel gâché, les joueurs en ont négligé l’entretien élémentaire de notre petit patrimoine à nous, ces 41 ans d’invincibilité face aux Stéphanois. Il a manqué le petit coup de plumeau, le petit serrage de vis, le petit geste de tendresse, même, envers cette chose vénérable. Le vernis s’écaille, les couleurs se flétrissent et soudain, bling : ça se fracasse. On ne peut rien vous confier de sérieux, tas de cons.


L’équipe

Mandanda
Sakai (Rocchia, 78e) – Alvaro – Caleta-Car – Balerdi (Sarr, 46e)
Rongier (Strootman, 78e) – Kamara – Sanson (Germain, 71e)
Lopez (Aké, 46e) – Thauvin – Payet

Jordan Amavi suspendu 3 matchs pour avoir donné une image déplorable des footballeurs (infoutu de donner un coup de poing correct, ce mastre), André Villas-Boas relance le jeune Balerdi, à un poste qui n’est pas le sien et sur son mauvais pied, pour le mettre à l’aise (il permute d’ailleurs avec Sakai en milieu de première mi-temps). Benedetto est également suspendu, ce qui amène notre entraîneur à privilégier l’option offensive en jouant sans avant-centre plutôt qu’avec Valère Germain. Enfin, Sanson, de retour de blessure, reprend sa place au détriment de Gueye.


Le match

Libérés d’un poids mental énorme par leur victoire au Parc des Princes, nos joueurs débutent la réponse en pleine confiance face à des Stéphanois déjà inquiets à l’idée d’affronter une équipe qui, désormais, n’a plus peur de rien. Voilà comment doit débuter un match d’authentiques guerriers pour qui la victoire n’est qu’un pas supplémentaire vers la gloire. Et bien sûr, voilà comment n’a pas débuté notre match d’égos gonflés à 3 bars sitôt la moindre performance acquise. L’OM joue sur un rythme de gueule de bois, Saint-Étienne se charge de nous faire mal au crâne. Pression constante, monopolisation du ballon, et sanction immédiate pour nos grandes gueules : Sakai est débordé le centre en retrait trouve Hamouma entre Alvaro, pris à contre-pied, et Caleta-Car, en retard. Le Stéphanois pladupiésécurise au ras du poteau (0-1, 6e).

Le but nous fait l’effet d’un électrochoc à un mec ivre mort : nous nous retournons dans notre vomi en grommelant « mmmmpfaitchier » et manquons d’encaisser le second dès la minute qui suit. Il faut attendre un quart d’heure et une nouvelle alerte slipométrique pour voir l’OM enfin menacer la surface adverse. Saint-Étienne domine mais nous laisse des espaces béants, exploités par Lopez et Sanson avec la maestria qu’on leur connaît. Même Florian, pour une fois, ne se montre pas en reste pour ce qui est de saloper des occasions, si bien que nous abordons la pause en retard d’un but.


Afin de ne pas gâcher davantage qu’une mi-temps, Villas-Boas met un terme à ses expérimentations malsaines, en faisant rentrer un « « vrai » » latéral (oui, avec deux paires de guillemets, il s’agit de Bouna Sarr) et un vrai avant-centre en la personne d’Aké.

L’OM conserve ses bonnes habitudes de la saison dernière en enclenchant le concasseur dès la reprise. Impact, récupérations hautes, et expérience de mort imminente vécue par la défense stéphanoise à chaque approche de leur surface. Payet et Thauvin se retrouvent pour offrir la balle d’égalisation à Aké, seul aux 6 mètres, mais Marley trouve le moyen d’envoyer le ballon sur la barre alors que tout Marseille faisait déjà l’hélicobite.

Qu’à cela ne tienne, Payet repart à l’ouvrage, percute sur la gauche et adresse un centre en retrait idéal pour Morgan Sanson, quipladupiésécurise sa grand-mère l’otarie à côté du but.  Toute heureuse d’avoir échappé à l’égalisation sans même savoir comment, l’équipe de Claude Puel se réorganise et parvient à nous maintenir un peu plus loin de son but. À mesure que l’impuissance gagne, les contres verts se font plus audacieux, contraignant Mandanda à une très belle parade en un-contre-un. Puis Duje se fait honteusement souiller par Nordin, dont le dribble humiliant ouvre un boulevard à Bouanga. L’attaquant approche, fixe ce qu’il reste de défense et allume Mandanda (0-2, 75e).

Les séries étant faites pour être brisées, il ne nous reste plus qu’à achever celle qui nous occupe à Bordeaux. Ça tombe bien, il paraît qu’eux-nous plus sont plutôt portés sur le saccage des traditions, ces temps-ci.


Les joueurs

Mandanda (3/5) : Comme Basile Boli célébrait la mort de ses larmes un soir de mai 1993, le sourire de Steve dimanche soir semblait hurler : « c’est fini, cette mine déconfite, c’est fini ! ». Sauf qu’en ce qui le concerne, c’est loin d’être fini.

Sakai (2/5) : Homme de devoir jusqu’à se rendre lui-même à l’aile opposée pour nettoyer les morceaux de Lucas Balerdi éparpillés un peu partout. Quoique poli, le samouraï n’en a pas moins lancé à Villas-Boas ce regard noir qui signifie « t’es gentil, mais la prochaine fois tu nettoieras tes cochonneries toi-même ».

Rocchia (78e) : Ah mais on en a, des latéraux de métier, alors ?

Alvaro (2/5) : Après « je ne suis pas raciste, j’ai des coéquipiers noirs », Alvaro tente la défense « je ne suis pas raciste, je suis dépassé par des joueurs issus de villes lourdement défavorisées ». C’est encore pire, si l’on peut se permettre.

Caleta-Car (1/5) : Ah oui, je vois le genre. Ça fait le malin devant des Di Maria ou des Neymar, mais dès que le niveau s’élève un peu il n’y a plus personne.

Balerdi (1/5) : Comment ça c’est pas juste ? Bah c’est comme en prépa, si tu veux te prendre pour l’élite, tu vas d’abord en chier.

Pourtant André Villas-Boas a fait tout ce qu’il fallait pour mettre son jeune joueur en confiance.


Sarr (46, 2/5e) : A perdu autant de ballons que l’Argentin, mais plus haut.

Kamara (2/5) : Loi de la fonction publique territoriale : ne fais JAMAIS davantage que ton travail, sinon on va attendre ça de toi tout le temps.

Rongier (1/5) : Mais où est passé ce psychopathe qui passait son temps à poursuivre les joueurs un crochet de boucher à la main en leur chuchotant « je ne vais pas te lâcher jusqu’à ce que je fasse de toi ma chose » ?

Strootman (78e) : Encore au regret d’avoir raté une si belle bagarre dimanche soir.

Sanson (1/5) : Encore un match comme celui-ci et la seule chance qu’il restera à Paul Aldridge pour céder Morgan Sanson, c’est d’appeler Sophie Davant pour qu’elle le place dans « Affaire Conclue », entre un pot de chambre Louis-Philippe et un portrait en pied de Raymond Barre.

Germain (71e) : Notre false nine advanced libero est entré dans un rôle inhabituel d’attaquant. Courageux, il a pu glaner de précieux second ballon sans oublier, on ne se refait pas, de beaux retours défensifs pour enrayer les contre-attaques.

Lopez (1/5) : Sans doute un problème de compréhension de la notion de « faux neuf », il a cru qu’on parlait de Jordan Ayew.

Aké (46e, 2/5) : Rate une énorme occasion d’égaliser, avant de n’arriver à plus prendre personne de vitesse, ce qui reste encore le plus sûr moyen de ne pas se faire découper.

Payet (2+/5) : Accomplit sa passe décisive habituelle, quoi qu’on en dise : si Sanson l’a massacrée ce n’est pas sa faute, il n’avait qu’à pas signer le bordereau de livraison après tout, et n’insistez pas pour obtenir un petit supplément de Dimitri en guide de geste commercial, c’est non.

Thauvin (2/5) : Un état de grâce aussi bref que celui du maire écologiste qui fête son élection en annonçant la suppression du sapin de Noël.


L’invité zoologique : Jimmy Briandculédelyonnaisdemerde

On peut bien lui accorder, ça fait plus de 40 ans qu’il l’attend.

– Les autres : Équipe généreuse dans l’effort, mais aussi généreuse dans les espaces qu’elle laisse gratuitement à l’adversaire. On ne saurait le leur reprocher : tant qu’à subir des occasions, autant le faire en proposant du jeu.

– Le classement : Trois points sur l’enchaînement PSG-ASSE, c’est ce qui était prévu. On reste calé en milieu de pelot… de tableau.

– Les réseaux : ton dromadaire préféré blatère sur Facebook, et sur Twitter. Gromerdier day sur le concours zoologique.

Bises massilianales,

Blaah.

Blaah

Dromadaire zoophilologue et pertuisien. Idéal féminin : à mi-chemin entre Scarlett Johansson et Maryse Joissains.

14 commentaires

  1. On annonce le transfert de Caleta-Car à Vannes, mais du fait de sa vitesse il risque de mettre du temps pour arriver. (vous l’avez ?)
    AU fait, je compte qur vous, M. Blaah, pour souhaiter un bon anniversaire à Grosmerdier de ma part.

  2. « Ça tombe bien, il paraît qu’eux-nous* (NON) plus sont plutôt portés sur le saccage des traditions, ces temps-ci. »

    Effectivement. On a hate.

    Lapin aussi pour le coup.

  3. Bravo Roland ! Bon anniversaire ! Mais pas très sympa d’envoyer une équipe de foot sur ce match. Vous nous avez eu par surprise.

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