Reims-Bordeaux (0-0) : La Scapulaire Académie vous amène en voyage

« Qui gobe une noix de coco fait confiance à son anus » Et ça prépare parfaitement tous ceux qui croient mordicus aux promesses improbables…

Une affiche inquiétante

Une semaine nous a suffi. Nous nous imaginions déjà galérant en Ligue 2, arpentant les terrains improbables semaine après semaine. Un lundi à Cholet, un vendredi à Châteauroux, nous aurions pu vivre une saison haletante, passionnante comme un débat entre Édouard Philippe et Laurent Wauquiez (« on n’aime pas les étrangers », « nous non plus », « quand même plus que nous », « soyez honnête ») ou émoustillante comme une rencontre de la Ryder Cup au golf national. Pour la première fois, la plus grande compétition de golf a lieu en France sur les greens de l’Albatros. Calmez-vous tout de suite les végans en folie, il ne s’agit pas de glisser des balles de golf dans l’anus atrophié d’un oiseau aux ailes bien trop grandes pour survivre dans la banlieue chic parisienne. Depuis lundi, tous les médias, toute la presse ne parle que de ça. On ne va pas se mentir, malgré mon pull sur les épaules, je n’ai aucune sympathie pour ce sport. Churchill le définissait ainsi « Le golf est un jeu dont l’objectif est de frapper une très petite balle dans un trou encore plus petit avec des armes singulièrement mal conçues pour le faire ». Et pourtant Churchill était un connaisseur des sports à la con étant lui-même adepte des échecs électoraux cuisants et de cricket. L’ennui était donc visiblement le thème de la semaine. La perspective de ce Reims-Bordeaux me ravissait au plus haut point. Existe-t-il un match moins prometteur que celui-ci ? La dernière victoire girondine remonte à 1962, on ne compte plus les 0-0, les glissades coupables, les buts casquettes et les défaites sur ce terrain de malheur.
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Pour votre gouverne, 100 % des Donald célèbres aiment ce sport. Ça fait sérieusement réfléchir, n’est ce pas ?


 

Un périple ordinaire

Il faut croire que les architectes et les chefs de projet sont de dangereux malades mentaux, des psychopathes en puissance. A Bordeaux, le stade se trouve en périphérie. Il te faut soit du courage pour y arriver en voiture, soit de l’audace pour entrer dans un tram plein comme un œuf. A Lille, le nouveau stade est noyé au milieu d’une nouvelle zone commerciale aussi vivante et animée qu’un film de Visconti au ralenti (tentez Mort à Venise déjà en vitesse normale, si vous y parvenez, soyez fier de vous, vous êtes presque prêt à suivre les Girondins de Ricardo). A Reims, on fait dans l’originalité. Le stade est bordé d’un côté par l’autoroute, de l’autre par le théâtre de la Comédie et enfin par la polyclinique Courlancy. Une heure avant le match, l’autoroute est déjà bouchée, les pompiers tentent de passer comme ils le peuvent pour atteindre les urgences de l’hôpital, on ne compte plus les victimes collatérales, les jambes amputées à cause d’un Reims-Dijon. On ne mesure pas non plus toute la détresse d’un amateur de théâtre, obligé de se payer un bouchon (sans champagne) pour aller voir la nouvelle interprétation géniale de Virginie Calemyn dans un Macbeth curieusement revisité dans un style post moderne apocalyptique (ça ressemble, peu ou prou, à une tactique de Ricardo). La sortie d’autoroute est vachement bien pensée. Attention, les gens font des études pour étudier ce genre de sujet. On ne fait pas appel au crétin du coin, à l’amateur accoudé au bistrot. Il faut s’y connaitre un peu en urbanisme quand même. Ils ont donc décidé de foutre un feu tricolore après une sortie de cinquante mètres. Ce n’est pas beau ça ? Tu peux chercher longtemps d’autres alternatives, tu ne trouveras jamais de méthodes plus efficaces pour créer un bouchon en un temps record. A dix-neuf-heures, une heure avant le match, l’autoroute est déjà saturée.


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On reste serein une heure avant le début du match

 

J’aimerais vous écrire des méchancetés sur les Rémois. Mais je serais malhonnête. Les Rémois vivent aussi un peu dans le passé. A la vue de mon vieux maillot OPEL « Vujovic », ils se rappellent du bon vieux temps, du vieux stade Delaune, du temps où ils étaient respectés, du temps où Pierre Ménès était encore un journaliste à L’Equipe, du temps d’avant, du temps où on avait le temps d’avoir le temps. C’était sympa, c’était sépia mais on n’était pas vraiment venu pour ça. Après avoir remercié les nostalgiques de l’ORTF, il était temps de trouver l’entrée du parcage. Ce fut un délicieux parcours du combattant. Je m’attendais à trouver une billetterie visiteur bien fléchée, avec une hôtesse souriante, une coupe de champagne à la main « Attendez, nous allons vous conduire à votre place. Jean-Eude voulez-vous conduire ce charmant jeune homme rejoindre ses camarades ». Mais que nenni, il m’a fallu demandé trois fois à des petits hommes tout jaune pour obtenir une réponse. A force de chercher, on finit toujours par trouver. Ma récompense est là, en gilet jaune, sympa comme tout : « Vous avez un signe distinctif, un maillot, un sticker, un tatouage, mais il me faut un truc ». Je lui montre donc une nouvelle fois mon magnifique maillot Opel. Nous plaisantons ensemble sur la fiabilité du constructeur Allemand : « On a jamais vu une Opel tenir aussi longtemps que votre maillot ». Nous avions beau partager ce goût commun pour les voitures en kit, nous dûmes nous séparer après un dernier mot plein de sagesse : « Je vous chambrerais bien mais je n’aime pas le foot et je ne suis pas de Reims ». Devant autant de sagesse, je devais lui avouer que moi non plus, je n’aimais pas tellement le foot. Je suis venu voir Bordeaux un soir d’automne. Le foot est le cadet de mes soucis.


Le Match

Après un dernier effort, nous y voilà dans ce fameux parcage. On se sent bien chez nous. Les Ultras se comportent comme des moniteurs de colo. « Allez les bras en l’air, tout le monde hein, toi au fond, allez, on se motive les copains ». Et ça marche, tout le monde se lève, prête sa voix au collectif au risque de ne pas la retrouver. N’allez pas imaginer que le capo et les adjoints (appelons les ainsi) mettent la pression, obligent les gens à se lever, à taper dans les mains et à chanter à l’unisson. Nous le faisons naturellement. Il faut reconnaitre que l’animation dans les tribunes est bien plus passionnante que le jeu sur le terrain. Les chants s’enchaînent avec une frénésie redoutable. A la mi-temps, les gars ne font pas de pause pour se désaltérer à base d’Ice-Tea ou de Coca ou d’autres boissons bien trop sucrées à leur goût (ils font attention à leur ligne que voulez-vous). Le match ? On le regarde comme on peut. On se lève sur les sièges pour essayer de dominer le drapeau qu’un des nôtres brandit fièrement. On fait gaffe de ne pas écraser le gosse juste derrière, de ne pas effrayer le grand-père à côté. Et on s’en fout. Nous ne sommes pas venus voir du foot, nous sommes venus respirer l’air de la communion, afficher sa fierté du maillot. Et du peu que nous ayons pu voir, le match méritait moins l’attention que ce parcage. Entendre résonner dans le ciel champenois le « Giiiiii – Ronnnnnn – Dinnnnnnnns » vaut tout l’or du monde. Le nul sera Ricardien sans relief, sans action, sans jeu. Il faudra vous habituer à ces matchs sérieux et appliqués.


Le plaisir du match en parcage ne se limite pas au coup de sifflet final. A quelques secondes de la fin du match, personne ne se lève de son siège pour atteindre au pas de charge sa voiture et ainsi éviter les redoutables bouchons. Il faut attendre que le stade se vide, que les supporteurs rémois quittent le secteur avant que la sécurité envisage de nous faire franchir un des quarante paliers avant la sortie définitive. Il est 22h40, il reste dix-neuf rémois encore éveillés dans la ville, trois spectateurs sortent du théâtre attenant au stade, mais il faut attendre que la maréchaussée (plus prudente qu’une tactique de Ricardo) nous donne l’autorisation pour retrouver enfin notre liberté. Nous reviendrons et vous serez encore avec nous.


Les Notes

J’avais prévu de revoir le match pour pouvoir vous offrir des notes un tant soit peu objectives. Mais je ne suis pas encore assez fou pour commettre ce crime.

Costil (3/5) :
Sifflé dans les premières minutes (il a joué à Sedan, rival historique du Stade de Reims), les supporteurs rémois se sont petit à petit endormis et ils l’ont oublié. C’est dire si le match a été passionnant.

Poundje (2/5) :
S’il centrait aussi bien qu’il court vite, ça ferait longtemps qu’il ne porterait plus notre maillot. Mais… (je ne continue même pas, nous savons tous comment se finira cette phrase, intime comme nous sommes.

Pas simple de pouvoir assurer un  centre

Pablo (3/5) :
Le nouvel international Brésilien n’a pas tremblé devant l’attaque rémoise. Vous pouvez vous moquer mais Pablo Chavarria est probablement aussi dangereux qu’Al Sahlawy, l’avant-centre saoudien.

Kounde (3/5) :
On retrouve Jules. Et ça fait drôlement plaisir.

Sabaly (2/5) :
Il a certes pris un peu de poids, on le sent encore un peu juste physiquement mais le Sénégalais est sur la bonne voie. Il lui manquait juste un relais au milieu pour combiner. Encourageant.

Otavio (3/5) :
Pourquoi ne jouait-il pas avant ? Poyet l’avait relégué derrière Josiane de la compta, Bedouet l’avait laissé à disposition des U19, et pourtant Henrique Passos Santos a franchement du style et du ballon. Il harcèle, il fait le geste juste, le tacle qui traine un peu. Peut-être n’est il plus le même joueur. Il semble plus serein et au top physiquement. Laissez-nous le.

Euh, il s’appelle Otavio, O-TA-VIO

Lerager (2+/5) :
Quel athlète. Il réussit son match mais il doit plus s’appliquer sur sa frappe. N’empêche que le Danois est bien meilleur depuis le début de la saison.

Tchouameni (2/5) :
En souffrance tout le match, Aurélien a semblé parfois un peu perdu. Alors pour retrouver ses repères, il a multiplié les fautes avec une virtuosité impressionnante. Il obtient son jaune bien mérité pour l’ensemble de son œuvre. Remplacé par un Karamoh capable de créer des décalages pour ses partenaires mais aussi pour ses adversaires. Décevant.

Youssouf (2/5) :
Zaydou a du ballon, il le sait. Et c’est précisément là que le bât blesse. Avec un peu plus de simplicité, avec un peu plus de spontanéité, il aurait pu faire la différence. Après une première période franchement indigne, il nous livre un deuxième acte bien meilleur dans un match insipide. Enfin, Kalu a pu se reposer. Remplacé par Briand pour l’anecdote.

Action typique de Zaydou lors de ce Reims-Bordeaux

 

Préville (1+/5) (Juste pour faire chier les patrons qui n’aiment ni les + et les -) :
L’avantage c’est que maintenant, nous ne sommes plus surpris par ses performances. Quand, en revenant à ta voiture, tu entends deux rémois se moquer du pauvre Nicolas, tu as envie de le défendre, de le … Ah, tiens, je suis garé là. Remplacé par Kamano qui n’a pas réussit son crochet/frappe cette fois ci

Cornelius (2/5) :
Comme pivot, il est intéressant. Mais il est hésite terriblement quand il s’agit de faire des choix. C’est donc l’origine de l’expression « faire des choix cornelius ». Oui, on va se cacher et on revient…


Ailleurs dans le monde

Nous les avions laissés tranquille depuis trop longtemps. Il est grand temps de s’intéresser à nos têtes de turcs préférées. Lamine Sané a enfin retrouvé une place dans le onze d’Orlando City. Il fait presque figure de mascotte dans une ville plus intéressée par l’animation à Disneyworld que par son équipe de soccer. Et c’est probablement mieux ainsi. De son côté, Hadi Sacko, qui devait partir impérativement partir pour trouver un club à la hauteur de ses ambitions dévorantes, continue de faire admirer sa technique à Las Palmas en segunda division. Il y a gagné un peu de temps de jeu. André Poko continue de faire son touriste à Izmir, l’histoire ne dit pas s’il continue de s’exhiber le week-end avec des maillots de Galatasaray ou de Besiktas. La Turquie continue d’être un exil parfait pour nos anciens girondins, Gouffran continue de ne pas y marquer de but et Saivet de ne pas y jouer. Bref, tout se passe comme d’habitude et c’est bien rassurant.

En attendant la semaine prochaine et une académie sur le jeu à la Nantaise, n’hésitez pas à vous perdre sur horsjeu, guettez l’académie de Nausée et venez tailler le bout de gras sur twitter.

Kiki Musampala

Élevé en fûts de chêne et mis en bouteille au château .Exilé à Charlestown. Voisin de Rimbaud et de Francis Maroto.

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