FONDEMENT (cycle initianal). Épisode deuxième.

Le début est .

—   Savez-vous qui je suis, monsieur Gustave ?

À nouveau, Louis réagit comme s’il ne pouvait rien faire d’autre que de répondre à cet homme. Il secoua la tête en signe de négation.

—   Je suis le questeur Pascal.

À ces mots, Gustave tressaillit. La Guilde des questeurs était l’organisme le plus redouté de la Fédérafion. Son cas dépassait donc les arcanes de la Ligue. On avait envoyé ici un agent global pour l’interroger.

—   Détachez-le.

En une fraction de seconde, il fut libéré des tenailles qui lui enserraient les poignets. Il put à nouveau bouger ses bras. Il s’étira dans un grand soupir de douleur.

—   Veuillez me suivre, monsieur Gustave.

Pascal sortit. Les deux gardes attendirent que Louis soit à leur niveau pour pivoter sur eux-mêmes et l’encadrer ainsi dans sa marche.

Le couloir était à peine plus éclairé que la cellule. Les murs étaient peints d’un gris fade qui achevait de rendre tout ce décor d’un morbide sans nom.

Il avait été placé dans une pièce carrée, assez exigüe, dont le seul mobilier se composait de deux chaises. Robert fit son entrée, une large malle de cuir noir sous le bras.

—   Veuillez décliner votre identité complète pour les archives, monsieur Gustave.

Que fallait-il faire ? Recommencer à répéter la phrase ? Ces questeurs étaient sans pitié. Mais il ne savait pas ce qui avait été découvert. Il ne connaissait pas les raisons qui avaient poussé la Fédérafion à prendre en main l’affaire qui le concernait. Il décida de jouer cartes sur table.

—   Capitaine Louis Gustave, phalange urbaine de la République du Havre, détachement stadier.

—   Vous savez aussi bien que moi que vous avez été renvoyé de la phalange, monsieur Gustave.

—   Je conserve mon grade dans ma base d’identité, conformément aux statuts de la Ligue.

—   Je vois. Bien. Veuillez décliner votre identité clandestine dans ce cas.

Louis fixa longuement le questeur, qui ne cilla pas, s’offrant même le luxe d’afficher un sourire affable sur son visage.

—   Je ne vois pas de quoi vous parlez.

—   Vous avez pourtant utilisé il y a quelques heures un credo défensif propre à l’Apostasie devant un gradé de la brigade de la Ligue.

Gustave resta coi. L’Apostasie. Tel était le nom que les dominants avaient donné à l’Analternance. Pascal essayait de le provoquer.

—   Je l’ai appris auprès d’un compagnon de cellule.

—   Pendant votre peine de six mois pour insubordination et apologie du terrorisme ?

Ce type était redoutable. Dieu seul savait l’étendue des informations dont il disposait.

—   Oui.

—   Vous êtes le renégat Savidanus, membre actif de l’Apostasie. Vous êtes recherché depuis des mois pour les faits suivants : sabotage d’une transaction entre la Centrale de Qatarie et la Cité piémontaise par voie informatique, plasticage de l’oléoroute du secteur Nord qui a entraîné le blocage de l’approvisionnement en jetons, et, enfin, complot visant à assassiner le Fifaraon. Vous comprendrez que si vous êtes reconnu coupable de tels actes, vous serez au mieux condamné au supportariat, au pire envoyé dans la grotte du Maï Nace.

 

 

À suivre…

Pierre-Issa Kasimov

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