Lettres Persanales : Lettre II

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22 mars

Cher Emil,

J’ai sauté de joie lorsque Fedor de Tintamarre, mon précepteur, m’a annoncé qu’un élève de son ancien compagnon de tribulations, Athanase Fraimbois, avait été sélectionné pour entamer une correspondance avec moi ! Mais ce soubresaut joyeux ne fut rien par rapport au prodigieux bond d’allégresse qui me saisit lorsque je reçus ta lettre !

Je me prénomme donc Imaj, en l’honneur de mon lointain ancêtre qui a descendu le mont Oural pour rejoindre notre noble principauté de Saint-Séant. Mon père m’a conté maintes et maintes fois le périple de ce glorieux cavalier qui décida un jour d’aller voir là-bas si l’herbe n’y était pas. Je suis fier de porter le même nom qu’un tel homme.

C’est très étrange que tu m’indiques tes mensurations et ton classement scolaire, je trouve. Peut-être une coutume de chez vous. Je ne rentrerai pas dans les détails, mais disons que je suis plus grand et plus fort que toi. En tout. Ce n’est en aucune façon de la prétention, mais je viens de Saint-Séant, le présent d’énonciation n’en devient que logique. Je suis en revanche ravi de savoir ta famille aussi fournie, car c’est une caractéristique que la mienne partage. J’ai sept frères (je crois que je me situe à la cinquième place, c’est pourquoi j’ai, selon mon père, le ventre mou) et une sœur. C’est elle l’aînée, même si cela ne change pas grand-chose parce qu’elle n’aura rien à l’héritage.

Mon père s’appelle Etamer, il est baron de Poullopeau, la plus petite région de Saint-Séant certes, mais c’est elle qui donne à notre noble principauté les meilleurs tacticiens dont elle a besoin pour se protéger contre les Envahisseurs. Mon père n’a de cesse de répéter qu’ils nous attaquent régulièrement depuis des siècles, et j’en déduis que, si je ne les ai jamais vus, c’est parce que les tacticiens de Poullopeau font bien leur travail.

Je partage évidemment ton amour pour la musique, même si je ne suis pas si sûr que ce que tu écoutes en est réellement. Il faut absolument que je te fasse parvenir un enregistrement numérique de notre chanteur national, Michu Sardel, qui a une voix incroyable. Ses trémolos me tirent toujours des larmes, surtout quand il évoque la condition de la femme dans ses titres Elle est bonne, ta quiche et Je signerai ton chéquier.

C’est si chic que tu pratiques, comme moi, le sport-roi ! Je suis moi-même attaquant de pointe, mais mon père veut absolument que je joue comme mon oncle Etasser, qui est professionnel au RC Tassé : trequartista. Je n’ai pas bien compris ce que le mot voulait dire, mais le plus important c’est que je suis à peine mauvais à ce poste, alors que je ne sais absolument pas en quoi il consiste. Mon club s’appelle le Bouillon de Poullopeau, parce qu’on prend des raclées depuis tellement longtemps qu’on a fini par se baptiser de la sorte.
Je ne crois pas avoir vu de match de votre championnat, d’ailleurs je ne crois pas avoir entendu parler de votre championnat, ni de votre pays en fait. Cela me ferait plaisir de découvrir ta collection, même si je crois que la mienne doit être autrement plus intéressante : je suis fou de lacets. Et ma section sport est assez garnie, puisque j’ai le lacet gauche de la chaussure de mon oncle Etasser, celui qu’il a serré si bien qu’il lui a permis de marquer le but victorieux lors de la finale de la coupe du Gros-Prince contre ces malandrins du Stèque HC, le club de la deuxième ville du pays. Je possède également le lacet droit de Marmaduque Grosoursson, l’attaquant vedette du RC Tassé, qui remporte régulièrement le sabot de brillantine, remis au meilleur buteur du championnat. N’est-ce donc pas mal, ne crois-tu pas ?

Il faudrait que tu me remettes certains papiers comme la déclaration fiscanale de ton père pour que nous puissions aller au stade ensemble. Mon père ne me laisserait jamais partager nos tickets de la tribune gros-princière avec un va-nu-pieds, comme il dit. Je ne sais pas trop ce que cela veut dire, mais si tu es muni de chaussures, cela devrait être de nature à convenir à mon père, qui est très exigeant je crois bien.

Ce serait bien smart qu’on puisse établir une véritable correspondance, Fedor pourra en parler à mon père et je serais peut-être de nouveau son troisième enfant préféré.

Dans l’attente de tes nouvelles, mon cher Emil, je te souhaite une grande force par l’arrière, comme on dit à Saint-Séant.

Imaj.

Mason Mountesquieu

Le premier auteur de roman espitanalaire

2 commentaires

  1. Déjà accro aux aventures d’Imaj et Emil. Pour la déclaration fiscanale faut voir ça avec Sepp Déblatère, il vous fera un prix. Pas d’ami, juste un prix.

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