Notre Footballologue analyse Nigéria-Argentine

Notre vieux barbu ne regarde pas que la France

Long corridor, gaillards alignés, torses bombés, mâchoires serrées, regards déterminés…la scénographie de la liturgie footballistique mondiale simule le combat pour mieux enseigner la règle. Bercés au tango et à l’afro-beat, sud-américains et africains disparaissent dans la symphonie d’hymnes fournis par le civilisateur.

Décidée à triompher, la fédération argentine a appuyé sur Diez et lâché ses points « carré rouge » afin de s’offrir la sélection la plus attractive de la compétition. Dieu kinésique, condamné à gesticuler pour appréhender le monde, Maradona n’emmène qu’un demi défensif dans ses 23, se privant de Zanetti et Cambiasso, et aligne un 433 à 5 défensifs et 5 offensifs. En effet, le bloc Samuel-De Michelis-Heinze-Josuas est emmené par Mascherano tandis qu’à ses côtés, Veron assure le lien avec une ligne offensive composée de Di Maria-Messi-Carlitos et Higuain. Plaisir de retrouver la grande carcasse de Rouane-Sebastiane dans un rôle à sa mesure, assurant la charnière entre la défense et l’attaque, déclenchant le pressing, couplé à Messi pour mener le jeu, tirant les corners à droite (passe décisive pour Heinze, 5ème) et les coup francs à gauche, ouvrant de 60 mètres dans la course quand d’autres s’appuient sur Toulalan à 5 mètres pour relancer. Défensivement, les 3 centaures que sont « Gouthérèse » (Leboeuf), De Michelis et Romero côtoient « mon petit poney » Heinze et la police montée de Samuel. Les latéraux ne montent jamais plus haut que le la ligne médiane, les jambes de Mascherano restent au service des deux centraux. Bref, une bande de Goliath à pénétrer en profondeur.

puis

Offensivement, Bacchus a sélectionné une armée de David. Di Maria sédentaire à gauche reste le seul joueur fixe comparé aux trois 9 ½ que sont Messi, Higuain et Carlitos. Si le reste du match fut plus « dilaté », l’entame a montré une attaque argentine capable de paniquer 6 nigérians sur une bande de 50 mètres de largeur. Tous meilleurs que Anelka, les lutins combinent selon la tradition du toqué, succession de passes courtes dans un petit périmètre, voire éliminent au dribble lancé ou contournent balle au pied. Higuain et Carlitos sont doll’sés et permutent fréquemment, Messi se balade en position libre et Veron ratisse. Peu de jeu latéral, les mouvements se faisant dans la verticalité avec un impératif : avancer à 4. En effet, sur chaque action, 4 argentins se regroupent autour du ballon, imposant densité physique à la récupération ou virtuosité technique à la construction. Spectaculaire mais cette exigence expose l’équipe dans la profondeur et impose des efforts qu’un jeu plus direct évite. Veron allongeant après une demi heure souligne le temps faible de ses coéquipiers à ce moment de la partie et interroge sur les capacités de ce groupe à tenir toute la compétition.

Mi temps : « C’est tout fin, c’est tout beau et puis c’est tout propre. »
Leboeuf épilateur…

« A pas vouloir tuer l’ennemi, la petite souris va morfler. »
Leboeuf mycosé…

« On aime les différences…et ça, c’et beau. » Lecteur de Levi-Strauss et intime de Audigier, Leboeuf aurait sans doute souhaité entendre Chin Chin ou Black Man’s Crying . De la même façon, le « manque de professionnalisme » des Nigérians sur corner a peiné la norme VF du service public qui n’a eu de cesse de marteler le nouveau credo humaniste : « C’est l’homme qui est important, pas le ballon. » Outre le fait que, comme la femelle asiatique, le footballeur africain a 18 ans pendant 10 ans et 70 ans du jour au lendemain, cette équipe nigériane interroge. Passée des fabuleux médaillés d’or de 96 à ce 433/442 scandinave, sans compter les sélections de jeunes, performantes pour cause de gène asiatique, le Nigeria semble avoir perdu ce « grain de folie, cette technique toute en improvisation…l’enthousiasme propre à l’africain dès qu’il sait qu’il aura un ballon et du vin. »

puis


Ou alors…par delà ces clichés post coloniaux, la « déception » tient plus à la nostalgie d’un football jadis non in-formé devenu usine à « monstres » défensifs comme offensifs. Le trident Obasi-Yakubu-Obinna offre un profil intéressant mais souffre de l’absence de meneur de jeu capable de les servir. Travailleurs, Etuhu, Kaita et Harunna ne semblent pas avoir les qualités techniques pour animer l’entre jeu là où les super eagles présentaient Kanu en demi défensif associé à Okocha. Idem pour le Ghana où Pelé, Lamptey se nomment désormais Muntari ou Essien, et il serait intéressant d’enquêter sur l’apparente « disparition » de ces profils. En attendant, ce Nigeria glacé obtient ce qu’il souhaitait : un nul ou une défaite minimale afin de ne pas hypothéquer ses chances face à la Grèce ou la Corée du Sud. Seule ombre au tableau suédois, la blessure de Taïwo consécutive à un pointu trop tendu…tout en technique et en finesse.

4 thoughts on “Notre Footballologue analyse Nigéria-Argentine

  1. Heu c’est certain que Kanu 96/98 il jouait deja milieu? Me semble qu’il a fini la mais qu’avant il etait en pointe et bien en pointe.

  2. Pourquoi « Josuas »? Leboeuf l’a appelé comme ça?C’est Jonas Gutierrez son petit nom

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