Rendez-vous en terrains connus: Slavia Prague-Slovan Liberec
Des nouvelles de Micola
Ahoj ! Je suis de retour pour vous conter le football tchèque. Après Prague, dont vous pouvez retrouver la présentation des différents clubs de la ville ici, et des matchs du Sparta, des Bohemians 1905, et du Viktoria Zikov, j’avais décidé d’explorer la tchéquie plus en profondeur avec Mlada Boleslav. Retour à la capitale aujourd’hui avec le Slavia.
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Contexte
Parmi l’inconnu, le Slavia fait sûrement office d’intrus. Je suppose que son nom dit quelque chose à la majorité d’entre vous. Heureusement je ne suis pas trop snob, j’aime bien le foot underground en mode « gonzo », comme le qualifie Tristan Trasca, mais je ne crache pas sur un petit match un peu plus mainstream. Ce qui n’est pas mainstream chez le Slavia, c’est les victoires. Ils sont dans ce que l’on peut qualifier de belle saison de merde, et ce serait bien qu’ils bougent leur cucul, s’ils ne veulent pas finir sans sous avec du beurre périmé et la grand-mère de la crémière. Neuvièmes avec 22 points avant cette 20e journée, soit seulement 5 points devant les relégables, le Slavia reçoit le Slovan Liberec, tenant du titre, je le découvre à l’instant. Cette année, Liberec se contente de ronronner dans le ventre mou, et a seulement la cinquième place en ligne de mire avant cet affrontement. Place évidemment insignifiante, et le Slovan s’intéresse certainement plus à la coupe nationale, dont ils disputeront les quarts prochainement. Et sinon ce club, c’est quoi ? C’est deux autres titres de champions en 2002 et 2006, une coupe en 2000, ou encore 6 points retirés en 2005 dans une affaire de corruption. Bref, un animateur du championnat tchèque depuis leur montée en 93. Les Lyonnais se souviennent aussi peut-être de la rouste 4-1 prise en UEFA en 2002, et les Nantais de leur élimination en demi-finale de feu Intertoto en 2004. Niveau joueur, aucun nom vraiment important ne semble être passé par la ville du nord de la Tchéquie. Allez, je vois tout de même Gebre-Selassie, l’actuel latéral droit de la sélection, et Jan Polak, connu des terrains belges et allemands… Dans l’équipe actuelle ? Que dalle.

J’aurais peut-être dû choisir la tribune visiteuse
Résumé
A nouveau club, nouvel horaire. C’est cette fois-ci sur les coups de 15h40 que je dois me rendre à la Synot Tip Arena, le stade du Slavia inauguré en 2008. Une heure qui me convient parfaitement, me laissant suffisamment de temps pour émerger le matin après la folle soirée du Vendredi soir (tournée des bars dans Prague 7, conclue dans le très sympathique Wakata, là où le temps s’envole au gré des parties de baby-foot gratuites), et me permettant de profiter du soleil qui ose gentiment pointer le bout de son nez. Et cette fois-ci, je ne suis pas seul. Un camarade allemand accepte de se joindre à moi, rendez-vous est donné à 15h20 à l’arrêt de tram. Rien de notable pendant le trajet vers Prague 10, je suis seulement étonné de ne pas voir plus de supporters, n’étant entouré que de vieilles. Je me sens tout de même con d’avoir opté pour ma tenue de crasseux je-m’en-foutiste lorsqu’une superbe demoiselle monte devant moi dans le wagon. Putain de style d’adolescent attardé. Je rumine silencieusement jusqu’à la station Slavia, où je descends, alors que mon compagnon (oui, je balance des termes ambigus) est là en train de m’attendre.
Nous nous dirigeons immédiatement vers le stade, situé à une centaine de mètre de là. Et ce qui vient à l’esprit, c’est qu’ils ne se sont pas foirés ces cons de capitalistes. Si tu lèves pas la tête vers le toit, tu peux croire faire face à un vulgaire complexe, avec hôtel, fast-food, banque. Monsieur Aulas, veuillez ranger votre sexe. Et sinon, où est-ce qu’on achète des billets ? On finit par trouver un plan, et par conséquent le point de vente. Pas de queue, les billets les moins chers, et demi-tour direction les tribunes. Et là, bim dans ta face le taux de remplissage pourri ! Le virage qui nous fait face est fermé, tandis que les latérales sont très timidement garnies. Quant à la nôtre, repère du Kop, elle est plutôt vide alors que le speaker annonce les équipes, et que nous nous installons au soleil. Les joueurs du Slavia apparaissent un par un sur l’écran devant un fond enflammé, sur une musique complètement assourdissante. Classe. On note qu’un remplaçant est le plus applaudi, et le seul joueur que je connais est Tomas Micola. Le match a déjà cinq minutes de retard quand on nous montre les deux escouades qui poireautent dans le couloir. Les supporters de Liberec en profitent pour faire les malins et chanter. Enfin, les acteurs font leur entrée, des mecs se foutent devant nous, on doit se lever, je réalise alors que la tribune s’est considérablement remplie. Le coup d’envoi est donné, et les supporters du Slavia commencent à faire entendre leur voix. Ils ne s’arrêteront plus.
Les premières minutes sont dégueulasses. Que de déchet technique, on se croirait en amateur, j’ai limite envie d’aller sur le pré. Pire, après dix minutes de ce cirque, les rayons de soleil décident de nous quitter, et la température ressentie chute brutalement. Je connais alors cinq minutes à me demander ce que je fais là, mais heureusement l’ambiance est bonne et ça chante pas mal. Et puis, miracle, les joueurs se rappellent qu’ils touchent un salaire pour jouer au ballon. Ça devient plus agréable, surtout grâce à Liberec qui commence à asseoir sa domination et se crée même enfin une occasion, après une défense lolesque et une balle dans la profondeur, mais le tir est détourné par le gardien. Sur le corner, bam, poteau ! En revanche, pas de flottement chez les supporters qui continuent leurs chants. Putain, un jour il faudra quand même que je sois capable de comprendre ce qu’ils disent, je me sentirais moins con. En tous cas, bravo à eux de supporter leur équipe comme ça, parce que bon, c’est quand même pas brillant sur le terrain. Le Slavia sort d’ailleurs d’une série de cinq défaites. Ça va mal je vous dis. Bon, évidemment, c’est à ce moment-là qu’ils ouvrent le score sur corner. Un peu hold-up sur ce coup-là, surtout que le Slovan retouche un montant juste avant la mi-temps. Oui, la mi-temps je vous dis. Après une courte hésitation, nous décidons de céder à la tradition de la saucisse, faisant fi de la rigueur et des économies.

Décidément, il semble qu’il y’ait des personnes de qualité parmi les fans du Slavia
A stade moderne, buvette banale, la Klobasa a moins de charme, mais elle est tout de même délicieuse, et utile pour calmer l’appétit. Nous remontons en tribunes bière à la main, parce que ça y est, on a passé l’heure où on peut boire en ayant bonne conscience (oui, j’ai une conscience). La partie semble repartir sur un faux-rythme, je crains le pire, mais au bout de cinq minutes, Liberec égalise avec un but qui arrive de nulle part, merci la défense en carton. Je pense alors que la partie devrait tourner à l’avantage des visiteurs, au regard de leur domination. Mais encore une fois, le Slavia décide de me faire fermer ma gueule, que je n’avais pas réellement ouverte, en reprenant l’avantage à la suite d’un contre joué bizarrement par le capitaine : il semble trop temporiser alors qu’ils sont en large surnombre, mais sa passe trouve tout de même un destinataire, qui se débrouille pour battre le gardien laborieusement. Bref, c’est la fête chez les supporters, qui en profitent pour faire une réclamation via banderoles, puis un tifo. Alors que je lève mon bout de papier pour faire bonne figure, mon camarade me signale qu’ils scandent le nom du remplaçant qu’ils ont beaucoup applaudi. Chouette. Et encore plus chouette, un troisième but est inscrit par le Slavia pendant le tifo. Je n’y ai pas vu grand-chose, si ce n’est que c’est le capitaine qui réussit à battre en duel le gardien du Slovan. Il récolte une biscotte au passage pour avoir enlevé son maillot, vous l’avez compris, c’est la nouba comme jamais, on n’est pas loin de voir des hélicoptères dans la tribune.
D’ailleurs, ça y va de plus belle, avec un joueur de Liberec qui récolte dans la foulée son deuxième carton, et rejoint les vestiaires. J’aimerais bien être plus content pour les locaux, mais j’ai vraiment super froid, j’ai dû enfiler mes gants pour tenir ma bière. Mes pieds gèlent, je sais que j’aurais dû mettre une deuxième paire de chaussette. Un jour j’irais au stade en mettant assez de couches de vêtements, promis. Mais outre mon misérable cas personnel ça sent de plus en plus bon pour les rouges et blancs, et l’entraîneur décide de faire plaisir aux fans en faisant rentrer le mec que tout le monde attendait, et dont je capte enfin correctement le nom : Rudi Skacel. Soit un revenant, vu qu’il a signé son contrat le 6 mars. C’est aussi un mec qui a notamment joué à l’OM. Et dans pas mal d’autres endroits en Europe. Bon sur le moment, je ne le savais pas encore, je ne faisais qu’admirer à quel point les supporters l’aiment et l’acclament. Si quelqu’un en sait plus sur cet amour, je suis preneur. Sur le terrain, ça devient n’importe quoi, ça joue n’importe comment, et ça gâche donc évidemment toutes les opportunités de buts. Le match se finit tranquillement, l’arbitre distribue ses derniers cartons (10 en tout, y’a eu du tacle viril), et siffle la fin du match. Le Kop exulte, continue de chanter, attend que les jouers viennent les saluer. Skacel est encore acclamé alors que nous franchissons les grilles du stade. Direction le tram qui arrive sans que nous ayons à l’attendre. J’ai envie de pisser. Encore une belle après-midi.
Les notes
Le stade (3/5) : Un stade de foot moderne. Le Slavia vit avec son temps, et ça a beaucoup moins de charme que des enceintes plus traditionnelles. Situé dans un quartier assez reculé, mais accessible en vingt minutes de tram depuis le centre.

Voilà, vous pouvez vous faire votre avis
La guichetière (3/5) : Complètement décontenancée en voyant ma carte bleue, soulagée lorsque j’ai finalement sorti mes billets. Elle m’a remerciée gentiment, mais sans sourire. Déception.
Le prix (3/5) : A partir de 160 couronnes (6 euros), c’est raisonnable, même si j’aurai préféré aller poser mon fessier en tribunes latérales et au soleil. Putain d’économies, qu’est-ce qu’il ne faut pas faire pour des bières….
L’ambiance (3/5) : 6000 personnes dans un stade de 20000 places, ça sonne creux. En revanche, le Kop était on the top. Le plus garni que j’ai vu en Tchéquie, et qui a sorti toute la panoplie des ultras avec chants, tifo, banderoles. Aucun énergumène repéré. Ah si, un mec en costume de tortue avec ses potes, des touristes sûrement là pour une bachelor’s party…
Possibilité de faire le streaker (1/5) : Ah tiens, ils connaissent les stadiers au bord de la pelouse ici… Bon bah du coup, il faudrait être rusé et bien préparer son coup.
Le match (3/5) : Vraiment nul au départ, il aura finalement offert son lot de buts et de n’importe quoi qui l’ont rendu appréciable. Prends ça, Toulouse-Bordeaux !
Joueurs à recruter chez nous (2/5) : Mouais non, pas vraiment. Y’avait un mec de Liberec qui me plaisait bien au départ, un black, le numéro 12 Sackey. Il était omniprésent et semblait partout sur le terrain. Mais à force, son match est parti en cacahuètes, il a fait des erreurs, et a finalement été expulsé. Caramba, encore raté ! Joueur connu de notre ligain, Micola n’a rien fait de notable.
La bière dans le stade (3/5) : Boire une bière sous le ciel bleu, l’image est belle. Mais quand on te sert 40cl pour 35 couronnes, ça fait un peu chier, et quand tu ne peux même pas tenir ton gobelet à cause du froid, ça devient carrément emmerdant. Mais ça reste mieux que dans un stade de ligain.
La bouffe dans le stade (4/5) : Ah putain, qu’est-ce qu’elle m’a fait du bien cette Klobasa. Vendue en « pack » avec la bière, je m’en suis tiré pour 75 couronnes (3 euros) en tout.
La pause-pipi (2/5) : J’étais bien content d’arriver chez moi. Nota Bene : penser à se soulager avant de quitter le stade.
La gent féminine dans le stade (3/5) : Ah oui, il y avait de belles meufs qui traînaient dans les travées et le kop ! Bon, c’était pas un harem non plus hein…
Possibilité de faire la fête après le match (3/5) : L’avantage, c’est que le match se termine à l’heure où on peut commencer l’apéro. Après pour faire la fête dans ce quartier, c’est un peu plus tendu… Mais un petit coup de tram 22 vous conduira vite vers des lieux nocturnes variés et pour tous les goûts !
Plaisir après ce foot inconnu (3/5) : Le match était passable. C’était sympa d’être dans le Kop, même si on se sent un peu intrus. Je me suis encore caillé, alors que j’espérais profiter du soleil. Un peu plus mitigé qu’à l’habitude donc, mais je reste content d’y être allé.
Voilà le classement et les images. C’est tout pour ce Rendez-vous en foot inconnu! N’hésitez pas à repartir pour le Mexique avec Rigoberto Pirès, ou en Macédoine avec Tristan Trasca. A lire aussi, cet article sur le championnat de football dans le camp de Terezin. Si vous voulez me suggérer des améliorations pour cette rubrique ou si vous voulez que je note d’autres choses dans le stade, dites-le-moi en commentaire. Si vous avez envie de football à Prague, contactez-moi par mail tristanbourrepif@gmail.com. Merci, et à bientôt sur Horsjeu.net !
Anàl Kiss,
La Micola a toujours manqué de gaz.
D’apres mes infos « Slavia Insider », Skacel a ete forme dans le club de Vrsovice mais est parti assez jeune. L’annee derniere, sans contrat, il a joue gratuitement pour le Slavia et a meme marque quelques buts. Voila sans doute la raison de l’amour eternel des Slavista…
@ Benjing: Ah ok merci! J’avais pensé à ça sur le coup, avant de voir qu’il avait débuté professionnel à Hradec Kralove. C’est donc un vrai gars du club…
Très bel article, toutefois un petit commentaire sur » Niveau joueur, aucun nom vraiment important ne semble être passé par la ville du nord de la Tchéquie » : pas tout à fait d’accord : justement il fut une periode, plutôt autour de 1996 (final de Euro ? Allemagne-Rep Tchèque) où 1/4 de l’équipe provenait du Slavia :
– Radek Bejbl (amis lensois vous vous souvenez sûrement de lui !) : il était vraiment énorme
– Vladimir Smicer : si mes souvenirs sont bons a été formé au club
– Poborsky, s’il a été formé au Viktoria Zizkov, est passé au Slavia de prague avant de signer à Manchester
– Patrick Berger (inconnu en L1, mais pas en Bundesliga et premiere League)
– Pavel Kuka :inconnu en L1, a eu sa petite periode de gloire en bundesliga, notamment avec Kaiserslautern il me semble (dans le rôle du Serial buteur)
En tout cas, merci pour l’article frais :)
Bel accad’ encore …
sympa le slovan liberec!
@ Gorecki: pardon, c’est peut-être mal formulé, mais je parle uniquement de joueurs qui seraient passés par le Slovan Liberec. Effectivement, le Slavia a lui sorti tout les joueurs que tu as cité, j’en avais mis certains dans mon article de présentation des clubs, et donc j’avais la flemme de recommencer. ;) Merci pour ton commentaire en tous cas!
@ chris pignol: merci!
@ PLF: j’ai essayé de te dégoter le calendrier complet, en vain hélas…
C’est tellement bien écrit que maintenant j’ai froid et j’ai envie de pisser.
Très agréable à lire, un vrai plaisir.
Tu m’as donné envie de prendre des nouvelles de Jan Polak. Je découvre donc qu’il a été gravement blessé lors d’un Anderlecht-Standard en 2009, le même match où Witsel a légèrement cassé Wasilewski : http://sport.be.msn.com/nl/images/2009/augustus/andstafs4analyse.jpg
Je suis sur le cul, et je pense que personne ne se souvient de la blessure du tchèque.
@ David Scie Mal: vraiment? Parce que j’ai l’impression de m’embrouiller dans mes phrases et de faire plein de fautes de style… Merci en tous cas!
@ Jean-Marie Pfouff: merci! Faut dire que le tacle de Witsel avait presque éclipsé tout le reste du match, je m’en souviens encore (comme celui de Mavinga l’année suivante d’ailleurs, non?) Enfin bon maintenant, il est à Wolfsburg, ça a l’air d’aller, même s’il ne joue pas énormément…
Vraiment super cool, keep it in !
Oui, Mavinga c’était la saison d’après, au dernier match de play-off. Le vainqueur de Genk-Standard était champion, Carcela était un élément dangereux : Fractures du nez, de la mâchoire, des pommettes, dents cassés et perte de connaissance. Mavinga a fait le boulot.
ce que j’ai pas compris, c’est le coup de la bière, c’est chiant de la payer quedalle ? et d’avoir 40cl ? même si c’est peut-être cher par rapport à l’extérieur du stade?
@ Mèch: J’avoue, je fais l’exigeant sur ce point-là, surtout vu à quoi on a le droit en France. Mais les autres fois, j’ai payé 30 couronnes pour 50 cl, donc si on compare, c’est moins bieng. La Tchéquie, ce merveilleux pays où on peut trouver une bière à 1euro40 « chère ».