Argentine – France (3-4) : L’asado (maso) académie est fière malgré tout

C’était écrit non ?

Nous le savions, et nous ne nous sommes pas privés de l’écrire ici, ou bien encore , cette albiceleste n’avait plus le niveau. Non qu’elle ne l’ait jamais eu, puisque rappelons-le, avec un peu plus de réussite, cette génération aurait pu marquer à jamais l’histoire du football argentin – titre olympique en 2008, défaites successives en finales des deux dernières Copa America et de la dernière Coupe du monde, mais en 2018 il était trop tard.

Cette équipe était usée, sans idées, poreuse, mal fagotée, presque indigente par moment. L’effectif était déséquilibré, l’animation offensive défaillante, la défense friable, les cadres en fin de cycle. Le staff ayant perdu autorité et crédibilité, une forme d’autogestion avait même fini par s’installer. Bien entendu, cela ne pouvait guère déboucher sur un parcours mémorable lors de ce mondial.

Et pourtant.

On ne sait comment l’alchimie a opéré, mais cette équipe a su créer chez ses supporters ces instants qui nous font comprendre ce que peut représenter l’amour d’une équipe. Moi, vous, nous tous, supporters de foot, avons tous vécu au moins une fois ce sentiment que nous les soutiendrons quoi qu’il nous en coûte, quoi qu’en disent les plus réalistes des commentateurs, parce que soutenir cette équipe va plus loin que la raison. Que l’on nous fasse justement remarquer que nous n’avons aucune chance car les autres sont largement meilleurs que nous ? Cela ne nous empêche pourtant pas d’être là, car ce qui s’est créé va bien au-delà d’une simple compétition.

Ce qui se passe alors n’est plus histoire de résultat. Cela va beaucoup plus loin. Il s’agit d’une relation entre un groupe de 23 hommes, et un peuple, son peuple, enfin constitué.

Cette force, nous la puisons au fond de nous, c’est viscéral, animal, presque instinctif, et lorsque nous l’avons libérée et que nous voyons qu’il en est de même pour tous, nous nous sentons poussés par une puissance collective qui veut que nous ne puissions plus échouer.

Que nous remportions ou perdions les matchs, peu importe, nous avons gagné. Nous pouvons alors tirer d’une défaite une immense fierté, la fierté d’avoir réussi à être là, ce jour-là, en ce lieu, pour avoir l’honneur de jouer ce match que nous avons logiquement perdu.

Car cette force ne rend pas aveugle, elle rend fier.

Il est rare que nous trouvions l’occasion de libérer cette force qui nous commande de pousser notre équipe malgré tous les signaux négatifs reçus. Cette année, il en a sans doute été ainsi des supporters de l’OM et de ceux de Liverpool au cours de leurs périples européens, poussés par une passion qui n’a que peu d’égal, une succession d’individus qui se sont tout d’un coup unis pour devenir peuple, force vive.

Ce qu’ont montré les supporters argentins en cette fin juin en Russie ressemble fort à l’expression de cette douce passion : fervente, presque dévote, mais pourtant lucide. Consciente des forces et des faiblesses de l’albiceleste, mais pourtant avide de l’encourager à se dépasser, et ce quelles que soient les déconvenues.

 

Mais cette fois-ci la marche était trop haute, et le parcours de l’albiceleste s’est arrêté.

Gageons que de nombreux argentins en garderont pourtant un doux souvenir et qu’ils sauront dire à leurs petits enfants : la Russie en 2018 ? Nous étions nuls, mais c’était bien.

Et puisqu’il en est désormais temps, parlons un peu de cet Argentine-France.

 


Le 11 de Sampa

Pour ce match, Dieu, notre nouveau sélectionneur, avait décidé de ne même plus faire semblant et de choisir un 11 tout entier dévoué à sa cause et de s’y aligner en faux 9, dans un 4-3-3 largement inspiré de la MVP guardiolesque. Mais peut-être n’avait-il pas réalisé que Michel Pavon n’était pas Pedro, qu’Enzo Perez n’était pas Xavi, et que Banega, quel que soit son talent, n’était pas Don Andres. Sans parler du gouffre séparant ce Mascherano de Sergio Busquets.

Défensivement, aucun changement n’était à noter par rapport aux survivants de Saint-Petersbourg, Rojo, ce héros, continuant à conserver sa place aux dépens de Fazio.

Armani

Mercado – Otamendi – Rojo (Fazio, 46e) – Tagliafico

Perez (Agüero, 66e) – Mascherano – Banega

Pavon (Meza, 75e) – Dieu – Di Maria

Au vu de l’organisation tactique française, cette composition semblait devoir donner un rôle important à Enzo Perez, celui de venir créer le surnombre au milieu de terrain aux côtés de Mascherano et Banega, afin de forcer Pogba à défendre, et de faire reposer la relance française dans les seuls pieds d’Umtiti et de Varane, privant ainsi Griezmann et Mbappé de munitions propres au sol.

De ce fait, la France n’aurait d’autre choix que d’allonger le jeu sur Giroud, Mascherano ayant alors la mission de récupérer les 2e ballons avant que Griezmann ou Mbappé ne réussissent à s’en saisir.

Il était par ailleurs important que nous fassions bloc en laissant le moins d’espace possible entre nos lignes, ce qui supposait que notre ligne défensive joue haut. Le risque étant bien entendu de se faire hacher façon bouchère dans notre dos par des longs ballons à destination de Mbappé, étant donné la légendaire lenteur de notre édifice défensif.

Mais, notre confiance en Otamendi et Rojo à bien gérer la profondeur était entière, eux qui avaient démontré contre le Nigéria leur capacité à s’acquitter proprement de cette tâche malgré la rapidité des attaquants adverses.

Notre côté gauche devait quant à lui nous assurer une certaine stérilité offensive au vu de l’état de forme gênant de Di Maria, mais ce dernier devait ne pas rechigner à venir aider Tagliafico afin que celui-ci ne prenne pas le bouillon face à la vitesse de Mbappé. Il s’agissait en effet du premier match dans cette compétition où Tagliafico serait jugé sur sa capacité à fermer les espaces.

Devant, notre animation offensive paraissait sur le papier bien difficile à lire, même si on sentait bien que Dieu viendrait prodiguer ses bons soins un peu où il voudrait, et que de sa réussite dépendrait de beaucoup la qualité de notre match.

Nous priions également pour que le bon apôtre Banega soit dans un bon jour, et qu’il puisse être débarrassé de Kanté par la présence de Pérez dans cet espace, afin de pouvoir délivrer quelques ouvertures dans le dos d’Umtiti dans lesquelles viendraient s’engouffrer Dieu ou Michel Pavon.


Le match

Ce que nous n’avions pas prévu, en revanche, était notre incapacité notoire à faire bloc et la tactique simplissime utilisée par la France pour nous sodomiser dans les grandes largeurs. Car, l’équipe de France n’est pas devenue hier une grande équipe, elle a seulement rencontré une Argentine parfaitement adaptée à ses qualités, et elle a eu l’immense mérite de savoir en profiter.

Pourtant, dès les hymnes, Kazan était argentine, et les joueurs montraient une détermination qu’on ne leur avait pas encore vue dans cette compétition. Nous commencions en effet le match dans le bon sens, les premières séquences de pressing de Tagliafico sur Mbappé, et de Banéga sur Kanté et Pogba, laissaient présager un gros travail de récupération à même d’empêcher la France de construire son jeu.

Mais, cela ne durait que 8 minutes, le temps que Mbappé comprenne qu’il avait intérêt à prendre davantage de champ avant de lancer ses courses folles vers notre but. Il récupérait donc le ballon dans nos 40 mètres, et, surpris de ne voir que des plots là où il s’attendait à rencontrer des joueurs argentins, il réussissait sans trop de difficulté à atteindre nos 20 derniers mètres avec beaucoup plus de vitesse que ce que nous avions envisagé.

Pourtant, notre défense s’était pour une fois remarquablement alignée

En dernier recours, Mascherano décidait de lui balancer son déambulateur à la gueule, ce qui eut pour avantage de déséquilibrer le jeune sprinter. Mascherano venait de sauver la patrie, mais se voyait par la même délesté de son objet le plus précieux, ce que nous allions amèrement regretter par la suite.

Sur le coup-franc qui suivait, Griezmann envoyait un amour de caresse sur notre barre transversale, ce qui nous permettait de voir qu’Armani était dans un grand jour, lui qui n’avait même pas esquissé le moindre mouvement.

Trois minutes plus tard, Mbappé remettait ça, et cette double pénétration réalisée en si peu de temps ne put qu’aboutir à un déchirement défensif anal caractérisé par une faute de bourrin de Rojo dans notre surface, Mascherano n’ayant plus de possibilité d’arrêter le jeune étalon sans son déambulateur. Griezmann ne se faisait pas prier pour faire sereinement trembler les filets (1-0, 13e).

Plus rien de consistant n’était à pointer dans les minutes qui suivaient, à l’exception notable du match une nouvelle fois médiocre de nos ailiers. Notons toutefois qu’à la 19e minute nous assistions à une nouvelle ruade d’Usain Mbappé arrêté à l’extrême limite de la surface par Tagliafico. La faute était tout aussi bourrine que celle de Rojo, mais il était décidé de ne pas donner péno. Gloire en soit rendue au seigneur.

Kylian MBappé

Les minutes suivantes confirmaient toutes les tares dont nous étions affublés depuis le début de ce mondial : circulation de balle lente, possession ronronnante, absence de dédoublements sur les côtés, pressing désordonné, bloc distendu créant des espaces immenses entre notre milieu et notre ligne défensive, défense aux abois manquant de provoquer un pénalty à chaque offensive adverse, manque de présence devant, n’en jetez plus.

Nous en venions à nous réjouir que les Français jouent si mal leurs coups, perdus eux aussi dans une maladresse malaisante.

Puis, un beau jour ou peut-être une nuit, alors que près d’un lac, je m’étais endormi, soudain, semblant crever le ciel, et venant de nulle part surgissait un ange noir qui balançait une lourde en pleine lucarne (1-1, 41e). Si c’était pour ça qu’Angel n’avait rien fait du tournoi, ça valait effectivement le coup d’attendre !

Ajoutez à cela le carton jaune pris par Mascherano la minute suivante, synonyme de suspension pour le quart de finale, cette première période ne pouvait pas mieux se finir ! D’autant que nos dernières minutes étaient de belle facture, puisque nous retrouvions alors un pressing important et ordonné.

Ce but semblait avoir rendu son modjo à notre bon vieil Angel qui commençait tambour battant la seconde période en mystifiant son vis-à-vis. Pavard, rôti, n’avait d’autre possibilité que de concéder une faute à l’entrée de sa surface. Sur le coup-franc, nous choisissions de mettre en œuvre une combinaison travaillée à l’entrainement, conclue comme prévue par une déviation tout en finesse de notre bon Mercado qui nous permettait de prendre l’avantage (2-1, 48e). Ah, qu’il est doux de voir le travail payer.

Ne sachant pas quoi faire de ce score tombé d’on ne sait trop où, nous décidions alors de savater les français, le temps de réfléchir à la stratégie à appliquer (s’il vous arrivait subitement de vous réveiller toujours aussi gros et moche mais avec Jessica Chastain dans votre lit, vous prendriez bien quelques minutes pour réfléchir à la suite des opérations non ? C’est humain, merde). Notre choix fut de nous resserrer dans un 4-4-2 en bloc, positionné assez bas, même si, personnellement, je n’étais pas vraiment sûr qu’on soit capable de faire ça…

Quelques minutes suffisaient ainsi à Fazio, rentré à la place de Rojo à la mi-temps, pour se mettre en évidence en envoyant une merveille de passe anale à Armani, suivi d’un tirage de maillot de pute, suffisant pour éviter à Griezmann d’égaliser.

Le message envoyé était le suivant : vous égaliserez, certes, mais ayez l’obligeance de le faire proprement.

Il est sans doute inutile de vous conter ici comment l’égalisation arrivait, puisque vous avez dû comme tout bon français passer votre nuit à pratiquer avec vos amis proches quelque exercice onanique en mémoire de la reprise de Pavard (2-2, 57e).

Etant donnée notre infinie faiblesse mentale, il ne fallait ensuite que dix minutes aux Français pour nous envoyer pleurer nos mères, bien aidés en cela par l’apathie de notre défense et le délitement intégral de notre équipe.

Je dois à la décence de ne pas évoquer plus avant ces quelques minutes abyssales dans lesquelles nous fumes plongés. A peine me permettrais-je de signifier mon désarroi de ne pas avoir vu rentrer Dybala plutôt que Meza à la 75e, alors que nous étions menés 4-2 et que nous n’arrivions plus à mettre un pied devant l’autre.

Cette deuxième période était une triste fin pour nous, tout juste arrivions-nous à sauver l’honneur par l’intermédiaire de cette divine passe que le Kun transformait en but dans le temps additionnel (3-4, 93e).

Voilà, il en était fini de notre parcours dans ce mondial, et nous assistions alors à cette scène, devenue notre routine : Dieu prostré dans le rond central, se demandant décidément pourquoi les cieux refusaient avec tant d’ardeur de l’accueillir en leur sein.

T’as des baskets ? Tu rentres pas


La suite (sans les notes)

A quoi bon les noter ?

Avec le recul, il me semble que nos joueurs étaient conscients que notre équipe était bourrée de défauts, qui leur seraient à un moment ou à un autre rédhibitoires. Mais ils n’ont jamais perdu l’espoir de l’exploit, qui, bien que très improbable, n’en était pas pour autant impossible. Voilà pourquoi nous avons constamment alterné dans ce tournoi entre résignation et folie, habités que nous étions de notre certitude d’infériorité, mais toujours prompts à nous enflammer.

Mais pour la suite, c’est le trou noir.

Que va-t-il advenir de cette génération ? Quels cadres vont nous quitter ? Qui deviendra le taulier après le départ de Mascherano ? Dybala prendra-t-il enfin le relai ?

D’ici là, il ne nous reste plus qu’à nous souvenir qu’en Russie, nous étions nuls, mais c’était bien.

 

Adios les SM

Fernando Raiedansledos

Fernando Raiedansledos

8 commentaires

  1. Quelle honte de laisser Aguerro, Higuain, Dybala et surtout Lo Celso sur le banc, vous ne méritiez pas d’aller plus loin.

  2. Vous en arriveriez presque à me faire aimer l’Albiceleste, tant votre article est bien écrit. Mais Dieu sans la Joie, ça fonctionne pas hein ? Bonnes vacances Fernando, la bise au petit Enzo si vous le croisez.

    • Votre amour pour l’albi ne pourra aller que crescendo mon bon Roberto. L’heure de Paulo est enfin arrivée, le monde sera sien dans les prochaines années.
      Un bel été par chez vous également.

  3. Super Article FERNANDO!
    Il est temps pour moi prendre en main cette sélection finit conneires !

    • Bien entendu que vous le pouvez, encore faudrait-il que vos amis d’outre-quiévrain ne le transforment pas en Ronald Pognon.
      Le paiement en nature se fera la nuit tombée sur le parking du carrefour drive de Vénissieux. En vous remerciant.

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