France – Corée du Sud (4-0) : L’Académie Française n’était pas là pour décorer

Vendredi 7 juin 2019. Coup d’envoi de la Coupe du Monde féminine de football. En France, à Paris. Les Bleues ouvrent le bal face à la Corée. Et on espère bien qu’elles le clôtureront aussi dans 1 mois, peu importe l’adversaire.

Quatre ans que les Bleues attendent ça, voire plus. Cela fait plusieurs années que l’équipe de France féminine déçoit dans les grandes compétitions. Mais on le sait : une grande compétition à la maison, c’est différent. La grosse bagarre à domicile pour montrer qui c’est le plus fort, ce n’est jamais anodin. Demandez à Michel Sardou.

En tout cas, cette Coupe du Monde intéresse davantage que la précédente. Dans le monde comme en France, bien sûr. De plus en plus de médias s’intéressent au foot féminin. Des matchs en clair sont diffusés régulièrement. Régulièrement ils sont assassinés par les commentaires de Denis Balbir, mais ça c’est encore autre chose. L’engouement et la ferveur populaire, s’ils ne sont pas encore comparables à ceux provoqués dans le football masculin, s’affirment davantage, et, mieux, s’affichent au grand jour. Aux Bleues de répondre présentes et de tout donner pour aller au bout, quoique l’on espère que ce gain d’attention ne retombera pas en cas de mauvais résultat, ni tout court après la Coupe du Monde.

Le groupe des 23 :

Preuve s’il en fallait que le foot féminin prend plus de place qu’avant : c’est au 20H de TF1 que notre sélectionneuse nationale, Corinne Diacre, a annoncé sa liste des 23. La voici :

Pour affronter successivement la Corée du Sud, la Norvège et le Nigéria en poules, et on l’espère, bien d’autres nations, nos têtes les plus connues et réputées sont là : Wendie Renard derrière, Amandine Henry et Gaëtane Thiney au milieu, Eugénie Le Sommer devant. On citera aussi Amel Majri, Elise Bussaglia, Valérie Gauvin ou la jeune Delphine Cascarino. A noter le nombre important de joueuses évoluant à l’OL (7), et la non-sélection de Marie-Antoinette Katoto, meilleure buteuse de D1 cette saison, mais qui 1) passe souvent à côté lors des gros matchs avec le PSG 2) apparemment, ne s’implique pas forcément à fond à l’entraînement.

La compo :

Le derrière :

Renard et Mbock en charnière centrale, accompagnées sur les côtés d’Amel Majri (numéro 10 normalement) et de la montpelliéraine Marion Torrent.

Le milieu :

Amandine Henry, Captain ! Oh my captain !, prend son habituelle place au cœur du jeu aux côtés de l’expérimentée Elise Bussaglia (bientôt 150 matchs tout de même).  

Le devant :

Un trio sur le papier redoutable doit provoquer, dribbler, combiner et trouver des solutions dans la défense adverse : la désormais joueuse du Paris FC Gaëtane Thiney, l’inénarrable Eugénie Le Sommer (74 buts en EDF !) et la virevoltante Delphine Cascarino qui nous a prouvés lors de ses différentes apparitions toute sa facilité technique. Le trio devra alimenter en ballons Kadidiatou Diani, assez impressionnante lors des matchs pré-Mondial.

A noter : Valérie Gauvin a été mise de côté suite à deux retards à l’entraînement. Corinne Diacre ne rigole pas avec ça.

Le match :

Des mois qu’elles y pensent à la Corée, qu’elles réfléchissent Corée, qu’elles analysent Corée, qu’elles mangent Corée, qu’elles chient Corée. Elles y sont. Rappelons que la cote de la Corée du Sud avant ce match est à 23, et qu’un certain M. Picon a misé sur les adversaires des Bleues, jurant par tous les Dieux qu’en cas de pari erroné, la Lorraine serait à jamais grenat.

Le Mondial féminin est lancé. Allez les Bleues ! Et elles y vont directement. Pas de chichis. Elles s’installent dans le camp coréen, tentent déjà quelques frappes, ajustent quelques centres. Et finalement ouvrent le score sur un centre d’Amandine Henry qui trouve bien Le Sommer dans la surface, laquelle place une lourde sous la barre (1-0, 10e). Ca ne pouvait guère mieux commencer.

Les Bleues insistent face à des Coréennes, il faut le dire, complètement à la rue, dans tous les secteurs du jeu. Les occasions se multiplient, et Mbock croit bien alourdir la marque mais le VAR en décide autrement. Eh oui, le VAR est là. Encore. Sur un corner travaillé, Renard remet de la tête sur Mbock, laquelle ajuste une belle volée pied droit. Mais le VAR, cette saloperie, n’en a pas fini de nous faire chier. Jugez vous-mêmes :

Hormis le fait que le truc des lignes soit immonde, on en est donc bien arrivés à juger des hors-jeux au bout du crampon (l’angle ne rend pas honneur ici, désolé). Mais très bien, soit, jouons désormais au football au centimètre près. J’espère d’ailleurs que cette image qui a servie aux arbitres a bien été arrêtée à l’instant T où le ballon a quitté la tête de Wendie Renard. Je veux dire, à l’instant hyper précis T. Pas un millième de seconde avant ou après. Au moment où le dernier millimètre carré de la surface du ballon a cessé de toucher le dernier cheveu accroché au crâne de Wendie. C’est ça la technologie nan ?

Parenthèse fermée. Quelques minutes après, un corner bien flottant de Thiney parvient jusqu’à Wendie Renard, justement, qui catapulte le ballon au fond. Rien à redire cette fois, bien que la défenseure coréenne ait attaqué le ballon en reculant (2-0, 35e). Dix minutes plus tard, juste avant la mi-temps, c’est Amel Majri qui dépose un corner au point de pénalty et Wendie Renard, toujours elle, qui remet le ballon d’où il vient, petit filet (3-0, 45e). Emballé, c’est pesé.

Au retour des vestiaires, la Corée du Sud n’est pas plus inquiétante mais toujours aussi inquiétée. Dépassées dans l’impact physique, pas au niveau technique, elles offrent une bien faible opposition à nos Bleues, dont on ne saurait se plaindre pour une entame de Mondial. Si les occasions sont moins franches, la domination française est toujours aussi nette. Aux alentours de la 70e minute de jeu, Delphine Cascarino cède sa place à Valérie Gauvin, punie mais pas complètement, alors que Majri sort pour Eve Perisset.

La fin de match est plus tranquille. Ca fait un peu plus tourner le ballon. Le Sommer provoque à gauche, petit crochet, entourée de trois Coréennes, elle parvient malgré tout à transmettre à Captain Amandine. Henry repique dans l’axe et, pas attaquée, envoie une magnifique frappe des 20 mètres dans le petit filet gauche de la gardienne coréenne (4-0, 85e). Alors que Thiney sort pour Geyoro à la suite de ce but, le match se termine gentiment, et le Parc des Princes peut exulter.

Le débrief :

Une entame parfaite de Coupe du Monde. L’opposition était à la cave, on n’a jamais vu l’équipe adverse. Loin d’OK Corral, plutôt de l’Allo Corée. Mais ça permet aux Bleues d’engranger de la confiance et de se libérer d’une grosse pression. Maintenant, elles y sont, et elles sont lancées. Espérons que personne ne saura les arrêter, à commencer par la Norvège, mercredi.

Les notes :

Bouhaddi (3/5) :

Autant mise à contribution que les cerveaux de Daniel Riolo et Jérôme Rothen réunis.

Torrent (3/5) :

Si elle ne me rappelle pas Georges politiquement, elle me rappelle Robertson physiquement : j’ai vu beaucoup de courses, beaucoup d’implication des deux côtés du terrain, une débauche d’énergie qui fait plaisir à voir. Manque peut-être une petite touche technique en plus. A voir face à de meilleures adversaires !

Mbock (3/5) :

Rarement inquiétée compte tenu de l’adversité, elle aurait pu (dû) marquer le second but français. Faudra remettre ça.

Renard (5/5) :

Inscrire un doublé de la tête pour l’ouverture de la Coupe du Monde en France, disons que c’est un très bon début. Si la technique du « je mets un ballon sur la tête de la plus grande joueuse » n’est pas la plus originale, on va pas se plaindre que ça marche, et reconnaître qu’il faut aussi le bon sens du placement, du timing et de la technique pour les mettre comme il faut.

Majri (3/5) :

Voir une numéro 10 latérale gauche, c’est original. Mais ça permet de voir de belles choses offensivement, à l’image de plusieurs belles ouvertures sur son côté, et un corner passé dé. Attention toutefois à ne pas faire l’ailière tout le temps. Remplacée par Eve Perisset (74e).

Bussaglia (3/5) :

Archétype de la travailleuse de l’ombre. Elle récupère proprement et transmet simplement. Peu de fioritures, beaucoup de justesse. Rien qui dépasse. J’aime bien.

Henry (5/5) :

C’était « total régal » comme dirait Smaïl. Elle est partout sur le terrain : et que je redescende pour lancer le jeu, et que je lance à droite, à gauche, et que je percute, et que je centre. Une passe dé pour Le Sommer, un missile en fin de match. Et puis une vraie belle vision du jeu, choix intelligents, justesse technique. Captain Henry, c’est oui.

Cascarino (3/5) :

Un jeu doux et soyeux pas récompensé aujourd’hui. Elle gagnerait à un peu moins tricoter et à lever un peu plus la tête, mais elle est encore jeune, donc ne soyons pas trop durs. Remplacée par Valérie Gauvin (70e).

Thiney (3/5) :

D’habitude maître à jouer, Gaëtane a été un peu en-dedans et n’a pas rayonné autant que son talent le permet normalement. Bonus point car elle tire malgré tout très bien le corner flottant pour le premier but de Wendie. Remplacée par Grace Geyoro (83e).

Le Sommer (4/5) :

Et un but de plus pour Eugénie, qui se rapproche chaque jour du record de Marinette Pichon en Equipe de France (81 buts, Eugénie à 75). Un vrai but de 9 : bien placée, bien équilibrée, bien envoyé. Elle est toujours là pour les Bleues. Indispensable.

Diani (2/5) :

Une des seules joueuses à avoir été rattrapée par l’enjeu ? Performante lors de la préparation, Diani a été ce soir très brouillonne, quoique pleine de bonne volonté. Mais on ne sait jamais : un petit but de déclic lors du prochain match et l’attaquante du PSG sera peut-être lancée.

Horsjeu sera bien présent pendant toute la Coupe du Monde, viendez, suivez, abonnez-vous, donnez des sous ci-dessous.

Didier Décampe

2 commentaires

  1. Allez! La France a l’opportunité de devenir le 1er pays au monde champion en titre simultanément chez les filles et chez les garçons. Ce serait génial!!

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