Le bonjour d’Albert : notes aoutiennes

Tout homme a sa folie, mais la plus grande folie, je crois, c’est de ne pas en avoir.

Je ne sais plus d’où est-ce que j’ai tiré cette question, que j’ai retrouvée griffonnée sur une mauvaise enveloppe qu’un coup de main tremblant avait déchirée : « Sommes-nous vraiment dignes de cette place sur terre qui nous a été allouée par le hasard de la naissance ? »
Je ne sais plus, et ce n’est pas bien grave. Mais, alors que je m’essuie une milliardième goutte de sueur coulant sur mon front rougi, je sais qu’elle s’est chevronnée à ma pauvre âme pour un bon bout de temps.

C’est vrai ça, qu’est-ce qu’on fout ici ? Quel est l’intérêt si impérieux de rester sur cette cochonnerie de monde à regarder passer les instants comme les vaches le tortillard ? Dites-le moi, vous qui savez, dites-le moi car je l’ai oublié. Je l’ai oublié depuis longtemps, je n’arrive pas à mettre la main sur le dernier moment où je l’ai su. Qu’est-ce que je devais être fier, avec ma connaissance ! Je devais certainement marcher un peu droit, un peu quècou, je devais juger ceux qui me paraissaient tout ignorer de cette précieuse information.

J’ai des visites. Mon temps n’est plus précieux, je l’organise à mesure des apparitions, seuls intérêts dans cet amas d’heures qui ne trouve plus de sens à force de le chercher. La colère vient me voir le plus souvent, elle s’asseoit, taille le bout de gras, s’installe un peu trop parfois, et repart, me laissant lessivé. La tristesse infinie est aussi des régulières, elle a grossi ces derniers temps, il lui faut deux sièges pour maintenir son séant. J’écourte de moins en moins les autres importuns : le regret vient bras dessus, bras dessous avec les histoires avortées, la haine s’invite pour le dessert et reste dormir, et puis il y a l’impasse. C’est la plus terrible des convives. Elle est toujours là, je ne sais plus comment lui dire de partir. J’ai essayé poliment au début, puis plus fermement, rien. Elle a pris sa chambre, demande ce qu’il y a à bouffer ce soir, prend toute l’eau chaude, bref, s’est incrustée.

J’ai d’autres invités. Dans la moiteur presque mystique des nuits estivales, m’apparaissent les ectoplasmes joyeux de ceux qui sont partis. Il y a forcément des conversations en suspens lorsque quelqu’un vous quitte, peu importe le monde qu’il rejoint, c’est donc par là que j’ai commencé mes dialogues fantomatiques. Je ne sais pas si tout est réglé, mais j’imagine que certaines réponses ont été apportées au carré rempli de vides qu’est désormais mon cœur. Enfin, j’espère.

Le sommeil a lui filé à l’anglaise (je prie pour qu’il se soit pris une quatorzaine dans la gueule, ça lui fera le cul). Les grasses matinées sont au régime sec, n’ayant à se mettre sous la dent qu’un maigre rattrapage d’heures perdues. Peu m’importe de rencontrer quelque amour sur le chemin, je suis à la recherche du roupillon.

« Hélas, on devient fou, mais on naît résigné », écrivait Darien dans son Voleur. On met un peu de temps à s’en rendre compte, tout de même. C’est ce laps de conscience qui nous cloue au sol. Se savoir ignorant est une chose, c’est apprendre qu’on l’est depuis une trotte qui est abominable.

Je ne sais plus l’heure qu’il est. Ma seule certitude, c’est que j’ai chaud. Je pense, donc je sue.

Vivement le retour de la ligue 1 putain.

marcelin

Qui ne saute pas est un Nîmois.

Un commentaire

  1. Si j’étais une de tes groupie je te supplierai d’enfoncer ta plume dans mon cul. Malheureusement mon gros cul d’aoutien est plutôt préoccupé a tenter de rester sec.

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