OM-Caen (2-0), La Canebière académie se change les idées

De l’usage du Bas-Normand comme exutoire.

Aïoli les sapiens,

Faisons simple. Il y a d’abord l’avant. L’avant, c’est cette unique victoire lors des cinq derniers matchs, ces 13 buts encaissés en autant de rencontres, des joueurs en plein doute et un Rudi Garcia partageant mieux que jamais ses initiales avec « rétractation gonadique ». L’avant, ce sont ces contre-performances majuscules avec supplément lapin contre Francfort, Lyon, Lille et même Limassol. L’avant, c’est sinistre.

Dans ces cas-là, on regarde l’après. L’après, faisons court, c’est : Nice, la Lazio, le PSG, Montpellier et re-la Lazio. L’après, ce n’est pas la Canebière Académie, c’est la lettre de Guy Môquet.

Résumons : l’avant, c’est nul, l’après, ça fait peur. Et dans tout ce marasme, il y a le « maintenant », en l’occurrence la réception de Caen. Le « maintenant », c’est l’occasion, unique pour nous cet automne, de passer un moment satisfaisant en s’essuyant nos souliers crottés sur le paillasson de la Ligue 1 avant de savourer 15 jours de tranquillité pendant la trêve internationale. Alors certes, même Guingamp nous a fait souffrir une mi-temps, même Limassol nous a fait souffrir. Ceci devrait nous prémunir contre tout excès de confiance. Mais baste, compte tenu du défonçage en règle qui se profile au travers de notre calendrier dantesque®, si l’on ne fait pas aujourd’hui l’effort de nous torcher avec ces résidus de rien, avec le seul club qui parvient à cumuler l’antipathie des lyonnais avec la performance sportive des Nancéiens, autant envisager tout de suite le football comme un éternel chemin de croix masochiste.

 

L’équipe

Mandanda

Sarr – Rami – Kamara – Sakai

Strootman – Luiz Gustavo

Thauvin (Radonjic, 91e) – Payet (Lopez, 78e) Ocampos

Mitroglou (Germain, 67e)

Après avoir été puniménagé (rayer la mention inutile) en Ligue Europa, Thauvin fait son retour. Rami en a également fini avec sa blessure. Pour tout dire, à part Amavi qui purge son second match de suspension, cette équipe ressemble à une équipe-type. Petit bémol sur la présence de Grégory Sertic ; en tribune, certes, mais toujours au stade, ce qui reste encore trop près du terrain.

 

Le match

Un vague tir normand en début de rencontre peine à faire illusion quant aux intentions des Normands. À l’instar de nos combattants venus paraît-il de l’eau pour mettre le feu, les Bas-Normands, eux, sont venus du calva pour faire la truie. Ça se met à quatre pattes, ça couine, et il ne tient qu’à nous de profiter de ces dispositions conciliantes pour prendre notre plaisir.

Seule la défense de nos adversaires tient le coup tant bien que mal, parvenant in extremis à contrer nos multiples tentatives. Plus que le déroulement du match en lui-même (on les nique, mais on n’est pas efficaces), cette première mi-temps vaut surtout par son caractère didactique : l’arbitrage vidéo c’est de la merde.

Premier cas concret à la 8e minute : à la retombée d’un bête coup-franc, Adil Rami tombe en hurlant que son vis-à-vis vient de lui arracher le bras. Constatant l’absence de moignon sanguinolent, l’arbitre juge sa réaction quelque peu disproportionnée, avant que la vidéo ne vienne lui poser ce problème : objectivement, le Caennais a bien tenu le bras de notre joueur ; le tout est de savoir si, sans la chute piétragallesque d’Adil, cette action serait allée au-delà de l’anecdotique. Monsieur Millot consulte son écran et choisit de ne pas accorder le pénalty. Bien sûr, sur le moment, nous avons la saine réaction d’injurier les mortes de toute sa lignée maternelle en remontant jusqu’à la prise de Constantinople ; pourtant, une telle décision peut paraître bienvenue. Si en effet chaque joueur se met à en faire des tonnes sur chaque micro-faute en espérant qu’un pinaillage vidéo vienne le récompenser, ces phases de jeu finiront par devenir plus insupportables qu’elles ne le sont déjà (n’empêche que le défenseur l’a bien accroché par le bras et qu’il y aurait pu… bref…).

Deuxième cas concret : après un bon travail de Bouna Sarr, Florian Thauvin se recentre pour effectuer la 15e tentative de son enroulé favori. Alors qu’il avait raté peu avant une énorme occasion, Mitroglou dévie cette fois-ci de la tête, juste ce qu’il faut pour prendre le gardien à contre-pied. Or, Ocampos se trouvait à proximité du ballon, ce qui appelle une nouvelle consultation de la vidéo. Objectivement Lucas est hors-jeu d’un demi-mètre ; le tout est de savoir si Lucas a pu gêner le gardien dans sa tentative de parer la déviation de Kostas. Le tout est affaire d’interprétation, ce qui se traduit par cette consigne arbitrale qui ne date pas de l’apparition des écrans : « tu te démerdes et tu siffles ce que tu veux. » En l’occurrence, M. Millot juge que Lucas n’a pas fait action de jeu (c’est aussi notre avis), et valide le but. La technologie apporte ainsi cette formidable innovation qui conduit les arbitres à continuer de juger des actions à la tronche du client, puisque les lois du jeu les y obligent, mais en leur supprimant l’excuse d’avoir à décider intuitivement en un dixième de seconde.

Pour le coup, une décision favorable à un camp, une décision favorable à l’autre, c’est comme dans l’École des fans, tout le monde repart content (sauf qu’ici c’est du football, et au contraire tout le monde repart avec une raison d’insulter la mère de l’arbitre). En tout cas, cela fait 1-0 à la 36e minute.

Pour mettre les choses au clair, Kevin Strootman presse comme une brute dans le camp normand, récupère et décale Payet. Dimitri transmet à Florian, qui se recentre comme d’habitude mais, au lieu de tenter son 16e enroulé du soir, envoie une sèche au ras du premier poteau : voilà qui est net et sans contestation possible (2-0, 45e).

Grâce à ces réalisations tardives, l’opération « délaissons-nous de nos tourments en urinant sur un club de merde » est à la pause une totale réussite. Reste alors à confirmer, eu égard à notre capacité à foirer régulièrement une mi-temps sur deux.

Après avoir brièvement tenté de profiter de la posture victimaire des Caennais, les Olympiens se mettent rapidement à gérer leur match, comme ils savent si bien le faire. Le ballon tourne entre défenseurs et milieux, les Normands courent dans le vide, et bien évidemment quelqu’un (Kamara en l’occurrence) finit par rater sa relance. Le ballon navigue encore un peu devant notre surface puis, profitant d’un alignement anal de notre ligne défensive, Crivelli peut se présenter seul devant Mandanda. C’est heureusement le moment que choisit Steve pour redevenir « l’ancien lui » et sauver la frappe à bout portant. Comme dans tout séisme, fût-il localisé au fond de nos sous-vêtements, des répliques se produisent plus ou moins longtemps après la catastrophe. Le slipomètre reste ainsi actif une petite vingtaine de minutes, pendant lesquelles l’OM rate néanmoins deux belles occasions de se mettre à l’abri. Nous reprenons un contrôle plus serein de la situation en fin de match, avant un dernier emballement juste avant le temps additionnel. Alors que Caen emploie ses dernières forces, un corner voit Mandanda se faire défoncer au premier poteau avant que le ballon ne soit repris de la main par Djiku. Cette fois-ci, pas d’interprétation qui tienne : accordé dans un premier temps, le but est logiquement refusé au vu des images, si bien que le temps additionnel peut s’écouler sans tremblement superflu.

Les joueurs

Mandanda (4/5) : Il a pleinement contribué à ce match sans but encaissé. Un événement presque aussi rare qu’un éthylotest négatif en sortie de boîte se devait d’être salué.

Sarr (4/5) : On connaît ses limites face aux oppositions plus musclées, mais devant le vulgum pecus de Ligue 1, Bouna est capable de harceler du latéral adverse pendant 90 minutes tout en revenant défendre une main dans le slip et sans transpirer.

Rami (3/5) : Une molle adversité idéale pour le retour du Grand Timonier de notre défense, sans grosse embûche. Il n’aurait pas été rassurant de le voir couler la barque dès l’étang de Berre alors que les 40e Rugissants se profilent au calendrier.

Kamara (3-/5) : Toujours solide malgré une fébrilité palpable en fin de rencontre. La perspective d’un match sans but semblait agir sur lui comme le fait, pour un tennisman français, de mener 5-3 dans la dernière manche.

Sakai (3+/5) : Malgré une petite faiblesse dans le temps fort caennais, Hiroki a fait mieux que dépanner à gauche. Il a même réussi à combiner plusieurs fois avec Lucas Ocampos, ce qui est bien la preuve qu’il peut s’adapter à tout et même au plus improbable.

Strootman (3+/5) : Un démarrage un peu timide, s’appliquant tellement à couvrir Luiz Gustavo qu’il lui laissait faire le travail pour deux. C’est alors que, abusé par la ressemblance physique, l’arbitre l’a appelé par inadvertance « Monsieur Sertic ». Là, Kevin a poussé un hurlement de terreur, et s’est précipité pour presser comme un sauvage tous les Caennais qui passaient par là en vue de prouver au monde qu’il n’avait rien en commun avec le croquemitaine au pied-bot.

Luiz Gustavo (4/5) : Oublions ce vilain début de saison et aimons-nous comme au premier jour, grand fou.

Thauvin (4/5) : Les Normands n’avaient pas subi un tel pilonnage depuis Omaha Beach. Si on s’en tient à la suite du plan, maintenant on roule sur Paris.

Radonjic (91e) : L’essentiel de son temps de présence à consisté à voir l’arbitre consulter son écran vidéo. On aurait pu lui installer un canapé et des bières, à ce compte.

Payet (4/5) : La classe sans forcer, au point d’être finalement assez discret dans le jeu en seconde période. Il s’illustre à l’heure de jeu par une soudaine poussée de virilité, lorsqu’il s’incruste dans une altercation pour en éjecter un Normand. Certes, sur l’échelle de la rudesse Viking le SM Caen se place en avant-dernière position devant Olaf de la Reine des Neiges, mais tout de même , c’est aussi ce genre de geste que l’on attend d’un capitaine.

Lopez (78e) : Rien de notable, mais le simple fait que sa présence envoie Sertic en tribune suffit à notre bonheur.

Ocampos (3/5) : Toujours en panne d’efficacité malgré ses efforts. Un hors-jeu de sa part a failli faire annuler notre premier but, mais l’arbitre a passé l’éponge, ayant dans l’affaire le même intérêt que Lucas : ne pas se faire verbalement défoncer par tout un stade.

Mitroglou (3/5) : L’essentiel est là, l’ouverture du score. Cependant, réussir un coup au but alors que l’adversaire montrait de telles dispositions, c’est comme conclure avec une seule partenaire pendant le salon du GHB, un minimum.

Germain (3/5) : Pas vu en position d’avant-centre, mais dans le rôle de false-nine-advanced-libero que lui a confié Rudi Garcia, rappelons que l’attaque relève du bonus. Or Valère n’a pas commis d’erreur défensive et mérite donc la moyenne.

L’invité zoologique : Paul Baysse sa Hulotte

Toute fière de son appartenance au groupe des rapaces, la chouette surtout son statut d’oiseau de proie, oubliant un peu vite qu’il ne s’agit que d’une petite merdouille aux yeux globuleux tout juste bonne à se faire déplumer par le pare-brise venu. Notre strigidé était donc l’invité approprié pour parler de ces clubs dont l’affichage plane un peu trop haut par rapport à leur insignifiance.

– Les autres : Ont attendu la 50e minute pour débuter leur match, moment où le pathétique de leur jeu est apparu digne de concurrencer leur apathie défensive. Parce que Bielsa, parce que Vercoutre, parce que le football : foutez-moi ça d’urgence en Ligue 2.

– Le classement : Lyon s’étant fait proprement dé-mo-lir par le PSG (ah ! ah ! ah ! ahhhhh… merde, on les a pas encore rencontrés, nous), nous voici troisièmes derrière un Losc en pleine renaissance.

– Les réseaux : ton dromadaire préféré blatère sur Facebook, et sur Twitter. Didier A. remporte un concours zoologique acharné comme rarement.

Bises massilianales,

Blaah.

Blaah

Dromadaire zoophilologue et pertuisien. Idéal féminin : à mi-chemin entre Scarlett Johansson et Maryse Joissains.

4 commentaires

  1. « autant envisager tout de suite le football comme un éternel chemin de croix masochiste. »
    Le mad proffessor aurait aimer.

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