Costa Rica – Pays-Bas (0-0 ; 3-4 tab) : la Ticos Académie livre ses ultimes boules

Après avoir grimpé aux rideaux lundi dernier contre la Grèce, voici déjà le moment de défier les Pays-Bas pour une place en demi-finales. N’ayant pas fini d’éponger mon salon six jours après, j’imagine la difficulté pour nos joueurs de trouver les ressources physiques et mentales suffisantes pour enchaîner un nouveau combat.

 

La composition

Dans les buts : Keylor Navas

En défense centrale : Umaña, González et Acosta (remplace Duarte, suspendu)

Dans les couloirs : Díaz et Gamboa (Myrie, 79e)

Au milieu du milieu : Tejeda (Cubero, 97e), Borges

Sur le devant du milieu : Bolaños,Ruiz

A l’avant : Campbell (Ureña, 66e)

Composition d’équipe devant le but de Keyklor Navas (allégorie)

 

L’avis préliminaire d’Eduardo

« Ya pas eu beaucoup de lecteurs dans la dernière académie. Il va falloir que tu envoies des photos de toi à poil. »

Ha ha, petit fripon. J’avoue, certaines de mes photos de nu circulent sur la toile. Je les pensais oubliées à jamais, mais c’était sans compter sur un dénommé Gwen Tagrenmer. Je suis sûr que s’il avait vécu au moment de l’incendie de la bibliothèque d’Alexandrie, il aurait réussi à sauver des papyrus de Cléopâtre en levrette.

Par conséquent, si j’étais vous, je ferais tout de même attention à ce que je clique, surtout si vous lisez cette académie en open space.

Moi à l’issue du match contre la Grèce (là, par exemple, je vous déconseille de cliquer).

Le match

Quel combat, mes amis, que dire à ceux qui se sont plaints de l’ennui dimanche soir ? Le bras de fer cérébral entre Van Gaal et Pinto, la mise en marche patiente mais implacable de la machine orange, la résistance des nôtres acharnés à défendre jusqu’à l’épuisement l’inviolabilité de leur cage.

C’est à la vue de la tactique néerlandaise dans cette rencontre que l’on mesure à quel point Uruguayens et Italiens ont employé, pour faire tomber notre forteresse, des moyens aussi pertinents qu’un mongolien tentant un attentat-suicide en deltaplane.

Plutôt que de se fracasser comme des cons sur un mur, les Blobfish boys (rapport à leur entraîneur-psychrolute) ont fait montre de patience. Patience balle au pied, pour faire tourner le Brazuca aussi longtemps que nécessaire pour percer notre bloc très regroupé ; patience en défense, avec un pressing plus que léger sur notre défense et notre milieu, pour mieux récupérer le ballon à hauteur de leurs 30 mètres.

De notre côté, nous ne retrouvons pas le bloc haut aperçu en début de coupe du monde mais jouons au contraire très repliés. Manque de répondant physique, peut-être, mais aussi crainte induite par la forte densité de joueurs offensifs orange, chacun de nos défenseurs ayant un adversaire direct à gérer. Notre application est cependant remarquable, comme en témoignent les 13 hors-jeu obtenus dans la rencontre (bonus : http://www.dailymotion.com/video/x20yk4z_offsides-costa-rica_sport ; si vous êtes Nicolas Nkoulou, ne regardez pas cette vidéo).

S’ensuit une large domination batave, ponctuée d’actions certes peu nombreuses, mais qui auraient sans doute fait mouche face à un gardien ordinaire, genre Ochoa, Howard ou Neuer.

 Coup-franc à 25m, tir de près, sortie dans les pieds… Keylor vous fait grimper aux rideaux dans toutes les positions.

 

Nos adversaires s’endorment parfois dans leur propre faux rythme, ce qui nous permet par moments d’approcher de leur surface et d’obtenir quelques coups de pieds arrêtés. L’un d’eux voit d’ailleurs un Néerlandais effectuer un magnifique ceinturage que n’aurait pas renié Patrice Evra, sans sanction cependant.

 

A la reprise, nous pressons enfin plus haut, ce qui a notamment le mérite de rendre plus difficiles les longues passes orange. Le jeu batave se dégrade, tandis que nous nous montrons un peu plus présents devant, avec quelques timides occasions.

Dans cette partie d’échecs, Pinto avance un nouveau pion à la 66e : il sort Joel Campbell pour faire entrer Marcos Ureña. Choix a priori surprenant quand l’on connait la combativité du joueur d’Arsenal, mais qui s’explique : le Costa Rica étant vraisemblablement appelé à subir le jeu pendant toute la fin de match, Campbell aurait continué à s’épuiser pour peu de résultat. Certes moins talentueux, Ureña a pour lui une vitesse qui pourrait lui permettre de faire la différence sur contre-attaque (cf son but contre l’Uruguay).

Sans s’impatienter, les Pays-Bas intensifient peu à peu leurs offensives, profitant d’une fatigue qui nous conduit à nous replier toujours davantage. A la 82e minute, Sneijder trouve le poteau, sur un coup-franc qui lance le début d’un bombardement intensif à l’agent orange. Van Persie se fend d’un raté qui lui vaut une bordée d’insultes de la part des supporters (à moins que ce ne fussent des encouragements, mais dans une langue aussi ignoble la différence est de toute façon ténue). A la 93e, un monstrueux cafouillage se termine par une frappe que Tejeda dévie sur la barre avec l’aide de la Vierge des Anges. En termes de propagation de la foi en Amérique, ce genre de miracle sera sans doute aussi efficace que l’extermination de masse des indigènes (le côté ludique en moins, certes).

La prolongation voit le Costa Rica toujours aussi recroquevillé, mais tentant néanmoins des incursions à mesure que les Orange se livrent. Préalablement sensibilisé par le staff costaricien aux plongeons de Robben, l’arbitre nous rend la monnaie de notre pièce en ne sanctionnant pas intervention pourtant douteuse sur Ureña dans la surface.

 

C’est à la 117e que se situe le tournant du match. Ureña contourne deux défenseurs balle au pied pour se trouver en position de frappe dans la surface. Cillessen parvient à sortir le tir puissant mais sans angle, et les Néerlandais peuvent repartir à l’offensive non sans avoir laissé quelques slips dans la panière à linge sale.

En récompense de son action (et après un nouveau tir sur le poteau de Sneijder), Cillessen sort une minute avant le terme pour laisser Krul recueillir les lauriers lors de la séance de tirs au but, au détour d’un coup tactique qui fera date.

Pourtant, il ne serait pas juste de réduire la réussite tactique de Van Gaal à ce dernier tour sorti de sa poche génienne. Krul ou pas Krul, la fin de l’aventure costaricienne semblait de toute façon programmée pour cette dernière séance où, fiers du chemin accompli, les nôtres pouvaient enfin se laisser aller à leur exténuation mentale. En bon capitaine, Ruíz a transmis le relais aux bataves pour ne pas mener les siens vers le combat de trop, qui n’aurait rien ajouté à l’héroïsme de notre campagne. En d’autre temps l’entrée de Krul aurait pu nous porter un coup mental décisif, mais à ce moment précis, nos héros n’avaient besoin de personne pour savoir mettre un point final à leur épopée.

De Van Gaal, on préfèrera retenir l’honneur qu’il nous fit de transformer son équipe, comme un rachat après une qualification aux frontières du honteux contre nos voisins mexicains. Voire. Si le Mexique a inéluctablement reculé jusqu’à s’exposer à la vilénie robbenesque, si nous avons nous-mêmes été acculés à notre surface, c’est aussi et surtout par la force collective de ces Oranges-ci. Finalement, seule l’inception des millénaires chamaniques au plus profond de chaque cellule des portiers centre-américains a permis aux Mexicains et à nous-mêmes de ne pas subir le sort réservé au premier tour à nos colonisateurs.

Les belles histoires nécessitent de la part du spectateur ce que les critiques nomment « suspension consentie de l’incrédulité », c’est pourquoi nous ne nous attarderons pas sur l’impression visuelle de performances bataves à la limite du surhumain. Ainsi, pourvu que les Pays-Bas continuent à se déployer avec patience, organisation mais aussi créativité, pourvu que leurs vedettes ne gâchent pas leurs jambes magiques en d’inesthétiques chutes, c’est alors que nous pourrons dire : « Messieurs, ce fut un honneur de tomber contre vous. »

Boules tombées au champ d’honneur.

Quant à nous, le bilan de la coupe sera forcément bon, mais ce ne sera qu’un bilan d’étape. Le manque d’effectif nous a empêchés de confirmer sur la durée le plan de jeu défensif mais non moins ambitieux appliqué lors des deux premières rencontres. Il appartient à cette équipe du Costa Rica de convertir l’intensité vécue au cours de ces trois semaines en succès sportifs avérés. Dès septembre, la Copa Centroaméricana devra valider notre domination sur la Mésoamérique. Outre une ligne à notre palmarès, une victoire dans ce tournoi nous apporterait une qualification pour la Gold Cup 2015 et la Copa America centenario en 2016, autant d’occasions de démontrer que notre beau parcours n’était en rien dû au hasard.

Nous venons d’obtenir des nouvelles d’Andrea Pirlo et Georgios Samaras. Si l’élimination contre le Costa Rica fut traumatisante, ils semblent s’en remettre peu à peu.

 

Les notes

On ne note pas l’Histoire. Par contre, je vous propose un petit point « valeur mercatale », en quelque sorte un avis sur l’intérêt de ces pépites costariciennes aussi truculentes que méconnues.

K. Navas : Chez les Navas, le Messie ne s’appelle pas Jesus. Point mercatal : trop cher pour toi, mon fils.

Dans ce record d’arrêts pour Keylorgasme, celui-ci (contre Gekas) restera le plus marquant.

M. Umaña : Courageux bien que parfois mis au supplice par Robben. Il a l’élégance de manquer aussi son tir au but pour que Bryan Ruíz n’ait pas à supporter seul le poids de l’élimination. Point mercatal : Autant continuer à enquiller les titres avec Saprissa plutôt que de tenter un plan foireux en Europe.

G. González : Plus concentré que ça, à part les couilles du pape, je ne vois pas. Point mercatal : Risqué s’il faut faire un millier de courses, mais pour ce qui est de conduire une défense regroupée, c’est patron.

Johnny Acosta : Un tel nom le prédestinait soit à se retrouver danseur dans West Side Story, soit en porteur de la vierge noire aux Saintes-Maries. Ou à jouer un quart de finale, donc, avec mention très honorable. Point mercatal : Là encore, pas facile de porter un jugement individuel dans une équipe qui a tout fondé sur sa solidité d’ensemble. Moins de doutes concernant le titulaire, Óscar Duarte.

J. Díaz : Vite cantonné à ses tâches défensives, puis vite cantonné à tenter de stopper les Néerlandais sans finir expulsé. Point Mercatal : Valeureux mais limité : excellent potentiel morellesque, les bourdes en moins pour l’instant.

C. Gamboa : Je veux qu’il me laboure aussi longtemps qu’il a labouré l’aile droite dans cette coupe du monde. Mais sans se blesser, cette fois. Point mercatal : On n’est peut-être pas obligé d’attendre Noël, pour aller sur le cercle polaire chercher un beau cadeau.

C. Borges : Du sang-froid certes pour défendre, mais aussi pour tenter quelques attaques quand l’occasion s’en présentait. Discret mais, après les quarts de finale, il s’avère être le joueur ayant parcouru le plus de distance dans cette coupe du monde, avec un cumul dépassant les 60 kilomètres. Point mercatal : Une équipe peut en faire sa caution-sagesse. Avec le risque de le voir se transformer en Benoît Cheyrou si le contexte est défavorable : rouage essentiel d’un collectif, est-il capable de le tirer vers le haut à lui seul ?

Y. Tejeda : Quelques sauvetages délicieux dont l’un miraculeux en fin de temps règlementaire. Avec une telle chance, on se dit que comme moi, Madame Tejeda a dû toucher quelques boules pendant le match. Point mercatal : A exfiltrer d’urgence, il mérite de progresser à plus haut niveau.

C. Bolaños : L’alchimiste a tenté de transformer le rien en actions offensives. On salue. Point mercatal : Il s’intègre à merveille dans cette équipe du Costa Rica ; transplanté dans un autre écosystème, ne donnerait peut-être pas le même rendement.

B. Ruíz : Oui, il y a eu des pertes de balles. Oui, il y a eu ce tir manqué. Mais Bryan reste malgré tout plus élégant que le plus barbu de tes Italiens en slip. Point mercatal : peut-il s’adapter à un monde où l’on ne sait plus prendre le temps de l’élégance ?

But BRuizBuffon

Bryan Ruíz, c’est aussi ça, pour l’éternité.

 

J. Campbell : Après tant de combats éprouvants, ce n’était plus un match pour lui. Sans démériter, il cède sa place et gagne le droit de se reposer avant d’aller conquérir l’Europe. Point mercatal : Qu’il ait enfin sa chance dans son club, et il sera bien parti pour sauver plus d’un match dégueulasse sur les pelouses les plus boueuses d’Albion.

Les remplaçants : Entrée très honorable de Myrie. Cubero fait sa part du travail, et Ureña n’est pas loin de réaliser un énorme hold-up.

Allez, c’est pas si mal.

 

Quant à moi, il est temps de vous laisser. Blaah m’a invitée au Mondial La Marseillaise à pétanque, je ne connais pas mais il m’a dit que ça devrait me plaire. Et qui sait, peut-être se reverra-t-on un jour ?

Bises mes coquins,

Bises Kimberly

Kimberly Gutiérrez Yigüirro

academicien

Le plus grand auteur Anal de football

6 commentaires

  1. En effet, je possède quelques papyrus de Cléopâtre. Mais je les conserve pour les grandes occasions. Comme un bon vin, un vieux whisky, ou une CM1. Mais je peux vous affirmer que la légende dit vrai sur la force de ses muscles vaginaux.

  2. Merci pour une des meilleures acad’ de cette coupe du monde !
    Ces liens truculents vont me manquer

  3. Rien que pour cette académie, la fin de l’aventure du Costa-Rica me fout les boules.

  4. Les éliminations du Nigeria et du Costa-Rica enterrent aussi les deux plus belles académies de ce début d’été. Comme quoi, comme sur le terrain, ça se passe toujours mieux avec un peu de cul…

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