La coupe du monde a-t-elle encore un avenir ?

Les pieds dans le plat

On s’acharne sur Blatter et c’est l’organisation du foot mondial qui agonise. On vise l’homme et c’est l’institution, pas son fonctionnement bien évidemment, mais sa mission qui meurt isolée comme un vieux lors d’une canicule. Blatter parti, il restera quoi ? Les plus optimistes diront du fumier, avec cet adage qui sera phagocyté jusqu’à l’écoeurement, « le fumier fait la rose ». Les plus entreprenants ne manqueront pas de dire que la FIFA « renaîtra de ses cendres tel un phénix ». Et les candidats à la succession feront leurs campagnes sur ce thème et l’heureux élu aura beau rôle de se présenter comme le chevalier blanc du football mondial en danger. Cela durera quelques mois et la mascarade continuera forcément un peu étant donné qu’en plus des membres de la FIFA, il y a bien les 2/3 des fédérations nationales pourries comme n’importe lequel de leur gouvernement. On arrête rarement un modèle où les tenants du pouvoir, d’une, le conservent, deux, se gavent à l’abri de leurs propres lois.

Néanmoins, il faut voir plus loin. Espérer qu’une chose positive sorte de l’élection de décembre est d’une stupidité profonde. Rien n’aura changé d’ici là et les votants seront les mêmes. Finalement ce qui doit nous intéresser le plus, ce sont les conséquences de cette élection sur le football, le jeu, pas le business. Forcément, la situation n’est pas des plus confortables et les effets d’annonce lors des campagnes pour la succession de Blatter risquent de donner lieu à une belle Coupe du monde de démagogie. Cependant, une fois cette petite blague passée, plusieurs scénarios sont possibles pour marquer la nouvelle administration  :

– soit les mondiaux 2018 et 2022 sont maintenus, mais la FIFA sera discréditée et ne s’en remettra pas. Inutile d’aller plus loin, aucune force maléfique ne peut imposer le maintien des Coupes du monde 2018 et 2022 dans leur état ;
– soit les mondiaux 2018 et 2022 changent de pays organisateur. Geste fort de la nouvelle administration, c’est maintenir les rentrées d’argent pour l’institution, c’est aussi enterrer définitivement Blatter en discréditant les corruptions qui ont eu lieu. Des Coupes du monde ont déjà été organisées dans l’urgence après défection tardive du pays organisateur (la Colombie devait organisée la mondial 1986 mais, en raison de nombreux problèmes politiques et économiques, s’est retirée en 1982, 4 ans avant la compétition) ;
– soit les mondiaux 2018 et 2022 sont annulés. Il est utile de rappeler que le processus administratif de candidature pour le Mondial 2026 a déjà été suspendu cette semaine. Pourquoi ne pas vouloir aller plus loin pour assainir complétement le système et assécher les sangsues qui ne partiront que mourantes ou avec la certitude de ne plus pouvoir détourner de l’argent, ce qui revient au même.

Carthago delenda est. Caton l’Ancien en 150 av JC a très bien annoncé toutes les fins de conflit : l’anéantissement de l’ennemi en brûlant tout et recouvrant de sel les champs de Catharge. L’ennemi ne doit pas se relever. Les Coupes du monde 2018 et 2022 doivent être annulées. On ne fait pas naître un système saint sur des fondations aussi pourries que celles actuelles de la FIFA.

Que risque le football sans deux coupes du monde ? Pas grand chose en fait. Des esclaves morts en moins, des pays financièrement dépecés en moins et du temps pour repenser le modèle de Coupe du monde (son attribution, son organisation, la redistribution des gains). Car il sera impossible de rénover le système avec des échéances maintenues. Autre point qu’on voudra nous faire gober, c’est que sans Coupe du monde, le football tombe dans un chaos dont il ne se relèverait pas. Agiter la peur pour faire accepter des solutions par défaut, à un moment donné, cela ne passera plus, à moins que la majorité n’apprenne jamais rien de l’histoire, ce qui est probable. On vit bien 3 années sur 4 sans Coupe du monde, pourquoi pas la 4e ? Autre point, quid des sélections nationales ? Faux débat.

Les sélections nationales auront tout loisir de se montrer à l’international et de faire les belles devant les caméras. L’importance prise par les compétitions continentales et l’engouement grandissant qu’elles font naître partout dans le monde en sont les meilleurs signes. Que ce soit la CAN ou la Copa America, jamais ces deux compétitions n’ont été plus suivies sur les autres continents. Organisées par les fédérations continentales, qui ne sont pas forcément les plus transparentes, elles permettent au moins de tenir la FIFA écartée. Nul doute qu’à son tour la FIFA pourra faire le ménage dans ses fédérations, le temps venu. Et si le modèle à suivre était pour une fois ailleurs qu’en Europe avec pendant cette période transitoire, un Euro tous les deux ans, des pays organisateurs qui alternent ou une organisation ‘continentalisée’ comme pour l’édition de 2020. C’est déjà ce que sous-entendaient les propos de Platini il y a 15 jours, généralement mal interprétés par les journalistes dépassés par l’actualité brûlante.

Le gain en notoriété des compétitions régionales peut être un palliatif intéressant pour laisser la FIFA se refaire une sainteté, et rien n’exclut d’ailleurs qu’elle puisse coordonner les calendriers des compétitions pour conserver une instance mondiale qui patronne de loin les débats. L’institution mondiale apaisée, propre, de beaux matchs pour nous, spectateurs toujours en manque, la mise en valeur d’autres compétitions, d’autres équipes, d’autres cultures, du football 24h/24, finalement tout le monde pourrait en sortir grandi.


Frantz-Christophe Van Dustgroski

4 thoughts on “La coupe du monde a-t-elle encore un avenir ?

  1. Si la femme est l’avenir de l’homme, peut-on dire que la coupe du monde féminine est l’avenir du football? (pitié dites non)

  2. visiblement la fédé pense comme nous puisqu’elle programme un match amical tout pourlingue en même temps qu’un match de feminine en coupe du monde

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