L’apprenti Footballologue analyse Nice-Lille

L’apprenti Footballologue connaît aussi l’histoire du cinéma franças. Quelle intégration !

Les combats de Muhammad Ali transpiraient ce que l’homme respirait : une inébranlable confiance en soi, en ses capacités. Il y a deux manières d’aborder l’opposition à un adversaire. Tel le judoka, on peut se servir de la force de l’autre pour la retourner contre lui, s’adapter et s’en sortir par une certaine intelligence, le QI sportif. Ou alors on peut simplement se dire que l’on a les armes pour l’emporter, connaître ses forces et faiblesses et les faire voir à la vue de tous, se persuadant que tout ne dépend de toute façon que d’une seule personne : soi-même.

Quand Ali se laissait rouer de coups, sûr de sa capacité à les encaisser et à voir son adversaire se fatiguer de taper contre un mur, Tom Boonen, pourtant largement favori au sprint, se permettait d’attaquer seul pour aller gagner le Tour des Flandres 2005. D’un côté la victoire du mental et du talent, de l’autre celle du talent –bien sûr- mais aussi et surtout celle de l’intelligence… ou du manque de confiance en soi.

Le jeu de Lille n’a jamais été vraiment expliqué dans toute sa complexité, mais n’y voyez pas là une simple paresse journalistique. Non, le jeu du Losc n’est effectivement pas une énigme dont personne n’arriverait à trouver la solution. A vrai dire, l’idée selon laquelle les Nordistes passent leur temps à attaquer, au mépris de la défense, se traduit dans les faits. Tellement que l’on peut raisonnablement se demander si ce n’est pas une stratégie délibérée qui reposerait sur le postulat simple du « nous pouvons prendre le risque de concéder un but car nous savons pouvoir en marquer plus de notre côté. »

Une idée hautement présomptueuse philosophiquement, qui se traduit très clairement dans les faits. Là où l’intelligence tactique joue, les cartes sont redistribuées et les valeurs intrinsèques nivelées. Dans les sports collectifs, tout ne peut se résumer à une équation « talent x envie » où, à motivation égale, deux équipes seraient obligatoirement et implacablement départagées par leur qualités. Et pourtant, Lille tend à créer une sorte de schéma où toutes les équipes faibles seraient battues et toutes les équipes fortes impossibles à battre.

La partie face à Nice confirme cette idée. Une victoire 2-0 contre une formation destinée à jouer les seconds voire les troisièmes rôles dans le championnat, sans que quiconque ne puisse trouver grand-chose à redire. Une large domination, des occasions en pagaille, et la certitude qu’à un moment ou l’autre le verrou azuréen finirait par sauter. Et quand les Niçois réussissent à récupérer une balle au milieu de terrain, c’est à une défense clairsemée qu’ils font face, avec un but refusé (et dont la validité n’a pas vocation à être débattue ici) à la clé. En effet, tout le milieu lillois était déjà monté pour une éventuelle contre-attaque.

Dans un sport comme le football, il faut qu’il y ait une bonne classe d’écart pour pouvoir s’en sortir en délaissant volontairement un aspect clé, la défense. A l’inverse, quand tout est serré la tactique rentre en jeu. L’incapacité des Lillois à battre toutes les équipes de premier plan rencontrées, à la fois en L1 et sur la scène européenne, mais toujours en faisant bonne impression, permet de situer le cœur du problème. Pour passer un cap, quel qu’il soit, une équipe doit réussir à sublimer ses talent individuels pour les intégrer dans une entité plus grande, le collectif, qui minore la dépendance aux personnes pour la remplacer par un concept de profil de joueur, créant un style de jeu équilibré.

Toutes proportions gardées, le Losc rappelle immanquablement le Real de Madrid des années 2000, cette machine de guerre capable de tirer 30 fois au but et de concéder l’égalisation sur le seul tir adverse. Dans les deux cas, s’il existe de vraies lacunes dans le jeu sans ballon défensif une fois le premier rideau passé, le souci est au moins autant tactique et philosophique (la manière d’appréhender le jeu) que technique.

Bien sûr, on pourrait tout aussi bien discuter de la prestation niçoise, qui pourrait être symbolisée par un périscope sortant régulièrement du sous-marin voir si les vagues continuent à déferler. On pourrait aussi vanter les mérites de celui que l’on risque encore d’entendre comparé à quelques grands clubs, ce « Barca du Nord » qui a survolé un match que certains qualifieraient de piège. Mais si l’on se place dans une perspective plus globale et moins liée à la direction du vent, on constate que cette équipe est la même depuis deux ans. Sow continuera de marquer si on lui offre trois balles de but par match, Balmont et Mavuba ratisseront toujours les ballons et Cabaye les lustrera au passage. Mais quand les deux funambules des ailes tomberont de leur fil, il risque de ne pas y avoir de doublure pour donner le change au public.

Et c’est bien là le drame d’une analyse tactique : d’analyse il n’y a pas à faire car tout le monde connaît déjà l’histoire. Quand le scénario est cousu de fil blanc et la mise en scène sans révolution, seul reste le jeu des acteurs. Pour un Gabin, combien de Kad Merad…

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