Les « contes de Grimm » est l’œuvre littéraire allemande la plus connue, aux côtés de « Les Souffrances du jeune Werther » par Goethe, et de « Tonio Kröger », signée Thomas Mann. Jean Colère est pourtant tombé sur un manuscrit trop méconnu, signé de la main des deux cousins (chacun la leur, pas une pour deux) des deux frères, les fameux Grimm Bergen. Ils donnèrent à l’époque un titre barbare et étrange à leur œuvre : « Hinrunde 2011-2012 : BVB Dortmund »

Il était une fois un entraîneur. Il avait à sa disposition vingt-huit joueurs. Certains étaient des enfants gâtés par la fortune. Certains ressemblaient plutôt à des chèvres du diable. Un certain Hummels, lui, était l’exemple parfait du bon loup de Dieu, capable de dévorer les animaux qui s’approcheraient trop des chênes ancestraux du Westfallenstadion.

À cette époque du mois d’août 2011, quelques joueurs ne connaissaient pas encore l’entraîneur et le pré, tandis que d’autres étaient là depuis des lustres. Tous ensemble, ils formaient néanmoins une famille unie et prospère. Le rayonnement de cette famille s’étendait dans toute l’Allemagne, grâce à une science alchimique qu’elle était seule à connaître, transformant le cuir en adrénaline d’or noir. Seulement, la belle chaude saison allait passer. Les points s’étaient envolés et le retour à la normale du zéro prononcé. Une alchimie devait être réinventée, si cette famille voulait rester au plus haut.

Pour refonder l’alchimie, Jürgen partit à la recherche du meilleur remplaçant possible à Nuri. Il interrogea pour cela son plus avisé conseiller :

  • Miroir, mon beau miroir, qui est le plus beau remplaçant à Nuri ?
  • Il n’est pas très loin. Envoie quelqu’un chercher à Nürnberg un dénommé Ilkay.

Jürgen affréta un chasseur, qui mit la main sur ce fameux Ilkay et revint aussitôt. L’entraîneur l’observa peu et le fit jouer de suite. Le résultat se révéla médiocre et les déceptions nombreuses. Mais une nouvelle affaire préoccupait Jürgen. Il retourna voir le miroir.

  • Miroir, mon beau miroir, comment rendre Robert plus beau ?
  • Demande-lui de rester devant, de prendre juste les ballons qui arrivent à lui et de les mettre au fond.

Le résultat était pire encore. Deux défaites face aux capitaux berlinois, malgré une réalisation de Lewandowski, et aux bas-saxophonistes d’Hanovre. La onzième place commençait à coller aux crampons. Jürgen décida de remiser le miroir au vestiaire. Leitner se montra resplendissant en quelques minutes en lieu et place de Gündogan, tandis que Lewandowski faisait montre de ses qualités dans de nombreux secteurs de jeu. L’adrénaline commença enfin à prendre forme. Moralité : il ne faut jamais croire ce que raconte un reflet.

 

Toutefois, au-delà des difficultés en Bundesliga, un autre problème apparut en début de saison. Les joueurs de Jürgen n’avaient qu’une idée en tête : voyager.

– Mais comment le pourriez-vous ? disait Jürgen. Il vous faudrait avoir de l’argent et vous savez bien que nous n’en avons pas !
– On va se débrouiller, pensèrent-ils, on sera honnête et partout on dira : pas beaucoup, pas beaucoup, pas beaucoup.

Et pendant un certain temps, ils se promenaient en répétant sans arrêt : pas beaucoup, pas beaucoup, pas beaucoup. Ils arrivèrent ainsi vers un groupe de pêcheurs originaires de Phocée et les saluèrent :
– Que le Mad vous garde ! Pas beaucoup, pas beaucoup, pas beaucoup.
– Qu’est-ce que tu racontes, chenapan, pourquoi « pas beaucoup » ? se fâchèrent les pêcheurs.

Et quand ils rentrèrent sur le terrain, la chance ne leur sourit pas, vraiment pas beaucoup. Les Phocéens chassèrent les jeunes hommes avec trois buts.
– Tiens ! Et tiens ! Tu l’as bien mérité ! crièrent-ils.
– Que dois-je dire alors ? demandèrent les jeunes hommes.
– À l’attaque, tu devais dire, droit au but !

Et les jeunes hommes continuèrent leur voyage en répétant sans arrêt : « À l’attaque, droit au but », jusqu’à ce qu’ils arrivent dans un pays meurtri par la présence de Djamel Abdoun et Kevin Mirallas.
– Bonjour, commença le capitaine Kehl, que Coco et Roland vous virent. À l’attaque, droit au but. – Comment ? Quel goujat ! Que veux-tu dire par ton : « droit au but» ? Tu ne crois pas qu’on a pas déjà été assez ridicule face à Marseille  ?

Et contre toute attente, les jeunes hommes se firent rosser à nouveau avec trois buts. Sans toutefois un miracle de Mirallas ou Adboun, qui ne respectèrent pas tellement la consigne.
– Comment devrais-je dire alors ? leur demanda un des jeunes hommes.
– Tu dois dire : « Pourvu qu’on m’épargne de toucher la balle ». C’est pour l’épargne que nous sommes venus en Grèce.

Les jeunes hommes se remirent à marcher et répétèrent partout où ils allaient : « Pourvu qu’on m’épargne de toucher la balle. »
Ils arrivèrent devant une troupe de canonniers dirigée par un homme en doudoune.
– Bonne journée, que Warren vous garde, dit un certain Bender en se dirigeant vers l’homme en doudoune. Pourvu qu’on m’épargne de toucher la balle !
– Si tel est ton souhait, chenapan ! s’écria l’homme.
Et il envoya Vermaelen frapper le garçon sur la tête avec ses outils si fort que ce dernier n’entendait plus et ne voyait plus d’avenir possible.

C’est de bon gré qu’ils laissèrent alors un petit homme gagner, rentrèrent à la maison auprès de Jürgen et décidèrent de ne plus mettre les pieds hors de chez eux avant le retour des beaux jours. Ils avaient abandonné pour l’année l’idée de voyager.

Cet homme en doudoune n’était pas tout-à-fait un étranger et évoque une autre histoire. Dans le même temps, en effet, Tom Pouce rencontra quelques difficultés et inquiéta quelque peu sa famille. Depuis l’été, un certain Pedobear avait croisé sa route et n’avait plus qu’une idée : acheter ce petit garçon qui lui plaisait tant. Mais ses parents le répétaient sans se lasser : « nous ne te vendrons pas, même contre tout l’or du monde ».

L’homme en doudoune

Pour mieux comprendre, revenons sur la naissance de Tom Pouce. Né Mario Götze, il avait déjà la taille d’un pouce de hauteur à cette époque là. Il ne grandit jamais et resta toujours à cette petite taille, ce qui occasionna son surnom. Cependant, il avait les yeux vifs, la physionomie intelligente et se montra bientôt avisé et adroit, de sorte que tout ce qu’il entreprit lui réussit.

 

Un jour, il promit à Jürgen d’amener toute son équipe jusqu’au titre. « Vous pouvez vous reposer sur moi, nous arriverons en tête à temps. »

Au moment où l’équipe s’apprêtait à fêter le titre, tandis que le petit continuait ses prouesses, un étranger vint à passer.

-Voilà une équipe qui fonctionne très bien, qui joue merveilleusement, je me demande quel est leur secret.

Tom Pouce aperçut son entraîneur et lui cria :

-Vois-tu, père, me voilà avec le titre, maintenant laisse-moi un peu me reposer.

L’entraîneur appela l’arbitre assistant et fit sortir son joueur. Tom Pouce s’assit joyeusement sur le banc. En le voyant, l’étranger ne sut exprimer son excitation.

Il s’adressa à l’autre entraîneur et lui dit :

– Vendez-nous ce petit bonhomme. Nous en aurons bien besoin.

– Non, répond Jürgen, c’est mon enfant et il n’est pas à vendre pour tout l’or du monde.

L’homme qui valait un milliard

Or, voilà que Pedobear faisait sa réapparition lors du dernier voyage de cette équipe. Pris de panique, peur d’être vendu et maltraité, Tom Pouce fit un début de rencontre raté, sans envie, dans un rythme inhabituel pour ses coéquipiers. Il n’y arrivait décidément pas, au point de finalement jouer le coup de la blessure, pour s’éloigner au plus vite des yeux de Pedobear. Cela ne contribua bien évidemment pas à la réussite des voyages de l’équipe. Pire, cela entraîna une épidémie de blessures des camarades de Tom Pouce : Bender, nous l’avons vu plus tôt, mais également l’éphèbe Leitner et le moins éphèbe Subotic, pour ne citer qu’eux… Tous craquèrent à la suite de Tom Pouce. Mais l’innocence de Tom Pouce resta préservée, pour l’heure. Cela était bien l’essentiel.

En-dehors de ces péripéties, l’équipe allait de mieux en mieux. Lors de l’éclosion de Leitner et Lewandowski, ils croisèrent par exemple sur leur chemin quatre musiciens de Brême. Cette rencontre avec les quatre musiciens-défenseurs se déroula au mieux, bien aidé qu’ils étaient par cet âne, ce coq, ce chat et ce chien aux étranges techniques défensives.

Un nouveau concept Brêmois : la défense en 1-1-1-1 et en hauteur.

La confiance retrouvée, ils partirent en quête de leur alchimie totale d’antan. Ils organisèrent une collecte et recueillirent un maximum d’adrénaline en quelques semaines, notamment face au village voisin de Gelsenkirchen et dans l’étrange grande ville de Munich, réalisant parfois de jolis scores comme lors des rencontres contre Freiburg, Wolfsburg ou Köln. Ainsi, tout repartait comme avant au sein de la famille. Le Grand Polonais avait pris une place de choix dans l’étape finale de transformation du cuir, de même que son ami venu du lointain orient ; les hommes chargés de la défense du domaine faisaient preuve d’une nouvelle sérénité ; le milieu de terrain décimé par les guerres tenait bon ; le gardien surveillait de près que tout se déroule bien comme à son habitude. Le onze de base s’affirmait ainsi. Et ils affichaient un résultat radieux de 34 points, 35 buts marqués, 12 encaissés et une place en quarts de DFB Pokal.

Dortmund était alors prêt pour apprendre à continuer de grandir, de vivre heureux et d’avoir de nombreux enfants. D’ailleurs, certains murmuraient que l’entraîneur attendait déjà un nouvel enfant pour juin.

 

Jean Colère.

9 thoughts on “Le conte de noël de la Borussia Akademie

  1. Salut jeune. Il fut un temps où moi aussi, trouvais que ma prose (faconde) était meilleure que celle du quidam moyen qui m’entourait. Longtemps me suis je interrogé et ai-je alors, sans vraiment m’en rendre compte, entretenu mon complexe de supériorité.

    Lors je me mis à tenter un essai textuel sur un sujet qui me tenait alors à coeur. Prose et style personnifiant mon oeuvre.

    C’est donc sur ce que je me rendis compte en me relisant que si je n’étais pas un écrivain reconnu, c’est parceque ce que j’avais enfanté était en fait, malgrès une logique dans sa conception, d’une médiocrité avec tellement d’équivalents (surtout depuis les blogs).

    Pourtant tous mes amis à qui j’avais envoyé la dite oeuvre m’en vantaient les louanges et voulurent m’encourager dans cette voie. Il fallu me rendre à l’évidence que si je les considéraient comme amis, c’est que nous partagions le même QI à base de blague de bites et de prouts.

    Ce que j’essaye de te dire, ô jeune, c’est que malgès l’effort louable – et le temps – de la conception de ton texte, je ne saurais que trop te conseiller de mettre ton égo de côté (c’est très dur, mais les antillais nus sous la douche m’ont aidé dans cette voie) et de te relire pour te rendre compte que ton texte, en finalité, est mauvais.

    La première lecture est certes distrayante (n’allons pas jusqu’à plaisante), et si tu avais associé à ce texte un club plus populaire de ce côté du Rhin (en France quoi), il y aurait eu des tas de quidams supporters pour apprécier ton effort. Et alors tu te serais rendu compte que tous les kékédu49lol qui auraient loué ta verve n’empliraient pas ton âme de satisfaction, mais hônnetement, comme dirait Deschamps, bien au contraire.

    Tu peux donc me remercier moi de t’avoir ouvert les yeux pour t’envourager à arrêter de produire de la merde (oui mes mots sont durs), et remercier aussi que tous les gens surfant sur ce site, même s’ils peuvent éprouver de la sympathie pour Dortmund, n’en ont en fait rien à battre de ton club. Ce qui tévitera la honte de te rendre compte par toi même de tout ce que je viens d’expliquer. Ceci n’est pas une critique footbalistique de ton club, car comme le surfeur moyen du site, j’ai moi aussi de la sympathie pour Dortmund, tu vois ? Nous sommes moyens.

    Sur, il y en aura pour affirmer que je suis le méchant et que ce que tu as pondu est génial (et autre superlatifs), mais au final, tu quitteras les seconds et autres dégrés pour revenir au tout premier en relisant tout, ton texte, le mien, et les éventuels autres qui pourraient suivre, et j’espère alors pour toi, que la véritable lumière t’éclairera, t’apprenant que – comme moi et comme tants d’autres – malgrès tes espoirs, tu n’as dans cette voie aucun talent.

  2. Sympa! Bonne chance pour la 2ème moitié du championnat.

    ps: Qu’avez-vous pensé du match de Pokal contre vos voisins de Düsseldorf?

  3. En tant que kékédu49lol qui d’une part ne comprend rien au foot, n’aime pas le borussia, est un vrai con et est loin d’être une personne d’un pédigré supérieur comme ce magnifique mayoul, je trouve ce conte de noël très plaisant à lire.

  4. Salut Mayoul. Merci pour ton commentaire. C’est toujours bon d’être un peu remis en place. Mais sache tout de même -et tu es libre d’y croire ou non- que ce texte n’a pas été fait avec une grande prétention. Bien loin de là. J’en étais et reste moyennement convaincu, mais il est là. Parce que l’idée ici était de faire un clin d’œil aux Grimm et d’y mêler un texte plutôt distrayant pour parler d’un club et d’un championnat qu’on a tendance à oublier. Rien de plus, rien d’autre. Et que je n’ambitionne absolument pas de devenir un granttécrivain.

    Salut Fortuna. Merci. Le match de Pokal, j’ai souffert en le voyant. Le fait de jouer à 10 à tuer très rapidement le match et Dortmund m’avait l’air un peu épuisé et pressé d’en finir. On s’en sort aux tab, dommage pour Düsseldorf. Mais globalement, d’ailleurs, ces voisins m’ont fait une meilleure impression que bon nombre de club de 1. Bundesliga. J’attends avec impatience leur retour l’année prochaine, avec Greuther Fürth.

  5. Salut Willy Pagnol. Sache que j’ai beaucoup écouté Frida Hynönen à une époque. J’adore sa voix haut perché et les atmosphères très contradictoires de l’album. J’ai eu peur en lisant la chronique, la fin et la note m’ont rassuré.
    Et merci pour ton commentaire.

  6. Sublime texte Jean, bravo ! Je souhaite autant de réussite au Borussia pour le reste de la saison que tu en as eu pour faire ce conte !!

    Bise anale

  7. Jean Colère ! Point l’idée était de dénigrer, mais de constater. Sache, et c’est un supporter toulousain qui te le dis, que ton championnnat n’est pas sous estimé mais juste non intéressant pour le quidam moyen (sauf pour notre ami Willy Pagnol qui croit que son pseudo est kéké, mon dieu)…

    Toutefois cela n’est dû qu’à une seule cause : le pognon mon p’tit père. J’adore le foot allemand et ne rate aucunes accadémies de Jan-Karl et ses compères, toi compris, mais sache que nous sommes alors, et on en revient à mon complexe de supériorité, qu’une minorité (ciel ! un mot antagoniste) à suivre et se passionner pour ce championnat. Championnat hyper interressant : stades archi remplis, ferveurs introuvables ailleurs, véritables volontés de jeu de toutes les équipes (qui n’aurait pas viré Schaaf depuis tant d’années) ???

    Mais voilà, le championnat allemand ne fait rêver que les footeux germains et slaves qui affluent en Bundesliga, et notre seul représentant à nous Français est l’immonde Quasimodo débile mental. La perte de l’interêt général est surtout dû à l’arrêt de la diffusion par Anal+ Sport de ce championnat, ceci à mon grand regret (je vais finir par rendre mon abonnement). Le pognon toujours.

    Oui, car en fait ceux qui s’y reconnaissent et apprécient ce football là sont peu nombreux, mais je crois – et même kékédu… euh Willy quoi – savent de quoi tu parles, de quoi nous parlons. Donc inutile de jouer en facéties sur des proses même pour le fun, reste à l’essentiel, au concret, au réel, nous resterons peu à te lire, mais c’est ce que nous aimerons.

    Ceci, malgrès l’apparence, toujours sans méchanceté, ni mépris. Et continue ton accadémie (mais sobre)!

  8. Mayoul : Je n’aurais jamais cru lire un commentaire sur HJ me conseillant d’être sobre.

    Bon, j’y repenserai pour le match d’Hamburg dans quelques semaines. Faut voir aussi que là, il ne s’agit pas d’une Akad’ comme une autre, le titre le dit bien, mais d’un « freestyle » qui incorpore nécessairement plus de failles, plus de risques. Bon, je pars aussi facilement en vrille en temps normal, je le reconnais (encore). Je vais faire des efforts. Je ferai mieux. (Et je ferai sûrement pire aussi.)

    Pour le foot allemand, je ne comprends pas vraiment la distinction que tu places entre « sous-estimé » et « non intéressant ». Mais, enfin, je suis globalement d’accord et je n’aurais peut-être jamais moi-même autant regardé de matchs allemands si je ne comprenais pas a minima la langue et si je n’avais pas vécu un temps sur place.

    Allez, au plaisir en tout cas.

    Danke sehr Herr Bart Van der Van Krrr !

  9. Ich finde das gar nicht so schlecht. Und die Bundesliga ist immer eh unterbewertet. Ist halt so gell.

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