Parme, l’histoire en trompe l’œil.

De Parmalat à Parme malade

L’histoire de Parme, ce n’est pas l’histoire de la princesse vieillissante qui n’attire plus personne parce que l’âge, parce que la désuétude, parce que la mélancolie, parce que la recherche d’une jeunesse dorée disparue favorisent une indifférence polie quand ce n’est pas une pitié profonde. Ou de la colère.

Le parcours de Parme, non plutôt du Parmalat a ruiné 100 ans d’histoire, certes pas glorieuse puisque sans titre aucun, mais l’histoire d’un club de foot d’une petite ville qui fait sa vie à la mesure de la ville, sérieusement, calmement, discrètement.

Parme n’en est pas aujourd’hui à sa première faillite, la première eut lieu dans les années 60, l’âme d’une ville de foot est plus tenace que n’importe quelle décision de justice. Le club renaîtra si jamais, et c’est encore à prouver, la structure actuelle disparaît. Le plus triste dans ces aléas d’un club professionnel qui à une époque a été ambitieux, c’est évidemment la tristesse des supporters. Il ne faut pas s’en faire pour les dirigeants, les joueurs, les plus malheureux resteront les supporters, voués à aimer leur ville, le club de leur ville, que de sombres malfaiteurs ont pris en otage pour une gloriole éphémère et factice. Ephémère et factice. Deux adjectifs qui resteront collés à l’image du club malgré tout. A l’image de l’effectif, de la méthode, du palmarès. Pas de ces supporters qui eux pourront toujours aboyer, la caravane restera hors de portée.

L’histoire du Parma AC ou du Parma FC, c’est l’histoire condensée du football italien en surchauffe dans les années 90. C’est l’histoire de clubs qui veulent imiter la Juve des Agnelli, imitée par le Napoli camorra, imité par le Milan AC de Berlusconi, en attendant l’Inter de Moratti ou la Lazio de Cragnotti. Mais Parme n’est ni Turin, ni Milan, ni Rome. A peine un petit Naples sans un Maradona, ou plutôt dans l’après Maradona. Il n’y a donc ni surprise, ni star mondiale. Parce qu’on pourra toujours gloser sur l’effectif de Parme des années 90 mais c’est généralement une pale copie d’autres équipes : ils n’ont pas le bon Baggio, quand ils ont Crespo, Battistuta est à la Fiorentina, ils prennent Thuram parce que le Milan AC a Desailly, ils ont Boghossian parce que la Juve a Deschamps. Ah ils ont du clinquant aussi, il y a Asprilla à la carrière étoile filante, il y a Veron, qui jouera aussi pour la Lazio, il y a la naissance de Buffon, de Cannavaro, le déclin de Brolin et Taffarel, et Zola, qui comme Veron brillera dans un club wanna be, à savoir Chelsea.

Et il y a des titres, 8 titres en 10 ans. Une équipe de coupe par excellence. Qui n’est pas sans équivalent à cette époque : le PSG a ce profil, le Chelsea pré-Abramovitch a ce profil, même le FC Barcelone plus ancien a ce profil, ou le Werder Brême. Mais des questions, beaucoup de questions. Car tous les clubs cités ont leur histoire, pas beaucoup plus épaisse pour le PSG, mais il y a des titres en dehors d’une fourchette de 10 ans. Et ne nous cachons rien, Parme de cette époque, c’est la queue de la comète du Calcio des années 90 avec tout ce qu’il y a à offrir de plus moche pour les sportifs, on achète à prix d’or, on les gave comme des chevaux de course, on les revend plus cher, certaines carrières ont néanmoins été superbes, on glane un titre en passant pour nourrir l’espoir de titres encore plus glorieux, le championnat et la C1. Mais Parme ne franchira jamais la dernière marche et restera bloqué aux accessits.

Des coupes pas toujours très propres comme la coupe UEFA de 99 face à l’OM, où cette équipe en effet paraissait invincible et pour cause, elle l’était sans doute sur ce match.

Excitante cette équipe, intrigante aussi. Mais elle ne sera jamais au Panthéon du football, elle sera toujours entre deux soupçons de dopage, et l’histoire n’aime pas les étoiles filantes : on ne les voit pas venir, on les rate facilement et surtout, elle se désagrège d’elle-même quand elle se heurte au réel. C’est une histoire logique d’un calcul rapidement fait pour le bon plaisir de propriétaires flambeurs qui préfèrent le court terme en bafouant l’identité d’un club et l’amour irrationnel de ses supporters. Parme est pourtant un bel exemple pour les nouvelles grandes écuries de Chelsea à Paris, en passant par City, Malaga et quelques clubs russes. Parme était poussière et redeviendra poussière. Ce qu’on appellera dorénavant la grande équipe de Parme ne vaudra que par le nom des joueurs que les dirigeants ont réussi à faire venir pour quelques piges en forme de marche pied. Ou de pied-de-nez en voulant jouer dans la cour des grands sans avoir un passé, en se disant qu’on pouvait tout gagner en construisant vite et, pourquoi pas, bien. Parme, ce n’est pas le type que tu aimes et que tu regrettes quand il a disparu, c’est la star du collège dont tu as pitié quand tu le croises 15 ans après.

Il restera tout de même une amertume, pas un sentiment d’inachevé, mais un plaisir volé pour une ascension comme un décor de théâtre, une beauté qui ne vaut que le temps de la représentation. Une fois le rideau baissé, le public se lève et s’en va.

@TheSpoonerWay

5 thoughts on “Parme, l’histoire en trompe l’œil.

  1. Mais non c’était des vitamines, comme les allemands en 54 contre les Hongrois!
    Un bien beau résumé, mais quand même, elle avait de la gueule cette équipe, elle est revenu une fois, donc pourquoi pas…
    Bravo

  2. Frédéric Mitterand likes this.
    Beau papier Mr Petite Cuillère, Lysander serait fier de toi (merci wiki).
    J’ai lu un article So Foot pas trop mal sur le même sujet la semaine dernière, j’ai eu peur que ce soit un copier/coller mais non, ton rendu est très personnel et ta plume (oh oui ta belle plume) n’a pas d’égale, fais gaffe c’est un coup à se faire débaucher par les CdF.

  3. Putain je comprends plus rien, je croyais que Parme était le Auxerre d’Émilie-Romagne.
    Ah ben, oui en fait, me dit-on depuis nos bureaux de Cognac-Jay

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