Auxerre-OM (0-1) : La Canebière Académie retombe sur ses pieds
Get Lucky.

Aïoli les sapiens,
Il est de ces soirées dégueulasses, dont le seul mérite est de nous rapporter des points qui comptent. Tous les clubs du haut de tableau sont logés à la même enseigne : les organismes sont aux dernières extrémités et les infirmeries plus remplies qu’après une bataille napoléonienne. Les médiocres qui, en début de saison, se laissaient aplatir sans l’ombre d’une velléité de révolte se mettent à nous contester.
Pensées à toi, en ce jour des mots, à la prof de techno en pré-burnout, qui s’apprête à retrouver Timéo, Ritaline, et tous leurs petits camarades de la quatrième Z du collège Valérie Boyer, pour leur enseigner l’exaltante histoire du lavage du linge conformément aux programmes dûment validés par le ministère : Pierre-Emile Højbjerg te comprend, lui sait ce que c’est de tenter de motiver des boulets avachis de lassitude.
Pensées à toi, la cadre de santé, qui doit établir son planning de la semaine avec un tiers de l’effectif actuel, l’autre étant absent pour causes diverses telles que dépression nerveuse, syndrome de fatigue extrême, agression par un patient, garde à vue pour agression sexuelle ou démission surprise. Roberto De Zerbi compatit, lui dont la fiche de poste consiste en ce moment à accommoder les rataillons de la moins mauvaise des manières.
En vérité je vous le dis, comme tous les prolétaires du pays, l’OM doit jongler avec les cadences infernales, le mépris des conditions de travail, les corps et les âmes qui se détruisent, les fins de mois difficiles et le report de la retraite à 70 ans. Il ne faut donc pas s’attendre, en ce moment, à ce que notre club parvienne à illuminer bihebdomadairement le quotidien desdits prolétaires par une multitude de passes étincelantes, de dribbles pétillants et de buts chatoyants. On n’est pas chez Sofia Coppola ici, non, nous on fait du Ken Loach : chaque plan est ici pour rappeler que la vie est une pute et qu’on ne pourra s’en sortir qu’en se serrant les coudes. Et encore, à condition d’avoir de la chance.
Les Longorious Basterds
Rulli
Murillo – Pavard– Egan-Riley – Emerson – Garcia (expulsé, 65e)
O’Riley – Højbjerg– Gomes (Vermeeren, 63e)
Vaz (Paixão, 63e) – Aubameyang (Lirola 78e)
C’est bien simple, il ne manque plus qu’une catastrophe supplémentaire, qui me terrifie tellement que je n’ose même pas l’écrire, et on aura de quoi constituer une équipe complète rien qu’avec les blessés : Traoré, Medina, Balerdi, Kondogbia, Weah, Nadir, Gouri eeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeet *roulement de tambour et émoji horrifié* : Nayef Aguerd s’ajoute au tableau, lui que l’on voyait déjà salement entamé contre Angers et qui doit se voir ménagé in extremis après une alerte pendant l’échauffement.
S’ajoutent à cela des Paixão et Greenwood (honte à nous) tellement rincés qu’il faut bien songer à les mettre sur le banc de temps en temps, et l’OM aborde ce déplacement avec une équipe bricolée avec les moyens du bord.
Le match
Le tout est de savoir si l’OM, en bonne entreprise, a mis en place des procédures de fonctionnement en mode dégradé. Créateurs offensifs ? Sur le banc. Capacité à répéter les efforts à haute intensité : cotée au niveau « Gérard Larcher 14h15 ». État de confiance individuelle des défenseurs : revoir « The Cube ». Automatismes et coordination collective : revoir « les Charlots font l’Espagne ».
L’état des forces ainsi dressé, il reste à voir ce que l’OM peut bien mobiliser pour obtenir les trois points. Les ressources paraissent bien maigres, si ce n’est la solidarité collective, une concentration de tous les instants, et surtout la détermination. Le championnat ne se jouera sans doute pas sur les moments forts de chacun, mais sur la capacité à arracher des points même quand les corps et les esprits seront au fond de la cuve. Genre maintenant.
Somme toute, le plus inquiétant dans la prestation affreuse de ce samedi, ce n’est pas la production footballistique indigente. Note, on ne jugera pas ceux qui s’attendaient au coup d’envoi à ce que l’OM fasse du football-champagne, hein : il y en a bien qui s’attendaient à ce que le Parti socialiste obtienne des conquêtes à l’Assemblée nationale. Non, ce qui est vraiment inquiétant, c’est que ce facteur « intention et détermination » semblait faire défaut, comme en a témoigné l’impact très faible de nos joueurs dans les duels. Il faudrait revoir le match et faire le décompte de ces actions où nos milieux de terrain arrivaient les premiers sur le ballon, mais subissaient un contre défavorable ouvrant un surnombre à l’arrière (il faudrait, mais on n’a pas que ça à foutre non plus : j’ai un compte-rendu des instances représentatives du personnel sur la réorganisation de la division financière à rédiger avant mardi, et avec ces matchs tous les trois jours c’est à peine si on a le temps de faire rentrer la moula entre deux blagues de bite sur horsjeu.net – mâtin ! quel site).
Aubameyang et surtout Vaz se démènent comme ils peuvent pour grappiller quelques rataillons d’action, la défense encaisse de manière honorable, mais par contre, le milieu, mes aïeux, le milieu ne sert à rien ou presque. Aurait-il fallu ôter un défenseur pour densifier un secteur en sous-nombre ? Ou bien aurait-il simplement fallu qu’ils se bougeassent le maffre davantage ? Les explications peuvent varier mais pas le constat : offensivement comme à la récupération, l’OM est transparent dans l’entre-jeu.
Nous n’avons pas les joueurs pour combiner ou provoquer dans les petits espaces, mais le « taper taper taper » est tout autant exclu : avec notre impact de muge, balancer devant et contre-presser serait le meilleur moyen de se faire ouvrir en deux en contre-attaque. De même, Auxerre nous oppose un blocqéquipe imbitable, dans lequel nous nous enraguons dès que nous ébauchons une passe vers l’avant. Les Bourguignons se refusent à presser haut pour les mêmes raisons que nous mais, plus cohérents, parviennent invariablement à porter le danger sur notre aile droite, d’où naissent une multitude de centres heureusement finis à la pisse.
Il ne nous manquerait plus que le teint jaune pour ressembler tout à fait à une bande de Minions qui s’agitent maladroitement sans but bien précis. Au terme d’une séance de possession aussi interminable que stérile, Murillo s’avance sur ses petites jambes et appuie sur un interrupteur en criant « ILLUMINATION ! ». Sans prévenir, Amir colle alors un petit pont à son premier défenseur et fume le second d’un crochet fulgurant. Le premier (et seul) décalage du match est réussi, reste à le bonifier : Amir applique un centre en cloche pour Aubameyang au second poteau. L’immense mais maladroit gardien claque de justesse la balle devant Jean-Bite, laquelle retombe dans les pieds de Gomes. L’occasion pour nous, dans la liste des arguments à faire valoir en cas d’équipe amoindrie, de révéler celui qu’on avait gardé pour la fin : quand la technique est absente, quand le physique défaille, quand la détermination est douteuse, que reste-t-il ? LA GROSSE CHATASSE, MESSIEURS. Angel pine complètement sa reprise, le ballon heurte son pied d’appui et roule piteusement au fond des filets (0-1, 30e).
Voici le genre d’incident qui fabrique les champions (du point de vue des vainqueurs) ou les relégués (du point de vue des couillonnés). S’il s’agissait d’un coup de pouce que le Destin accorde à un OM sûr de sa force, nous aurions même pu verser dans la satisfaction. Toutefois, la vérité est bien différente : l’OM ne maîtrise que dalle. Les duels, vrai point noir du soir, continuent à être perdus, occasionnant décalages, coups-francs dangereux et surtout quatre cartons jaunes. Surjouant nos atouts en contre-attaque, nous foirons une relance rapide là où il aurait été bon de poser le jeu : Rulli rattrape l’aïoli.
Crispation supplémentaire au vu de la seconde période : là où Auxerre revient dans le match avec l’énergie du désespoir, nos joueurs sont infoutus de répondre à l’impact. Après tout, il n’y a en jeu qu’une qualification en coupe d’Europe voire un titre de champion, n’est-ce pas, pas de quoi sauter sur le ballon comme si sa vie en dépendait. Gomes est ainsi bouffé au duel aérien au milieu de terrain (mais en même temps, on a déjà du mal à le voir faire ce qu’il sait, on ne va pas lui demander en plus de grandir à un mètre quatre-vingts). Plus gênant, c’est dans la continuité de l’action Pavard qui fait l’holothurie, permettant à Namaso d’aller battre Rulli une main dans le slip. Par miracle, l’attaquant était hors-jeu d’un cil de moule, comme on dit au FC Bouzigues.
Les errances contre Angers n’avaient pas pardonné ; à Auxerre, en revanche, il semble bien qu’il existe un bon dieu pour les pieds-paquets, un dieu qui en l’occurrence s’appelle Rulli. Ulisses Garcia couvre en effet le hors-jeu comme un porcasse, ce qui permet à Osman de se trouver absolument seul dans la surface. L’attaquant se retourne et bute sur un Geronimo plus autoritaire que jamais.
À trop titiller la déesse Fortune, on risque souvent de finir par prendre une baffe. De Zerbi le sait bien et décide de sortir les deux joueurs les plus menacés d’un deuxième jaune : Vaz (car il est jeune) et Gomes (car il a une tête à ne pas en rater une). Changement incontestable et qui nous permet de savourer une fois de plus ce petit péché mignon que nous avions déjà évoqué pas plus tard qu’il y a trois jours : ces joueurs qui ne mettent pas cinq minutes à ruiner la tactique du coach par pure débilité.
Sur l’un des innombrables ballons aléatoires qui émaillent le match, Garcia se jette semelle en avant sur Casimir. L’Auxerrois n’était pas en reste sur le coup mais, moins prompt, se fait déboîter par Ulisses. Sur le moment, le choc impressionnant incline Benoît Bastien à sortir le carton rouge direct ; même si le ralenti montre que la faute est bien moins vilaine qu’elle n’y paraissait, le mal est fait (ah, si seulement les arbitres disposaient d’un moyen permettant, au vu des images révisées, de corriger leurs décisions erronées…).
Nous voici donc embarqués pour 20 minutes minimum de torture absolue, inaugurées par une nouvelle RAIE de Rulli face à une tête plongeante à bout portant. Jean-Bite représentant un point de fixation qui ne fixait de toute façon plus grand-chose à l’avant, le voici sacrifié au profit de Lirola, Paixão devenant notre seul joueur offensif.
Paradoxalement, alors qu’Auxerre jette ses dernières forces en attaque, les Bourguignons sont bien obligés de se désorganiser un minimum et, partant, nous offrent enfin quelques espaces. Pas de quoi cependant faire redescendre le slipomètre. Après une faute évitable de Vemeeren, l’OM gère le coup-franc en suivant strictement le manuel « Défendre comme des viers pour maximiser ses chances de se faire égaliser à la 88e ». Tout le monde recule en panique, Egan-Riley renvoie comme il peut droit devant lui et offre à Sinayoko l’occasion de reprendre. Ici encore, la chance a choisi son camp et la balle file hors du cadre.
Paixão a le mérite de faire filer efficacement le chronomètre lorsqu’il se démène au milieu de trois joueurs pour porter la balle à l’avant. Le voici accroché, ce qui gratifie à Diomandé un deuxième carton jaune et donc une expulsion, à peu près aussi sévère que la nôtre. Ainsi assuré de n’avoir pas fait de jaloux, Benoît Bastien siffle la fin de ce match dispensable mais au résultat ô combien précieux.
Les joueurs
Rulli (5/5) : Dans les airs, au sol, sur sa ligne, dans les sorties, à la relance, Geronimo a régné sur toutes les dimensions de l’espace-temps. Christophe Pélissier aurait pu faire entrer des tremors en attaque que notre gardien serait allé sous terre pour les stopper.
Murillo (4/5) : On se disait bien qu’Amir n’était pas du genre à passer autant de matchs de suite sans se sortir les doigts.
Pavard (2+/5) : Met enfin un terme à la série de buts encaissés par sa faute, mais ça s’est joué à un hors-jeu de cinq centimètres qu’on ne l’appelle encore Balerdin.
Egan-Riley (2/5) : Conrad-Jaden Egan-Riley est un octosyllabe parfait. Deux pieds nous auraient pourtant suffi, mais des bons.
Emerson (3/5) : En langage cycliste, on appelle ce genre de personne un gazier (pour une explication plus précise du terme, prière de vous adresser à notre expert cyclimse Luke Seafer).
Garcia (1/5) : Sacqué injustement par Benoît Bastien, alors qu’on aurait très bien pu s’en charger nous-mêmes.
Højbjerg (3/5) : Sans génie mais toujours en vue au cœur du baston, un point de repère pour les équipiers.
O’Riley (1/5) : OK Boris l’Araignée, faudrait voir à se secouer les pédipalpes maintenant.
(Ne me dites rien… le morceau que j’avais en tête quand j’ai écrit « vanne inédite à faire sur une chanson avec O’Riley », ce n’est pas celui-ci, n’est-ce pas ?)
Gomes(2+/5) : Zéro carte intéressante dans son deck mais, heureusement pour lui, il est tombé sur un Angel Godpack incluant la carte « héros du match sans faire exprès ».
Vermeeren (63e, 2-/5) : En tant que joueur frais, on aurait pu espérer quelques récupérations au milieu de terrain. Si c’est pour perdre des duels et faire des fautes, ce n’était pas la peine de remplacer les agonisants.
Vaz (2/5) : Encore trop jeune et tendre pour être titulaire, mais une combativité sans défaut. En tant que jeune attaquant averti en première mi-temps, il cochait toutes les cases pour récolter un carton rouge imbécile : on salue le fait de ne pas s’être laissé avoir comme le premier Jo le Sconse venu.
Paixão (3/5) : Igor a montré qu’il savait aller au charbon même quand l’ambiance n’était pas aux paillettes, et ça c’est à vivement encourager.
Aubameyang (1/5) : Ce n’est pas faute de l’avoir voulu, mais Jean-Bite n’a pas réussi à se rendre utile à quoi que ce soit tout au long du match. Ya des fois on jurerait qu’il a trente-six ans, c’est dingue.
Lirola (78e) : Toujours prêt à revenir sur scène en chantant « I’m alive », comme en boîte de nuit mais sans le costume en strass et les plumes au cul.
L’invité zoologique : Sinaly Mande
C’est pas forcément mauvais, mais c’est tout plat : la limande était bien l’invité approprié pour narrer ce match contre les habitués des fonds sableux.
- Les autres : De Zerbi a beau dire (avec raison) que le championnat est plus difficile cette année, en ce qui concerne Auxerre on assiste quand même à une sacrée descente par rapport à l’équipe qui nous avait rouintés aller et retour l’an dernier (avec une certaine aide, certes).
- Le classement : Ça se confirme : on est loin d’être seuls à en baver. Paris galère pour battre Nice, et Monaco trébuche à son tour contre des mauvais. Nous voici donc pour l’instant deuxièmes.
- Coming next : Vaï, plus que deux match savant la trêve : l’Atalanta (que le rationalisme le plus moche nous encouragerait à bazarder), puis Brest.
- Les réseaux : ton dromadaire blatère surFacebook et BlueSky. Didier A. remporte un concours zoologique qui serait sans doute très serré si on pensait à compter les points.
- L’agenda : Ce samedi 8 novembre, c’est Motchus Laïve au Hero Festival, à 11h45 au Parc Chanot. Si jamais tu veux agrémenter ton avant-match avec des belles et bonnes personnes, c’est là que ça se passe.
- Noël approche : Nous devrions incessamment ressortir le jeu régional que tout le pays nous envie : « LA PASTORALE ENGATSE – The ultimate crèche-fighting game », qui comme son nom l’indique est un TCG de combat de santons de Provence. On n’a pas encore tout à fait fixé le prix et les modalités, mais ça viendra dans la semaine : sois vigilant et ne manque pas l’occasion du cadeau de Noël qui déchire.
Bises massilianales,
Blaah