Lorient-OM (0-0) : La Canebière Académie est impuissante
Chronique de Marseille ordinaire.

Aïoli les sapiens,
L’essence d’un grand club, finalement, réside moins dans les palmarès clinquants que dans cette capacité à simplement exister, à simplement se tenir là comme une cathédrale, quand nous avons besoin de quelque chose qui nous fasse sentir debout et ensemble. Quand la ville se livre à l’une de ses semaines exécrables où ses enfants tombent, qui sous les balles, qui sous les ruines, le besoin n’en est que plus fort de nous remémorer pourquoi l’on aime encore Marseille, pourquoi l’on est Marseille. On ne demande pas davantage à l’OM que de nous offrir cet asile, cet espace où l’on parle encore de Marseille au travers de ce qui la rassemble, quand tout le reste de l’actualité n’exhibe que ses fractures. Tant que l’OM permettra cela, il méritera de rester un grand club dans l’âme de ses supporters, quand bien même l’élite du sport l’aura oublié depuis longtemps.
Loin d’un éventuel rôle politique ou social que l’on serait bien en peine de lui assigner, tant il peine à remplir déjà ses missions simplement sportives, on ne demande finalement pas plus à l’OM que d’exister et de se montrer digne. C’est peut-être pour l’avoir oublié que Jacques-Henri Eyraud au vu la révolution des cyprès enflammer les sphères politico-médiatiques de la ville : au lieu de chercher à dénaturer l’identité du club, gageons que s’il s’était comporté en simple abruti de base, à l’instar de nombre de ses prédécesseurs, l’affaire n’aurait guère dépassé le portail de la Commanderie.
Sous cet angle, l’aspect sportif de la chose apparaît secondaire : après tout, communier dans l’insulte aux joueurs nuls, c’est aussi une façon d’être ensemble. Nos bourricots sont suffisamment fragiles pour qu’on ait envie de les lester en plus de 2600 ans de traumatismes : soyez là, faites ce que vous pouvez, et dans des moments pareils ce sera déjà très bien. Certes, si en plus vous pouviez nous offrir un instant de sourires dans cette noirceur, vous auriez plus que rempli votre part du contrat ; cependant, nous savons bien conscience que cela vous détournerait de vos efforts actuels, entièrement consacrés à redéfinir la notion de gâchis sportif. Fournir autant de travail pour montrer une telle attitude de serpillières humides au moment d’en cueillir les fruits, voilà qui mériterait de longs épilogues jalonnés de lapins insultants si la chose n’était pas aussi dérisoire ces jours-ci.
Les Longorious Basterds
Lopez
Balerdi – Gigot (Mbemba, 81e) – Kolasinac (Bailly, 91e)
Clauss– Rongier – Veretout– Nuno Tavares
Ünder– Guendouzi (Malinovskyi, 81)
Sanchez (Vitinha, 81)
De la même manière que France 2 nous repasse « La Folie des grandeurs », Tudor nous offre la compo canapé-plaid : zéro expérimentation, zéro surprise, on repasse les bonnes vieilles recettes qui fonctionnent et donc le succès est certifié pour calmer les enfants chiants. Seule concession à l’originalité, Mbemba est laissé sur le banc au profit de Balerdi mais après tout, si « La Folie des grandeurs » est un tel succès, c’est bien parce que De Funès y est présent.
Le match
La première balerdise est lancée dès le début de match, par un amour de dégagement vrillé qui envoie l’attaquant au but : concentré comme un cycliste pro à 50 km/h ans la trouée d’Aremberg, Gigot a heureusement anticipé la catastrophe et l’évite d’un retour héroïque.
Cette fantaisie pascale mise à part, l’OM entreprend de produire le « taper, taper, taper » que sa composition d’équipe réclame. Le problème est cependant qu’au terme d’un championnat passé à affronter ses adversaires à coups de cornes, la puissance s’émousse : c’est à ce moment là que le guerrier fougueux est supposé s’effacer devant le stratège poliorcétique, d’autant que l’adversaire a appris à nous connaître et à renforcer ses défenses. Comme on peut s’y attendre, c’est Alexis Sanchez qui détient l’unique atout « subtilité » de notre collectif, dont il use pour mobiliser trois défenseurs et décaler Ünder seul sur la gauche. Les délicieux enroulés de Cengiz étant eux-mêmes relégués au rang de branlette pour terroristes intellectuels, notre attaquant se fend d’un magnifique « gniiiiiii taper » puissant mais hélas trop proche du gardien.
Par la suite, les occasions sont plutôt lorientaise, quoi que trop timides pour réellement affoler le slipomètre. De notre côté, nos tentatives manquent de percussion et surtout de justesse technique. Il faut une énorme erreur de relance du gardien breton pour offrir une situation de tir à Cengiz, dont les délicieux enroulés ont désormais l’allure et la vitalité d’une couille d’agriculteur après vingt ans d’épandage sans combinaison.
On retrouve ensuite Leonardo Balerdi à la réception d’un coup-franc mal renvoyé, mais sa première reprise est contrée avant que la seconde ne fuie le cadre et les perspectives d’entendre un supporter dire du bien de lui au moins une fois. Peu avant la pause, Jonathan Clauss se rappelle quant à lui qu’il a su centrer un jour, et envoie un bonbon pour Nuno Tavares dont la reprise est une nouvelle fois contrée.
C’est que, la rigueur nous demande de le reconnaître, nous ne sommes pas nuls à proprement parler. Notre possession est un peu moins stérile que d’habitude, au sens où nous parvenons à produire deux ou trois belles combinaisons. Hélas, face à une défense regroupée, nos assauts puent à la fois le manque de confiance et d’imagination : quand le porteur de balle ne se trouve pas désemparé devant le manque de solutions, c’est le passeur supposément décisif qui foire son geste au moment de trouver enfin un attaquant démarqué. De surcroît, nous manquons de cet impact physique monumental qui nous faisait accumuler les seconds ballons et poussait l’adversaire au craquage nerveux. Pour résumer, nous trouvons bien un peu de tous les ingrédients qui faisaient nos succès des mois passés, mais dans des proportions désormais insuffisantes à faire ballotter le slip d’un adversaire aussi modeste fût-il.
L’ennui dans ces circonstances, c’est que l’équipe n’a construit absolument aucun plan de secours et s’échine à frapper bille en tête jusqu’à l’anémie. De deux choses l’une : soit l’objectif est de revenir au glorieux bourrinage d’antan, et dans ce cas on apprécierait que les joueurs se bougent un peu le cul pendant les huit matchs qui nous séparent de la fin de saison, soit les joueurs n’ont vraiment plus la capacité de multiplier les efforts à haute intensité, et dans ce cas il serait plus que temps d’envisager quelque adaptation de notre style de jeu.
La seconde période se déroule ainsi sous cette domination molle d’un OM dont on n’arrive pas à savoir s’il pourrait mais ne veut pas, ou bien s’il voudrait mais ne peut pas. Les frappes continuent à atterrir hors cadre (Ünder, Balerdi), et les centres à se voir contrés avant d’arriver. L’accident menace quand un ballon mal renvoyé par Kolasinac offre une situation de tir à Bamba Dieng, mis en échec par une RAIE de Lopez. Nuno Tavares réplique par un tir, qu’une déviation fait échouer de peu au-dessus.
Dans un match virant au franchement brouillon, l’OM se procure de multiples mais improductifs corners, tandis que Lopez doit se montrer vigilant sur plusieurs passes en profondeur. Non seulement les changements apportés par Tudor se montrent tardifs, à moins de dix minutes de la fin, mais ils s’avèrent en outre improductifs. Nous conservons moins la balle et commettons davantage de fautes dans notre camp, si bien que le seul espoir réside dans l’intervention rapide de l’arbitre pour mettre un terme à la purge.
Le plus inquiétant reste finalement cette absence de sursaut des joueurs comme de l’entraîneur, englués dans un schéma qui ne fonctionne plus et paraissant de moins en moins enclins à s’extirper du marasme. Un comble pour cette équipe que l’on promettait aux pires turpitudes en début de saison, et qui attend finalement de nous avoir donné espoir pour se mettre à montrer le pire d’elle-même.
Les joueurs
Lopez (4/5) : Son problème, c’est qu’il peine à rassurer la défense quand l’OM est sous la mitraille des centres adverses quand l’adversaire pousse afin d’égaliser. Forcément, si l’on n’a plus jamais d’avantage à défendre, Pau ne nous donne plus à montrer que le meilleur de lui-même.
Balerdi (2/5) : La même attitude de victime qu’Olivier Dussopt pendant les séances de questions au gouvernement. Comme Olivier Dussopt, on en viendrait presque à le plaindre avant de se rappeler que tout le travail de cet enfoiré consiste visiblement à nous ôter deux années d’espérance de vie.
Gigot (3/5) : L’insubmersible. Le Titanic olympien sera en train de finir de couler que Samuel sera encore sur l’iceberg à faire des bras de fer avec les ours polaires.
Mbemba (81e) : Pour rentabiliser le panneau lumineux du quatrième arbitre.
Kolasinac (2+/5) : Pas loin de l’erreur fatale, d’autant que Bamba Dieng étant transféré et non prêté, il n’a même pas eu l’occasion de lui dire « avant de tirer, rappelle-toi bien qu’on se retrouve cet été à la Commanderie ».
Bailly (91e) : Sead pris de crampes dans le temps additionnel, Eric pallie.
Clauss (1/5) : On le pressentait depuis quelques semaines, mais le diagnostic vient de tomber, implacable : comme de nombreux joueurs avant lui, Jonathan est atteint du squinfus du latéral. Le squinfus du latéral, c’est cette affection terrible qui a touché tant de joueur de couloir prometteurs avant lui. Les symptômes les plus évidents en sont l’atrophie du centre et la paralysie du dédoublement. Beaucoup plus rares mais terribles, les signes que la littérature décrit parfois aux stades les plus avancés, tels que les développements capillaires douteux, ou la coagulation avec des stars de téléréalité.
Rongier (3-/5) : Un sens du jeu qui lui permet de fonctionner à peu près correctement en mode dégradé, avec un service minimum en termes de contre-attaques coupées ou d’actions ébauchées. Il reste cependant une nuance de taille qu’Igor Tudor ne semble malheureusement pas saisir, entre « on n’a pas trop fait de la grosse merde » et « l’équipe a fait un match satisfaisant ».
Veretout (3-/5) : Sensation similaire pour l’autre élément du binôme : faut-il insister sur l’insuffisance de sa prestation ou sur le fait que dans cette bouillie de pisse, il a produit quelques petites choses ? Nous allons ici adopter l’attitude de toute personne sensée face à un tel dilemme : s’en foutre et aller préparer des frites.
Nuno Tavares (2+/5) : C’est peut-être un syndrome de Stockholm mais là où l’essentiel du supportariat Olympien milite pour un transfert de Nuno Tavares au FC Cigéo pour aller dribbler les déchets nucléaires à vie longue sous 500 mètres d’argile, je parviens encore à trouver des choses à lui sauver. En l’occurrence l’espoir que sa grande activité, certes conclue par des gestes à transformer nos couilles en Stimorol tellement on se les mâche, finisse statistiquement par nous procurer des gestes décisifs que ses coéquipiers bien plus mollassons sont bien en peine d’esquisser.
Ünder (2/5) : Hier j’ai joué au foot avec le petit neveu dans le jardin après le barbecue de Pâques, lequel fut ponctué d’un Vosne-Romanée de 2001, une suite plutôt subtile à l’enchaînement dantesque de la veille où la fin de soirée consista à débattre des mérites comparés de la Chartreuse et du Cognac. Or donc, n’en déplaise aux intolérants de tous bords, constater ici qu’un mécréant à deux grammes arrive à produire des frappes au buts aussi dégueulasses que Cengiz en plein carême, je trouve cela d’un œcuménisme assez émouvant.
Guendouzi (1/5) : Le débit est passé de 48 à 12 mots par seconde. La voix passe en fréquence de 5000 à 150 Hz, et en intensité de 120 à 50 dB. Les moulinets de bras passent de 25 à 5 par rencontre, leur vitesse de rotation passe de 36 à 22 km/h tandis que leur amplitude passe d’un rayon de 70 à 40 cm. Mis bout à bout, ces signes ne trompent pas : Mattéo ne râle plus, il marronne. Et ça, c’est pas bon.
Malinovskyi (81e) : Aurait dû commencer son échauffement le mardi-gras pour être prêt à entrer à Pâques.
Sanchez (3-/5) : Le seul qui paraît utiliser son cerveau d’une manière adaptée à son état physique. Ce dernier ne l’a autorisé qu’à des sailliestroprares, mais souvent judicieuses.
Vitinha (81e) : Un changement bien senti, soulageant Alexis Sanchez qui s’épuisait seul en pointe et permettant à notre attaquant d’être abreuvé de ballon par Alexis Sanch… ah non, merde, attends.
L’invité zoologique : Bamba Dinde
Mets festif de choix quoique légèrement hors-saison, la dinde ne présente qu’un seul défaut : elle ne se livre pas elle-même en prêt-à-cuire. Il arrive d’ailleurs que l’animal se montre quelque peu rétif à l’idée de se faire trucider, plumer et fourrer, et qu’elle en conçoive à l’égard du fermier une certaine hostilité. Rien d’insurmontable, en quelque sorte, mais mieux vaut être prévenu et paré au combat.
- Les autres : « Lorient ne voulait pas jouer, ils n’ont fait que défendre. C’est un match typique du foot français. » On ne saurait contester cette analyse pertinente d’Igor Tudor, qui a malheureusement omis de la compléter des solutions qu’il entendait y apporter. Nous en voyons trois :
- 1 :demander à Pablo Longoria d’inscrire l’OM dans le championnat moldo-valaque, où assurément les équipes ne défendent pas comme des clubs français ;
- 2 : demander poliment à nos adversaires s’ils ne voudraient pas, par le plus grand des hasards, manifester l’obligeance d’adopter un style de jeu adéquat à notre propre manière de jouer, de façon à ce que nous leur éclations l’anus et empochions les trois points sans trop d’efforts superflus ;
- 3 : constater que nos adversaires ont adopté le blocquéquipe au béton armé comme manière la plus efficace de nous contrarier, que par conséquent ils ne sont pas près de s’arrêter, et que de ce fait il serait bienvenu d’en tenir compte et d’envisager de nouveaux outils pour de dépasser ce désagrément : vu que des matchs de football français, pas de bol, c’est précisément ce qu’on te demande de gagner mon couillon.
- Le classement : Lens prend deux points d’avance sur nous et s’efforcera de nous laisser comme chaque saison en duel avec les Monégasques (à trois points aujourd’hui), pour savoir laquelle de nos deux équipes se montrera la moins mongolienne pour attraper l’Europe.
- Coming next : Sans vouloir trop nous avancer ou pire nous montrer prétentieux en étalant une cuistrerie footballistique qui ne repose sur aucune expérience sérieuse de la chose sportive, nous nous permettons avec toute l’humilité et le respect qui siéent au supporter s’adressant à un professionnel du football d’émettre auprès d’Igor Tudor l’hypothèse selon laquelle, la semaine prochaine Troyes pourrait, je dis bien pourrait, nous opposer un bloc défensif compact tout en misant sur les contre-attaques. Si.
- Les réseaux : ton dromadaire préféré blatère sur Facebook, sur Instagram et sur Twitter. Rémy B. remporte le concours zoologique.
Bises massilianales,
Blaah
Immense admiration pour l’usage de « poliorcétique », et de manière appropriée en plus. Et au moins un zeugme en bonus.
Chapoba
JPDarky
Si quelqu’un a un lien de la compil des meilleures passes en retrait de Guendouzi hier soir, c’est pour Aston Villa.
Sinon, je trouve que la purge d’hier aurait presque un point dehors…
» De deux choses l’une : soit l’objectif est de revenir au glorieux bourrinage d’antan, et dans ce cas on apprécierait que les joueurs se bougent un peu le cul pendant les huit matchs qui nous séparent de la fin de saison, soit les joueurs n’ont vraiment plus la capacité de multiplier les efforts à haute intensité, et dans ce cas il serait plus que temps d’envisager quelque adaptation de notre style de jeu. »
Tout est dit ! Ceci dit, on aurait eu un banc plus profond ça passait crème avec ce style de jeu jusqu’à la fin de saison… Mais les absences de Harrit et Ounahi et la non gestion du cas de Payet coutent chers dans le sprint final !