Lyon-OM (1-2) : La Canebière Académie déguste en gourmet

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C’est pas les tirs au but qui sont une loterie, c’est le football.

Aïoli les sapiens,

L’apostolat de l’académicien, quoique puissamment nourri par l’amour de la geste marseillaise, nécessite aussi d’être entretenu de temps à autres par quelques plaisirs plus menus. Prenons l’exemple de ces moines copistes du Moyen-Âge attelés une vie durant à chroniquer sur d’infinis parchemins des années de misère et d’obscurantisme. Quelle était cette force, qui leur permettait de s’enchaîner à leur sacerdoce, au lieu de tout plaquer pour produire de la gnôle comme les plus malins de leurs coreligionnaires ? La Foi, certes, mais aussi la promesse qu’entre les pestes, les famines et les guerres, il leur échoirait aussi de raconter pour la postérité cette fameuse joute où le perfide Chevalier Noir anglois réussit à se planter lui-même une lance dans le cul. Comme l’écrivit Grégoire de Tours à la conclusion de cette anecdote : « oncques n’apporte Graal en notre palais, mais nous estoyit ce soir procure moult esbaudissement. » (ou, dans la traduction en français moderne de Médiéviste Gasquet-Cyrus, historien au Rocher Mistral : « Bah putain, on va pas être champions avec ça mais au moins on aura bien rigolé »).

Revenons quelques siècles plus tard, quand ménestrels et troubadours narrent les exploits des chevaliers contemporains en armure Cazoo. Consigner dans les mémoires et divertir au coin du feu, servir l’Olympique comme nos ancêtres servaient Dieu et le Roy, et, dans notre vallée de larmes jalonnée d’Annecy ou autres Association sportive forézienne Andrézieux-Bouthéon, ne pas oublier que certaines bouffonneries mémorables ont autant de saveur que les plus hauts faits. Dames et damoiseaux, nobles seigneurs, rassemblons-nous dans la grande salle, faisons ripaille, et livrons-nous à l’une des plus saines activités qu’il nous soit accordée dans ce bas-monde : rions.


Les Longorious Basterds 

Lopez
Balerdi – Gigot– Kolasinac
Clauss– Rongier – Veretout– Kaboré
Ünder– Malinovskyi (Vitinha, 83e)
Sanchez

Alors que nous nous rendons pour un match crucial chez un rival qui, même sans l’aura de naguère, conserve une sale gueule de némésis, Igor Tudor pose un geste : la titularisation de Balerdi à la place de Mbemba, sans aucune autre raison que le choix tactique. Leo-le-maudit manque de chance, de confiance, a des dizaines de milliers de personnes prêtes à lui sauter dessus au moment où il accomplira son destin de nous faire perdre sur une cagade improbable ? La médecine dure du docteur Tudor n’a qu’une posologie : on t’envoie en première ligne, si tu survis tu reviendras plus fort.

Devant, on retrouve plutôt du classique, sans Guendouzi ni Vitinha néanmoins.


Le match

Non contents de nous avoir piqué des éléments constitutifs de notre identité tels que le mot « olympique » ou le vote RN, les cuistres d’en face se mettent également en tête de faire du « taper, taper, taper » dès le coup d’envoi. Nous nous en trouvons modérément contrariés : certes, nous sommes acculés dans notre camp et ne parvenons pas à conserver la balle, mais la débauche d’énergie lyonnaise leur procure un total de zéro situation dangereuse devant notre but. Thème du tifo local, la gastronomie lyonnaise est également à l’honneur dans leur style de jeu : copieux, engorgé, fatalement destiné à l’infarctus.

Une fois les adversaires épuisés pour que dalle, nous desserrons l’étreinte et commençons à apprécier en connaisseurs leur style défensif tout droit hérité de la famille Pinder. Lancé par Sanchez, Clauss évite la sortie de Lopes au lieu de tenter la bonne grosse chute qui aurait fait pénalty à coup sûr (enfin, presque à coup sûr, sachant qu’à Lyon on n’est jamais sûr de rien en la matière). Le centre qui s’ensuit est comiquement cafouillé par la défense, pour une frappe finale de Malinovskyi hors-cadre.

Les espaces s’ouvrent de part et d’autre, et une passe tranchante entre latéral et central envoie Tagliafico en position de centre : Lacazette se jette mais manque le cadre.


Un léger mais efficace réajustement consiste à permuter les positions de Clauss et Kaboré. De leur côté, les Lyonnais profitent d’un ultime coup-franc pour tenter une combinaison de haute volée : se comprenant mal avec Lacazette, Diomandé nous passe directement la balle. Clauss est idéalement trouvé et envoie Sanchez seul face à Lopes. Le gardien écœure Alexis mais, Ünder étant hétérosexuel, les Bad Gones omettent de demander à ce qu’on lui coure après à cinq contre un. Cengiz peut donc reprendre une main dans le slip (0-1, 45e).

Une première mi-temps avec des intentions manifestes mais gâchée par un but d’une débilité extrême juste avant la pause : d’habitude, ce genre de performance, c’est nous qui la produisons devant le PSG. On ne peut qu’espérer que la copie demeure parfaite de la part des Lyonnais, c’est-à-dire avec un renoncement lamentable en seconde période

Sans aller jusque-là, on peut néanmoins constater que cette deuxième mi-temps voit l’OM montrer son statut de favori face à une équipe de viers marins. Hormis une alerte initiale sur corner, nous maîtrisons nettement les débats et titillons plusieurs fois la surface adverse. Nous nous heurtons cependant à des problèmes très agaçants de finition, notamment lorsque Clauss salope honteusement une passe qui aurait dû être décisive pour Ünder. Cengiz à son tour se montre trop décontracté au moment de pladupiésécuriser une action collective de toute beauté, et voit Lopes anticiper un tir qui aurait dû finir au fond.


La sanction de notre inefficacité est immédiate : au terme d’une série de coups de pied arrêtés, Tolisso adresse un centre excessivement vicieux, que Rongier et Gigot échouent à intercepter. Au deuxième poteau, Lacazette échappe à Veretout et se jette pour reprendre la balle au rebond (1-1, 67e).

Le mordage de couilles est absolu, d’autant que Lopes se décide à montrer que l’étendue de son talent n’a d’égale que celle de sa connerie : autant dire qu’on frôle le ballon d’or. Après une sortie autoritaire devant Sanchez, le gardien lyonnais exécute une RAIE improbable pour dévier sur la barre une reprise de Clauss, à la réception d’un centre de Sanchez.


[note de l’auteur : à ce stade de l’académie, le lecteur pourra utilement débuter la lecture de « L’estasi dell’oro », d’Ennio Morricone, qui nous semble de nature à accompagner la description des dernières minutes]

Le stade est plein d’une énergie toute girondine, attendant le coup de sifflet final pour fêter le match nul avec le clapping et les « ahou » appropriés. C’était cependant sans compter sur le joker suprême : le COACHING GAGNANT [piano, hautbois] En fin tacticien, Tudor se contente du service minimum en envoyant Vitinha à moins de dix minutes du terme, laissant l’Einstein des dix-huit trous faire le reste en faisant entrer Lepenant, Jeffinho et Gusto.

Reconnaissons que l’on ferait moins les mariolles ce matin si, à la 86e minute, le centre du second pour le troisième ne s’était pas fini par une reprise dans les bras de Pau Lopez. Mais il était dit qu’aucune contingence n’empêcherait la fine équipe lyonnaise d’accomplir sa destinée dans un final en apothéose.

L’annonce de deux maigres minutes supplémentaires confirme les suspicions selon lesquelles les arbitres déterminent le temps additionnel au 421. [cantatrice] Nous arrivons donc très rapidement à un ultime dégagement de Pau Lopez dans la résignation quasi-générale. Seul Alexis Sanchez, relativement nouveau à Marseille, ne sait pas que chez nous il est de tradition de perdre des points bêtement à Lyon. On serait même presque surpris de le voir aussi enragé à la perspective de concéder le nul contre ces mastres, quand nous-mêmes en avons pris notre parti bêtement pessimiste. A la retombée du dégagement [violons, chœurs masculins puis symphonie], le Chilien va manger le ballon sur la tête d’un défenseur à qui il rend pourtant un demi-mètre puis, agacé de voir Vitinha mettre un quart d’heure à contrôler la balle, se jette sur lui, lui prend le cuir et lance Kaboré en disant « putain, mais c’est pas compliqué, bordel ».

[cymbale, pause puis crescendo cuivres, violon, chant] Et là mes amis, il faut des mots. Des termes choisis. Un parti-pris narratif. Faut-il verser dans l’épique ? La description clinique de l’action ne se suffit-elle pas à elle-même ?

Kaboré voit son centre mal dévié par Lepenant [cors, puis tous cuivres et bois], ce qui donne au ballon une trajectoire en cloche vers son but. Au second poteau [final symphonique], Clauss ne dispute pas la balle mais voit Diomandé paniquer, et dévisser à son tour un dégagement droit dans le genou de Malo Gusto, qui ne peut éviter à la balle de rebondir dans le but. Le « trit, trit, triiiit » arbitral retentissant au milieu des lyonnais effondrés achève de donner son sublime à la scène. Un chef d’œuvre. [fin, applaudissements, salut du maestro, larmes des esthètes, 1-2, 92e].

Qu’avons-nous vu ? Qu’avons-nous vécu ? Ne sommes-nous pas le jouet de nos sens, victimes d’une illusion ? Mais non, nous avons bien vu les nôtres gagner pour la première fois depuis 15 ans, contre des lyonnais qui pendant 90 minutes n’ont eu de cesse de nourrir nos regrets, avant de se poignarder eux-mêmes le cul avec une saucisse à l’ultime seconde. Rare et précieux.


Les joueurs

Lopez (3-/5) : Sans parler de responsabilité extrême sur le but encaissé, reconnaissons qu’il a souffert de la comparaison avec son quasi-homonyme lyonnais (sur le plan sportif j’entends, pour ce qui est des qualités humaines je voudrais pas de l’autre pour être suppléant de Manuel Valls).

Balerdi (4-/5) : Des matchs torpillés par des erreurs d’ahuri, une malchance irrémédiable, un statut officiel de tête de Turc auprès du supportariat, et pourtant le voici bombardé titulaire dans un match crucial, et avec réussite en plus. Depuis le panthéon des dieux vaudous, Erzulie constate avec satisfaction qu’elle n’a pas perdu la main pour ce qui est du sort de titularisation éternelle. Elle dépose un baiser sur sa paume, qu’elle adresse d’un souffle à son protégé : « ma mission avec toi est achevée, Leo, tu es maintenant capable de voler de tes propres ailes. Il est temps pour moi de trouver une autre âme à envouter. » La déesse envoie alors un autre baiser vers le monde des mortels. Sur la pelouse, le jeune Sinaly Diomandé se frotte la joue… est-ce un insecte, qui vient de se poser ?

Gigot (3/5) : Blessé au doigt en début de match, ce qui l’empêchera de planter des clous à mains nues pendant un jour ou deux mais reste sans incidence sur sa capacité à jouer au football (comme c’est d’ailleurs le cas chez Samuel de toutes les blessures ne nécessitant pas une amputation).

Kolasinac (4/5) :

– Bonjour Monsieur Kolasinac, je m’appelle Bradley Barcola et j’ai l’intention de vous dribbler, comme je viens d’ailleurs de le faire plusieurs fois avec succès vis-à-vis de vos camarades.

– Crac.

– Je vous prie de m’excuser Monsieur Kolasinac, je vais maintenant si vous le permettez me replacer dans mon camp. Veuillez transmettre des respects à vos camarades. Je vous prie de croire que je n’essaierai plus de les dribbler et je vous remercie de m’avoir laissé en vie.

Clauss (3-/5) : Là, comme ça, au débotté, on partait plutôt sur un franc 1/5 avec option insulte aux aïeules, pas tant pour la frappe parée par Lopez que pour la contre-attaque salopée ou la pelletée de centres-tirs en tribune. Mais bon, la nuit porte conseil, surtout quand on gagne, donc n’omettons pas pour autant de saluer son activité, les différences créées, et sa passe pré-décisive pour Sanchez.

Rongier (4-/5) : Dans de telles dispositions, leRongieur est aux milieux de terrain adverses ce qu’Edwy Plenel est à Marlène Schiappa ou une mouche plate au cul de Marlène d’un cheval : un cauchemar permanent.

Veretout (3-/5) : Hormis le fait de s’être fait couillonner par Lacazette, que nous aborderions certes avec une moindre bienveillance si le dénouement n’avait pas été ce qu’il fut, Jordan a fait le nécessaire pour que l’OM maîtrise les débats une fois le feu de paille lyonnais consumé.

Kaboré (4/5) : Issa a dépassé le simple avantage de permettre le repos de l’âme du supporter après des mois de Nuno Tavares : alors qu’on se contentait jusqu’ici de le voir se servir de son cerveau de manière plus fonctionnelle que le trépané de l’Emirates, nous voici heureux de le voir proposer bien plus, avec autorité défensive et montées percutantes.

Ünder (3+/5) : Depuis quelques semaines Cengiz donne l’impression de jouer sur le même fuseau horaire que ses coéquipiers. J’imaginais mal lui et Tudor dans le remake footballistique de Nuits blanches à Seattle,, mais bon, du moment que ça se finit bien…

Malinovskyi (2/5) : Donne l’impression de ne pas être encore acclimaté. Pour tout dire, on dirait le Prince Charles au loto de la Chourmo: on peut rester convaincu qu’on va finir par le décoincer à coups de pastaga, mais putain, y a du boulot.

Vitinha (83e) : On a hâte de le revoir fréquenter les surfaces adverses, parce que dans les vingt mètres précédents, pour l’instant on voit surtout de la lenteur et des contrôles du talon.

Sanchez (4+/5) : Plus acharné à voir les lyonnais défaits que le plus intégriste des supporters olympiens, à croire que sa mère a été agressée par Raymond Barre dans son enfance.


L’invité zoologique : Sinaly Diomangouste

Qui connaît le Roi Lion sait le statut de la mangouste : faire-valoir comique dont la vocation est de passer son temps à se faire mordre le cul par les hyènes et à se faire péter à la tronche par un phacochère. Personne ne respecte la mangouste, peut-être même pas elle-même, ce qui en fait l’invité zoologicomique approprié pour commenter avec nous ses meilleurs gags.

  • Les autres : Une grande équipe, c’est un grand gardien et un avant-centre. Une grande équipe de pitres, c’est un grand gardien, un grand avant-centre, et des défenseurs assez mauvais pour saper malgré tout les efforts des précédents.
  • Le classement : Nous voici un point devant Lens, qui se pose en rival principal après avoir dûment éclaté Monaco (à 6 points désormais).
  • Coming next : Essayons pour une fois de ne pas tout gâcher à domicile contre Auxerre : nous pourrons ensuite nous concentrer sur le sommet qui nous attend à Bollaert.
  • Les réseaux : ton dromadaire préféré blatère sur Facebook, sur Instagram et sur Twitter. Rémy B. remporte le concours zoologique.


Bises massilianales,

Blaah

3 réflexions sur “Lyon-OM (1-2) : La Canebière Académie déguste en gourmet

  1. Hello, je viens aussi de me taper l’acad sur fond de l’extase de l’or, j’ai pas mieux que la formule de Blon. On touche au génie.

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