OM-Ajax (4-0) : La Canebière Académie récure

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Ajacide.

Aïoli les sapiens,

Après dix jours maintenus à des altitudes himalayennes, l’OM revient se colleter à la plèbe. Se présente au Vélodrome l’Ajax d’Amsterdam, dont le palmarès et l’histoire prestigieuse ne trompent plus grand monde : on aura sans doute plus de mal samedi contre le FC Metz.


Les Longorious Basterds

Rulli
Pavard– Aguerd Medina (Egan-Riley, 36e) – Emerson
O’Riley (Højbjerg, 62e) – Vermeeren (Murillo, 82e)
Greenwood (honte à nous) – Nadir (Weah, 46e) – Paixão (Gomes, 62e)
Aubameyang

Signe qu’on a parcouru un peu de chemin depuis l’an dernier et son « no Rongier, no party », De Zerbi peut désormais coller Højbjerg sur le banc un soir de Ligue des Champions sans que cela ne prête à conséquence. Idem en défense, où l’effectif bretelles-ceinture nous autorise désormais à mettre Balerdi au repos.


Le match

Contre toute attente, l’OM ne presse guère laisse l’Ajax maîtriser le ballon et déployer son jeu dans les cinq premières minutes. Indécrottables optimistes que nous sommes, nous y voyons alors le signe d’un relâchement coupable, d’une suffisance impardonnable, nous ne faisons plus les efforts, nous allons perdre lamentablement contre une équipe nulle, la crise va saper le vestiaire, De Zerbi va partir avant Noël, les cyprès vont brûler, Martine Vassal va dealer la métropole contre la ville à Franck Allisio, la planète brûle et le fascisme est à nos portes, notre existence toute entière n’est qu’une absurdité sinistre dont la mort est la seule issue.

Sauf qu’en fait, c’était une ruse. Si. Voilà que maintenant on fait des finesses, nous, je sais pas si on se rend bien compte. La dernière fois qu’on avait montré de l’astuce, c’est quand Villas-Boas avait fait jouer un coup-franc rapidement contre Angers dans un match à 30% de possession de balle. De l’astuce réussie, je parle, sinon on aurait pu parler aussi de la composition d’équipe de Rudi Garcia à Monaco. Bref, jusqu’ici, l’OM c’était un peu la France insoumise du football : des combats nobles, mais des façons de faire qui ne militent pas particulièrement pour la subtilité et l’élévation de l’âme humaine.

Et puis là, paf, une ruse, donc. Au lieu de lâcher onze rhinocéros en rut à l’assaut du porteur de balle adverse, les hommes de De Zerbi adoptent la fulgurance du cobra. La circulation de balle endort la proie et puis d’un coup TCHAC, douze millilitres de venin olympiens dans vos mères. Nayef Aguder adresse une passe verticale soudaine à Aubameyang, en train de décrocher pendant que Paixão effectue le sprint inverse vers l’avant. La remise de Jean-Bite est parfaite, dans la course du Brésilien, lequel s’emmène la balle et part battre un gardien qui n’a manifestement rien compris à ce qui vient de se passer et oublie même de plonger (1-0, 6e).

La temps de savourer les yeux de muge des Néerlandais, l’air de dire à l’arbitre « euh, c’était légal, ça ? » et voici l’OM re-métamorphosé. Parce que le coup du cobra, là, la ruse des trois points venimeux du moine-serpent de Shaolin mes couilles, ce genre de choses, ça va un moment, mais y a quand même rien de meilleur que de faire les brutes épaisses et de concasser l’adversaire sur ses premières relances. Surtout quand ledit adversaire se pointe en Ligue des Champions comme s’il venait disputer la kermesse du hareng mariné – en sandwich, on dit un broodje haring, quand on pense que des gens viennent à Amsterdam pour la drogue et les putes et passent à côté de cette merveille de la stritefoude, ça me désole.


« Un Flamand et un Néerlandais, c’est pareil, pas aussi pareil qu’un Coréen et un autre Coréen, mais un peu pareil quand même », aurait dit le philosophe Thierry Roland. Ce doit être pour cette raison qu’Arthur Vermeeren lit parfaitement les pensées de Klaassen et intercepte sans effort sa relance pérave. Paixão récupère et, de l’entrée de la surface, envoie une merveille de pétard sol-sol. Malgré les progrès du gardien, qui a cette fois-ci eu le temps de brancher son cerveau et de plonger, la LOURDE finit au fond pour un doublé express (2-0, 12e).

L’Ajax, c’est le football total, et les grands clubs ne renient jamais leur identité. Par conséquent, quand l’Ajax prend une branlée, ce doit être une branlée totale. O’Riley n’a même pas besoin de récupérer la balle, il lui suffit de se présenter à Berghuis en faisant « bouh », pour que celui-ci passe la balle en retrait directement à Aubameyang. Face à des Olympiens qui ont décidé de ne commettre aucune erreur technique, ce nouveau cadeau est lui aussi fatal : Jean-Bite décale parfaitement Greenwood (honte à nous), dont le parfait enchaînement contrôle-plat-du-pied dissuade le gardien de faire semblant d’essayer quoi que ce soit (3-0, 21e).

En gros, l’Ajax subit exactement ce qui nous serait arrivé il y a quinze jours si les Madrilènes avaient été efficaces (il faudra qu’on leur donne des leçons de réalisme, à l’occasion, ce petit Mbappé, là, il est prometteur mais c’est pas normal de manquer autant d’occases). La seule ombre à cette première période idyllique réside dans la vilaine torsion de cheville de Medina, dont on attend encore le diagnostic.

La seconde mi-temps est placée sous le signe du relâchement,  à commencer par une relance anale de Rulli que notre gardien rattrape lui-même. Par un choix de passe étonnant, Aubameyang gâche ensuite un surnombre royal. Indécrottables optimistes que nous sommes, nous y voyons alors le signe d’un relâchement coupable, d’une suffisance impardonnable, nous ne faisons plus les efforts, nous allons nous faire lamentablement remonter par une équipe nulle, la crise va saper le vestiaire, De Zerbi va partir avant Noël, le préfet des Bouches-du-Rhône attribue l’incendie des cyprès à un complot islamo-gauchiste et décrète la loi martiale, la planète étouffe et tout est chaos(-mbouaré), notre existence toute entière n’est vouée qu’à la souffrance et aux baguettes jamais assez cuites.

Popopopo, pas de panique, en vrai on gère : un coup-franc cafouillé finit par être ressorti de notre surface par Paixão. En une touche, Emerson lance immédiatement Vermeeren au milieu de terrain, lequel percute et ressert notre Brésilien. Une nouvelle fois, la qualité technique parle : la passe d’Igor pour Aubameyang est parfaite, de même que l’appel, le contrôle et le pladupiésécurité de Jean-Bite (4-0, 52e).


Par la suite, il faut bien l’avouer, le spectacle cesse d’être au rendez-vous. Les efforts de pressing et de replacement cessent, ce qui se traduit par une domination totale de nos adversaires dans la dernière demi-heure. La défense tient la baraque, et Rulli fait le reste en exécutant une des fameuses RAIES à ras-de-terre sur un tir de près. Geronimo a même le bon goût de faire arrêter le jeu en signalant (simulant ?) une blessure, ce qui nous offre la petite pause nécessaire pour nous remettre à l’endroit. L’OM remonte un peu sur le terrain et tâche de conserver un peu mieux la balle : les occasions néerlandaises ne cessent pas, mais s’espacent tout de même.

Vexé d’être entré pour voir l’OM pédaler dans la choucroute, Højbjerg se fend de quelques savoureux tampons, dont l’un nous permet de récupérer la balle à l’entrée de la surface adverse. Greenwood (honte à nous) en profite pour enchaîner contrôle et enroulé à mi-hauteur : contre toute attente, le gardien se détend et réalise une très belle parade : de quoi lancer idéalement son match, si seulement nous ne jouions pas la 92e minute et si tout n’avait pas déjà été plié, rangé, ficelé de longue date.


Les joueurs

Rulli (3+/5) : Deux cagades en forme d’appel à l’aide : « arrêtez de bien jouer, les gars, moi aussi j’ai envie de m’amuser ! »

Pavard (3/5) : Un peu trop de coups-francs dangereux concédés. Voilà, niveau fantaisie, c’est tout pour ce soir.

Aguerd (4+/5) : A martyrisé tous les joueurs de l’Ajax qui se présentaient à lui, et quand ils ne se présentaient pas, c’est lui qui allait les chercher. Même ceux qui étaient forfait, ce matin il a fait un coup de Thalys pour aller les presser chez eux, ya pas de raison qu’ils y échappent.

Medina (3/5) : Le gros manque de bol, avec cette blessure que l’on espère pas trop grave. C’est dans ce genre de situation qu’on est rassurés de voir que Longoria et Benatia n’ont pas passé l’été en tongs au bord de la piscine (ou en tout cas, s’ils ont passé l’été en tongs au bord de la piscine, c’était avec le téléphone et le carnet de chèques).

Egan-Riley (36e, 3/5e) : Au vu du début de saison, on pouvait craindre que Conrad-Jaden soit le maillon faible de cette équipe, mais il n’en a rien été ce soir. Il faut dire que pendant le début de saison, on n’avait pas encore Pavard et Aguerd parmi nous, niveau environnement de travail ça joue un tout petit peu.

Emerson (4/5) : Dans « Aliens », il jouerait le rôle du sergent qui dit « En route mes petits chéris, on n’est pas payés à l’heure. Allez, plein gaz ! ». C’est pas le rôle principal du film, mais l’intégralité de son temps à l’écran est un posage de burnes total.

O’Riley (3+/5) : Regarde-le, ressens-le, ce milieu de terrain où il évolue avec l’aisance de celui qui est là depuis dix ans.

(NB : je cherchais toujours la chanson qui correspondait à la note de brouillon que j’avais prise, « O’Riley : vanne inédite à faire sur chanson célèbre » ; c’est bon, cette fois je l’ai)

Højbjerg (62e, 3+/5) : Il est entré avec son envie habituelle de botter des tafanaris, sauf que le reste de l’équipe avait justement activé le mode « rien à branler ». Le connaissant, ça a dû l’agacer. Ouh, que ça a dû l’agacer.

Vermeeren (4+/5) : Les supporters de l’Ajax qui se sont dit : « Chic, Højbjerg n’est pas titulaire » = nous qui nous sommes dit : « Chic, Chibrald Darmanin n’est plus ministre de l’intérieur ».

Murillo (82e) : Evidemment, par rapport à son entrée à Strasbourg, la pression était un peu moindre.

Greenwood (honte à nous, 4/5) : OK, il a fait une dernière demi-heure de branleur, ce qui reste énervant. Mais considérons ça comme son argent de poche de la semaine, comme il a bien travaillé par ailleurs il l’a bien mérité.

Nadir (3/5) : Un boulot sérieux, pour le reste il a regardé ses coéquipiers tirer le feu d’artifice.

Weah (46e, 3/5) : L’un des seuls à manquer d’un peu de justesse technique au moment d’y aller de son but.

Paixao (5/5) : Bien sûr, il faudra le voir à l’œuvre chez les bouseux de Ligue 1 et leur blocquéquipes compactés sur dix mètres, où il ne pourra pas faire deux pas sans qu’il y ait un fils caché de Francis Heaulme qui essaie de l’enterrer dans la pelouse. En tout cas, contre des gens qui viennent pour jouer au football, c’est grandiose.

Gomes (62e, 3/5) : Techniquement y a du matos, c’est certain, mais cette façon de tripoter la balle dix fois avant de faire une passe risque de l’éloigner un peu de la philosophie générale de l’équipe. Dans les circulations de balle, il faudrait qu’il devienne Angel GoFast, un peu.

Aubameyang (5/5) : Dire que dans les années 1070, l’Ajax c’était le vent de fraîcheur, des jeunes chevelus arrogants qui venaient révolutionner le footballen se ricanant de la vieille génération. Tout ça pour que 50 ans plus tard, le même Ajax se fasse POURRIR par un daron à la coiffure « Visit Istambul » qui fait ses interviews en claquettes-chaussettes. Ya des légendes, faudrait jamais qu’elles vieillissent. Sauf Jean-Bite, justement, lui ça lui va bien, de vieillir.


L’invité zoologique : Raoul Morue

Dans le sport d’Amsterdam, y avait des joueurs qui dansent, avec des rouflaquettes et des grands shorts flottants ; dans le sport d’Amsterdam, y avait football total, des équipes rayonnantes et des joueurs qui régalent. Sauf que maintenant, ça sent surtout la morue dans le cœur des frites, en fait.

  • Les autres : Trop tendres dans les duels, trop naïfs en défense, trop inefficaces en attaque, bref trop impropres à ce niveau de compétition. Oui, on se permet de juger les autres équipes de Ligue des Champions, maintenant, faut vous y faire.
  • Le classement : Nous intégrons le peloton des équipes barragistes, ce qui n’est guère significatif : si l’on considère que trois autres victoires sont à obtenir pour être certains de se qualifier, c’est maintenant que le plus dur arrive. À domicile, nous n’aurons plus que du lourd avec l’Atalanta, Newcastle et Liverpool, quand les équipes a priori plus abordables seront affrontées à l’extérieur (Sporting, Union Saint-Gilloise, Club Bruges).
  • Coming next : Ah chic, voilà Metz, on va encore avoir un nouveau style d’adversaire, du genre à douze dans la surface pendant 89 minutes et un contre décisif sur la 90e (enfin, c’est peut-être cliché, je sais pas. Vous croyez qu’on regarde le FC Metz, ici ?)
  • Les réseaux : ton dromadaire blatère surFacebook et BlueSky. Didier A. remporte le concours zoologique.


Bises massilianales,
Blaah

3 réflexions sur “OM-Ajax (4-0) : La Canebière Académie récure

  1. B(l)ah, rien à dire, juste savourer. Blaah a depuis longtemps franchi ,le cap périlleux des victoires, même les séries d’iceux, chaque détail est fignolé, merci et bravo.

  2. Avant, j’attendais les matchs de l’OM juste pour lire tes articles. Maintenant je les attends aussi pour les victoires. Les temps ont changé.

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