OM-Lokomotiv Moscou (1-0), La Canebière académie doit travailler son Yi
A nous l’Europe des routes départementales.
Aïoli les sapiens,
La campagne européenne est à ce jour un échec, c’est un fait. Se faire lourder d’Europa Ligue dans un groupe aussi favorable après avoir dominé les cinq sixièmes de nos matchs, cela frôle la faute professionnelle. Mais la vie est ainsi faite que l’UEFA nous a offert cette compétition de rattrapage sous forme de Conférence Ligue : qu’on la gagne et ce début de saison calamiteux sera vite oublié avec hélicobites, bus à impériale et plongeons dans le Vieux-Port comme aux plus belles heures de nos victoires en Coupe de la Ligue. Pour cela, il fallait déjà éviter d’être ridicules contre le plus faible adversaire de notre poule, un match nul nous suffisant à valider ce repêchage.
Les Longorious Basterds
Mandanda
Rongier (expulsé, 80e) – Balerdi – Saliba – Luan Peres
Guendouzi (Lirola, 68e)– Gueye (Kamara, 68e) – Gerson
Ünder (Luis Henrique, 86e) – Milik (Payet, 68e) – De La Fuente (Dieng, 81e)
Mandanda et Balerdi sont ressortis du placard pour l’occasion. Kamara est préservé au profit de Gueye, tandis qu’Ünder fait son retour entant que titulaire. Payet prend également un peu de repos sur le banc de touche.
Le match
Le Yi. L’intention qui procède de l’esprit et guide le souffle vital. Le pratiquant de taichi qui effectue une poussée de mains ne doit pas seulement pousser, il doit éprouver l’intention de pousser. Lorsqu’il engage une poussée, son esprit et son corps doivent être tous entiers mobilisés vers le geste, de son origine à sa finalité. On ne pousse pas parce que c’est écrit dans le manuel ou parce que le professeur le demande, on exécute le geste dans une intention : en taolu, il s’agit de manifester la plus haute maîtrise du qi ; en combat, il s’agit d’encastrer l’adversaire dans la baie vitrée du fond de la salle en un seul mouvement.
L’OM a perdu son yi et c’est sans doute ce qui explique qu’il manque autant de qul, de qi, pardon. Pour prendre une comparaison avec un sport qui n’a rien à voir puisque japonais et de droite, l’OM cette saison, c’est comme si Teddy Riner passait cinq minutes à danser le tango avec ses adversaires au lieu de les enterrer dans le tapis en quinze secondes. On se gargarise d’intentions de jeu qui n’ont rien à voir avec des intentions, puisqu’aucune de nos actions n’est exécutée dans l’objectif de faire mal à l’adversaire, y compris lorsqu’il se trouve faible et archi-dominé comme hier soir encore.
Aussi n’allons-nous pas nous étendre sur le résumé de la première mi-temps, c’est exactement la même que contre Brest samedi. L’OM monopolise la balle et n’est jamais en danger, mais les moments où nous percutons réellement la défense adverse se comptent sur les doigts d’une bite. Seul De La Fuente retrouve son envie de punir les latéraux adverses en un-contre-un : sorti de cela, on en reste dans l’approche inoffensive, les attaques gentillettes avortées soit par manque de spontanéité soit par le défaut d’un geste juste à la dernière passe. Ce n’est même pas que l’OM dort : l’énergie est bien présente, comme en témoignent nos nombreux seconds ballons récupérés de manière autoritaire. Mais cette énergie n’est pas tendue vers ce qui serait le but premier du football : se procurer des occasions, tirer, et finalement marquer des buts.
Le service minimum est tout de même assuré grâce à une généreuse erreur de marquage moscovite, qui laisse Milik seul au premier poteau pour reprendre de la tête un corner d’Ünder (1-0, 35e). À la mi-temps, on se demande ainsi à quelle sauce nous risquerons de nous mâcher les gonades en fin de rencontre.
La reprise laisse cependant espérer voir un OM un peu plus préoccupé par la cage adverse, Gerson étant trouvé deux fois de suite en bonne position sans parvenir à tromper le gardien. Le faux-rythme s’installe pourtant rapidement, jusqu’à un éclair collectif inattendu après l’heure de jeu. Après 67 minutes de tripotage de bon aloi, Rongier, Ünder et Guendouzi déclenchent soudain une merveille de combinaison verticale qui leur fait transpercer tout le terrain en cinq secondes. Après un double une-deux avec Mattéo qui finit d’éparpiller la défense, Valentin décale Gerson seul dans la surface. Ici encore, le pladupiésécurité du Brésilien est accompli de manière trop désinvolte : le gardien traîne suffisamment pour dévier le ballon, qui rebondit miraculeusement sur le haut de la barre.
Sans changer son schéma, Sampaoli fait entrer des hommes frais, dont un Payet bien décidé à pisser de l’élégance aux quatre coins du terrain. Faute comme d’habitude d’avoir tué le match, l’OM s’expose à la même claque qu’au match aller : il suffit ainsi à Rybus de déborder deux fois Rongier pour que celui-ci commette deux fautes de zébu, lui valant deux cartons jaunes à un quart d’heure d’intervalle. L’OM doit ainsi jouer les dix dernières minutes à dix ; malgré la relative pression infligée par des Moscovites obligés de marquer deux fois pour rester en lice, le slipomètre reste dans des proportions raisonnables. Hormis dans le temps additionnel un surnombre dans notre surface, sur lequel les deux attaquants se marchent dessus, nous n’avons guère l’occasion de trembler réellement.
La fin de match peut ainsi se consacrer à admirer les illuminations de Noël installées par Payet sur la pelouse, une féérie absolue à base de crochets, petits ponts et extérieurs du pied servis sur leurs toasts à la truffe. Comme d’habitude, ses camarades écarquillent des yeux d’enfants sans rien faire de ces offrandes, au grand dam de Dimitri qui va finir passablement lassé d’offrir autant de caviar à des gorets pareils. À l’ultime minute, notre meneur de jeu se trouve à la réception d’un centre de Luis Henrique ; alors que chacun s’attend à une reprise de volée pourvoyeuse d’éjaculations spontanées et générales, Dimitri prend le parti de contrôler, revenir pourrir trois défenseurs adverses en pleine surface et de littéralement déposer le ballon devant Dieng seul à trois mètres du but en lui disant : « putain de merde, dis-moi qu’au moins vous allez finir par le marquer celui-là. » Peine perdue, Cheikh qui n’avait plus qu’à envoyer un gros pointard tout droit panique, et trouve le moyen de tirer trois bons mètres à côté de la cage.
L’avantage désormais, c’est que la suite de notre compétition se déroulera à élimination directe, ce qui nous évitera de nous contenter plus longtemps de dominations stériles : au moins là, soit on marquera, soit on rentrera à la maison. Je vous préviens, au barrage aller de février, si j’entends dire « c’est vrai que ce 0-0 contre Bodo Glimt est frustrant mais nous aurons le match retour en Norvège pour nous refaire », ce sera le Monsieur Lapin direct quel que soit le résultat ensuite.
Les joueurs
Mandanda (3/5) : « Je sais, il fait 2 degrés dehors et il n’y a rien à faire, mais il faut que tu sortes, tu ne vas pas rester le nez collé à tes écrans tout l’hiver. »
Rongier (2-/5) : Du beau Rongieur, plus franchement fixé en latéral droit mais néanmoins auteur de projections régulières au milieu. Un travail dûment salopé par deux fautes que même Pape Gueye n’aurait pas osé commettre (non, je déconne, bien sûr que Pape aurait fait les mêmes).
Balerdi (3/5) : Disparu aussi mystérieusement qu’une tenniswoman chinoise, il est réapparu apparemment libre et en bonne santé.
Saliba (3-/5) : Je suis limite plus serein de le voir défendre contre Mbappé. Quand il affronte des viers marins, William manque de rigueur et commet quelques pertes de balle évitables ; qu’il rattrape une main dans le slip, certes, mais tout de même.
Luan Peres (3/5) : A l’image de Dwayne Johnson chez Netflix, il doit avoir une clause contractuelle qui interdit de l’ôter de l’affiche ne serait-ce qu’une semaine. Pas que ce sort de titularisation éternelle soit immérité au vu de ses performances, mais même lui va finir par avoir besoin de souffler un peu quand même.
Guendouzi (2/5) : Mattéo semble fatigué, mais fatigué comme un teufeur sous MDMA : il montre toujours autant d’énergie, c’est juste que ses gestes sont un chouïa plus approximatifs.
Lirola (38e, 3/5) : Entré en position plus avancée que Rongier, qui reste latéral, Pol ne s’est pas mal débrouillé du tout en initiant quelques belles contre-attaques, offrant un peu de jeu direct qui nous manquait. Il aurait même pu obtenir un pénalty : l’arbitre était à deux doigts de siffler mais bon, contestations, var, devoir bouger jusqu’à l’écran de contrôle, bref, la grosse flemme.
Gueye (2/5) : Cette nuit j’ai rêvé que j’étais dans une équipe amateur de l’OM. On avait un match à la Commanderie le jour de mon mariage ; à l’arrêt de bus je croise l’équipe première qui s’en va mais je retrouve aussi mon coéquipier, Monsieur Clepero (Monsieur Clepero c’est un Monsieur de Pertuis qui se déplace avec deux cannes, parfois je lui porte ses courses au marché, sauf que dans mon rêve il a pas de béquilles et il est dans mon équipe). Le match se finit et là je me marie sur place (mon témoin n’est pas arrivé mais par contre il y a Arthur, un ancien collègue d’études que je n’ai pas vu depuis 19 ans, il est revenu à Marseille juste pour se marier aussi). Je suis toujours en maillot de l’OM, sauf que j’ai envie d’aller aux toilettes, et là le problème c’est que les toilettes de la Commanderie sont immondes, y a même de la merde sur les murs, je m’en mets sur les doigts c’est horrible. Heureusement je sais qu’il y a une maison avec des toilettes juste à l’entrée, donc j’y vais mais là il y a Jean-Michel Blanquer qui me passe devant donc je dois chercher une autre toilette. En y repensant, le match de Pape Gueye c’était un peu pareil que mon rêve, on a du mal à identifier un fil conducteur.
Kamara (68e, 3/5) : Sobre et vigilant, contribue à une fin de match sans émotions superflues.
Gerson (3/5) : Retrouve un volume de jeu plus en adéquation avec les attentes, loin du fantôme du début de saison. On apprécie ses projections régulières en avant-centre : même s’il rate des occasions, au moins il s’en procure, ce qui représente déjà un premier pas.
Ünder (3/5) : Gerson enfin plus percutant, c’est hier Cengiz qui incarnait cet OM « qui fait ses trucs ». Il fait des actions, il les réussit même, mais quand on récapitule, on se sent un peu comme l’exégète de Marlène Schiappa : malgré le volume on trouve peu de choses concrètes à en tirer. Notre Turc, lui, aura tout de même eu l’avantage de tirer un corner décisif.
Luis Henrique (86e) : Il a pris le peu de temps dont il disposait pour se mettre en évidence avec justesse, c’est bien.
De La Fuente (2+/5) : Nouveauté extrêmement appréciable : Konrad a retrouvé l’envie de souiller les latéraux adverses, avec ses démarrages de dragster qu’on s’attristait de ne plus le voir tenter. Au moins, même si des imprécisions techniques gâchent un peu son match, on est content de le revoir s’appuyer sur ses points forts.
Dieng (81e) : Oui alors attention, cette action de la 95e minute, elle est de celles qui forgent une réputation.
Milik (3/5) : Malgré un match mitigé, c’est très bien de le voir un peu plus fixé en pointe : les décrochages à la con chez un avant-centre, c’est comme la clope, une fois qu’on a commencé c’est dur de s’en défaire. Trois tirs, un but, c’est pas le grand soir mais ça fait déjà le job.
Payet (68e, 4/5) : À l’image de ton actrice porno préférée qui avait pourtant annoncé faire relâche, mais qui finalement branche sa caméra pour un show surprise et gratuit. On ne s’y attendait pas mais si ça lui fait plaisir, ça nous fait plaisir.
L’invité zoologique : Alexis Bécasse Bécasse
Proie facile, la bécasse est particulièrement habile pour se planquer et passer inaperçue, seul moyen pour elle de gagner quelques mois d’espérance de vie. Même des chasseurs tels que nous, myopes et atteints de Parkinson, finissent par réussir à lui tirer dessus, pour un tableau sans gloire mais qui paie le repas.
– Les autres : Sans leur faire injure, c’est quand même une honte de notre part de ne pas les avoir châtiés sévèrement sur les deux rencontres.
– Le classement : La troisième place du groupe est validée. C’est nul, mais ce n’est pas encore la honte absolue : rendez-vous donc pour un 1/16 de finale de Conférence Ligue en février contre un adversaire exotique et faiblard, du genre Bodo Glimt, Qarabag ou Tottenham.
– Coming next : plus que neuf jours avant le 1/32 de finale de Coupe de France contre l’Entente sportive Cannet-Rocheville. Dans l’attente de l’événement, c’est un déplacement explosif qui s’annonce dimanche chez un Strasbourre en pleine bourg. La réception de Reims conclura l’année.
– Les réseaux : ton dromadaire préféré blatère sur Facebook, sur Instagram et sur Twitter. Après un bug dans le lancement du concours zoologique, Rémi M. remporte la session de rattrapage.
Bises massilianales,
Blaah.
C’est vrai qu’un potentiel seizième de finale face au Fotballklubben Bodø/Glimt 1916 aurait quand même de faux airs de trente-deuxième contre l’Association sportive forézienne Andrézieux-Bouthéon. Football plaisir, comme dirait l’autre.
Et puis niveau climat on sera pas dépaysés par rapport à Saint-Étienne, c’est bien.
Arkadiuuuuuuuusz !!!
Allez l’O*M !!
Droit au but !