OM-Lyon (1-0) : La Canebière Académie pare au plus pressé

Anodin : adj. inoffensif, sans grande portée ni importance. Syn. : banal, insignifiant, quelconque

Aïoli les sapiens,

Il a finalement suffi qu’un défenseur se baisse. Dans un temps additionnel rendu slipodantesque par notre incapacité à assurer le score et notre génie pour encaisser des buts tous aussi improbables les uns que les autres, il a suffi que Chancel se baisse pour que le tir de Cherki lui effleure le crâne et file tranquillement en sortie de but. Pendant ce temps ma femme regardait Tenet : il paraît que le film est déjà imbitable quand on se concentre sur l’histoire, alors en y jetant un œil de temps en temps il était peine perdue de piter quoi que ce soit au scénario. De ce que j’ai compris, ça parle de gens qui sont capables d’inverser les lignes temporelles pour aller influer sur le passé. Si c’est ça, la fin de match contre Lyon est porteuse d’espoir, autant il y a un génie de la technologie qui est en train de remonter depuis le futur pour prévenir les joueurs de ne pas dévier les tirs. Là, il vient de croiser Chancel, puis dans quelques jours il croisera Issa Kaboré contre Strasbourg et dans un peu plus longtemps avant, si ça se trouve il ira parler à Balerdi avant le match contre Lens, puis encore un peu après dans le passé à Balerdi encore pour le match contre Ajaccio.

L’affaire paraît un peu trop simple, cela étant, puisque vous aurez noté que Leo ne fait plus de connerie depuis quelque temps. Cela voudrait plutôt dire qu’une équipe du futur (appelons-les : « les rouges ») est partie la première dans le passé pour s’occuper prioritairement du cas de Balerdi, pendant qu’une seconde équipe (« les bleus ») est partie un peu après pour s’occuper des autres détails, et donc, là, on se trouverait pile au croisement de toutes les lignes temporelles :

  • la ligne temporelle d’Igor Tudor, tracée à la charrue à bœufs et qu’aucun voyageur du futur ne parviendra à faire dévier de son sillon ;
  • la ligne de Leonardo Balerdi, que les vétérans de l’équipe rouge sont allés choper deux mois avant pour lui apprendre à ne plus dévier les tirs n’importe comment, bordel ;
  • la ligne de l’équipe bleue, qui est allée choper Mbemba in extremis par le col pour l’empêcher de dévier le tir de Cherki : on constate d’ailleurs une preuve de cette rupture temporelle, avec le plongeon très tardif de Lopez, signe que celui-ci suivait encore la ligne principale fusionnée Tudor-équipe rouge et s’attendait donc à être victime d’un énième contre-pied à la con.


Si le plan se déroule comme prévu, la trêve internationale permettra au continuum temporel de se recaler sur une dimension unique où l’on n’aura pas encaissé ces buts foireux contre Lens, Ajaccio et Strasbourg et on reprendra le championnat en étant deuxièmes au classement. Si nos voyageurs du futur sont efficaces, peut-être même qu’ils enverront une troisième équipe avant le temps additionnel contre Tottenham pour leur réexpliquer certaines choses, un peu comme des gosses limités qui se voient offrir un redoublement de leur CP.

En tout cas je ne suis pas certain d’avoir tout compris mais si tout se passe comme dans le film, à la fin ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. On ne peut qu’être optimistes pour la suite de la saison, donc.


Les Longorious Basterds 

Lopez
Mbemba – Gigot (Kolasinac, 61e) – Balerdi
Clauss – Rongier – Veretout (Payet, 84e) – Tavares (Touré, 90e)
Ünder (Guendouzi, 61e) – Harit
Sanchez (Gerson, 90e)

La voix populaire : Guendouzi indispensable mais plus en retrait, ne plus isoler Sanchez en pointe, Darmanin démission.

Igor Tudor : les Rongetout au milieu, Guendouzi sur le banc, Sanchez seul en pointe, et ça finira par passer.


Le match

Comme d’habitude, l’OM met en place son taper, taper, taper habituel, monopolisant le ballon et s’installant dans le camp adverse. L’occasion pour Alexis Sanchez de découvrir à son tour l’une de ces spécialités qui font la renommée de la France : l’arbitrage des OM-Lyon. Servi par Nuno Tavares, Harit adresse un bon centre à ras-de-terre dans les six-mètres, où Alexis subit le tacle de bourrin de Tagliafico au moment de reprendre. Sans aucun doute confuse pour M. Letexier, l’action s’avère pourtant limpide sur les écrans, devant lesquels les arbitres vidéo peuvent constater qu’à aucun moment le défenseur ne touche la balle lorsqu’il envoie valdinguer le Chilien. Stéphanie Frappart ne corrige pourtant pas l’erreur initiale, l’affaire devenant tellement banale qu’on en vient à l’accueillir avec fatalisme, un peu comme un marché public truqué à la mairie d’Istres.

Je m’en revenais du Haut-Var et j’ai croisé un Marseillais au parvis qui m’a dit que Stéphanie Frappart était la pire VAR. Ovipare, Frappart ? Elle pond des œufs ? Non, des faits de jeu (l’homme n’avait pas bu que de l’Hépar, à l’apéro). Voici un cas rare, me dis-je. Il faut que je le grave dans le marbre. Ni une ni deux je sors mon calepin, et je dis : mon brave, dites donc m’en plus sur ce fait de jeu de Madame Frappart. C’était sur un centre au second poteau. Second poteau Pavard ? Eh non, il me dit, pas de VAR. Alors qu’il y avait péno. C’est pour ça que je vous ai dit tout à l’heure au parvis que Frappart était la pire VAR, et encore je vous ai pas parlé de l’autre connard. Un canard ? Vous me parlez encore d’ovipare ? Mais non, de Letexier, l’abruti qui tient le sifflet. Alors moi je m’étonne, je corrige, je lui dis : mais un idiot au sifflet, c’est pas un canard, c’est un poulet. Et là il a tourné les talons en disant quelque chose comme « eh mes couilles, ça va le comique, nique un peu tes morts, ah. »

Note de la rédaction : recruté pour égayer les colonnes de cette académie, l’humoriste belge Raymond Deuxviers a décidé unilatéralement de rompre son contrat à l’issue de cette première et unique collaboration. Nous lui souhaitons bonne continuation et prions nos lecteurs de nous excuser pour les éventuels désagréments occasionnés.


Anecdote amusante peu après le quart d’heure de jeu : nous nous trouvons presque à la moitié de la saison et Jordan Veretout ne sait toujours pas qu’Ünder est gaucher : son corner est adressé en retrait à Cengiz, d’une manière parfaite si celui-ci eût été droitier. Sur son mauvais pied, Cengiz tergiverse, perd la balle, et occasionne une contre-attaque qu’une intervention magistrale de Balerdi empêche de se transformer en un but qui se serait révélé encore plus débile que les précédents.

Un autre corner est, lui, judicieusement tiré au premier poteau pour Sanchez, qui voit sa reprise échouer de peu à côté. Passée la demi-heure, le match sombre dans un faux rythme. L’OM cherche un second souffle, et voit de surcroît plusieurs de ses actions avorter par maladresse ou fébrilité. On ne peut pourtant pas contester la domination de l’OM, dont Rongier se montre le meilleur baromètre : puisque Valentin disparaît quand le combat devient rude, si on le voit souvent c’est bien que nous dominons. CQFD. Servi par Harit, le Rongieur voit son centre en retrait contré en corner. Sur le coup de pied de Veretout, Balerdi et Sanchez embarquent leurs défenseurs au premier poteau, Gigot passant devant le dernier défenseur restant pour exécuter une tête basse décroisée imparable (1-0, 44e).

Nous assistons à un match quasi-jumeau de celui de mardi en Ligue des Champions, si bien que la principale interrogation qui s’ébauche alors est de savoir à quel moment nos joueurs se mettront à faire de la merde. Point n’est besoin d’attendre la pause pour cela, d’ailleurs, puisque dans la foulée du but l’OM panique et se recroqueville devant sa surface, occasionnant un coup-franc de Caqueret bien claqué par Lopez.


Pénible pour ce qui est du jeu, notre seconde période demeure au niveau attendu sur le plan du combat. On notera cependant que malgré l’antagonisme entre nos deux clubs, les duels demeurent disputés dans le respect, à l’exception de deux ou trois semelles de porcasses distribuées par les lyonnais pendant que l’arbitre était occupé à déguster un panier-rosette. Veretout et Gigot poussent la courtoisie jusqu’à s’exploser mutuellement au lieu de défoncer un adversaire. Notre buteur du soir ne s’en remet pas, obligé de quitter le terrain à l’heure de jeu. Igor Butor profite de l’occasion pour également faire entrer Guendouzi au poste de milieu offensif, à la place d’Ünder : notre schéma traditionnel est alors reconstitué, pour le meilleur comme pour le pire. Fatigue et peur aidant, d’ailleurs, on serait plutôt proche du pire. Sanchez se bat comme un chien mais se trouve toujours aussi seul, Harit est visiblement cramé mais se voit maintenu à toute force sur le terrain, et les Rongetout peinent de plus en plus à empêcher les Lyonnais d’approcher. Sans parler d’occasions franche, nos adversaires maintiennent le slipomètre à un niveau élevé. Le ballon n’est plus tenu, les dégagements sont paniqués, et c’est finalement un incident de jeu qui force notre entraîneur à remanier le système : tombé au champ d’honneur, Veretout doit sortir à six minutes de la fin, ce qui ramène Guendouzi au milieu et permet à Payet de faire son entrée.

Si la tension demeure, l’OM peut enfin se procurer de nettes occasions de tuer le match. Dimitri s’illustre ainsi d’une admirable déviation pour Clauss, dont le centre parfait trouve Sanchez ; seul, Alexis décroise trop sa tête. Notre attaquant se rattrape juste après en participant à un très beau une-deux avec Guendouzi (té, c’est ce que l’on disait : même en reculant d’un cran, Mattéo parvient à se projeter dans la surface, donc pourquoi se priver ?) : à quelques jours d’annoncer la sélection à la coupe du Monde, Didier Deschamps a sans doute vu sa vie défiler en voyant Lopes préparer sa plus belle sortie de boucher devant Mattéo, mais le gardien met finalement notre joueur en échec par une parade d’une propreté absolue.


Après, amis lyonnais, on ne peut pas avoir à la fois le beurre et l’argent du beurre, Anthony Lopes intelligent ET Alexandre Lacazette adroit : c’est soit l’un soit l’autre. L’avant-centre qui nous a tant martyrisés place ainsi sa tête piquée sur Pau Lopez, à l’orée du temps additionnel. Ce temps additionnel, parlons-en, d’ailleurs. Passe encore pour l’entrée de Touré à la place de Tavares, qui de toute façon commençait à devenir l’exact contraire du mot « fiabilité ». L’entrée de Gerson pour Sanchez, en revanche, aurait pu s’inscrire au panthéon de nos rétractations gonadiques les plus suicidaires. Alors que ces six interminables minutes supplémentaires promettent de se jouer à la tripe et à la couille, un Alexis peu en réussite mais d’une combativité irréprochable se voit ainsi remplacé par un milieu dépressif, nous privant d’un point d’ancrage à l’avant sans rien apporter derrière. Autant dire que si l’on avait foiré cette fin de match, c’est par paquets de douze que nous aurions découpé les points dehors en invitant l’entraîneur à se les coller où je pense en compagnie de son contrat de travail à l’OM. Fort heureusement, après le tir non-dévié de Cherki évoqué en introduction, une ultime tête de Tagliafico sur corner finit elle aussi hors du cadre.

L’OM remporte donc l’essentiel au terme de sa pire prestation depuis plusieurs matchs, après avoir laissé échapper une multitude de points qui se seraient trouvés pourtant bien plus mérités. Igor Tudor gagne donc du temps pour remettre en question les aspects les moins plaisants de son action, ce qui serait d’autant plus bienvenu que les aspects positifs, eux, ne sont franchement pas dégueulasses. Le taper taper taper fonctionne et peut se montrer séduisant, c’est un fait, mais ne peut pas suffire à assurer toute une saison : c’est dans la gestion des temps faibles et des remplaçants que l’équipe doit s’améliorer, tout en osant apporter un peu de variété dans l’utilisation de Guendouzi et Sanchez par exemple. Enfin, je sais pas pourquoi on discute, puisque de toute façon depuis deux semaines la moitié de nos résultats tiennent à un ballon dévié ou non d’un poil de bite. Voilà qui relativise la notion de maîtrise des événements.


Les joueurs

Lopez (3+/5) : Commet des erreurs, mais dont les conséquences sont anodines, ce qui sur une saison de gardien de but est justement tout sauf anodin.

Mbemba (3+/5) : De la maîtrise, de l’éléganceet du dépassement de fonction en première mi-temps, des coups de tête et de tatane pour parer au plus pressé en seconde. On aime ces joueurs qui savent lire une météo de match et sortir les grosses bottes de pluie quand l’orage menace.

Gigot (4+/5) : Colosse barbu quisème la terreur parmi les méchants, galvanise les foules déchaînées, finit par tomber en héros après un coup venu de son propre camp. Ici c’est pas Sparte, c’est Marseille, bébé.

Kolasinac (61e, 3/5) : Séduisant comme un break Volvo, et robuste de même.

Balerdi (4-/5) : Imaginez un assemblage 70% syrah 30% pisse. Ce serait assurément mauvais. Bah Leo c’est pareil, on s’en foutait qu’il comporte 70 % de Franco Baresi si c’était pour le gâcher par 30 % de Jérémy Morel. Maintenant qu’il a l’air de vouloir gommer ces vilains dépôts, on va pouvoir commencer à affiner.

Clauss (3/5) : De la même manière que les professeurs en fin de carrière se souviennent plus facilement du cancre tripleur de CP que du bon élève timide, on aura plus de choses à dire de Nuno Tavares que de Jonathan Clauss à nos vieux jours.

Rongier (3-/5) : Monsieur 110 km/h sur autoroute : par trafic fluide c’est efficace, confortable et économe, mais en heure de pointe avec des camions qui déboîtent de partout, faudrait peut-être songer à appuyer sur l’accélérateur si tu veux rester vivant.

Veretout (3+/5) : N’hésite pas à payer de sa personne dans le combat du milieu de terrain, ce qui représente une manière très appréciable d’expier ses pertes de balle.

Payet (84e) : À l’origine d’une belle occasion pour Sanchez, ce qui devrait convaincre Tudor de lui octroyer quelque chose comme – soyons fous – DIX minutes d’entrée en jeu au prochain match ?

Tavares (2/5) : L’ennui quand on est dominé, c’est qu’il tente ses choix merdiques sur nos balles de relance au lieu de les tenter dans la surface adverse. Sa dernière demi-heure est à montrer dans toutes les écoles de cardiologie.

Touré (90e) : La manière dont Balerdi lui a mis le pied dans la gueule en voulant dégager un ballon chaud nous fait dire que non, cette fin de match ne respirait pas la sérénité.

Ünder (1+/5) : On veut bien que Tudor ait du mal avec ses remplaçants, mais s’il arrivait aux dits remplaçants de faire de bonnes entrées en jeu de temps en temps, ça simplifierait beaucoup la tâche de notre entraîneur, en fait.

Guendouzi (61e, 2/5) : Même parvenu au faîte de la sagesse et de la maîtrise du Qi, il arrive que le guerrier éprouve le besoin de repos, et par conséquent qu’il ait un peu la tête dans le pâté au moment où on le tire dudit repos.

Harit (2/5) : L’entrée de Payet, c’est moins une question de respect pour Dimitri que d’hygiène et de sécurité pour Harit. Il a l’air physiquement lessivé, le pauvre garçon.

Sanchez (3-/5) : Cet homme préfèrerait voir ses enfants fouettés plutôt que de perdre un ballon. Avec des gars aussi hargneux qu’Alexis Sanchez, on se serait évité quelques déculottées saignantes ces dernières années contre Lyon. Reste qu’à un moment, il faut aussi parler de football, et dire que nos slips ont trop souffert de cette balle de 2-0 manquée pour qu’on la lui pardonne absolument.

Gerson (90e) : Avant il enflammait le dancefloor, maintenant il le balaie. C’est toujours mieux que le chômage.


L’invité zoologique : Jérôme Beauhareng

Se consommant fumé, vinaigré, salé ou faisandé, le hareng s’accompagne de quelque manière qu’on le prépare d’un fumet qui oscille entre le vaguement douteux et le franchement nauséabond. Il s’agit donc de l’invité approprié pour évoquer ce match contre les puants.

  • Les autres : Tous les critères sont réunis pour faire de Lyon le Tottenham français : l’antipathie, le jeu abominable, la capacité à piner ses adversaires en contre-attaque, et l’attachement à l’identité juive. Bon, ok, presque tous les critères.
  • Le classement : Nous voici quatrième au sein d’un peloton Rennes-Monaco-Lorient : cette vistoire était indispensable pour limiter la casse de ce mois dantesque.
  • Coming next : Un ultime déplacement chez nos rivaux directs monégasques conclura la séquence. Place ensuite à une trêve de deux mois bienvenue pour recoller les morceaux et envisager une phase totalement différente.
  • Les réseaux : ton dromadaire préféré blatère sur Facebook, sur Instagram et sur Twitter. Anthony Ch. remporte le concours zoologique.


Bises massilianales,
Blaah

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