OM-Montpellier (2-0), La Canebière académie passe

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Des bites et des lettres.

Blaah

Aioli les sapiens,

Nous entamerons ces lignes en ayant une pensée pour Edmonde Charles-Roux, dont nous avons appris ce matin la mort. L’instant de solennité sera bref, il se peut même que cette académie se close par un gag de pute sur le sujet pour ne pas faillir à nos réputations de sales gosses.

Sans pousser la cuistrerie jusqu’à faire semblant d’avoir lu Oublier Palerme, la disparition m’émeut de cette arrière-grand-mère très éloignée, voire jamais franchement côtoyée. A côté des souvenirs qu’elle aura suscités chez les gens de culture, pour le minot des années 1980-90 elle fut avant tout la dame en photo dans le Provençal. Jamais lue, bien sûr, sa chronique surgissait, régulière, intrigante de solennité au détour d’une page de faits-divers ou de compte-rendu olympien. Contribuant à donner une allure de tragédie romaine à la fin des années Defferre, puisse sa mémoire suggérer à nos édiles d’au moins rendre le même souffle épique à leur incompétence et leurs coups tordus.

Il fallait surtout que l’on parle d’elle, aujourd’hui, pour se rappeler que notre Marseille des ordures, du racisme et de la délinquance est aussi notre Marseille de l’ouverture, de la culture et de l’insoumission. Contradictoire et méditerranéenne. Madame, si nous beuglons « fiers d’être Marseillais », votre parcours nous aide à comprendre pourquoi. Adieu, Madame Charles-Roux.

 

Ceci n’est pas une transition.

 

L’équipe

 

En l’absence de Diarra, retenu au Tribunal arbitral du sport dans le cadre de son litige avec le Lokomotiv Moscou, Michel fait raisonnablement tourner une partie de l’effectif en prévision du match contre Lyon. De retour de blessure, Cabella a l’occasion de se relancer, de même que Rekik. Romao est laissé sur le banc au profit de l’inconnue du soir, ce milieu Silva-Isla dont l’on peut dire qu’il n’a pas donné jusqu’ici toutes les garanties.

 

Le match

La première action donne le ton d’une bonne partie du match : trop mou, le milieu de terrain (Silva en l’occurrence) ne prend pas le risque de provoquer une faute, que Manquillo est alors poussé à commettre vingt mètres plus bas dans notre camp. D’anodin, le coup-franc devient dangereux et, de fait, se traduit par la mort violente d’un slip en bas âge. Sortant le grand jeu sur cette tête de Dabo, Mandanda nous évite de devoir participer à une course à handicap 48 secondes après le coup d’envoi.

Pourtant, l’OM n’est pas nullissime dans ces premières minutes : un pressing haut des ailiers et milieux permet de récupérer bon nombre de ballons face à une défense fébrile, mais nos efforts sont trop désordonnés pour convertir ces munitions en véritables occasions. Ces escarmouches trompeuses devant la surface héraultaise peinent assez vite à masquer la réalité du match : face à une équipe d’une technique que nous qualifierons pudiquement d’à chier, mais regroupée et appliquée à couper nos transmissions dès la relance, nous ne trouvons comme d’habitude aucune solution.

Notre plan de jeu se matérialise par ces actions typiques :

1°) Décrochage abyssal de Batshuayi ou Cabella, absence d’appel dans l’espace généré par leur mouvement, passe latérale et en retrait, goto 1.

2°) Passe longue pour un ailier arrêté. If passe ne finit pas en touche then goto 3 else goto 1.

3°) L’ailier se démerde comme il peut pour démarrer, éliminer deux joueurs au minimum et tenter une passe difficile pour un équipier.

Pourtant, les premiers contrôles des défenseurs et des milieux affichent leur intention de jouer vers l’avant, mais le manque de mouvement et d’imagination les réduisent à l’impuissance plus vite qu’un supplément maillots où figurerait en couverture Maryse Gildas[1].

On évitera de vouloir à tout prix tomber dans la mode consistant à accuser Michel de toute l’incompétence de la terre – certes pas par conviction de ses capacités, mais plutôt en vertu de l’adage « on saurait ce qu’on perd, on ne saurait pas ce qu’on trouve. ». Ceci étant, le début de saison chaotique de l’OM, voyant staff et équipes renouvelés plus ou moins à la gacha empega, représente de moins en moins une excuse crédible à l’indigence de notre jeu. Les joueurs se connaissent depuis désormais cinq mois et notre problématique à domicile face aux « petites » équipes regroupées est bien identifiée. Lorsqu’elle fut quasi-totale comme hier soir, l’absence de jeu en triangle, de jeu à une touche, de permutations des joueurs, ne laisse pas d’interroger sur ce dont sont constituées les journées à la Commanderie. Pourtant, le match à Caen a montré que les Olympiens savaient ne pas être maladroits… Manque de confiance, pression du Vélodrome ? Absence du patron Lass’ pour pousser au cul ?

Dans ce marasme, on trouvera cependant à se réjouir d’un réalisme offensif retrouvé. Servi dans l’immobilité la plus totale, Nkoudou embraye, dépose les milieux et va percuter la défense. Cabella en profite enfin pour prendre l’espace et proposer un une-deux à George-Kévin. Celui-ci s’emberlificote un peu entre deux défenseurs mais parvient à adresser une sorte de centre pour Batshuayi. Le Belge n’a pas l’heur de toucher enfin un ballon de but, puisque Bensebaini se fend d’une déviation juste assez merdique pour tromper son gardien (1-0, 42e).

Sanctionnés pour n’avoir pas su assez profiter de leur entame sérieuse et de bonnes passes dans le dos de nos latéraux, les Montpelliérains attaquent la seconde période avec plus d’envie… ou plutôt, ils ramassent sans trop d’effort les nombreuses miettes que nous laissons traîner aux abords de la surface. Si Nkoulou et Rekik tiennent bien le coup, notre inanité totale sur les seconds ballons associée à des milieux rétractés comme une bite au Pôle Sud maintiennent la pression de longues minutes durant.

Alors que nous évoluons toujours au rythme d’une action construite toutes les dix minutes environ, les échanges s’emballent soudain. Pour une fois servi dans le camp adverse avec une bonne perspective de jeu, Isla s’applique à parfaitement lancer Bouna Sarr en profondeur. Arrivant en même temps, le roi Bouna, le gardien et le défenseur montpelliérains réalisent un carambolage du plus bel effet, renvoyant la balle sur la droite. S’appliquant comme il ne s’est jamais appliqué, Dja Djédjé en profite pour placer un plat du pied dans le but vide (2-0, 55e).

Epuisé par cet effort de concentration, Brice convulse aussitôt après, cédant à Yatabaré le ballon en position de dernier défenseur. Seul face à Mandanda, l’attaquant voit toute sa carrière de nul lui défiler devant les yeux, et s’incline devant l’excellente sortie de notre gardien. En plein bad trip contre l’arbitre, Brice est quant à lui recadré par Mandanda d’une bonne paire de claques avant que les choses ne dégénèrent.

Cet avantage nous détend un peu, malgré les risques que nous prenons à toujours défendre aussi bas. L’entrée de Romao en sentinelle, malgré ses bienfaits, ne pousse d’ailleurs ni Silva ni Isla à montrer plus d’audace. Pas de grosse émotion à subir cependant, les Montpelliérains sombrant progressivement dans la fatigue et la résignation. Nous nous procurons quelques occasions gâchées par trop de précipitation dans la surface, avant que Yatabaré ponctue son match anal en salopant honteusement une royale situation de contre-attaque – savoir comment, en étant si frileux, nous parvenons à subir un trois contre un en menant 2-0 à la 90e, restera d’ailleurs un mystère.

 

Aixois tentant d’empêcher Maryse Joissains d’écrire une connerie.

 

Les joueurs

Mandanda (5/5) : Contrairement à certains de ses camarades que ça n’a pas l’air de trop déranger, Steve commence à en avoir un peu ras-le-vier de voir l’OM se faire bouffer par des équipes de plâtriers-charcutiers. Et il a tenu à le faire savoir de la première à la dernière minute.

Nkoulou (3+/5) : Il s’est fait violer le domaine aérien à quelques reprises, mais comme en face c’était Yatabaré et pas un Sukhoï, les conséquences furent négligeables. Solide et volontaire, à part ça.

Rekik (4/5) : Michel lui a donné de l’attaquant montpelliérain comme MSF donne du Plumpy-Nut aux enfants somaliens : c’est dégueulasse, mais ça permet de les retaper.

Dja Djédjé (3+/5) : Ce mec montre une constance dans le bordélique qui force l’admiration. L’équipe peut dominer ou au contraire être engluée dans la passivité comme hier soir, il n’en a rien à carrer : il cavale comme un jobastre et fout le feu à la défense adverse, à la nôtre, et à l’anus de l’arbitre en prime. Pour ne pas perdre la main à la fin de sa carrière, il se reconvertira dans le catch sous le nom du Taré des Lagunes et tout le monde viendra le voir à Vallier en souvenir du bon vieux temps.

Manquillo (2+/5) : Forcément, en comparaison avec l’énergumène précédent, c’est sage. Trop sage… Quant à savoir s’il ne monte pas parce que Nkoudou ne lui passe pas la balle, ou si George-Kévin ne lui passe pas la balle parce que Javier ne monte pas, il s’agit là d’un débat hautement philosophique que nous tenterons de résoudre en citant les mots d’Aristote : « Tout ce que je sais, c’est que si la poule ne se sort pas les doigts du cul elle ne risque pas de pondre un œuf. »

Isla (3+/5) : Vu le bouillon qu’on a pris au milieu, il n’y a pas de quoi survoler le Tonlé Sap en hélicobite en sifflant la Walkyrie. Ceci dit, Mauricio s’est battu pour au moins conserver les ballons sous le pressing, en gratter d’autres, et adresser une passe d’intérêt supérieur à Bouna Sarr pour le 2e but.

Silva (2+/5) : Du mieux, avec notamment un impact significatif en début de match qui n’a malheureusement pas été confirmé ensuite. Contrairement à ce que laisse supposer la note de l’Equipe (7/10), il n’y a pourtant pas de quoi survoler la piscine des Auffes en bitodrone Jouéclub.

Sarr (3-/5) : Décisif sur le 2e but et plus volontaire que réellement efficace le reste du temps. Pallie les absences de Dja Djédjé en allant lui-même découper les attaquants au bord de notre surface, c’est bien, c’est raccord avec le climat de notre aile droite.

Cabella (2+/5) : Encore en phase de reprise, ce qui n’était pas le meilleur moment pour lui demander de percer les remparts d’Aigues-Mortes à la seule force du gland. Il y est cependant parvenu à une reprise, ce qui suffit à notre bonheur.

Romao (69e) : Une faute de brute (mais dans les limites de la correction), et une passe offensive superbe. Si je maintiens mon appel à recruter Tejeda, c’est désormais pour pallier l’inéluctable départ d’Alaixys à Arsenal contre 25 millions d’euros.

Nkoudou (3+/5) : Ses coéquipiers lui ont passé la balle comme on jette un steak à un surfeur réunionnais : en espérant qu’il batte des jambes assez vite pour sauver quelque chose. Comme les Héraultais ressemblaient moins à Jaws qu’à Polio sur la falaise, ça a fonctionné. Il ne faudrait cependant pas que cette façon de faire demeure une habitude.

Zambo Anguissa (84e) : Ce changement vous est proposé par la Ligue des officiers de l’état-civil.

Batshuayi (2/5) : Vu ce qu’on lui fait faire, si ça continue à ce rythme les Déménageurs Bretons vont nous transmettre une offre de transfert supérieure à celle de Chelsea.

Rabillard (87e) : Il a fallu que Michy se prenne le crampon de Sarr dans la gueule pour avoir droit à six minutes de repos. Antoine en profite pour grappiller du temps de jeu, sans complexe apparent.

 

Savoir convertir la moindre occasion de but : première leçon, par Bernard Tapie.

 

L’invité zoologique : Tortue Ninga

Considérer comme le sauveur de la ville un truc mou, verdâtre et amateur de pizza, voici une erreur dans laquelle l’OM s’est fourvoyé plus souvent qu’à son tour lors de ses emplettes du côté de la Mosson. Il faut cesser de croire aux super-hérault.

  • Les autres : Appliqués à défaut d’être audacieux, mais trop peu réalistes devant et derrière pour qu’on pleure sur leur sport. Ils ont dominé au milieu ? Fort bien, mais de là à parler de défaite imméritée…
  • La classe : Simple et bel hommage rendu à Moké par Kader Boudaoud pendant le match sur France 3. Merci.
  • La suite : Rendez-vous à Trélissac pour le grand classique. Le risque de passer pour des cons n’est pas exclu, mais au moins on évite à la fois le PSG et les stades rustiques dans des contrées trop froides et hostiles.
  • La page abonnement: Pour que vive l’Alterfoot cananal historique.
  • Les réseaux : ton dromadaire préféré blatère sur Facebook (attention, nouveau compte), et sur Twitter. Mech Tuyot remporte le concours zoologique.

 

Emouvante, cette image d’archives réunissant pour l’éternité deux montres sacrés de La Provence : Edmonde Charles-Roux photographiée par Lucien Clergue (Porquerolles, septembre 2012).

 

Bises massilianales,

Blaah.

[1] Ah ah, je vous ai bien eus.

6 réflexions sur “OM-Montpellier (2-0), La Canebière académie passe

  1. 4 pour Rekik ! Comme mentionné, moi aussi j’ai cru l’espace de 90 minute que cette maroco-hollandaise était de la bonne.

  2. J’ai pu voir le match entièrement ce qui est un fait rare depuis plusieurs semaines. Je suis inquiet sur l’animation offensive, oui oui ce n’est pas nouveau, mais c’est plus dans l’état d’esprit que dans le niveau. On se fend d’une attaque, un coup d’épée, ça rentre c’est bien, mais c’est rare, ça ne rentre pas et il n’y a personne, pas de second ballon, et on se retourne pour grimacer. D’autant qu’à partir des 25 derniers mètres, peu de combinaisons, le joueur cherchant à aller au bout sans lever la tête, la remettre ou temporiser. Ce qui est dommage car il y a une montée en puissance de soutiens de Michy.

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