OM-Olympiakos (2-1), La Canebière académie tire en biais

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blaah

Aïoli les sapiens,

Maudits sommes-nous. À peine nous étions-nous enfin résignés à considérer la coupe d’Europe sous le même angle que l’entraîneur, à savoir une corvée dont il convient de se débarrasser d’urgence, qu’une prestation simplement honnête contre Nantes a suffi à nous procurer un nouveau shoot de la pire drogue qui soit : l’espoir. Oui, puisque nous avions vu du jeu et des buts samedi, il devenait évident que nous n’allions faire qu’une bouchée de l’Olympiakos, que nous joueurs enfin révélés à eux-mêmes cesseraient de s’enferrer dans une pusillanimité de comptables sans talent ni couilles, que pour faire bonne mesure nous allions enchaîner avec un succès de prestige face à Manchester City, avant de rouler tout le reste de la saison durant sur le championnat de France et l’Europa Ligue.

Nous ne pensions pas un mot de tout cela, bien sûr, mais au moins l’espoir, ce foutu espoir ne serait-ce que d’un frémissement était bien vivace, du moins chez ceux qui n’ont pas encore abandonné l’OM pour occuper leur mardi soir à des activités plus créatives telles que la pâtisserie, les relations sexuelles, la philatélie ou le détartrage de lavabo.

Bref, nous attendions un peu plus, nous avons obtenu un peu plus, et il reste de quoi être un peu déçu.


L’équipe

Mandanda
Sakai – Alvaro – Caleta-Car– Amavi
Kamara– Rongier (Gueye, 85e)
Thauvin (Aké, 95e) – Cuisance (Sanson, 55e) – Payet
Benedetto (Germain, 45e)

On ne change pas une équipe qui gagne. De toute façon, on ne changeait guère l’équipe qui prenait des branlées, non plus.


Le match

Trois tirs en dix minutes ? En coupe d’Europe ? Mâtin ! que vous arrive-t-il ? Comme lors de ses rares étincelles de bonheur la saison passée, l’OM est toujours aussi peu élégant dans le jeu mais applique un pressing cohérent et particulièrement productif. Même après l’inévitable rééquilibrage des débats, nos joueurs grattent quelques ballons dans le camp grec et parviennent à les convertir en occasions sérieuses. Un gros point noir réside dans la conversion desdites occasions, que Thauvin puis Rongier finissent aussi soigneusement que Gérard Darmanin, honnête tenancier de bar, a fini son fils un soir de 1982 où l’on regretta longtemps que le port de la capote anglaise ne fût pas à cette époque encore entré dans les mœurs des citoyens de Valenciennes.

Un manque de précision d’autant plus ennuyeux que les joueurs d’Olympiakos, eux, savent la valeur d’une occasion en Ligue des Champions. Après une première alerte dans la profondeur, ils récidivent après que Sakai se trouve battu au duel. Caleta-Car couvre le hors-jeu, et permet à Vrousai de s’échapper avant de servir Camara en retrait. À l’entrée de la surface, le Guinéen efface Rongier une main dans le slip et lui montre ce que c’est de visser une lourde dans une lucarne (0-1, 33e).


L’abattement n’est pas immédiat (souvenez-vous, l’espoir, tout ça…), mais l’impuissance des Olympiens finit par sauter aux yeux en cette fin de période. Le score défavorable aidant, tous ces petits défauts que nous considérions jusqu’ici avec une relative bienveillance deviennent autant de prétextes à des paroles désobligeantes pour les mamans : mauvais choix et maladresses, tentatives de passes ou de dribbles fantaisistes, coups de pieds arrêtés mal tirés et toute cette sorte de choses. Notre équipe est à ce moment-là l’exact négatif du Parti socialiste : quand celui-ci est au pouvoir, il échoue d’abord à être de gauche, ensuite il renonce à faire semblant d’essayer ; alors qu’en Ligue des Champions, pour ce qui est de jouer au football, l’OM renonce d’abord et échoue ensuite.

À la pause, Benedetto est rappelé sur le banc, où il ne recevra pas moins de passes de la part de ses coéquipiers et ce sans se fatiguer à faire des appels. Le début de seconde période est tout aussi brouillon, à l’image de cette tentative de combinaison entre Germain, Rongier et Thauvin où le ballon semble brûler les pieds de chacun à tour de rôle. Équivalent footballistique de la boxe de l’homme ivre, l’action est si inepte qu’elle désoriente totalement Cissé, qui fauche Florian à l’entrée de la surface. Un coup de VAR plus tard, Payet a l’élégance de placer le pénalty en lucarne et non sur orbite (1-1, 55e).


L’OM vient de marquer son premier but, alléluia, la liesse est totale, les femmes frottent frénétiquement leurs seins avec le maillot orné du 10 sacré, les hommes se répandent en dévotion et en sperme autour de leur canapé, et Morgan Sanson entre en jeu. S’ensuit un très dispensable quart d’heure, pendant lequel Morgan et ses camarades s’emploient à calmer nos rares ardeurs à coups de passes manquées. Renchérissant sur la frappe des 20 mètres qu’il a subie en première période, Valentin Rongier s’essaie quant à lui aux frappes à 200 mètres carrés (c’est-à-dire déclenchées à 20 mètres de la cage et finissant 20 mètres à côté).

Démonstration du gag précédent : soit Valentin Rongier au point B, le gardien au point A et le ballon sortant au point C, et une longueur de 20 mètres pour les segments [AC][AB].
L’aire du triangle ABC se calculant par la formule base*hauteur/2 et ABC étant un triangle rectangle, cette surface sera donc équivalente à AC·AB/2, soit 200 mètres carrés. Merci de votre attention.

Sur un corner repoussé par la défense, Valentin tente de nouveau sa chance. Aussitôt, tous les joueurs se protègent le visage en le voyant armer sa frappe, Mandanda compris. C’est finalement Rafinha qui a l’honneur de recevoir le ballon dans la poire, honneur qu’il refuse donc en parant le tir (à moins qu’il ne s’agisse d’une réminscence de l’enfance, quand l’on préférait arrêter un ballon de la main plutôt que d’aller le chercher après que le bourrin de la bande l’a envoyé pour la dixième fois dans le jardin de la voisine).

Impitoyable, l’arbitre accorde un coup-franc. Et un carton jaune aussi, tiens, ça apprendra au défenseur à ne pas sacrifier son pif à la beauté du sport. Oh et puis flûte, dit-on dans le car vidéo, pendant qu’on y est on n’a qu’à donner un pénalty : après tout il se trouvait plus ou moins sur la ligne de la surface, et surtout il est rigolo quand il s’énerve, avec son petit short remonté en haut des cuisses.


Payet répète le même tir, ne laissant au gardien que le loisir d’effleurer la balle (2-1, 75e). À ce stade, l’OM est toujours derrière Olympiakos au classement, grâce au but marqué par les Grecs à l’extérieur. Pour autant, nous ne poussons guère pour marquer une troisième fois : soit nous jugeons que gagner contre Manchester City représente une option plus réaliste, soit les déclarations de Villas-Boas sur l’Europa Ligue ne sont pas qu’une figure de style : il ne veut vraiment pas y aller. À moins encore que les Olympiens, aussi volontaires soient-ils, ne se montrent tout simplement trop maladroits pour faire mieux. Hormis un tir de Germain de peu à côté, nos rares contre-attaques sont généralement enterrées par un raté, de Sanson ou Thauvin notamment. Devant le peu qu’ils ont à craindre de nos attaquants, les Grecs prennent le risque mesuré de s’exposer dans le temps additionnel. Relativement paisible jusqu’ici, le slipomètre entre dans les Quarantièmes rugissants pendant ces six minutes, le temps pour Olympiakos de multiplier les centres dangereux et surtout de se procurer une énorme occasion sauvée in extremis par Alvaro.

C’est ainsi, à la suite de cette victoire pour le moins acquise par la bande, que notre honneur est sauf sans pour autant rapprocher l’OM d’une qualification. Si pour ce qui est des frissons on est loin de l’extase (mais peut-il en être autrement sans public ?), en revanche André Villas-Boas doit être aux anges.


Les joueurs

Mandanda (2/5) : Une sortie ratée pour seul fait notable (et un nouveau missile imparable dans les filets, mais ça on ne le mentionne même plus, c’est la routine).

Sakai (2/5) : Se sent en Ligue des Champions comme le correspondant local de la Dépêche du Midi qui effectuerait une pige à la rubrique financière du New York Times.

Alvaro (3+/5) : Un match sans aspérité jusqu’à ce moment crucial du temps additionnel, où il aurait très clairement préféré tacler sa mère au genou que de repartir sans la victoire.

Caleta-Car (2+/5) : Devinette : savez-vous où chie l’ours ? Réponse : l’ours chie où il veut. Il va falloir que Duje fasse sien ce précepte, lui qui semble avoir besoin d’affirmer son autorité sur le territoire.

Amavi (2/5) : Méconnaissable de sobriété au point que cela en devient inquiétant. Notre hypothèse, c’est qu’on l’a attaché à un fauteuil de la Commanderie et forcé à regarder des cagades de défenseur latéral en boucle jusqu’à la nausée, comme dans Orange mécanique.

Kamara (3/5) : Pas exactement au niveau Ligue des Champions mais bon, c’est comme la reconstruction des routes dans la Roya : on part de tels ravages que dans l’immédiat, on se contentera d’un pont de cordes pour se passer les packs de bières.

Rongier (3/5) : Les frappes de Valentin c’est comme les sorties de pistes de Romain Grosjean : un jour il va finir par crever une citerne de gaz et alors on aura honte de s’être autant moqué.

Gueye (85e) : Pas d’une grande utilité pour aller chercher le troisième but, à croire que cela ne faisait pas partie de ses consignes.

Cuisance (2/5) : Un très bon début de match à l’image de sa dernière sortie, avant que ses maladresses et celles de ses coéquipiers ne le réduisent à l’imcuisance.

Sanson (55e, 2/5) : À sa décharge, on ne peut pas nier qu’il en veut. De quoi, on ne sait pas, mais il en veut.

Thauvin (2/5) : Ses tours de passe-passe qui surprennent semaine après semaine les héritiers de Christophe Kerbrat et José-Karl Pierre-Fanfan semblent avoir plus de difficulté à triompher sur la scène européenne. Non seulement Florian a l’air de s’en étonner, mais en plus ça n’empêche pas le bougre d’insister.

Aké (95e) : A passé plus de temps debout à attendre son entrée en jeu que sur le terrain.

Payet (4/5) : Un vibrant plaidoyer pour ne pas déconfiner les coiffeurs, voire en condamner certains à la peine de mort. Ou alors cette monstruosité capillaire est un artifice destiné à faire parler d’autre chose que de son tour de taille : précaution superflue un soir comme celui-ci, où le jeu de Dimitri semble se rapprocher de ce que l’on attend de lui.

Benedetto (2/5) : Victime d’une campagne boycott-désinvestissement-sanctions de la part de ses coéquipiers. Il a eu beau essayer de faire du soft power à base d’appels multiples et de transversales emplies de bonne volonté, les autres sont restés inflexibles : pas un seul ballon ne doit aller à l’oppresseur. On ne sait pas trop bien qui Dario a opprimé mais à voir la virulence du mouvement, ce doit être très grave.

Germain (45e, 2/5) : Une efficacité discutable dans le rôle d’attaquant, avec toutefois une occasion manquée de peu. Heureusement, les consignes de prudence après notre deuxième but l’ont ramené à son rôle plus familier de false-nine-advanced-libero.


L’invité zoologique : Youssef El-Arabigorneau

Discret, protégé par sa coquille, trop petit pour qu’on lui cherche noise, le bigorneau se croit protégé des malheurs du monde. Funeste candeur ! il suffit que sa méfiance se relâche pour que le délicat animal soit arraché du substrat, extirpé de sa coquille et gobé par quelque malotru. C’est injuste, mais c’est la dure loi de la nature.

– Les autres : Cohérent mais peu emballants, on assimilera ça dans un bon premier tiers de Ligue 1. C’est exactement ce que nous avons dit au match aller, en effet. Que celui qui n’a jamais utilisé de ficelles dans son académie me jette la première pierre.

Le classement : Remisons un instant nos (modestes) émotions pour constater qu’à l’issue de cette brillante victoire, youpi, hélicobite et tout ça, nous sommes toujours bons derniers à l’orée de la dernière journée. Quitte à être taxé par notre entraîneur de traître aux intérêts du club, voyons ce qu’il est nécessaire d’accomplir pour nous qualifier en Europa Ligue : il nous suffit de faire mieux que le résultat d’Olympiakos à Porto, c’est-à-dire a minima de ramener un nul du City of Manchester Stadium.

– Les réseaux : ton dromadaire préféré blatère sur Facebook, sur Instagram et sur Twitter. Anthony Ch. remporte le concours zoologique.


Bises massilianales,

Blaah.

6 réflexions sur “OM-Olympiakos (2-1), La Canebière académie tire en biais

  1. je suis presque certain que Pipa a eu plus de passe alors qu’il était sur le banc que sur le terrain, sinon comment expliquer les tirs hors stade de Rongier?
    allez l’OM!

  2. L‘honneur est sauf? Avec des gros plans sur la tête de Payet lors des 2 pénaltys? Je ne crois pas.

    1. Doux Jésus, ça tire au lance-roquette sur l’ambulance qui se fout de la charité là…

  3. J’ai allumé l’écran au deuxième péno de Payet. C’était un peu mou du slip il faut le reconnaître. Gagnons le championnat et laissons l’Europa League au PSG pour qu’ils perdent en finale.
    Allez l’OM !!!

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