OM-Strasbourg (2-2) : La Canebière Académie sampaolise

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Réfléchir, c’est bien seulement si on sait faire.

Aïoli les sapiens,

L’important dans les périodes de tempête c’est de ne pas s’adonner à ses peurs et ses doutes, pour maintenir une pensée positive. Nous sommes toujours deuxièmes et donc plus que jamais en course pour une qualification en Ligue des Champions. L’effectif est tout neuf de cette saison, il reste perfectible en nombre comme en qualité : il est donc tout naturel que l’équipe connaisse des moments de creux. D’ailleurs, nos rivaux eux-mêmes ne sont pas mieux lotis (à l’exception de Non Attribué, qui a su faire le nécessaire pour inscrire une nouvelle fois son nom au palmarès du championnat de France de football, comme il l’avait si bien réussi au Tour de France entre 1999 et 2005). Monaco patine, Lens est irrégulier, et les Rennais font les Rhénés. La dynamique de l’équipe n’est donc pas si affolante, ne remet pas en cause ce qui a été bien fait depuis le début de saison, et garde tous ses espoirs de podium en Ligue 1. On rappellera d’ailleurs que sous Bielsa, une année qui a laissé de bons souvenirs à nombre d‘entre nous, on trouve aussi une élimination contre une CFA2, des roustes contre les gros et des points perdus bêtement contre des bras cassés.

De plus, le stade, malgré quelques gifles cinglantes et des performances en dégringolades à domicile, n’a jamais cessé de soutenir l’équipe à coups de guichets fermés, tifos somptueux et décibels adéquats. Si l’on y réfléchit de manière pondérée, il n’existe factuellement aucune raison de paniquer.


Ceci posé, on peut bien se demander pourquoi, mais alors POURQUOI, alors qu’il n’y avait rien d’autre à faire que de continuer à jouer comme d’habitude, que tout le monde était prêt à pardonner des échecs tant que l’équipe continuait de montrer une attitude conquérante, pourquoi bordel de merde le collectif mené par Tudor a-t-il choisi de redevenir un tas de serpillières mouillées de pisse dès qu’il s’agit de défendre un avantage ? On demandait une seule chose, de ne pas revenir aux époques de Rudi Garcia et de Sampaoli ? Eh bien Igor nous a fait la totale, conférence de presse à côté de la plaque incluse. Mais qu’est-ce qui vous empêche de rester de gros bourrins qui courent partout, nom de Dieu ? Ok, sur le cours d’une saison, ça ne peut pas fonctionner parfaitement tout le temps mais merde, vous avez bien vu d’une part que ça marchait quand même souvent, et d’autre part que même aux moments où ça ne marche pas, l’équipe manifeste une générosité qui permet de pardonner beaucoup de choses. Pourquoi avoir lutté pour gagner l’amour du public, puis soudain de tout mettre en œuvre pour que celui-ci ait envie de vous planter des cyprès dans le fondement ?

Le moment est venu, plusieurs mois après, de déduire un nouveau « Point Dehors » à notre entraîneur. Pour mémoire, afin de pallier les excès de méfiance de l’avant-saison, nous nous sommes engagés à ne plus évoquer de démission de l’entraîneur avant que celui-ci n’ait épuisé son quota de départ. Ce nouveau point déduit pour cause d’attitude rudigarciesque du banc de touche jusqu’à la salle de presse abaisse donc son total à trois.

Non mais en vrai je veux pas que tu partes, hein, je veux juste que t’arrêtes de faire de la merde.


Pour éviter la crise, on ne saurait trop insister sur ce conseil aux joueurs comme à l’entraîneur : par pitié, redevenez cons. L’adversaire vous malmène au milieu ? Ne réfléchissez pas, courez. On est menés au score ? Ne réfléchissez pas, courez. On a un avantage à conserver ? Ne réfléchissez pas, courez. On a un cerveau d’Homo erectus, à nous d’en prendre acte et d’agir en conséquence : on se prendra pour Leonard de Vinci une fois qu’on aura évolué. Après tout dans l’Âge de Glace, le héros qui guide tout le troupeau face au danger c’est le mammouth, pas le paresseux qui se répète « rester concentré ne pas tout faire foirer, rester concentré ne pas tout faire foirer, rester concentré… oh, miam, des baies toxiques ! »


Les Longorious Basterds 

Lopez
Mbemba– Balerdi (expulsé, 29e) – Kolasinac (Gigot, 60e)
Clauss – Rongier – Veretout– Nuno Tavares
Ünder – Sanchez (Bailly, 81e) – Malinovskyi (Guendouzi, 81e)

A l’exception de Malinovskyi, aucune recrue ne parvient à se frayer un chemin dans cette composition « old school ». Sur le fond, on devrait s’agacer de voir Tudor aussi incapable d’intégrer Ounahi et Vitinha ; mais après tout on vient nous-mêmes, pas plus tard que dix lignes plus haut, de réclamer davantage de « bien fondamental bien bourrin qui a fait ses preuves » : faut savoir ce qu’on veut, nous aussi.


Le match

Comme trop souvent ces derniers temps, l’OM début le match à l’envers et se fait martyriser par un fond de Ligue 1. Strasbourg nous oppose des duels musclés, quitte à commettre de nombreuses fautes, sans aucune réponse de notre part. Dès lors, les menaces s’accumulent d’autant plus que nous multiplions également les pertes de balle. A plusieurs reprises, le revenant Morgan Sanson est tout près de nous offrir un joli gâteau à la merde pour fêter son retour au Vélodrome, mais ses trop nombreux tirs sont tous déviés in extremis. Sur le plan offensif, les intentions sont inexistantes, exception faite peut-être de Nuno Tavares. L’arrière-garde ne procure aux offensifs ni passes verticales ni montées au soutien, si bien que le blocquéquipe alsacien n’est même pas égratigné par nos semblants de combinaisons offensives.

Incapables de monter en nombre, nous ne sommes pourtant pas davantage présents en défense, puisque chaque long ballon laisse Mbemba et Balerdi chacun devant un attaquant. Leonardo, justement, rend hommage au dernier carré d’idéalistes prêts à le défendre sur les réseaux sociaux de la même manière que Cesare Battisti a finalement remercié ses soutiens (« C’est gentil d’avoir passé 40 ans de votre vie à défendre mon innocence, mais en fait c’est bien moi qui ai buté les policiers. Sans rancune, hein. »). Dépassé par une nouvelle passe en profondeur, Balerdi laisse ainsi traîner le bras autour de Diallo, qui s’effondre comme si on venait de lui arracher le foie. C’est de bonne guerre et, si la faute est amplifiée aux limites du grotesque, l’arbitre la considère comme réelle et expulse Leo en conséquence, anéantissement d’occasion oblige.

Suite à cette balerdise que les plus patients qualifieront « d’erreur de trop » (les autres ayant déjà depuis longtemps pris leur parti de coller Leo dans la soute du premier Flixbus qui passe), le schéma ne se modifie quasiment pas, si ce n’est par un recentrage de Kolasinac. Les rapports de force n’évoluent pas davantage, Strasbourg continuant globalement à nous mettre la misère jusqu’à la pause.


C’est au retour des vestiaires que le miracle se produit : nos joueurs n’utilisent toujours qu’un seul neurone, mais c’est désormais celui qui sert à courir et pas celui qui sert à avoir peur. Servi par Ünder, Sanchez gagne un coup-franc bien placé. Alors qu’il a déjà eu le pied tremblant sur des situations de tir idéales, Malinovskyi adopte lui aussi la tactique du « arrête de penser et tape ». Et devinez quoi ? Bah ça marche, étonnant, non ? Ruslan expédie sa slava lourdenko à ras de terre droit sur le gardien, mais d’une telle force que celui ne peut que relâcher la balle devant Mbemba (1-0, 49e).

A peine le temps de savourer ce retour en grâce qu’un nouveau seau de merde se déverse sur nos têtes : Kolasinac se blesse. Heureusement Gigot est enfin opérationnel et peut prendre sa place, qui plus est en nous gratifiant de ses montées improbables au cœur de la surface adverse. Sans accomplir de miracles sur le plan du jeu, l’OM se met moins en danger et percute davantage le camp adverse, se procurant quelques corners au passage.

Sur l’un d’eux, Sanchez est victime au second poteau d’un léger raffut de Guilbert et agit aussitôt comme il se doit : en tombant et en hurlant à l’ablation de la thyroïde. Cohérent, l’arbitre se dit que s’il a expulsé notre gogol pour une faute légère, il n’y a pas de raison de ne pas sanctionner le gros naïf d’en face pour un geste similaire. Un pénalty est donc accordé, qu’Alexis transforme à contre-pied (2-0, 76e).


Résumons :

  • en première mi-temps, on ne va pas au duel, on ne se projette pas, on est nuls et on prend la foudre ;
  • en seconde mi-temps, on s’efforce d’aller dans le camp adverse, de provoquer, on est toujours nuls mais au moins on concède peu d’occasions et on marque deux buts.

Par conséquent, Igor Tudor avait une seule chose à faire, juste UNE : se poser le cul sur le banc et crier « bravo les gars, continuer comme ça ». Mais non, comme Rudi Garcia avant lui, comme Sampaoli, c’était sans compter sur le terrible Ronquinquant. (NB : pour nos nouveaux lecteurs, l’existence du Ronquinquant – prononcer le terrrrrible RRRRRRonquinquant – a été rapportée par Dromadette. Il s’agit d’un chien horrible qui vient la nuit hanter tes pires cauchemars et qui le matin lave la rue avec ses fesses). Incarnation de nos terreurs les plus profondes et hôte inamovible du Vélodrome depuis de trop longues années, le Ronquinquant est capable de transformer un guerrier spartiate en graphiste dépressif ou un entraîneur dit « protagoniste » en sombre couille molle. C’est donc au tour de Tudor, alors qu’il suffisait pour gagner de ne rien changer, de prendre peur et de sortir Sanchez pour faire rentrer Bailly. La conséquence est inévitable : l’équipe tout entière reçoit le message induit par ce changement suintant la trouille, panique et recule sans essayer d’aller chercher le ballon dans les pieds adverses. Des individualités reconnues comme Mbemba, Rongier ou le nouvel entrant Guendouzi ne font rien pour contrecarrer cette psychose généralisée, si bien que des Strabourgeois complètement résignés après le second but reviennent pilonner notre surface puisque personne ne les empêche de s’en approcher.


Les défenseurs se démultiplient pour contrer les innombrables tirs, Bailly réalise même un authentique miracle pour sauver sur sa ligne une cagade de Lopez, mais dix minutes à tenir étaient de trop pour ces épaves mentales. Un énième corner se trouve dévié au second poteau, où Aholou devance Nuno Tavares pour marquer de près (2-1, 88e). Dans la minute qui suit, un centre mal renvoyé par Rongier est repris d’un authentique bijou pleine lucarne par ce même Aholou (2-2, 89e).

Sportifs de haut niveau, expérimentés, aguerris, nos joueurs se transforment en fillettes jetant leur manette en pleine crise de nerfs après leur deuxième carapace rouge de suite à Mario Kart : les Alsaciens combinent en plein cœur de notre surface sans que la défense ne fasse autre chose que convulser en pleurant « oh là là, oh là là ». Il faut ainsi un arrêt-réflexe miraculeux de Pau Lopez pour priver Ahoulou d’un triplé en trois minutes qui aurait plongé le stade dans l’apocalypse.


En attendant de trouver un préparateur mental, ou si on en a un de le virer et d’en recruter un compétent, il va falloir faire abstraction pour l’équipe de ce biais cognitif qui consiste à entendre « on va fracasser vos voitures à coups de batte » quand le public du Vélodrome chante « on vous aime ». Cela devient d’ailleurs urgent, sinon ce sont les chants qui changeront et le biais cognitif se résoudra tout seul. On verra ce que le travail de fond donne, mais à très court terme, répétons-le, le salut viendra de leur capacité à ne pas réfléchir. Le sport c’est comme la politique, parfois la connerie est votre meilleur allié contre le doute et les d’états d’âme. Taper, taper, taper, et rien d’autre pour l’instant, en quelque sorte.


Les joueurs

Lopez (2+/5) : C’est un délit de sale tronche très injuste par rapport à ses qualités réelles, mais avec sa gueule de mec qui a encore égaré sa pipe à crack Pau Lopez est la totale antithèse du type qui inspire confiance. Tu le mets en binôme avec Arnold Schwarzenegger à un tournoi de bras de fer, je suis sûr que même ce dernier douterait de ses capacités, même si en face c’est un club de scrabble.

Mbemba (3/5) : Chancel doit avoir un sosie alcoolique qu’il charge d’assurer les premières mi-temps à sa place. Ou alors il a été mordu par une tour France 3 dans son enfance et le traumatisme vient de resurgir en le rendant incapable de jouer face au virage Nord. En tout cas il va falloir trouver un moyen de le rendre de nouveau opérationnel dès le coup d’envoi.

Balerdi (1/5) : Non mais je comprends que Leo ait encore ses partisans, après tout il existe bien des smicards qui pensent que Macron leur veut du bien.

Kolasinac (3/5) : Le seul dont les muscles ont lâché avant le mental. En même temps, on parle d’un gars qui se bat à mains nues contre des braqueurs, le jour où même lui se transformera en cosplay de Gwendoline sous la pression du Vélodrome il sera vraiment temps de dissoudre le club.

Gigot (60e, 3/5) : Voilà, c’est ça qu’on veut, du fondu qui part à l’assaut de la surface adverse alors qu’on joue à 10 dont deux défenseurs, du qui fait changer la peur de camp.

Nuno Tavares (2-/5) : Il a cessé pour un temps les dingueries pour revenir à des choses basiques : courir, passer, revenir. Il n’en a pas réussi grand-chose de plus que d’habitude cela dit mais au moins, jusqu’à son erreur de marquage en tout cas, c’était reposant pour les nerfs.

Rongier (2-/5) : Son volume de jeu se ratatine dans les mêmes proportions que les gonades de l’entraîneur, il y a là une corrélation à étudier.

Veretout (2/5) : Jordan Verredeau. Plate.

Clauss (1/5) : Des pertes de balle suicidaires en première période, qui ont au moins permis de vérifier qu’il était bien sur le terrain.

Ünder (1+/5) : Non mais peut-être qu’il jour lui et Clauss vont finir par se comprendre et à se faire des passes hein. Ou au moins à comprendre qu’ils font le même sport, déjà.

Malinovskyi (2/5) : Rend hommage aux supporters en envoyant de la pyrotechnie jusque sur le toit du stade. Sinon, quand il tire à ras de terre c’est pas mal.

Guendouzi (81e) : Ok, la sortie de Sanchez était une imbécillité, mais on rappellera quand même que dans un monde normal, Mattéo aurait repris le rôle du roquet qui va de longue vers l’avant en harcelant le porteur de balle. Qu’il vienne se planter en victime quasiment dans notre surface ou presque, je suis quasi-certain que ça ne faisait pas partie des plans de l’entraîneur.

Sanchez (3/5) : Il rate tout mais court, et il court tellement que finalement il finit par réussir des trucs. Au risque d’insister lourdement, on se permet juste de le signaler. Comme ça, en passant. Sans vouloir être lourds. Bref.

Bailly (81e) : « Un sauvetage miraculeux qui a évité aux Strasbourgeois de concrétiser l’une de leurs rares occasions du match. » Enfin, ça c’est ce qu’on aurait dit du match d’Éric si l’OM avait joué normalement sans intention de saboter sa rencontre.


L’invité zoologique : Morgan Sangsue

Répugnant et inamovible, ce parasite était bien approprié pour commenter avec nous cette nouvelle saignée de points.

  • Les autres : Plus que la cohérence, plus que la combativité, plus que la ténacité, les Strasbourgeois paraissent disposer de la qualité principale de tout prétendant au maintien : cette bonne grosse chatte qui fait finir en lucarne des frappes qui partent en touche neuf fois sur dix.
  • Le classement : Nous gagnons tout de même un point sur Monaco dans l’affaire, soit +5. Lens revient en revanche à deux points.
  • Coming next : Reims sort de 19 matchs sans défaites, ce qui n’est pas plus mal : quand nos adversaires sont annoncés comme nuls, on ne les bat pas.
  • Les réseaux : ton dromadaire préféré blatère sur Facebook, sur Instagram et sur Twitter. Homerc remporte le concours zoologique.


Bises massilianales,
Blaah

2 thoughts on “OM-Strasbourg (2-2) : La Canebière Académie sampaolise

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