PSG-Bordeaux (3-0): la Scapulaire Académie bonne dernière (et non derrière)
Ils creusèrent eux-même leurs tombes
En faisant vite, en se cachant
En faisant vite, en se cachant
Et s’y étendirent sans rien dire
Pour ne pas déranger les gens
Pauvres Girondins, pauvre misère
Dort sous la terre, vivement le printemps
La Scapulaire Académie a la fâcheuse tendance d’être à la traîne. Il faut dire que nous sommes aussi rapides pour rédiger un résumé que Rémi Oudin pour déborder sur un côté. Hé, nous ne sommes pas formés pour travailler devant un ordinateur, soyez indulgents ! Surtout que nous aurions pu être en plus aussi bien organisés qu’Otavio et remonter les matchs dans le sens inverse, ce qui n’ est heureusement pas le cas.
Depuis la dernière académie, les Girondins sont restés sur leur lancée et sont parvenus à se hisser en tête des loosers. C’est uniquement par amour de l’anal que nous avons décidé de ne pas occulter le déplacement à Clermont et la réception de Troyes. Il paraîtrait qu’il y a du bien à se faire du mal (c’est ainsi que nous avons interprété les intentions de vote du premier tour) et nous espérons vous gâter ainsi. Pas question pour autant de reprendre un « minute par minute », histoire de ne pas attaquer le tissu cicatriciel qui nous sert d’orifice. Et puis, de toute façon, nous n’avons pas le temps. Trop de paroles. Place aux actes.
La valse à mi-temps
Premier match de l’ère Guion lors de la réception de Monaco, qui a pris l’habitude de nous mettre des roustes. Le nouveau patron est arrivé avec son sac de ciment, sa truelle et son manuel « Comment consolider une maison déjà éboulée ? ».
D’après nos informations, il semblerait qu’il soit nécessaire de rassembler les gravats en un tas compact, bétonner le tout et croiser les doigts en espérant trouver un semblant de fenêtre pour respirer.
Oudin, son contremaître préféré, a encore joué au suce-boules avec sa reprise léchée. Alors qu’on imaginait les Girondins capables de se mettre enfin à l’abri, ils ont pris peur. C’est que le confort, ils n’y sont pas habitués. Ils ont complètement arrêté les travaux, laissé un bordel pas possible et n’ont même pas pris la peine d’utiliser les chiottes de chantier pour évacuer les symptômes du stress engendré par la perte des plans de la maison par Marcel, le préretraité un peu désorienté. Ne comptez pas sur nous pour ramasser la merde étalée : nous aussi, on peut tout envoyer valser après trois quarts d’heure. Non mais.
Pari brûle-t-il ?
Une fois n’est pas von Choltitz la réponse est oui. Le pari Lacoux en piston droit n’a pas fonctionné, et nous a peu ou prou coûté deux points de plus alors que nous sommes déjà aux pièces. Guion confessait récemment qu’il aurait pu prendre les rênes de l’équipe dès cet été et qu’il a continué à scruter d’un œil particulier les prestations girondines pendant l’ère, que nous appellerons pudiquement l’ère « Sicuramente ». Alors il a bien eu le temps de se rendre compte comme nous autres qu’entre la peste ou le choléra, le choix était difficile. Il a donc opté pour la poliomyélite… et nous avons donc joué avec handicap. Bien tenté. Une prestation frustrante mais pas désespérante, nous avons appris à nous contenter de peu il faut dire.

Guion, quand il choisit son piston droit
Nous n’avions pas peur, naguère de Troyes.
Mais alors que nous l’espérions et que nous avions Clermont besoin de points, la guerre de Troyes n’a pas eu lieu. Troyes, adversaire direct, se présentait pourtant chez nous, et amoindris. Une belle occasion. Alors nous avons pris date. Trop belle ? Nous le craignions oui. Nous voulions y croire, car cela était nécessaire. Mais au fond de nous, il y avait un sérieux doute. Vis-à-vis d’un rendez-vous estampillé de la « dernière chance », cette équipe qui nous a habitué à une attitude de résignation comme principal trait de caractère, changerait enfin sa nature pour jouer avec détermination et certitudes ? Non. Et ce qui s’est passé a été bien au-delà encore.
Un scénario parfaitement catastrophe, parfaitement ciselé. Un moment pénible à vivre en temps réel puis à digérer. Des joueurs sensés porter nos espoirs et surtout notre volonté d’en découdre. Trahison : ils ont les jambes qui tremblent dès l’entame du match. Cruauté : alors qu’ils avaient enfin arrêté de trembler, un pénalty absurde est venu anéantir ces joueurs victimes du football et nos espoirs avec. A aucun moment nous n’avons paru être en mesure d’avoir notre destin en main. Quelle purge. Ironie du sort, un second pénalty complètement absurde, provoqué par le joueur qui cristallise le plus nos frustrations cette saison, vient non pas porter le coup de grâce (nous avions déjà perdu à l’entame du match) mais parachever cet affligeant spectacle. Ce match est un effondrement, au plus mauvais moment, et de la pire des manières, comme un fait exprès. Il faudrait presque en rire, mais nous n’en avions plus le cœur. Ni le chœur d’ailleurs, c’est en silence que nous avons exprimé cette consternation.
Paris et mastic
Être dernier, ne pas sentir ses joueurs concernés ou capables de se surpasser et se rendre à Paris n’est pas le meilleur des moments à vivre. Surtout quand le leader vient de subir un affront en Coupe d’Europe. Alors que les Bordelais viennent de perdre un « match à six points », ils seraient bien inspirés de ne pas repartir bredouilles de la Capitale après le « match à six pieds sous terre ». Pour grappiller au moins un point, ils vont devoir aller au mastic, tout donner et croire en leurs capacités…morales. Jouer à fond pour ne rien regretter et se battre pour la survie du club.
La composition :
Poussin
Gregersen Marcelo Ahmedhodzic
Kwateng Onana Guilavogui (c) Oudin
Elis Adli
Hwang
C’est donc au tour de Kwateng de jouer piston droit après un match tout pourri de Pembélé. On reprendra cette phrase et on inversera les noms pour le prochain match.
Oudin sera son pendant à gauche. Les parents d’un gosse né sans bras arrivent-ils à l’aimer ? Ah bon ? Ils sont courageux, ces gens-là !
Elis est prêt à démarrer, nous sommes soulagés de le voir aligné : nous avons bien le droit de nous réjouir d’une bonne nouvelle de temps à autre.
Le match :
Les Girondins ont commencé tambour battant. Deux minutes de jeu et déjà deux énormes occasions : un tir d’Oudin détourné par Navas et une tête d’Onana qui a frôlé le poteau sur le corner suivant.
A ce moment-là, on s’est mis à espérer que nos joueurs aient enfin compris l’urgence de la situation, qu’ils se soient rendus compte qu’il fallait tout donner du début à la fin pour avoir une chance de s’en sortir. Que Paris était encore sous le choc de l’élimination face au Real et qu’un coup était jouable. Que de que. Mais c’est surtout la queue entre les jambes que les Bordelais ont rejoint les vestiaires,après avoir encaissé un pion de Mbappé qui a fini de stériliser leurs ardeurs.
Les Parisiens avaient contre eux le public. Les Girondins auraient pu (du ?) en profiter mais ils ont préféré encaisser un second but dès la reprise. Et puis un troisième, on ne rigole pas avec la tradition. Ils ne savent jamais comment réagir. Au moins, une fois le match plié, il n’y avait plus de questions à se poser. Sauf pour Guion, bien dans son rôle de capitaine de soirée :
« On n’est pas bien là, à regarder un match de Ligue des Champions ?
-Coach, j’ai comme un doute : les adversaires des Parisiens sont à chier. C’est quelle équipe chypriote qui porte un Scapulaire sur son maillot, déjà ?
-Oh les cons mais tu as raison Jaro, c’est nous ! Je me disais bien qu’une telle tignasse nonchalante, j’avais déjà vu ça quelque-part ».
Les notes des 33 :
Poussin (1/5):
On ne sait toujours pas s’il est capable de faire un arrêt. On a quand-même pu apprécier son bon jeu au pied… 3-0, balle au centre.
Gregersen (2/5):
« Hé Stian, tu viens d’où, au fait ?
– Norway.
– Et ton futur, tu l’imagines ?
– No way » .
Marcelo (0/5):
La vitesse de Baysse, le tacle de Mexer et le leadership de Kos. Le couteau-suisse après le fondu helvète. Je ne sais pas ce qu’on a fait pour mériter ça mais j’ai le moral en Berne.
Ahmedhodzic (2/5):
Il se démène mais ne peut pas tout faire tout seul. Il va finir par tacler ses coéquipiers de rage. Heureux qu’il soit là. Mais franchement peiné pour lui.
Kwateng (2/5):
Son duel avec Mbappé s’annonçait aussi équilibré qu’une rencontre entre Fourniret et une écolière. Personne ne sait comment il a fait mais il s’en est plutôt bien tiré. Par contre, à chaque fois qu’il doit avancer avec, on a l’impression qu’il a un ballon ovale dans les pieds.
Oudin (1/5):
Le pistonné piston à bien débuté avant de disparaître. Que personne ne se mette à sa recherche.
Otanavio (1/5):
Peu d’apport, que ce soit sur le terrain ou au micro à la mi-temps. Un feu de Paï ?
Guilavogui (2/5):
Peut-être son moins bon match depuis son arrivée mais sans être horrible non plus. Il a pris un jaune et sera suspendu face à Lille. Ah, en fait, il a juste baissé son niveau pour qu’on puisse se préparer à retrouver un milieu incapable de faire le taf.
Adli (0/5):
Il y a celui qui sort le grand jeu pour pour avoir le plaisir de la pousser au fond une dernière fois lorsqu’il retrouve son ex. Et il y a Yacine, ses charentaises et son calbut trempé, qui ne prend même pas la peine de lever son cul du canapé pour aller se rafraîchir la nouille.
Elis (1/5):
Karl Lelis, champion du 400m laid.
Hwang Ouija (1/5):
Fantomatique.
Les entrants :
Mensah : Il déborde à Paris mais centre à Saint-Germain.
Ignatenko : Ignace le pugnace.
Niang : C’était Paris d’accord mais sa traversée du désert semble interminable.
Mara : Il s’est fait Sekouer dans la surface sous les yeux de ses parents Crespo-Mara et Ardisson. L’arbitre n’a rien dit et la VAR non plus malgré une faute évidente. Tiens, au fait : Checker c’est tromper ?
Dilrosun : Dilro, la tête de Hobbit, peux plus le saquer.
En face : Et j’entends siffler le train et j’entends siffler le train…
Le public parisien a beaucoup fait parler de lui. Si huer sa propre équipe est une chose qui arrive, conspuer de la sorte certains de ses joueurs à chaque fois qu’ils touchent le ballon est assez rare.
Pochettino, Neymar, Messi… Pas grand-monde n’a été épargné. Ils n’en fallait pas plus pour que les médias qualifient ce geste de comportement d’enfants gâtés.
Nous pouvons penser que l’élimination à la sauce parisienne n’était pas le seul motif de courroux et que certains ont voulu montrer leur ras le bol de voir une équipe, ou plutôt un assemblage d’individualités, donner une mauvaise image de leur club. Le choix des « cibles » n’était pas anodin car les sifflets visaient les têtes d’affiche étrangères, celles sur qui comptent leurs propriétaires pour promouvoir sa prochaine Coupe du Monde.
Rien ne dit qu’avec cette action, les supporters parisiens parviendront à leurs fins. Peut-être qu’elle leur aura au moins permis de se soulager du traumatisme subi. Dans ce cas, on pourra dire que quand le Qatar perd, le Qatar siffle et la catharsis s’opère.
Bonus : Hommage à Gilbert Moevi, par Ian-Walter Foote
Nous profitons de ce petit retour en arrière, pour exprimer de nouveau notre émotion vis-à-vis de la disparition de Gilbert Moevi le 26 février dernier. Gilbert Moevi, « l’Araignée Noire » a été un joueur remarquable et marquant de l’histoire des Girondins. Pas sur sa période la plus dorée, et j’ai failli préciser « malheureusement pour lui », mais je crois qu’il n’en avait cure, car il préférait le travail de l’ombre à la lumière.J’ai eu la chance de le rencontrer chez lui, et de partager un moment privilégié autour des Girondins. Il s’était alors montré d’une grande gentillesse et d’une grande générosité avec un passionné des Girondins comme il l’était lui-même. Ce jour-là il m’a tout simplement offert l’occasion de vivre, quelques jours plus tard, un épisode extraordinaire (au sens strict du terme) mais aussi à la fois merveilleux et douloureux, de ma vie de supporter Marine & Blanc. Le genre d’expérience à enfoncer le clou une bonne fois pour toute.Jusqu’au bout il sera resté fidèle aux Girondins, aussi bien joueur qu’ex-joueur. Un homme affable, humble, généreux et passionné. Autant de valeurs que l’on aime voir associé au club que l’on supporte. Un vrai « joueur de club ». Son club. Notre club. A ses proches et aux amoureux des Girondins, la Scapulaire Académie adresse ses sincères condoléances. Merci pour tout M. Moevi.
Pour conclure :
Nos résultats sentent le moisi. Mais ils n’en ont pas que l’odeur, ils le sont. Et cette moisissure, par nature, n’a évidemment pas manqué de se propager à tout ce qui à trait aux Girondins. Immanquablement nous avons tous pu constater, et même déplorer, la nature des propos échangés entre supporters, en particulier sur les Zérosociaux.
Pour commencer nous pouvons malgré tout nous réjouir d’une chose : les Girondins nous font parler. Mal, mais font parler. N’est-ce pas là l’expression que nos Girondins ne meurent pas dans l’indifférence la plus totale ? Ils suscitent encore des émotions ! Ne sommes-nous pas là pour ça ? Ok, pas les plus belles émotions. Ok, ça dure depuis trop longtemps.
Nous sommes tristes et/ou en colère, mais surtout désemparés et donc irritables. Mais nous ne saurions malgré cela nous passer des précautions d’usages et du recul nécessaire lorsque nous souhaitons exprimer ce que nous ressentons, ou plus difficile encore, dialoguer lors d’une divergence d’opinion.
Il serait donc judicieux de ne plus confondre alimenter un débat (en apportant une contradiction) et stigmatiser un avis divergent, ou pire encore jeter l’opprobre sur un groupe d’individus quel que soit son avis. Personne n’ignore que nous sommes tous faits de paradoxes. Que nos émotions, nos certitudes sont parfois ambivalentes. Que nous ne les exprimons pas tous de la même façon et que tout n’est pas opposable.
Quelques exemples ? Ils ne manquent pas, mais prenons les plus simples :
-Appeler à une mobilisation « positive » autour du club en ces temps difficiles ne signifie pas ne pas apprécier la teneur de nos résultats à leur juste valeur.
-A contrario, ne pas apprécier le décalage entre la désastreuse réalité sportive et l’harmonie exhibée autour du club, ne signifie pas que nous voulons qu’il brûle…
-Douter d’une issue positive ne signifie pas que nous l’appelions de nos vœux.
Pour finir, il n’est pas inutile de rappeler que nous n’aimons pas tous les Girondins pour les mêmes raisons ni de la même manière. De fait, personne n’est plus légitime qu’un autre. Ce débat n’a aucun sens. Mais il est clair que si vous attaquez un Ultras sur son apparente « indifférence » vis-à-vis de l’avenir du club alors vous risquez de vous brulez les doigts. Ça c’est logique.
Continuez de parler des Girondins. A votre manière. Râlez, moquez-vous, positivez, mais respectez-vous en respectant les autres, car n’oubliez pas que « plus c’est long, plus c’est bon » alors évitez les raccourcis malhonnêtes.
La passion c’est complexe, nous en sommes les témoins. Allez Bordeaux.
Le quatre-en-un écrit à deux (mais pas l’un dans l’autre) se termine. Félicitations si vous avez eu le courage de lire l’académie jusqu’au bout.
Nous nous retrouverons rapidement mais en attendant mettez-vous Horsjeu.
Venez discuter sur Twitter (@IanWalterFoote et @savajicl). Si vous parlez à l’un, l’autre vous répondra sans doute.
A bientôt.
Ian et Nausée