Caen-Rennes (1-2) : La Breizhou Académie tape sur plus faible qu’elle

« Le Stade Rennais t’as donné du plaisir. Avoue ! »

Marco Grossi absent pour cause de tourisme sexuel en Ille-et-Vilaine, j’hérite des clefs du bahut. Allez, c’est parti, et – François Pinault oblige – on ouvre cette acad’ sur des rimes riches. Direction Caen :

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit Fabien Lemoine,

Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.

J’irai par les rocades, j’irai par-delà Chavagne.

Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je roulerai les yeux fixés sur tes filets,

Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,

Seul, inconnu, le volant usé, les mains crispées,

Triste, et l’asphalte se dérobera jusqu’à la nuit.

Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,

Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,

Et quand j’arriverai, je mettrai sur mon ombre

Un vieux tissu rouge, maillé de peur et de sueur.

Víctor Hugo Montaño

La compo :

Le mercato estival nous avait renvoyé l’image d’un Johnny Weissmuller huilé et lascif. Cinq mois plus tard, on se retrouve à barboter dans le pédiluve, le topinambour de traviole dans un slip en lycra trop petit. On arrive encore à être déçus, c’est merveilleux.

Voici donc le onze de Sabri. Tel un contrat de travail Amazon, sur le papier c’est prometteur, mais on subodore que ça pourrait vite gratouiller au niveau du rectum. Une organisation en 4-2-3-1 avec André et Johansson à la récupération, et Adrien Hunou (c’est A-dri-en Hu-nou) seul en pointe :

L’avant-match :

Sauf à se cacher dans un déni tel qu’il s’est persuadé d’une victoire en coupe avant 2079, le Rennais comprend assez vite qu’il n’est pas forcément un gros chatteux (j’ai fait troisième aux mondiaux de la litote de Tel Aviv en 2016). Supporter le SRFC, c’est souvent la conséquence d’une faillite collective ; une faillite familiale, sociale et personnelle. Se retrouver à brailler en slip sur le champ de Mars, because Bocanegra, because cette fois c’est la bonne ® n’est que la conséquence finale d’alarmes trop longtemps ignorées. Des signes avant-coureurs auraient dû mettre en branle des dispositifs de sécurité qui ont donc failli. À moins d’être commercial chez Lesieur, ou grossiste en trinitrotoluène dans la banlieue de Caracas, le bonheur ne peut de toute façon pas venir d’un mec se prénommant Carlos.

Tu crois aller où ? Toi, tu es Rennais, tu prends à droite. Voilà. Une heureuse et longue vie (ducon) !

Pour nous, c’est donc trop tard. On attendra notre dose hebdomadaire de fèces stadistes jusqu’à l’atelier coloriage et métastases de l’EHPAD. Illustration de cette attente fébrile avant Caen – Rennes :

8h00 (H-12) – Lever à jeun pour aller courir.

Idée : gambader en profitant de la ville endormie, et se muscler un peu avant de se faire un bon gros shoot d’endorphines et de dopamine sous la douche.

Réalité : quitter une couette moelleuse pour slalomer entre des merdes de chien. Sentir tous ses tendons implorer pour que ça s’arrête, et se tapisser les bronches de particules fines, le zboub recroquevillé quelque part dans les intestins. Choper une sinusite, se trimballer une migraine d’effort, et moucher du sang.

11h00 (H-9) – Rejoindre des copains pour un brunch.

Idée : passer un « moment sympa » avec des gens de votre génération, du même bord politique que vous, au sein d’un groupe débarrassé de toute tension sexuelle pour cause de 1- elle est moche, 2- c’est une ex qui a de fortes odeurs corporelles, 3- elle porte des Birkenstock. Se réjouir de pouvoir bâfrer tel un acteur « Comme j’aime » qui vient de se faire larguer.

Réalité : résister au paquet de Prince choco qui te supplie de le défoncer, au risque d’arriver au brunch plein comme une outre. Pousser la porte d’un boui-boui mal chauffé à 11 heures 0 minute 0 seconde. Patienter trois quarts d’heure, le temps que les traînards arrivent. Souhaiter la mort de tous, mais garder le sourire. Opiner comme un député En Marche quand Lucie vous explique par le détail l’avantage du vrac, « nan mais tu vois, j’achète mes bocaux à un artisan manchot qui souffle lui-même le verre, c’est hyper inspirant. » (Je m’en bats les gonades Lucie ! Je veux ingérer de la nourriture ! Je veux l’ingérer vite ! Et je veux en ingérer beaucoup !). Au final, gober deux œufs durs sans sel, trois tartines de pain mou et un café tiédasse pour la somme modique de 25€, soit le prix du menu « J’ai du fric, ça te dérange » de l’Auberge Saint-Louis de Vitré (vins inclus). Avoir toujours faim.

15h00 (H-5) – Passer son après-midi intelligemment.

Idée : enfin débuter la lecture de À la recherche du temps perdu de Proust.

Réalité : lire l’incipit de À la recherche du temps perdu, mais juste avant jeter un œil à Twitter. Tiens, Laezh Dour a posté 137 messages depuis ce matin dont une merveille de comparaison entre communisme d’avant-guerre et accès au sexe des moins de 1m70 grâce à Tinder. Feux de la Vilaine nous incite à plastiquer les entrepôts des usines Heinz. Monsieur Ballon pourrit une internaute car elle a « définitivement des goûts de merde », internaute qui s’avère être sa femme. Tomjez envoie un scud à la STIB qui ne permet pas d’accéder à la station de métro « Bourse » de Bruxelles avec une triple poussette, une montgolfière et trois éléphants d’Asie adultes (il habite à Malte depuis un an). Clément Gavard partage son dernier article du Télégra… de Sport 2… de France Footb… de So Foo… de Chobix ?! Ah ? OK. Le Sorceleur loue la politique sociale de Macron, exige le retour du beau jeu à la Gourcuff, et nous rappelle haut et fort que « les abeilles sont vraiment des connasses ». Larby Tranculay ramène le calme en se posant au-dessus de la mêlée ; il cite du Barbara : « j’ai envie de mourir mais j’ai peur d’y prendre du plaisir ». Kant_BZH n’a pas assez de pouces pour liker tout ça. Markoleptik fait un astucieux jeu de mots à base d’Asie / Nazis en réponse à Tomjez. Clémentine Autain sort du bois et dénonce une blague spéciste stigmatisant les pachydermes d’outre-Rhin. Anne Hidalgo assure que la rumeur d’une ménagerie sur les quais de Seine est infondée. Marcel Campion répond par une émoticône « clown ». Donald Trump tweete : « I changed my mind. Ivory trade is now allowed in the U.S. and SCREW YOU STIB, WHOEVER YOU ARE! » Bordel, il est déjà 20 heures…

Le match :

Un raté incroyable des Caennais tandis que le score est toujours vierge, un but d’Adrien Hunou (c’est A-dri-en Hu-nou), un but de Sarr, un gros câlin tout doux pour Sabri, évidemment un but de Crivelli, une hygrométrie en hausse au niveau du SIF, et finalement 3 points mérités. Merci, au revoir.

« Marquer un but ? Rentrer à la maison faire des crêpes ? Mon cœur balance. »

(NDLR : La personne cerclée de rouge exerce la profession rémunérée de défenseur au sein de l’institution Stade Rennais Football Club.)

Les joueurs :

Joris Grognon livre les notes de ce Caen – Rennes à la place de Kireg le poète fragile (note de Kireg : Va chier).

Koubek (3/5)

Des braillements, de l’implication, et surtout de la concentration même face aux gestes techniques les plus improbables.

Zeffane (1/5)

Non content de ne servir à rien, Medhi parvient désormais à pénaliser l’équipe en percutant ses partenaires ou en rendant la balle à l’adversaire.

Da Silva (3/5)

Un match de patron solide terni par l’attendu mais néanmoins pénible but qui fait suer du cul en fin de match. +1 pour le marquage de Zeffane à la culotte.

Mexer (2/5)

La même que son compère de la défense centrale, sauf que c’est un peu plus de sa faute puisque c’est lui qui dégage n’importe comment puis qui couvre Crivelli sur son but.

Traoré (3/5)

Même dans une période difficile il fait le taf.

Johansson (Étagère Billy/5)

Discret mais efficace.

Grenier (2/5)

Entre CPA vendangés et pétage de câble pour un jaune sévère mais pas incroyable non plus, il est dans le dur et ça se sent.

André (3/5)

Qu’il est beau quand il met des brins à tout ce qui se présente. Ca donnerait presque envie de le voir plus bas sur le terrain tiens.

Sarr (3/5)

Tous les grands joueurs ont leur geste signature, mais je ne suis pas sûr qu’un long moment de panique suivi d’une tentative de grand pont soit un bon choix, Ismaïla. Une bonne lourde sous la barre, en revanche, fait toujours son petit effet.

Del Castillo (4/5)

Vu qu’il galope partout et qu’il essaie plein de choses, il existe une probabilité non nulle pour que son bon match ne soit qu’une anomalie statistique. Heureusement qu’on s’en bat bien les couilles.

Adrien Hunou (Adrien Hunou/5)

A – D R I – E N   H U – N O U, c’est ADRIEN HUNOU.

Conclusion :

Toujours là où on ne l’attend pas (CMB), le Stade Rennais s’offre un peu de sérénité en dominant une faible équipe caennaise. Espérons que la confiance soit revenue avant de reprendre notre périple européen.

Vive la République, et vive la France.

Love.

K.

@Kireg_Norpe

Marco Grossi

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